II. — Avantages du lipovaccin antigrippal
Pour les mieux mettre en valeur, nous rappellerons successivement les objections faites aux vaccins antérieurs, principalement en suspension àqueuse.
1° Dans les vaccins préparés à l’eau physiologique, les microbes subissent des phénomènes de lyse rapide, qui font perdre au vaccin ses propriétés. On n'injecte plus qu'un autolysat. (Le Moignic et Pinoy, Comptes rendus Société biologie, 1926, p. 203). « Or, par suite de la rapidité d'absorption des toxines libérées, on obtient une réaction d’autant plus vive que les microbes sont d'autant plus autolysés. D'autre part, l’autolysat d’une émulsion microbienne donnée, peut constituer un milieu de culture favorable à la culture d’autres microbes. Enfin, on peut objecter que le même microbe peut se développer s’il a résisté à la chaleur et à l’éther. »
Pour toutes ces raisons, on ne peut injecter qu'une petite quantité de germes à la fois. D'où nécessité de plusieurs Imjections (vaccins antityphiques, T. A. B., vaccin anglais antigrippal). Le
Dans les lipovaccins, les microbes sont, au contraire, très
peu altérés. L'’autolyse est, sinon tout à fait évitée, du moins
négligeable; les microbes sont, pour ainsi dire, « embaumés ». Le vaccin garde ses propriétés.
L'autolyse microbienne dangereuse étant évitée, on peut donc injecter en une seule fois les doses suffisantes de cadavres microbiens.
C'est ainsi qu'avec le lipovacein antityphique, on inocule en une seule injection de 1 centicube, 5 mmgr. 5 de bacille d'Eberth, sot 7 milliards de microbes environ.
Or, 6 à 8 milliards semblent conférer l'immunité.
2° L'absorption de vaccin à excipient aqueux est rapide. Elle peut provoquer des accidents toxiques parfois très graves (choc vaccinal de Mery et Hall, phénomènes ataxo-dynamiques).
Tout au contraire, l'absorption de lipovaccin est remarquablement lente, mais ininterrompué. Les accidents toxiques sont évités. Nous n'en voulons pour preuve que l'expérience suivante :
a) l'injection sous-cutanée de 0 mg. 35 de sulfate de strychnine en solution aqueuse provoque la mort du cobaye;
b) l'injection sous-cutanée de 1/2 milligramme ou même de 1 milligramme de sulfate de strychnine en solution huileuse, est bien tolérée par le cobaye.
Le Moignic, dans le Progrès Médical, 1922, signale qu'on peut injecter par voie veineuse une dose de lipovaccin quatre fois supérieure à la dose mortelle de vaccin aqueux.
L'huile diminue donc le pouvoir toxique sans diminuer le pouvoir antigène. Nous pouvons considérer le lipovaccin comme une véritable anatoxine huileuse.
3° La présence de peptones et de corps peptonés (polypeptides, amino-acides) dans les vaccins aqueux provoque des réactions déjà signalées avec le bouillon de Delbet (1943) : temrérature, 40 degrés; frissons, vomissements.
Ces réactions sont évitées par la préparation même du lipovaccin. La réaction générale est faible, sinon nulle. Légère élévation thermique. Réaction locale, passagère, consistant en un endolorissement léger.
4° On a reproché au « vaccin anglais antigrippal » d'être dangereux et de provoquer des accidents d'aggravation chez les sujets en incubation. Cet inconvénient a été d'ailleurs si-
s* gnalé, pour les vaccins hydro-curatifs en général, vis-à-vis des foyers bacillaires cliniquement éteints, par des chirurgiens comme le professeur Cunéo.
Le Moignic, dans le Progrès Médical, 1922, à, d'autre part, fortement insisté sur le danger de la vaccination préventive ou curative par les vaccins trop rapidement absorbés (ce qui est le cas des hydrovaccins). Ils risquent, en effet, d’éveiller ou d'exalter les foyers tuberculeux à l'état latent et échappant souvent aux imvestigations cliniques les plus minutieuses,
De nombreux médecins, étant aux armées, ont vu, dans la population civile, évoluer la tuberculose à la suite de vaccination antityphique par des hydrovaccins. La stérilisation par l’éther, dont l’action bactériolytique libère rapidement les toxines et provoque l’intoxication brutale de l'organisme, semble aggraver encore ces accidents d'évolution tuberculeuse.
« Le danger, affirme Le Moignic, est, sinon évité, du moins diminué par les préparations vaccinales en suspension huileuse. » Nous avons vu, en effet, que le lipovaccin est absorbé très lentement, et que, d'autre part, il ne s’y produit pas de lyse bactériologique.
Ces avantages sont symbolisés par le résultat des expériences de Peter Kolisky.
L'auteur inocule des lapins avec diverses préparations
1° émulsions B. Shiga dans de l’eau physiologique;
2° émulsions B. Shiga dans des solutions de phosphates mono ou disodiques;
3° émulsion de B. de Shiga sensibilisés;
4° émulsion huileuse de B. de Shiga.
Le lipovaccin donne le meilleur résultat : une seule injection suffit à insensibiliser l’animal contre les doses normalement mortelles.
Résumons donc brièvement les avantages des lipovaccins vis-à-vis des autres préparations employées en vaccinothérapie
1° pas d’autolysat des microbes; 2° pas d'intoxication consécutive;
3° absorption lente et continue; 4° pas d'absorption brutale de peptones et de corps peptonés, pas de choc; pas d'influence sur l’évolution de la tuberculose à cause de la lenteur de l'absorption; 6° pas d’aggravation chez les sujets en incubation, pour la même raison.
Mais le lipovaccin présente encore des avantages, que nous allons énumérer, en dehors des qualités précitées :
1° Les microbes sont pour ainsi dire « embaumés ». Ils se trouvent à l'abri des phénomènes d’oxydation dans un produit à Ph. 7 — Ph. 7,2. D'où conservation plus longue. La durée des propriétés antigéniques est assurée pour une période supérieure à dix-huit mois.
2° La préparation même du vaccin permettant, pour ainsi dire, un dosage de l’absorption, on peut augmenter considérablement et sans danger le nombre des germes injectés. © 3° Réaction locale. Avantages de cette réaction. — La réaction locale au point d'injection du lipovacein, loin d’être nuisible, semble, au contraire, favorable. Moins brutale qu'un abcès de fixation, la réaction locale semble tout aussi efficace.
Elle réalise une phlegmasie de fixation, sans suppuration apparente, épargnant les éléments cellulaires de défense, tout en provoquant leur apparition : c'est un véritable abcès de fixation sans suppuration. Expérimentalement, on a d’ailleurs contrôlé cette élévation du taux des antitoxines provoquée par la réaction locale d’une substance irritante non toxique.
Ce phénomène réalise précisément le but recherché par Le Moignic et Pinoy. Par l’originale idée d’une émulsion des bactéries dans des corps gras, Le Moïgnic et Pinoy ont réussi à provoquer, sous Ja forme d'une légère réaction locale, une mononucléose, une polynucléose et une lymphocytose géné-
ralisées.
Cette hyperleucocytose s'explique d’ailleurs : la résorption des corps gras exige, en effet, la présence de mononucléaires et de lymphocytes, producteurs de Tipases. D'où, dans le ter-
ALU
ritoire lymphatique, au niveau de l'inoculation, suractivité lymphatique. L'expérience montre que le taux des moyens mononucléaires passe de 35 à 48 p. 100 après une injection de lipovaccin T.A.B. sur le lapin.
Comme conséquence immédiate de cette hyperleucocytose, on note une élévation du taux des agglutinines. C’est ainsi que 4 injections sous-cutanées' de 1 centicube d’émulsion huileuse au 1/10° de B, typhique, à cinq jours d'intervalle, porte le taux des agglutinines à 1/40.000 chez le lapin.
Il semble donc bien démontré que la réaction locale due à l'injection d'huile amène une lymphocytose, une polynucléose et une mononucléose qui ne peuvent qu'aider à la défense de l'organisme. L'hyperleucocytose ainsi provoquée ne sert plus, comme dans les vaccins aqueux, à une lutte contre les toxines dégagées par le vaccin lui-même, et dues à l’autolysat des bactéries. La seule présence de l'huile provoque l’apparition d’un secours dont l'utilité n’est pas discutable, puisqu'il est le fondement même de la défense organique.
Or, dans le cas plus spécial de la grippe — maladie anergisante — l'avantage du lipovaccin, de par cette dernière qualité, nous apparaît plus grand encore.
Dans un organisme qui ne réagit plus, qui ne lutte plus contre la multiple invasion des microbes associés, comment nier la valeur d’une thérapeutique telle qu'en luttant directement contre ces microbes, elle provoque en même temps par sa seule composition organique, l'apparition d’un apport supplémentaire de secours phagocytaires. ;
Nous avons en main um vaccin qui ne choque pas, qui n’aggrave pas, qui n’intoxique pas, et qui provoque, en plus de son action antigénétique, une hyperleucocytose de défense dans un organisme affaibli réagissant sans vigueur.
Pour toutes ces raisons, le lipovaccin antigrippal méritait d'être essayé. Les résultats qu'il a donnés jusqu'ici, bien qu'ayant encore l’évident défaut d’être basés sur un nombre de traitements restreints, semblent, cependant, démontrer son efficacité réelle dans la grippe et dans ses complications.