‹ GrisélidisChapitre 16 sur 29 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LE DIABLE, FIAMINA, GRISÉLIDIS. Entrent Le Diable et Fiamina, introduits par Bertrade. Le Diable est déguisé en marchand levantin. Fiamina en esclave niorisque.

LE DIABLE, bas à Fiamina.

Sois habile.

FIAMINA, de même.

C'est bon.

Approchez, mes amîs.

LE DIABLE et FIAMINA, en Courbettes et saluts. Merci du grand honneur, madame, à nous permis.

Parlez. Viendriez-vous du bout du monde?

LE DIABLE

Nous en venons, madame.

FIAMINA

Et même de plus loin

LE DIABLE

Nous avons vu Tunis.

FIAMINA

La Mecque,

LE DIABLE

Et Trébizonde

FIAMINA

L'Orient t

GRISÉLIDIS, au Diable.

L'Orient ? Aux lieux d'où vous venez On se battait?

FIAMINA, répondant pour lui.

Jamais il ne fourre son nez Où l'on se bat.

LE DIABLE

J'abomine la guerre Et se faire tuer me semble un sort vulgaire.

Alors vous n'avez pas rencontré mon époux, Car il n'est qu'où l'on meurt.

FIAMINA, bas au Diable.

Allons, présentez vous.

LE DIABLE, à GriséUdis .

Nos goûts ne se ressemblent guère.

Entre nous, je ne suis Qu'un modeste marchand d'esclaves.

FIAMINA

Je le suis, Comme étant un objet de son fonds de commerce- Il m'a pour cent ducats jadis acquise... en Perse.

LE DIABLE

C'est monsieur le marquis qui nous envoie ici.

GBisÉLiDis, avec surprise.

Où l'avez-vous connu ?

FIAMINA

Mais, madame, en voyage.

De cette mission portez-vous quelque gage ?

LE DIABLE, tirant de son doigt Vanneau du marquis» Madame, l'anneau que voici.

C'est en effet l'anneau de notre mariage. Parlez ; j'écoute.

LE DIABLE

Quand nous vîmes le marquis, [Montrant Fiamina.) De mes femmes à vendre elle était la plus belle.

36 GKISÉLIDIS

FIAMINA

Comme je n'avais pas le droit d'être rebelle, Je fus vite son bien honnêtement acquis.

{Douleur de Grisélidis.)

LE DIABLE, bas.

C'est parfait.

GRISÉLIDIS, relevant la tête.

Est-ce tout ?

FIAMINA

Il entend que sur l'heure Tout le monde en cette demeure M'obéisse et me soit soumis. Que l'anneau nuptial par vous me soit rerais.

LE DIABLE, avec une pudeur offensée.

Mais il l'épousera dès son retour, madame.

C'est impossible 1... ^

Et cependant Quand le marquis me prit pour femme J'ai répondu, Seigneur, acceptez mon serment. « La volonté du Ciel sans doute étant la vôtre, » Désormais je n'en aurai d'autre » Que vous obéir sans merci.

» Près de vous, loin de vous absente, » Pour quelque douleur qu'il ressent* » Mon cœur n'aura d'autre souci :

» Disposez de votre servante. »

J'obéirai. Voici l'anneau.

[Elle détac/ie de sa' main la bague nuptiale.) LE DIABLE, à part.

Comment! elle obéit ?

FIAMINA, saisissant la bague.

Un saphir I Qu'il est beau I LE DIABLE, le lui reprenant.

Rends-moi cela ! — J'en fais mon petit bénéfice.

Puisqu'a sonné pour moi l'heure du sacrifice,

Avec mon fils je fuis le monde et ses mépris.

Ce qu'il m'avait donné, le Ciel me l'a repris ;

Que sa volonté s'accomplisse !

LE DIABLE et FIAMINIA, à part, en la regardant sortir.

Se peut-il qu'elle accepte un pareil sacrifice ?

A nos propres filets vraiment nous sommes pris.

Seul cet anneau, ma foi, d'un fort grand prix

Nous est un petit bénéfice.

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