BERTRADE
Non, mais un homme est là, Qui dit en savoir long.
Cet homme ?
)0 GIUSÉLIDIS
BKRTiîADE, introduisant le Diable.
Le voilà!
LE DIABLE, SOUS le costunie d'un vieux calfat du port, à part.
Cet homme, c'est le Diable.
(^Salutations, haut.)
A vos ordres, madame,
Mon enfant ? Mon enfant ? Tu sais qui le vola ? Quel monstre ?
LE DIABLE, d'un air innocent.
Un amoureux.
GIUSÉLIDIS
0 ciel !
LE DIABLE
C'est comme ça.
Des pirates dont ce rivage.
Vous le savez, est infesté, Le plus beau, mais le plus sauvage, S'est épris de votre beauté.
GIUSÉLIDIS
Dieu ! le destin m'accable.
LE DIABLE, pressant.
Que répondre, madame, à ce beau soupirant ?
Hélas ! hélas ! hélas !'
LE DIABLE, à part.
Attention ! Ça prend.
C'est le cas d'avoir un esprit du dial)le 1 Souvenons-nous du jour où je tendis La pomme A madame Eve au Paradis.
{Haut.)
Ce corsaire est galant, madame, et fort bel homme, U demande un baiser pour rendre votre fils.
Est-ce de mon honneur qu'il faut payer sa vie ?
LE DIABLE
A ce léger détail ne nous arrêtons point. Hé! plus d'une en serait ravie.
{A part.)
— Entre nous, sans chercher plus loin, Ma femme. — [Haut.)
Il est très bien, ce bon jeune homme, il est très bien.
Et ne demande rien
Qu'un tout petit baiser de rien du tout, madame
Jamais! jamais I
LE DIABLE
Quand votre époux Achète à des marchands une pécore à vendre, Et vous trompe aux regards de tous, Ne laissez pas échapper, vous, L'occasion de le lui rendre.
Acceptez le marché.
Péché caché Se pardonne.
Personne Ne pourra vous voir. Allez donc !
Dieu me verra du haut de son ciel qui rayonne.
LE DIABLE
{A part.)
Allons, bon !
Toujours cet empêcheur de s'embrasser en rond 1
Je le déteste I
Si je vais, pour moi quel danger!
Quel danger pour mon fils si je reste 1
(Passant derrière elle, tentateur.)
LE DIABLE
Sans vouloir vous désobliger,
L'heure est grave :
U ffeut bien remmener esclave
En Alger.
Où le pendre à la grande hune,
Pour voir l'effet
Que cela fait
Au clair de lune.
Soit! j'irai donc.
LE DIABLE, à part J'ai réussi.
{Haut.) Allez vite !
GRISÉLIDIS, lui arrachant un couteau qu'il porte à la ceinture.
En emportant ceci Que pour me garder mieux,
[Elle va au bénitier du tryptique.)
Je trempe en l'eau bénite, [Ensemble.)
(^ISÉLIDIS
Avec moi, Dieu soit et la Vierge, Ramenons mon fils en ce lieu Ou mourons tous les deux. Adieu!
Avec moi. Dieu soit et la Vierge.
LE DIABLE, à part, sous les gouttes d'eau bénite. Aie! Aïel Aïe! Aïe! Elle m'asperge, 0 le nez ! les jambes ! le dos 1
Je suis brûlé jusques aux os !
Aïel Aïe! Aïe! Aïe! Elle m'asperge.
i^Grisélidis sort, le couteau en main ; le Diable se débat sous les gouttes d'eau bénite qui se muent sur lui en gouttes de feu.)