SCÈNE VI
GRISÉLIDIS, LE MARQUIS. A la vue du Marquis immobile sur le seuil, Grisélidis fait un geste de surprise, elle va à lui, puis s'arrête. Ils échangent un regard.
Avant de vous parler, suis-je encoi*e votre épouse ?
LE MARQUIS
Avant de vous parler, puis-je encor croire en vous .'
r.lUSÉLIDIS
Quel soupçon passe donc dans votre âme jalouse ?
LE MARQUIS
Pourquoi doutez-vous donc que je sois votre époux ?
Une autre femme ici, mon Maître, a pris ma place.
LE MARQUIS
Une autre ? Qui l'y mit ?
Un envoyé de vous.
LE MARQUIS
Femme, il en a menti.
Jurez-le.
[En serment.)
LE MARQUIS
Sur mon âme, Sur mon Salut et sur la Croix, Je n'ai jamais voulu que toi pour femme.
GRISÉLIDIS, vers lui.
Dieu soit béni, mon Maître ! Je vous crois.
LE MARQUIS
0 piège infâme !
Je comprends. Voilà donc pourquoi
Grisélidis est parjure à sa foi !
GRISÉLIDIS, avec indignation.
Qui vous a dit cela ?
LE MARQUIS
Celui qui vint vers toi.
Maître ! il en a menti. Grisélidis fidèle Resta digne de vous, en restant digne d'elle.
LE MARQUIS
Jure-le.
GRISÉLIDIS, en serment.
Parle Ciel, mon Salut et la Croix!
LE MARQUIS, lui tendant les bras Dieu soit béni, chère âme ! Je te crois. Grisélidis pardon ! Innocente victime, Toi qui porte le faix injuste de mon crime. Car moi j'ai mérité tout ce que j'ai souffert, Car j'ai tenté le Ciel croyant braver l'Enfer.
Que veux-tu dire ?
LE MARQUIS
Une chose effroyable :
Celui qui nous mentit à tous deux, c'est le Diable, Le Diable que j'avais défié, comprends-tu ? De lutter contre ta vertu.
GRISÉLIDIS, dans ses bras.
0 mon Maître, merci I Loin qu'elle te pardonne, Grisélidis heureuse en tes bras s'abandonne. Oui, laisse bien longtemps
Sur ton éj^aule ainsi mes longs cheveux flottants. Laisse auprès de ton cœur mon chagrin s'apaiser.
* LE MARQUIS
Comme au bord des ruisseaux après l'aride plaine Laisse-moi bien longtemps boire dans ton haleine Le parfum rajeuni de ton premier baiser.