SCÈNE VIII
L'heure cruelle, Ijélas !
LE MARQUIS
Hélas ! l'heure cruelle I Dans le nid aux chaudes caresses, Après des dangers infinis, Croyant retrouver leurs tendresses, Les oiseaux étaient réunis.
Mais hélas ! adieu toute joie !
Sous les coups d'un oiseau de proie L'oiselet est tombé du nid
Adieu la forêt éveillée
A l'aube des printemps bénis !
Adieu les chants sous la feuillce 1
Qu'importent les bois rajeunis, Qu'importent les feuilles nouvelles 1 Taisons nos voix, fermons nos ailes, L'oiselet est tombé du nid
LE MARQUIS, s' arracliant à elle.
Des armes ! des armes ! que j'aille L'arracher à ces vils scélérats !
GRISELIDIS, indiquant des armes pendues à la muraille
en ex-i'oto.
Là!
[Subitement les armes disparaissent.)
Tout a disparu i
LE MARQUIS
Soit ! Quand même bataille I Faudrait-il étouffer ces bandits dans mes bras, Je reprendrai mon fils ou ne reviendrai pas !
Revenez tous les deux ou je meurs dans les larmes.
LE MARQUIS
Dieu m'aide ! Dieu m'aide ! En avant!
GRISELIDIS, l'arrêtant.
Oui^ Dieu! Prions d'un cœur fervent, A l'heure où le Malin accumule ses charmes, Au Ciel seul demandons des armes.
[Elle s'approche de l'autel les mains jointes ; le
marquis de Vautre côté de Vautel dans le même geste de prière ; Vun et Vautre tournés vers la croix placée sur Vautel du triptyque fermé.)
GRISELIDIS et le MARQUIS, en alternant les voix. 0 Croix sainte, immortelle flamme, Qui dans les ténèbres de l'âme Fais passer un sillon de feu.
Qui, du ciel même descendue, Fais ruisseler dans l'étendue Les larmes et le sang d'un Dieu ; A tes pieds pleure ma souffrance ; Rallume en mon cœur l'espérance.
Toi vers qui mon bras s'est levé, Sèche enfin mes larmes amères.
Toi qui rends les enfants aux mères, O Spes unica, Crux, ave !
GRISELIDIS, montrant la croix qui, subitement transmuée
en garde flamboyante d'épée, resplendit.
0 miracle ! Voyez I Voyez ! contre l'Infâme Le Ciel entre vos mains met un glaive de flamme. LE MARQUIS, saisissant Varme de lumière. Par cette Croix qui nous défend,
Par Saint-Gorges, vainqueur du dragon, par les armes Dont le Seigneur arma l'ange vainqueur de charmes Et le fit triomphant
Je jure de reprendre au voleur mon enfant. (// brandit Vépée flamboyante.)
GBISELIDIS 05
GRisÉLiDis, se jetant à genoux au pied du triptyque fermé.
0 sainte Agnès, reviens et rends-nous notre enfant I
[Eclair et violent coup de tonnerre. Toutes les lampes, tous les cierges de Voraloire s' allument d^ eux-mêmes a la fois. Au dehors toutes les cloches d' alentour d'elles-mêmes sonnent d'allégresse. U oratoire étincelle et d'un coup le triptyque s'ouvre. La Sainte est de nouveau présente, ayant seulement, au lieu de l'agnelet blanc qu^elle tenait près d'elle, l'enfant. Aux portes sont les gens du château, les femmes immobiles aux seuils, mains jointes, en extase.)
VOIX INVISIBLES, tout en haut des deux. Magnificat anima mea Dominum.
Amen !
[Le chœur continue en lointaine douceur.)
LE MARQUIS, il reprend l'enfant aux mains de la Sainte, 0 Sainte Agnès, merci !
Mon Loys, sur mon cœur I
LE MARQUIS
De l'Esprit Infernal l'Esprit Saint est vainqueur
[Avec Venfant entre eux.) Grisélidis, mon cœur contre vos cœurs palpite. Je t'aime plus encore, ô femme que j'aimais!
06 cnisKLiDis
Le Diable de ces lieux est chassé pour jamais.
LE DIABLE, apparaissant dans la muraille, visible au pied d'un ermitage ; il a le froc et le bourdon. Pas si vite !
Mais comme il se sent vieux, il va se faire ermite.
RIDEAU
flMILK COI.ÎX ET C'* — IMPRIMKRIE DE LAONY E. GHEVIN, suce'