LA MARSEILLAISE
Non, la Marseillaise n'est pas une rengaine !.. Entendue surtout loin du pays et à l'heure où, après une suite de souffrances, elle apparaît avec l'espoir. Du reste,
écoutez :
Parti tout jeune homme encore, avec le peu d'argent qui me restait, je me trouvai bientôt perdu dans les parages lointains, seul, ne connaissant pas la langue du pays.
Flétri avant l'âge, j'ai fait tous les métiers.
Au bout de nombreuses années, muni d'un petit pécule amassé sait-on seulement de quelle manière, je prenais passage sur un modeste sabot en partance pour Saint- Nazaire.
Il arriva ce qui arrive dans les romans naufrage, captivité, repas de corps.
Sauvé de la broche, par miracle, je retombai dans une captivité plus effroyable encore...
... Et le rouge me monte à la face au seul souvenir des complaisances qui me furent imposées par l'épouse d'un homme des bois, qui ne l'était pas, elle, de bois. Jetons un voile, voulez- vous?
Encore des années s'écoulent, un radeau.
Fuite sur
Emprisonné au Pôle. Un jour — lueur d'espoir! — découverte d'une bouée d'Andrée!
Longues journées d'angoisses. Jouet des flots. Montre arrêtée. Tabac mouillé. La fin venait...
Un coup de dent de requin me prive de mon dernier appui ... Je coule. . . Adieu tout ! Soudain, les mâles accents frappent mes oreilles.
Un bâtiment français. 14 juillet. Musique. La Marseillaise. Sauvé ! ! ! Et je vous assure que jamais ces mâles accents ne m'ont fait une impression plus vive.
LES CHASSEURS (Ouverture)