L'ART VÉTÉRINAIRE
Si la médecine et la chirurgie marchent à pas de géant dans la voie du progrès, la science vétérinaire ne se contente pas non plus de marquer le pas. Hier, un praticien habile a opéré de la cataracte un vieux loup,
qui, avec des lentilles cousues à même les paupières, voit maintenant comme père et mère !
Un autre opérateur a rendu sa couleur primitive à un ours noir qui avait blanchi, en une nuit, de chagrin, dit-on.
Un grand-duc, atteint de strabisme /convergent double, est en train de retrouver sa rectitude de vue d'antan.
Celui qui écrit ces lignes a vu de ses yeux un lion atteint de calvitie péladique : avant le nouveau traitement raisonné —
et après ledit traitement.
Aux tigres édentés on est parvenu à rendre leur sourire de jeunesse,
à l'aide de dentiers en porcelaine sans crochets.
On cite le cas d'un boa, rachitique par suite de déviation de la colonne vertébrale,
recouvrant toute sa souplesse, grâce à l'usage quotidien du nouveau corset orthopédique.
Aux pauvres éléphants privés de leurs défenses,
la science rend des défenses en celluloïd.
On remet à neuf des zèbres déteints et les caméléons devenus beige terne retrouvent la gamme de leurs couleurs proverbiales.
Mais, parmi les cas les plus curieux, nous citerons celui du kanguroo à jambes de bois qui viennent remplacer celles qu'il a perdues dans un assaut de boxe française
et le cas du perroquet bègue à qui la science a rendu son ancienne prononciation impeccable. Niez donc le progrès, après cela !