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CHAPITRE PREMIER

COMPOSITION ET 0UGAN:SATI0N DU 12^ C0RP3 A l'AIVMÉE DE CHALONS ET FORMATION DE CETTE ARMÉE.

Le 16 août 1870, à l'heure où l'Empereur Napoléon III, venant de Metz, arriva au camp de Ghâlons, le maréchal de Mac-Mahon ne s'y trouvait point encore; mais déjà la majeure partie des troupes du 1"" corps d'armée qui avaient été défaites à Reischoiîen y étaient installées. Le maréchal n'arriva que le 17 au matin.

Depuis plusieurs jours, et par ordre du ministre de la guerre, les bataillons de la garde mobile de la Seine avaient quitté Paris pour être réunis au camp de Chà'ons, et leur départ de la capitale les avait fort mécontentés. Dans leurs rangs, se trouvaient quelques meneurs, beaux discoureurs

LK IS™" COKPS d'armée EN 1870

de barrière, qui avaient prêché l'indiscipline à leurs camarades, en leur affirmant que la loi ne permettait pas qu'on lit entrer leurs bataillons dans la composition des armées actives, la garde nationale mobile ne devant être employée qu'à la défense de nos forteresses. « Puisque Paris est menacé d'un siège, disaient ces mutins, c'est à Paris que le Gouvernement a le devoir d'utiliser nos services et notre dévouement patriotique. » Sous l'exaltation de ces paroles, des actes d'indiscipline et de révolte avaient été commis dans plusieurs bataillons, et le maréchal Canrobert, qui commandait au camp, ayant été outragé, avait dû sévir énergiquement contre les coupables. Mais si la répression avait mis fin aux scènes de désordre, l'esprit séditieux qui s'était emparé d'un certain nombre de soldats dans les bataillons de garde tnobile de la Seine, pouvait être d'un exemple pernicieux pour toutes les troupes, qui devaient, pendant quelques jours, bivouaquer au camp, et principalement pour celles du 12*= corps d'armée, qu'on y formait en ce moment, parce qu'en grande partie, ce corps devait être composé de jeunes recrues appartenant au contingent de la classe de 4869 qu'on venait tout récemment d'appeler sous les drapeaux. On va voir à quelle mesure on eut recours pour parer à ce danger.

Le 17 au matin, l'Empereur réunit en conférence, sous sa présidence, le prince Napoléon

COMPOSITIO.N, ORGAMSATION ET FORMATION

qui l'accompagnait depuis le commencement de la guerre; le maréchal de Mac-Mahon; le général Trochu , arrivé la veille au camp ; son chef d'état-major, le colonel Smitz, et le général Berthaut, commandant les bataillons de la garde mobile de la Seine. S. M. invita les membres de cette conférence à délibérer sur la situation politique et militaire du pays, et leur demanda notamment de lui exprimer leur avis sur la destination qu'il convenait de donner à l'armée qui était en voie de formation au camp de Ghâlons.

A l'issue de la conférence, je rencontrai le maréchal de Mac-Mahon, comme il venait de quitter l'Empereur, et, en quelques mots, il m'apprit quelles étaient les résolutions qui, après une longue discussion, avaient été arrêtées.

— Le maréchal Bazaine , me dit-il, va être nommé généralissime commandant toutes nos armées. Je suis appelé à commander, sous ses ordres, l'armée de Ghâlons. Le général Trochu est désigné pour être gouverneur de Paris, et vous allez le remplacer à la tête du 12° corps d'armée. Occupez-vous bien vite de l'organisation de ce corps. — Dans l'après-midi, ajouta le maréchal^ j'irai visiter les hauteurs qui dominent la Marne entre Stenay et Reims. Je veux reconnaître si elles présentent des conditions de défensive convenables.

— Voulez-vous me permottre, répartis-je, de vous

4 LE 12""° CORPS d'auvée en 1870

accompagner? je le ferai volontiers, si la visite que je vais faire près des trjupes du 12' corps d'armée no me relient pas trop longtemps.

— Oui, reprit le maréchal, je monterai à cheval à deux heures.

Ce qui me fut rapporté quelques instants plus tard, c'est que dans la conférenoc qui avait eu lieu le matin, et, sur les instances du général Trochu appuyées par le colonel Smitz, il avait été décidé que les bataillons de garde mobile de la Seine rentreraient sur-le-champ à Paris et que le général BerLhaUt avait affirmé hautement qu'il saurait sans peine les maintenirdans le devoir, aussitôt qu'ils seraient dans la capitale. On avait représenté à l'Empereur la néces3ité qu'il y avait de confier au général Trochu le gouvernement militaire de Paris, et de porter, sous les murs de cette ville, l'armée de Chûlons sous le commandement du maréchal de Mac-Mahon, que l'empereur y accompagnerait.

On a attribué au colonel Smitz ces paroles adressées à l'Empcrour pour déterminer ses décisions: « Quand il sera à Paris, ayant à côté de lui le général Tro(;hu comme gouverneur commandant les troupes de la garnison, et, sous Paris, le maréchal de Mac-Mahon à la tête de l'armée de Ghâlons, dont l'effectif sera plus que dou!)lé en très peu de temps, l'Empereur sera assurément bien fort. »

Que le colonel Smitz ait ou non tenu le lan-

COMPOSITION. ORGANISATION ET FOr.MATION

gage que je reproduis ici tel qu'il m'a été donné, il est bien cerlaia pour moi que les paroles qu'on lui a prêtées étaient l'ex] rcssion d'une juste appréciation de la situation présente.

Les soins que réclamèrent de moi les troupes du 12" corps d'armée, dans l'après-midi du i'aoCit, ne me peraiirent pas de me trouver au rendezvous que le maréj'hal de Mac-Mahon m'avait assigné. Quand je revis le m^aréchal, dcns la soirée, il m'apprit qu'il et it revenu pej satisfait de la reconnaissance qu'il avait faite.

De mon coté, il s'en fallait de beaucoup que je fusse très content de ma visite aux troupes du 12* corps dans les camps qu'elles occupaient et sur le terrain de leurs exercices. J'avais consacré cinq à six heures à donner aux généraux et aux officiers qui les commandaient les instructions que les circonstances rendaient le plus urgentes. L'instruction d'un certain nombre de leurs bataillons, formés avec de jeunes recrues, était à peine ébauchée; l'organisation du corps d'armée luimême était à peine commencée.

D'après une décision ministérielle datée du 12 août, le 12" corps d'armée devait être compcsi de trois divisions d'inTanteue, d'une division de cavalerie et dune réserve d'artillerie comprenant cinq batteries.

La 1''° division d'infanterie, sous les ordres du général Granchamp, avait été formée avant la

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déclaration de guerre; elle comptait 12 bataillons, deux compagnies de chasseurs à pied et une compagnie du génie. Elle présentait un ensemble très satisfaisant; ses soldats étaient instruits. Elle était arrivée au camp avant le 17 août: mais elle n'avait pas encore reçu les trois batteries d'artillerie qui avaient été désignées comme devant lui être attachées. On devait les lui livrer incessamment. M. Baratier, le sous-intendant militaire que le ministre de la guerre avait nommé pour diriger son service administratif, n'était pas arrivé au camp avec la division . Il devait s'y rendre d'urgence* Le personnel auxiliaire, officiers d'administration, commis aux écritures et ouvriers de diverses catégories désignés pour être ses auxiliaires, n'avaient point non plus rallié la division. On espérait qu'ils y seraient rendus sous deux ou trois jours.

En somme, la division Grancharap était une belle troupe sur laquelle on pouvait compter.

Une des divisions du corps d'armée qui devait en être la 3° et qui était commandée par le général de Vassoigne, avait été formée de 12 bataillons empruntés aux quatre régiments de l'infanterie de marine. Elle était arrivée au camp sans artillerie. Ses trois batteries, organisées à Cherbourg, avaient ordre de la rallier le plus tut possible. On lui avait attaché un commissaire de la marine pour remplir auprès d'elle les fonctions de sous-intendant militaire. Mais elle manquait absolument du per-

sonnel auxiliaire administratif qui était nécessaire à ce fonctionnaire. Il fallait qu'elle attendît que ce personnel lui fût envoyé par l'administra^ tion de la guerre.

La division de Yassoigne était, comme la division Granchamp composée, de bonnes troupes.

Mais il en était tout autrement de la division qui, sous les ordres du général Blanchard, devait être la S*' du corps d'armée. Elle avait été formée avec 12 quatrièmes bataillons, dépôts de régiments d'infanterie, et de deux compagnies de chasseurs à pied, dépôts de deux bataillons de cette arme. La plupart des bataillons étaient commandés par de simples capitaines, quelques-uns par des chefs de bataillon ou majors. Des 12 bataillons, on avait fait quatre régiments de marche^ chacun d'eux placé sous les ordres d'un colonel ou d'un lieutenant-colonel. L'effectif était très différent. Suivant les bataillons, il variait entre 400 à 500 homrnes ; mais, dans quelques-uns, il s'élevait jusqu'au chiffre de 1,000 hommes, et cet effectif devait s'augmenter encore par suite de l'arrivée prochaine de contingents qui étaient annoncés aux commandants des bataillons. Les cadres de sous-officiers et caporaux ne contenaient que des hommes exercés ; mais comme les bataillons avaient été organisés à quatre compagnies seulement, ces cadres étaient constitués trop faiblement pour être en rapport avec l'effectif des com-

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pagnies. Il en était do même pour les cadres d'officiers, car on n'avait affecté que trois officiers à chaque compagnie, quand celle-ci comptait dans ses rangs depuis 100 jusqu'à 250 hommes.

Qaant aux soldats, ils étaient tous sans exception de jeunes recrues provenant du contingent de la classe de 186^ qu'on venait d'appeler sous les drapeaux. Après les avoir habillés, équipés et armés à la hâte dans les dépôts des régiments, on les avait acheminés sur le camp de Ghàlons, où ils étaient arrivés, les uns depuis deux ou trois jours, les autres depuis vingt-quatre heures seulement. Leurs officiers, on peut aisément le comprendre, se montraient consternés d'avoir à commander de pareils soldats. Cependant, depuis leur départ des dépôts et depuis qu'ils étaient au camp, ces officiers avaient mis tout leur zèle à ébaucher leur inslruclion professionnelle. Ils avaient fait de leur mieux pour les initier aux principes de la marche et au maniement d'arme. Ils s'étaient particulièrement attachés à leur faire connaître le mécanisme du fusil chassepot dont on les avait armés.

Pour relever le moral des officiers, j'allais successivement d'un bataillon à l'autre, sur le terrain des exercices, et je les remerciais du résultat qu'ils avaient déjà obtenu, les encourageant à persévérer dans leurs efforts patriotiques pour utiliser autant que possible la bonne volonté qui

paraissait animer leurs soldats. « Vos hommes marchent déjà suffisamment bien, leur disais-je, puisque je constate qu'ils observent la cadence du pas et Tordre dans le rang. Mais ce qu'il faut leur apprendre, en y consacrant tout le temps dont vous pouvez disposer, c'est à charger et à tirer convenablement leur fusil. »

Je prescrivis que, dès le lendemain 18, au matin, les bataillons iraient l'un après l'autre, et pendant toute "la journée, au tira la cible, et que chaque soldat y brûlerait cinq cartouches. J'ordonnai que, pendant les séances de tir, les officiers de compagnie, aidés de leurs sous-officiers, montreraient à leurs soldats le chargement du fusil et les règles de tir aux distances où il convenait le mieux de tirer, le but essentiel, qu'ils ne devaient pas perdre de vue un seul instant, étant d'ailleurs que chaque soldat eût au moins tiré ses cinq cartouches, pendant les deux ou trois jours qui nous seraient peut-être donnés pour les instruire, avant que l'armée quittât le camp de Ghâlons.

Avec les trois divisions d'infanterie dont je viens de parler, le 12® corps d'armée devait comprendre, sous le général Lichlin, une division de cavalerie de deux brigades, l'une de deux régiments de chasseurs, l'autre de deux régiments de cuirassiers. Tout paraissait indiquer que cette division présenterait une très bonne troupe.

iO LE 12""' CORPS d'armée en 1870

Sur les cinq batteries qui devaient former la réserve d'artillerie du corps d'armée, quatre étaient au camp le 18 août.

Le commandement de l'artillerie du corps avait été donné par le ministre de la guerre au général de division d'Auvrien de Villegly.

Les trois compagnies du génie affectées aux trois divisions d'infanterie étaient également au camp; c'était le général Cadart qui avait été désigné pour commander le génie ducorps d'armée.

Les services administratifs avaient été placés sous la direction de M. Rossi, intendant militaire. Ce fonctionnaire n'était pas encore au camp de Châlons le 18 août; il devait n'y être rendu que le lendemain. Mais ce qu'il fallait déplorer, c'était l'absence presque complète du personnel composant les auxiliaires qui lui étaient nécessaires pour lui venir en aide près des divisions et près de l'état-major général du corps d'armée; c'était aussi l'absence du personnel et du matériel des ambulances nécessaires au corps d'armée. En effet celles qu'il convenait de faire marcher avec le quartier général du corps d'armée et avec ses divisions, n'étaient point arrivées au camp, et il était à craindre qu'elles n'y arrivassent pas avant le commencement des opérations de l'armée. Une seule ambulance avait été livrée par l'administration de la guerre à la division Granchamp.

J'ai dit plus haut que les officiers de la 2' divi-

sion d'infanterie, composée de quatrièmes bataillons, s'étaient montrés devant moi affligés de ce qu'on ne leur avait donné à commander que.de jeunes recrues appelés de la veille sous les drapeaux. Au-dessus de ces officiers, Celui qui avait été désigné par le ministre de la guerre pour commander la division , le général Blanchard , exprimait le même sentiment qu'eux dans les termes les plus amers. A peine avait-il pu visiter les troupes de sa division que, dans la soirée du 18 août, il m'adressa une lettre désolée dans laquelle il me témoignait de son désir d'être appelé à un autre commandement, ne demandant pas mieux, disait-il, de se faire tuer pour la défense du pays, pourvu que ce fût honorablement, et non point en conduisant à l'ennemi une troupe entièrement composée de recrues n'ayant du soldat rien autre chose que le nom. Je mis tous mes efforts à calmer le général que j'affectionnais particulièrement, en faisant appel ^à son dévoûment, qui m'était bien connu. Je n'y parvins que difficilement; mais j'y parvins.

Le jour suivant, j'appris que le général devait quitter sa division sur un ordre du ministre de la guerre qui le rappelait à Paris pour lui donner une nouvelle destination. Les motifs de la décision du ministre me demeurèrent inconnus. Comme il fallait pourvoir sur-le-champ à son remplacement, je demandai au maréchal de Mac-

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Mahon et reliii-ci obtint de l'Empereur que le commandement qu'il laissait vacant serait donné au général de Lacretelle, promu général de division.

11 était nécessaire aussi de nommer aux fonctions de chef d'état-major du 12" corps d'armée, un of.icier pour remjjlacor le colonel Smitz qui y avait été appelé d'abord, mais qui devait suivre le général Trochu à Paris. Je fis désigner le colonel Gresley, chef d'él,at-major de la division de cavalerie du l*^'" corps d'armée, qui fut promu sur ma demande, au grade de général de brigade.

Pour donner au lecteur le moyen de se rendre compte plus aisément de ce que je lui dirai ultérieurement au sujet du 12" corps d'armée, il me paraît indispensable que je lui fasse connaître au préalable la composition et l'organisation de l'armée qui, à la date du 18 août, fut placée sous le commandement du maréchal de Mac-Mahon. Joie forai aussi succinctement que possible.

L'armée qui emprunta son nom d'armée de Châlons à celui du camp où elle fut formée, fut composée des l'"", 5" et 7° corps de l'armée du Rhin, du 12^ corps, et de deux divisions de cavalerie indépendante. Gomme il était arrivé que pendant le mouvement du 6' corps sur Metz, une partie assez considérable des troupes avait dû être retenue au camp de Châlons pour qu'elle ne fût point exposée aux entreprises de l'ennemi qui

déjà menaçait de près la seule route par laquelle elle pouvait rallier la portion du corps qui avait gagné Metz, il avait été décidé qu'à l'armia de Ghâlons seraient adjointes les troup3s présentes au camp. Il avait été entendu d'ailleurs que celles-ci seraient restituées à leur commandant en chef, le maréchal Ganrobert, aussitôt que les circonstances permettraient de les replacer sous ses ordres.

L'armée de Ghfdons fut constituée dans les journées des 18, 19 et 20 août.

Voici quelle était son organisation encore très incomplète à la dernière de ces dates. Elle comprenait les troupes ci-après :

1*^ Le !'"■ corps (général Ducrot), lequel ava't été fortement entamé à Reischoffen. Il fallait en refaire les cadres d'officiers, et les effectifs de s(s régiments se trouvaient très affaiblis. De ce corps qui, au commencement de son entrée en campagne, avait compté 49,000 hommes, il ne restait disponibles que 32,000 hommes environ.

2° Le 5° corps (général de Failly) avait été complètement désorganisé dans sa retraite précipitée des Vosges sur le camp de Ghâlons ; à la date du 18 août, il ne comptait guère que 22,000 hommes.

3° Le 7° corps (général Félix Douay) dont une des divisions avait éprouvé des perles sensibles à Rsischonen. Son effectif présentait à peu près le

14 LE l^""* COUPS d'aumée e.n 1870

même chiffre que le 5", 22,000 hommes environ.

4° Le 12^ corps (général Lebrun) comptait, à la même date du 18 août, environ 30,000 hommes, son effectif devait, sous peu de jours, dépasser ce chiffre, quand il aurait reçu un certain nombre de contingents qui étaient en route pour rejoindre les bataillons qui composaient sa 2® division d'infanterie, et quand il aurait aussi été ralHé par la brigade de cuirassiers de la division Lichlin qui n'était pas encore arrivée au camp.

5" Une première division de cavalerie indépendante, division de cuirassiers (général de Bonnemain) représentant 2,000 hommes, attachée jusqu'au 18 août au 1*^'" corps d'armée.

G"* Une 2^ division de cavalerie indépendante (général Margueritte). Elle devait, à la date du 18 août, être formée avec les 1^'" et 3° régiments de chasseurs d'Afrique, le l"'' régiment de hussards et le 4*" régiment de chasseurs.

Mais le 4" régiment de chasseurs d'Afrique appelle d'Algérie n'était pas encore arrivé au campi Il devait rallier plus tard les 1*" et 3° régiments de la même arme.

La brigade, composée des 1" hussards et 6" de chasseurs (général Tilliard) avait été empruntéej pour passera la division Margueritte, à la division de cavaleriedu 6" corps d'armée (général de Fénelon) qui était rentrée au camp après le départ du

COMPOSITIO.N, URUAMSATIO.N ET FOUMATIUiN lo

maréchal Canrobert et qui, à dater du 18 août, ne compta plus que deux brigades au lieu de trois qu'elle avait eues d'abord.

La division Margueritte pouvait présenter un effectif de ^,000 hommes.

Composée des corps d'armée et des divisions de cavalerie indépendante que je viens d'indiquer, l'armée de Châlons pouvait s'élever à un effectif d'environ 112,000 hommes. Mais cet effectif devait être augmenté, en lui adjoignant les troupes du A" corps d'armée qui étaient au camp, n'ayant pu être acheminées sur Metz, comme je l'ai dit précédemment.

Ces troupes comprenaient, savoir :

Une brigade de trois régiments d'infanterie (colonel Laurent). — Effectif 6,000, hommes environ.

La division de cavalerie réduite à deux brigades (général de Fénelon), 1,800 hommes.

L'artillerie du 6'' corps d'armée qui n'avait pU se rendre à Metz, 11 batteries et un parc d'artillerie de corps d'armée, ai'tillerie et parc comptant à leur effectif 2,200 hommes environ ; 4 compagnies du génie, 400 hommes environ.

En totalité, 10,400 combattants.

Ce qui faisait qu'en tenant compte des non^ combattants de toutes catégories et de l'arrivée des contingents qui devaient avoir lieu dans les deux ou trois jours suivants, l'effectif de l'armée de

16 LE 12'"" COUPS d'aiimék en 1870

Chùlons, à la date du 22 août, pouvait être estimée à 130,000 ou 131,000 hommes.

Lo moral des troupes des l^'",5'et 7" corps d'armée avait été ébranlé naturellement à la suite des combats malheureux dans lesquels elles s'étaient trouvées engagées enAlsace. Cependant on pouvait espérer qu'il se relèverait bien vite ; car l'esprit de leurs officiers était encore très satisfaisant, principalement dans le l"' corps, dont les régiments avaient tous été empruntés à l'armée de l'Algérie, et préparés, par conséquent, de longue main aux dures épreuves de la guerre. Dans le 12" corps, la composition des officiers et des soldats des 1'" et 3** divisions d'infanterie, de ceux de son artillerie et de sa cavalerie pouvaient inspirer grande confiance. Il n'en était pas de même de celle des officiers et soldats de sa 2° division. Dans celleci, comme je l'ai dit précédemment, tous les officiers avaient été pris dans des dépôts de régiment et les soldate étaient tous, sans exception, de jeunes recrues incorporées depuis quelques jours seulement.

Ce qui laissait le plus à désirer dans tous les corps d'armée, surtout dans le 12°, c'était l'incomplet, en personnel comme en matériel, des services administratifs dont ils auraient du être pourvus avant que l'armée commençât ses opérations. Plus d'un mois s'était écoulé depuis que la mobilisation avait été commencée, et cepen-

dant radministration de la guerre n'avait pu encore faire parvenir aux l'^'', 5° et 7" corps d'armée, toutes les petites voitures à bagages qui étaient dues à leurs régiments. Les quartiers généraux et les divisions de ces corps n'avaient reçu qu'en partie les ambulances qui leur étaient destinées.

La pénurie du l!2° corps, en personnel et matériel d'administration, était bien plus grande encore; presque tout y était encore à organiser sous ce rapport à la date du 18 août. Ce corps n'avait point de parc d'artillerie. Les généraux, que le ministre de la guerre avait nommés pour commander les brigades de la 2° division d'infanterie de ce corps, ne pouvaient être maintenus dans leurs emplois. L'un d'eux était venu me déclarer que son état de santé le rendait incapable de faire campagne. Le maréchal de Mac-Mahon, sur ma demande, le fit remplacer par le colonel Lecomte, commandant d'un régiment de marche. Un autre général de brigade qui, depuis plusieurs années, avait été admis dans le cadre de réserve, et qui. pour cette raison, ne pouvait légalement être employé dans une armée active, fut remplacé de même par le général Marquisan.

Dans la division de cavalerie Lichlin, une des brigades avait été placée sous les ordres d'un général appartenant aussi au cadre de réserve. Le maréchal de Mac-Mahon lui fit substituer le général Leforestier de Vendeuvre, promu général

18 LE 12""' CORPS d'armée en 1870

de brigade, en récompense de sa belle conduite à Reischoffen.

J'ai dit précédemment que le ministre de la guerre, après avoir d'abord donné le commandement de l'une des divisions d'infanterie du 12" corps au général Blanchard, avait rappelé celui-ci à Paris, pour lui donner une autre destination. Il avait désigné, pour le remplacer à la tête de cette division, le général Maissiat. Mais celui-ci ne figurait plus depuis plusieurs années dans les cadres de l'armée active. Sa nomination au commandement de la 2° division d'infanterie du 12° corps était donc entachée d'illégalité. Mais j'avais une telle considération et tant de respect pour le général Maissiat, dont j'avais pu autrefois, en Algérie, apprécier les grandes qualités militaires', que je m'imaginais que, eu égard aux circonstances difficiles dans lesquelles on se trouvait, on pourrait, quand même, utiliser ses services à l'armée de Ghâlons. Non seulement je ne demandai pas, comme je l'avais fait pour les généraux de brigade dont il a été question ci-dessus, qu'il fût remplacé par un officier général du cadre de l'activité ; mais je priai le maréchal de Mac-Mahon de lui faire donner le commandement du corps d'armée, lui offrant de prendre à sa place celui de la division qu'il laisserait vacant. Je représentai au maréchal qu'il serait pénible au général Maissiat de se voir placé

SOUS mes ordres, alors que son ancienneté de grade primait de beaucoup la mienne. Je lui donnai l'assurance que s'il accédait à ma demande, je me trouverais très honoré d'être mis sous les ordres du général. — Je verrai le général Maissiat, me répondit le maréchal, et je suis certain qu'il ne sera nullement froissé d'être placé sous votre commandement.

J'ignorais jusque-là que, par malheur, le général Maissiat allait arriver au camp dans un état de santé qui ne lui permettrait pas de répondre à l'appel que le ministre avait fait à son dévouement patriotique. C'était, au fond du midi de la France, dans un établissement thermal où il faisait traiter ses yeux, gravement malades, que son ordre de service était allé le chercher. Il vint au camp cependant, mais avec la conviction qu'il serait relevé de son commandement, aussitôt qu'il aurait fait constater son incapacité de l'exercer.

Le matéchal de Mac-Mahon se vit en effet forcé, bien qu'à contre-cœur, de le remettre sur-lechamp à la disposition du ministre de la guerre* Il fit nommer pour le remplacer, le général de Lacretelle, qui commandait une brigade dans le l""" corps d'armée, et qu'il fit élever au grade de général de division.

Comme on peut en juger par les détails dans lesquels je viens d'entrer, le commandement passa successivement, et cela en deux ou trois jours^

20 LE là""" CORPS d'armée EN 1870

du d8 au 22 août, dans des mains différentes, pour une division, deux brigades d'infanterie, et pour une brigade de cavalerie. La direction dans cette division et dans ces brigades devait nécessairement en souffrir, au point de vue de l'ordre et de la discipline, qu'il était pourtant si essentiel de leur imprimer, dès le premier jour de leur formation.

A la date du 19 août, le maréchal de Mac-Mahon décida que les fractions du 6° corps d'armée qui étaient restées au camp de Châlons, au départ de ce corps pour se rendre à Metz, feraient provisoirement partie du 12'' corps, pour être restituées au maréchal Ganrobert, aussitôt que les circonstances permettraient de les remettre sous le commandement de celui-ci.

En vue de donner plus d'unité dans le commandement, je décidai ce jour-là, que l'artillerie, le génie et la cavalerie du 12° corps seraient placés sous les ordres du plus ancien des généraux de chacune de ces armes; l'artillerie, sous ceux du général de division Labastie; le génie, sous ceux du général de division Ducasse, et la cavalerie, sous ceux du général de division de Salignac-Fénelon. Il fut arrêté que le parc d'artillerie du 6' corps serait chargé d'approvisionner toutes les troupes du 12% qui n'avait point de parc, et qu'en attendant l'arrivée des trois batteries de marine que la division de Vassoigne attendait de Cherbourg, trois

batteries de la réserve, les 1% 8^ et 9Mu 10" régiment, sous le lieutenant-colonel Haivry, seraient provisoirement attachées à cette division.

A partir du 20 août, le 12° corps d'armée fut donc constitué, conformément au tableau suivant :

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