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ESQUISSE DES ÉVÉNEMENTS MILITAIRES ET POLITIQUES

DES ÉTATS-UNIS de lut à lus

FERDINAND LEGOMTE

Colanel fédéral uine.

TiM ni

CH. TAiNERA, ÉDiTKUR

U8RAIIUB POUR L'ART HIUTAIRB. LIS SGtBNCES ET LBS ARTS . Rua d* flftvota. 0

Campagne de 1864. — Opérations secondaires et préliminaires en Floride, en Alabama, en Tennessée. — Massacre du fort Pillow. — Etat de la situation militaire au printemps 1864.

A côté des campagnes dans les régions excentriques

de l'Ouest, de la Louisiane, du Texas, de l'Arkaasas et des Territoires, qui se poui suivirent pendant une partie des années i803 et 1864, il s'en lit d'autres qu'où pourrail à pou près classer dans la même catégorie.

Ge fat plus particulièrement le cas d'une entreprise contre la Floride, imaginée, croit-on, par le général Gill* more, pour se délivrer de l'ennui de sa situation pas* sive devant Gharleston.

A aucun point do vue la presqu'île de Floride, contrée écartée des zones décisives, ne pouvait offrir un théâtre avantageux d'opérations. Le seul profit que les fédéraux pouTaient en espérer était d'y former un semblant de parti unioniste, d'y recruter des nègres, nombreux dans cet état, et d'y butiner du coton.

C'était toujours la guerre au détail, le gaspillage en grand, car même les minimes buis recherchés eussent été mieux atteints en se hâtant de battre les forces principales de l'ennemi, par conséquent en se concentrant contre lui, au lieu de se disséminer de plus en plus.

Dès le milieu de dèceuibre IHO^i rexpédiliou lut oi ganisce, et, après les lenteurs et les tiraillements d'usage,

les forées y desiiDées furent en mesure de partir au com*

mencemcnl de février 1864.

Ces forces se composaient de six mille hommes sous le commandemeot direct du général Seymour, divisionnaire de Gillmore, avec nue vingtaine de bâtiments.

Seymour partit le 5 féTrier de Port^Royal Le d il occupa Jacksonville, sur la riYtère St-Jean, et, le lendemain, Baldwin, à la jonction des deux chemins de fer qui traversent la base de la presqu'île. L'intention de Gillmore était de prendre solidement pied à Jacksonvilie et à Baldwin si possible, et pour cela d*y élever des fortifi* cations. À cet effet il s'y tendit lui-môme, le 10, reconnut le terrain, laissa des prescriptions sur les ouvrages à élever, recommanda au général Seymour de faire faire des pointes, de cavalerie surtout, en avant de Baldwin, ainsi que sur la gauche, mais de ne rien tenter de décisif, poor le moment, avec le gros de ses forces; paîs^ le 16, il retourna à Hilton-Head.

Malheureusement pour lui, Seymour crut pouvoir changer ses instructions et procurer plus de gloire à son corps en déployant plus de zèle et d'activité qu'il ne lui on était prescrit. Les coureurs lui ayant rapporté qu'il ne se trouvait que peu d'ennemis dans les environs^ il eut l'idée de s'emparer de la capitale Tallahassee

Dans ce bat il se mit en marche de Baldwin, le 30 février, après en avoir donné avis par express à Hilton- Head.

C'était trop tôt ou trop tard. Trop lui si l'on voulait agir en foices, car il aurait fallu attendre radhésion et du renfort du général Gillmore; trop tard si Ton avait espéré surprendre Tennemi. Celui-ci était prévenu depois douze jours et avait p» se mettre sur ses gardes.

Les premières reconnaissances du général Seymour, celles des 9, 10 et fi lévrier, lui avaient dit vrai. La coo-

trée était dépoarvae de défenseurs. Trois à quatre milliers d'hommes seulement, sous , le général Finnegan,

tenaient la capitale et quelques postes isolés. Mais le 20, il en était autrement. Finne?an s'était hâte d'avertir le général Beauregard, à Cbarleston, de ce qui se passait ei de lui demander du renfort

Celoi-d lui envoya aussitôt par chemin de fer la brigade Golquitt, avec un réfriment de cavalerie et une batterie. En appelant encore a lui quelques autres forces du voisinage, Finnegan put réunir, dès le 19 février, aux environs d'Olustee une dizaine de mille hommes, sous les généraux Walker» Gardner, Uarrisson el Colquitt Là il se retrancha dans une position favorable battant toutes les avenues du chemin de fer, et il organisa même une batterie de deux câauûà dû fort calibre âur des locomotives.

Le 20 février après midi Seymour arriva devant la position d'Olustee» marchant négligemment à travers d'épaisses forêts marécageuses. Après quelques escaimonehes oA il remporta facilement de trompeurs succès, il

se trouva engagé peu à peu el sans s'en douter contre des forces supérieures. Les confédérés avaient 8 k 9 mille hommes, tandis que Seymour ne pouvait mettre en ligne que deux brigades, Barton et Hovirley, avec deux faibles régiments de cavalerie et trois batteries.

Néanmoins le combat se prolongea avec acharnement jusqu'à la nuit. Les fédéraux profitèrent de Tobscurité pour opérer leur retraite.

Suivis de près par les confédérés, leur arrière-garde dut combattre continuellement, el ce ne fut que grâce k la bravoure de deux régiments nègres, W Massachussets et V Caroiine-du-Nord, que la colonne dut de pouvoir rentrer h Jacksonville, le 22 au soir. Là, avec l'appui des ouviages et des canuiiuières, elle put se réorgaaiser et

arrt^ler l'ennemi, qui se mil à Fassiéger. Elle avait perdu eaviron hommes et 5 canons, tandis que le» coolâ* dérte n'avaient perdu que 6 & 700 hommes.

A lacksonvUie le général Seymour trouva un ordre du général Oillmore, en réponse k son vm antérieur, loi intimant (le ne pas donner suite à son projet d ûfieûsive. Le colonel Tiirner. qui l'avait apporté, avait été relardé par une grosse mer» et n'était arrivé qu'au moment même du revers. Ge n'était pas le moment de récriminer; il fallait sauver ce qui restait de la retraite, et» pour cela, loi reovoysr du renfort. La division Vogdes fat aussitôt acheminée par Giilmore de Hilton-Head sur JacksoovUle» et Seymour se trouva dégagé.

Une autre expédition fut alors entreprise et cette fois sur la rivière St-John, avec les canonnières. Mais elle n'aboutit qu'à faire perdre deux de celles-ci par des tor^ pedos confédérés.

Enfin les grandes chaleurs s'approehant» et le général

Grant ayant pris le commandement en chef, les opérations sur cette zone furent suspendues, et une partie des forces eu fut retirée.

Si le gouvernement fédéral n'avait pas arrêté plus tèt l'expéditiott de la Floride, c*est qull avait espéré qu'elle servirait au moins d'utile diversion à une. autre opération plus importante èombinée dès les jours qui suivirent la bataille de Ghattanooga, et qui devait s etlecluor pendant l'hiver.

Il s'agissait de pénétrer plus avant dans les Etats do golfe et spécialement de s'établir dans l'état d'Alabama. A cet effet, et après entente péniblement établie entre les généraux Grant» Sherman, Thomas» Banks, l'amiral Farragut et les divers départements de Washington, une comhi* naisondeqnatreà dnjeotreprisesconvergeotesfutdécidée.

L'amiral Farragut, avec des troupes de débarquemeot, altaqnerait Mobile, et s'oa?rirait l'accès des rîTières d^Alabama et de Tombig-bee, qu'il remonterait ensuite en

escui tant ses troupes.

Le général Thomas prendrait roUeii-ivi' de Ghatlanooga coQlrd Jonhston, successeur de Bragg à Dallon, pour empêcher que celui-ci aille secourir les forces de Polk, qui tenaient TAlabama,

Le général Sberman avec ses deux corps d*armée> 16* . et 17% frapperait le grand coup. Il s'avancerait d'abord de Vicksburg sur le Torabig-bee, puis sur Scima et sur Alofitgomery, la capitale de l Etat.

Sur la gaucbe son mouvement serait couvert par un grand corps de caTalerie, sous les généraux Smitb et Grierson, qui partirait de Memphis, et viendrait le rejoindre sur le Tombig-bee ou aux environs de Selma.

Après cette jonction Sherman jugerait, selon les cir- (;onstcinces, s'il se porterait plus au sud puur se joindre à Farragut et agir avec lui contre Mobile, ou vers le Nord -Est, pour rallier Tarmée de Thomas et pénétrer en Géorgie.

Ce projet, dont l'apparence grandiose pouvait séduire, et dans lequel une large et flatteuse latitude était laissée

au général Sherman, reposait sur un trop ;i! and nunilne d'incohérents rouages pour assurer la simultanéité d'action qui seule, en tels cas, procure la réussite. 11 rappelait tant d'autres plans semblables, à commencer par celui du général Scott dans la première opération contre Richmond, ne tenant aucun compte de l'immensité des distances, ni des obstacles à la réunion des colonnes en pa} s hostile, ni des bénéfices des ligues centrales laissés ii l'ennemi.

Le jugement et Tesprit d'initiative dont le géaéiai Sherman avait donné de si éclatants témoignages pou-

— lovaient 86 trouver à une rude épreuve. Ce dont on était 6ùr d*ïkvanee, c'est qu'il saurait s'en tirer sinon avec gloire, an moins sans tache, et que tout ce qui pourrait

hum mit ijR'iii amener le succès serait effectué.

Les préparatifs se poursuivirent activement pendant tout le mois de janvier. Dans les premiers jours de février le général Sherman partit de Vickaborg et de Jackson avec ses forces principales, montant à une quarantaine de mille hommes et GO canons. Il se dirigea d'abord sur Brandon, et plus à l'est le long du chemin de fer Snd-Mississipi.

Une flottille de canonnières remonta en même temps le Yazoo pour couvrir la gauche de Sherman et entretenir la jonction avec le corps de cavalerie de Grierson qui devait venir de Memptiis.

Sherman, marchant prudemnicnt et lentement, arriva le 14 février k Meridian, à la jonction des chemins de fer Sud-Mississipi et Mobile-Ohio. Il n'avait pas rencontré de résistance sérieuse; mais il avait été constamment harcelé sur ses ailes et à revers par deux corps volants de cavalerie sndisJes, cenx de Lee et de Roddy, qui l'avaient fort inquiété. Il loi était indispensable, pour aller au-delà de Meridian, d'avoir aussi toute sa cavalerie sous la main; et il résolut d'attendre l'arrivée de Grierson et de Smith- Ce carrefour de deux voies ferrées principales, d'une faraude transversale, de Vicksburg à Savannah et Charleston, et d'une grande verticale, du Golfe à TOhio, était du reste un point important. Sherman roccui)a solidement, s'y retrancha et s'y fit une base provisoire, d'où il lança dans toutes les directions des pointes de fourrageurs et de destructeurs.

Son antagoniste, le général Polk, n'avait évacué cette localité que le 13 février, pour replier une portion de ses torces, à l est sur Selma, l'autre au sud sur Waynesboro,

Id long des chemins de fer. 11 disposait d'environ lioît mille hommes dinfantone sous les généranx Loring et

Fiencli, et de h ;i 5 mille cavaliers sous les généraux Forrest, Lee et Ro(l(]y. Ne pouvant, avec ce faible effectif, arrêter de Iront l'armée de Sbermau, il adopta le système plus efficace de menacer les communications des fédéraux. De part et d'autre on se mit donc à dévaster routes, rails, viaducs, ponts, dépôts et stations de chemins de fer.

Ce ruineux mode de guerre n'eut pas empêché Sherman, à la rigueur, de se porter plus eu avant. Il aurait pu vivre sur le pays avec ses soldats, mais son armée s'était considérablement et peu favorablement augmentée.

Les proclamations présidentielles d'émancipation répandues dan^ la contrée avaient eu leur effet sur les plantations. Les esclaves libérés accouraient en masse à lui. Chaque recon^al^sance en ramenait en outre des centaines. Le camp de Meridian, une semaine k peine après son établissement» en comptait près de 40 mille. C'étaient là de lourds impedimentas pour aller en avant, et en pensant surtout que chaque journée de marche grossirait d'un million de bouches à nourrir cette foule affamée et désordonnée.

Pour renvoyer en arrière il aurait fallu lui donner une forte escorte; il aurait fallu au moins pouvoir Tarmer» et ni Tune ni l'autre de ces exigences n'était réalisable à ce moment. Quand la cavalerie aurait rejoint on verrait ce qu'il y aurait k faire.

Malheureuscmeia celle-ci n était plus à attendre. Les généraux Grierson et Smith étaient partis de Memphis quelques jours après que Shcrman avait quitté Vicksburg. Ils avaient' marché au Sud-£st, traversé Holly- Sprinp^s, T^ipley, et atteint sans encombre le chemin de fer Mobile-Ohio aux environs de Jacinto. Là ils avaient

commencé l'œuvre de desiruolion m grand el ioul en s'avançant vers le Sud. *

Le général confédéré Forrest, qui avait eu vent de cette expédition, avait résolu de lui épargner du chemin, il

reçut l'ordre de Polk de concentrer sa cavalerie, et avec quatre mille hommes environ il se porta à la reucontro des cavaliers fédéraux. Ceux-ci s'avançaient assez tran- (juiltemeut le long du chemin de fer, la meilleure et parfois la seule voie de la contrée. Âux environs d'Okalona, te 48 février, ils commencèrent à sentir de la résistance qui alla en s'augmentant, et devant West-Point sur la rivière ïibee, ils trouvèrent des forces en disposition de les bien rccevyii-. Forrest venait d'y établir uu t;ros de cavalerie poiir barrer tous les abords du chemin de fer.

Un tel emploi de cette arme était assurément nouveau. Ce qui put le paraître plus encore, ce furent les reIranchements dont on la couvrit. Toutefois Forrest savait ce uu il laisait, et c'était le cas de dire que toute tactique uoii .< lie est une bonne tactique.

Lne fois ses retranchements et rifiê-pUs bien établis» et après y avoir laissé quatre canons et une petite réserve il se porta en avant avec le reste de ses troupes. Dans l'après-midi du 20 février il s'engagea sérieusement avec les fédéraux, qui le chassèrent et le refoulèrent sans peine en le suivant à la deliaudade. Mais la cavalei ie de Forrest, arrivé»' à ses rifîe'pitSy mil pied à terre., envoya ses chevaux en arrière, et commença un feu meurtrier sur 1 es pou rsu i va n Is, q u i d u rent s'arrêter. Pen dani la nu i t Grierson et Smith rallièrent leurs coloimes, attendirent leur artillerie et retournèrent avec elle û I attaque, le %\ au matin.

De leur c6té, les confédérés s'étaient aussi ralliés, pré-

paré.s, retraucliL's, et de iiiiuvirui ils relDulèreat les assaillants. Prenant à leur tour l oîlensiv'e, ils les mirent eu complète déroute et leur culovèreat trois canons.

Sur cela, les généraux fédéraux nejugjVenl [)as possible de continuer la campagne dans cette direction. Ils se replièrent sur Memphis, où ils arrivèrent <b petites bandes désordonnées et épuisées dès le 24 février et pendant

les quatre à cinq jours qui suivirent. La retraite avait été

talonnée par de Iianlis coureurs de Fornst, ijni c-iiilnrèrent des traînards jusqu'à quelques milles de iMeniphis.

Le 22 février, la nouvelle decet échec parvint au général Shennan, qui décida sur-le-champ de se mettre aussi en retraite avec son lourd butin de nègres, de chevaux et

de mulets. Le soir même, il fit commencer l'évacuation de Méridian. H dans les premiers jours de mars ((uilcs les iVaclions de son ininit-nse colonne alteianin'iiL Vickshuru. Grâce à d«i siige.s uiesures de prudenctîî, quant à l'escorte et à l'arrière-garde, son monde ni ses trains n'avaient pu être entamés par Tennemi, qui ne fit que les escorter de ses coureurs, sans oser risquer aucune attaque sérieuse.

Les autres entreprises avaient eu des résultats analo* gues au point de vue militaire, avec le profit politique de moins.

L'armée dn général Thomas s'était ébra ni éo de Lliallanooga lo iu lévrier. Le 23, elle avait occupé Ringold au prix d'un engagement d'avanl-|»osies. Le 24, elle marcha sur Dalton, tout en escarmouchant, surtout à la position de Tunnel-Hill, et le soir elle se trouva en présence des lignes de Johnston, bien établies et en forces autour de Dalton. Ayant appris par des prisonniers et par des déserteurs que Jolmston, loin d'envoyer des renforts à Polk. en attirait, au contraire, à lui dAllanta et de l'Alabama, Thomas jugea sagement que son but était ijour le moment pleinement atteint, il continua à faire des démonstrations contre Dalton, sans chercher d'avantages plus décisifs que d*y veiller aux mouvements de Johnston et de le maintenir en place, pour faciliter la tâche de Sberman plus au Sud.

Qoand il apprit la retraite de Sherman de Méridian, il

n'eut rien à changer a son programme, sinon de perfectionner la iiuiuelle i»osilion de Tuniiel-Hill qu'il avait prise. Celte acquisition et quelques centaines de prisonniers furent le bénéfice de sa courte campagne. Un de ses corps, celui de Logan, qu'il avait détaché sur sa droite, vers HuotsviUe en Alabama, pour la protéger contre l'ubiquité de Forrest, s'y employa à faire la haie le loDg du chemiu de fer Memphis-Chattanooga, et eut peodant ce temps à livrer de nombreux mais insigniOaots combats.

L'expédition des canonnières sur la rivière Yazoo avait t](i s an èler à Yazoo-City, devant l'énergique résistance de deux brigades confédérées, et vers le milieu de mars elle était rentrée à Vicksburg. La retraite de la cavalerie sur Mumphîs ôtait toute valeur aux succès qu'elle aurait pu obtenir, puisqu'elle n'avait avec elle que 5 à<K)0 hommes d'infaoterie.

Dans le golfe, Tamiral Farragut, axmiàt après son retour de New- York, avait pris en mains la direction de PexpéditioD contre Mobile. Dès le milieu de février^ il avait 12 bâtiments de guerre et deux mille hommes d'infanterie devant le forll*ovveil, (jui barre un des passages de la baie. D'autres troupes devaient encore le rejoindre de Pensacola et de Pasciigoola. Celles-ci ayant clé relardées par diverses causes accidentelles, et un pr* îiiier bombardement des batteries ennemies, le 23 février, étant resté sans effet décisif, les préparatifs ultérieurs furent abandonnés, sur la nouvelle de la retraite du générai Sherman. Même la réussite de l'attaque du 23 eût été trop tardive pour avancer en rien le plan d*ensemble projeté.

n faudrait se garder de conclure de cette triste issue de la première campagne de i86i qu'elle fut sans profit aucun pour les fédéraux. Outre son mérite de diversions, elle avait eu celui, essentiellement politique, déporter par terre le drapeau fédéral tout près du cœur des régions

lo -

esclavagistes, el celui plus miliiaire d'une Toile reconnais* sance dans une contrée encore intacte.

Avec des généraux comme Sberman des échecs de ce

genre pouvaient Atre aussi utiles que des victoires. La reconnaissance qu il avait faite du pays, de ses ressources et de l'éfat des populations ne serait pas perdue. La nouvelle expérience qu ïi avait acquise serait bientôt mise à profit.

Mais avant d'en suivre la mise en application et d'entrer par là dans le cours de la grande et décisive campagne à laquelle elle se lie, nous devons mentionner enoore quelques opérations secondaires et incidentes qui méritent

d'être signalées.

L'une d'elles fut un nouveau raid confédéré rendu tristement célèbre par ses cruels exploits.

Le général Forrest, après avoir baUu et rejeté sur Memphis la cavalerie fédérale de Grierson et Smitii» n'estima pas avoir fini sa tÂcfae. D'accord avec le général Johnston, il espéra débarrasser le Sud de l'offensive de Sberman et de Thomas, en portant la guerre snr les derrières de ceux-ci, el en pénétrant de nouveau en Tennessée et en Kentucky, où il réveillerait le zèle des partisans de la sécession.

Vers le milieu de mars Forrest entra dans le Tennessée, où il groupa un corps d'environ 6 mille hommes de cavalerie, répartis d'abord en plusieurs colonnes. Il ravagea les localités hostiles» les chemins de fer et se présenta en forces le 24 mars en même temps devant Paducab, en Kentucky, à l'embouchure du Tennessée dans l'Ohio, et devant Union-City, carrefour important de chemins do fer au nord du Tennessée et non loui du Mississipi.

Cette dernière ville était retranchée et gardée par une garnison de 500 hommes du 7« Tennessée de cavalerie, sous le colonel Hawkins. Celui-ci refoula facilement une première» une seconde et une troisième attaque. Sommé»

après cela, de se rendre, il se soumit, quoique liajaal perdu qu'une dixaine d hommes au plus.

L'Autre colonne, devant Paducali, ne fui pas ai favorisée. La ville était aussi retranctiée et tenoe par environ 700 hommes du 4V Illinois, sous les ordres du colonel Hicks. Celui-ci, sommé le 95 de livrer la ville» s*y refusa» et l'engagement commença aasaitAtLes fédéraux» entourés de masses très supérieures, durent évacuer la ville et se retirèrent dans le fort Anderson, d'où, avec r<ii){*iu de canonnières sur la rivière, ils firent un feu meurtrier sur les assaillants et bravèrent tmis leurs elïorls. Forrest, qui usait volontiers du drapeau iiarlemenlaire, et, parait-il, avec plus de ruse que d'honneur, s'en servit de nouveau pour intimider le colonel Hicks qu'il Aomma de rendre le fort sans conditions» sinon il n'aurait aucun quartier après la prise d'assaut. Pendant les négociations mêmes» il fit prendre des positions avancées à des troupes qui avaient suivi le parlementaire à quelque distance. Après le refus de Hicks, il fit sur-le-champ donner l as^aul. Mais celui-ci fut de nouveau repoussé» ainsi que deux autres qui le suivirent.

Le lendemain Forrest renonça à s'emparer de la posi* tion; il se borna à piller la ville» à brûler ce qui avait échappé aux obus de la flottille et du fort» puis il se retira sur Eddyville, ayant perdu devant Paducah un millier d'hommes» dont 950 tués.

Pour venger son échec, il se livra à toutes sortes de déprédations contre les localités loyales.

Le 1 1 avril, avec les deux hrigadesBell et Me Gullogh, sous le commandement direct du général Chalmei , il investit le fort Pillow en Kenlucky, situé sur le Mississipi, à 170 milles en dessons de Gairo» et à 40 milles en dessus de Memphis.

La garnison se montait à 49 officiers et 598 hommes, tournis par le 0* artilki do position dos Etats-Unis, pré-

cédemment le 4" artillerie Alabama, tous de nègres, sous le major Booth, par le :iî® artillerie It-jJïère, aussi de uegres, et par un bataillon de cavalerie du 43« Tenoessée, blancs, sous le major Bradford. Le commandemeot supérieur élait aux maios du migor Booib, le plus ancien officier supérieur.

Le 13 avril de grand matin, les piquets extérieurs de la garnison furent refoulés sur le fort par les confédérés»

et l'action ne tarda pas à devenir générale. Une canonnière de cette station y prit aussi pari, ce qui, avec les six canons du fort, tint d abord l'ennemi à iionne distance. Vers neuf heures il réussit toutefois à faire quelques progrès, et ses tiraîlieurâ délogèrent les fédéraux de deux positions avancées importantes. Dans ces affaires le major Both fut tué. Le major Bradford, qui lui succéda immé* jdiatement, fit replier toutes les troupes sur le fort même et les tirailleries se prolongèrent sans résultat marquant jusqu'à deux heures.

A ce moment Forresl avança son drapeau blanc et ses parlementaires pour demander la reddition sans conditions du fort. Le major Bradlurd lil suspendre le feu, demanda une heure de rétlexiou, afin de pouvoir conférer avec ses ofliciers et avec ceux de la canonnière. Le parlementaire revint aussitôt rapporter la réponse de Forrest qu'il accordait 30 vingt minutes de répit, après quoi le fort subirait l'assaut et toutes ses conséquences.

Pendant ces courses des parlementaires Forrest avait fait avancer en toute sécurité ses troupes jusque sous le fort, où elles se logèrent dans des ravins et dans des magasins fédéraux qui se trouvaient sur le fleuve. Aussitôt que le second parlementaire se fut éloigné, elles s'élancèrent de tous c6tés sur Fouvrage et y pénétrèrent sans grande peine.

Alors et aux cris redoublés de : < Point de quartier t à bas les nègres! * une boucherie affreuse commença.

Environ 300 hommes, qui avaient cepeudaDt jeté leurs armes sur sommation des vainqueurs, furent impitoyablement tués. Des bandes de furieux, altérés de sang etaffran» chis de tout lien de discipline, envahirent même Vh6pital, ie sabre haut, et y massacrèrent les nègres dans leurs lits. Des tentes servant d'anil)ulance furent tout simplement brûlées avec leurs malades. Des négres.s»'s inlirmières lineiil inssi égorgées avec leurs enfants. La nuit ne mil pas même fin au carnage ; le lendemain il recommença sur les blessés qui avaient pu s'écarter. Il n'y échappa, pour le raconter, que deux officiers et une centaine d'hommes» pour la plupart couverts de blessures, qui purent s'échapper par le fleuve. Une trentaine forent noyés. Le major Bradford, pardé d'abord prisonnier, fui emmené du fort, puis fusillé en route entre Rownsvillt' et Jackson.

Ce massncre du fort Pillow, quand il fui connu (h\\> sou enscniblo cl dans ses diverses particularités, arracha de longs cris d'horreur à toutes les populations du Nord. Les esclavagistes essayèrent de le nier et de traiter de roman calculé les détails donnés sur le mode de guerre de leur général Porrest. Mais le congrès de Washingiou ordonna une enquête, cl celle-ci, fruité scrupuleusement par deux lionoraldes membres du ooinitcde conduite de la guerre, MM. Wade et Gooch, ne prouva que trop l'horrible réalité.

Convaincus de témoignages accablants» les confédérés durent finalement convenir que leurs hommes avaient été rendus si furieux par le spectacle de nègres armés et osant les retenir toute la journée qu'ils n'avaient pu être contenus par les officiers.

L'enquête, qui a été publiée et qui (orme un épais volume, nous parait en revanche, et concurrenimont avec d'autres témoignages, réduire à sa propre valeur une des scènes les plus émouvantes rapportées sur le massacre du fort Pillow. Les journaux racontèrent alors qu'outre

les nègres massacrés, brûlais et noyés, il y en avait eu d'autres enterrés vivants, et se plurent à voir là un raflinement de cruauté de la part des coufédérés. Après examen attentif des faits^ nous ne saurions partager l'opinion de ces journaux, qui, dans ce cas spécial» firent réellement de rhistoire à sensation.

Il est vrai (]\\v îles nèijres furent enterrés vifs et entre -lulies le noinuio Daniel TvIit. siniph' soklal dans laoompaguie B., V)* arlillori»': mais ua ne Siiurail en tu'er la conséquence qjie ce lut par barbarie, ii [»arait que <l»s blesses nègres firent à dessein les morts pour sauver leur reste de vie; qu'ils sup])nrtèrent dans ce but d'atroces douleurs sans se plaindre; qu'ils se laissèrent rouler dans les fossés avec de réels cadavres, couvrir môme de terre, et quMls ne révélèrent leur existence que quand la suffocation les y força.

Voici, à l'appui de notre assei liun, la déposition texluellemeiU Iraduile du susnommé Tyler. uiterrogé par M. Guocb le ±2 avril 1864, à l'hôpital de Mound-City, dans l'Illinois^déposition caractéristique d'ailleurs à d'autres égards encore :

Question. — Où avez*vous été élevé?

Réponse. — DansTétet du Mississipi.

Q. — Aves-vous été esclave?

R, — Oui, monsieur. ^

Q. — Eliez-vous au fort Pillow quand il fut capturé par les rebelles?

R. — Oui, monsieur.

Q. Quand avez-vous été blessé?

R. — Je fus blessé après que nous nous étions tous rendus; pas avant.

Q. — A quel moment?

R. — Us m^ont tiré dessus quand nous remontions sur la colline depuis le fleuve.

0» — ' Pourquoi remontiez- vous la colline ?

R. — lis m'appelaient.

Q. — Vîtes-vous qui vous Ura dessus?

R. — Oui, monsieur. Je ne le connais pas*

Q. — Un des rebelles?

R. — Oot, monsieur.

Q. — A quelle distance était*il de foos?

R. — Tout à €6tô de moit à droite; ma main touchait son fuMI.

Q. — Qu'est-ce qu'il vous dit?

R. — Il me dit : « Dieu vous daiune, je vais vous mettre bas, > et il me tira dessus. Je tomku, et un autre me tira encore dessus.

Q. — Est-ce qu'il y eut plusieurs de vos camarades tirés eu même temps?

R. — Oui beaucoup; nous étions couchés tout autour comme des porcs.

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