‹ Guerre des communeux de Paris, 18 mars - 28 mai 1871Chapitre 16 sur 34 · AU CITOYEN LEPERCHE, MAJOR DES TRANCHÉES DEVANT LE · texte numérisé non relu

AU CITOYEN LEPERCHE, MAJOR DES TRANCHÉES DEVANT LE

FORT D'iSSY.

« Mon cher camarade,

« La prochaine fois que vous vous permettrez de nous envoyer une sommation aussi insolente que votre lettre autographe d'hier^ je ferai fusiller votre parlementaire conformément aux usages de la guerre.

« Votre dévoué camarade ,

C( Rossel, « délégué de la Commune de Paris. »

La rupture des négociations venait , dit-on, de ce que les conditions de la capitulation offerte ne concernaient ni Eudes, ni Mégy, assassins sérieux, auxquels on ne garantissait point la vie sauve. Toujours est-il que les hostilités durent être immédiatement reprises, et que le feu, recommençant avec fureur, ne s'interrompit plus un seul instant de la journée.

La nuit du 1 er au 2 mai fut témoin de deux faits importants : la prise de la gare de Clamart et celle du château d'Issy.

A onze heures, le 22 e bataillon de chasseurs à pied, de la brigade Berthe, embusqué dépuis 8 heures du soir,

s'approcha de la gare en silence. «— Qui vive? » fit la sentinelle ennemie. — « 22 e bataillon de la garde nationale! » répondit un loustic. La sentinelle ftit alors supprimée par un procédé sans réplique, et le 22 e chasseurs enleva la gare à l'arme blanche, sans tirer un seul coup de fusil, mais semant sans bruit la terreur et la mort parmi deux bataillons de gardes nationaux et une compagnie de francs-tireurs communeux.

Presque à la môme heure, deux bataillons d'infanterie de la brigade de la Mariouse, l'un du 35 e , l'autre du 42 e , emportaient vigoureusement le château d'Issy. Sur ce point, la résistance fut de beaucoup plus énergique qu'à la gare de Clamart , et nous dûmes conquérir le terrain pied à pied, au prix de quelques sacrifices. On eut, entre autres, à déplorer la mort du capitaine du génie Bunel, atteint d'une balle en pleine poitrine , au moment où il enlevait une barricade. Ces deux affaires coûtèrent bien plus cher aux communeux , qui nous laissèrent 300 morts et 400 prisonniers.

La journée du 2 futsignalée,au sud de Paris, par quelques petits retours offensifs, et de folles mousquetades de l'ennemi; dans la région nord-ouest, par une escarmouche qui égaya les troupes du général Montaudon. Un détachement d'insurgés, ayant tenté d'enlever l'un de nos avant-postes de Neuilly, y laissa 35 morts ou blessés et une vingtaine de prisonniers, dont une cantinière en costume d'opéra-comique.

Le fort d'Issy se trouvait investi et, en partie, isolé de la

place, mais nous n'en étions pas encore maîtres, et il était permis de rechercher une prompte solution de la question capitale. M. Thiers s'était ménagé quelques intelligences, à la faveur desquelles il se flattait d'entrer dans Paris. On lui avait donné des indications précises et, croyant à la réussite des projets que d'adroits agents lui laissaient concevoir, il fit mettre sur pied toute l'armée active, ainsi que l'armée de réserve, dans la nuit du 2 au 3 mai. Il alla, de sa personne, coucher à Sèvres; quant aux troupes, elles se portèrent vers le bois de Boulogne, se massèrent à la hauteur du front 54-53 de l'enceinte et se tinrent prêtes à passer par la porte Dauphine, qu'on devait leur ouvrir. Cette entrée par la limite des 5' et 6 e secteurs était habilement combinée. Malheureusement, et pour des raisons encore obscures, les gardes nationaux de Passy et d'Auteuil (38 e et 72 e bataillons) ne purent faire les signaux convenus, et l'opération avorta. C'était la deuxième fois, depuis dix jours, qu'on tentait une surprise de ce genre.

La trace de cet échec fut vite effacée par la nouvelle de la réussite d'un coup de main très-élégant. Le 4 mai, dès sept heures du matin, le commandant du 2 e corps télégraphiait au chef du pouvoir exécutif :

« Succès complet à la droite des attaques.

« La redoute du Moulin-Saquet a été prise d'assaut, « avec beaucoup d'entrain, par les troupes du général <* Lacretelle.

« 200 insurgés tués sont restés sur le terrain; nous « avons ramené beaucoup d'officiers insurgés et 300 pri- « sonniers, 8 canons et plusieurs fanions.

« 2 canons ennemis, renversés dans un fossé, ont été, « en outre, abandonnés. »

Et M. Tbiers ajoutait malicieusement, en sa circulaire du même jour : — « Telle est la victoire que la « Commune pourra célébrer demain dans ses bulletins. »

L'issue de cette petite affaire avait, en effet, de quoi réjouir les cœurs les plus sombres de l'Assemblée nationale. Quatre compagnies du 39 e de marche, soutenues par les éclaireurs du 41 e et du 71 e , étaient parties, vers sept heures du soir, des environs du Plessis-Picquet, et avaient gagné la haute Seine par PHay, Chevilly et Thiais. Après s'être fait reconnaître des avant-postes de cavalerie du 3 e corps, elles avaient suivi la route de Choisy-le-Roi à Vitry, puis traversé ce village à la hâte; et, vers deux heures du malin, le gros du détachement était tombé sur la gorge de l'ouvrage, tandis que quelques assaillants résolus en escaladaient, sur divers points, les parapets. Les défenseurs de la redoute, appartenant aux 55 e et 420 e bataillons communeux, avaient été surpris dans un sommeil alourdi par les libations, et aucun d'eux n'avait opposé de résistance. Le 4 mai, à 3 heures, leurs drapeaux rouges et leurs canons, pavoises de l'ilas, arrivaient triomphalement devant l'hôtel de la

préfecturef et, vers six heures, les acclamations de la foule saluaient une longue chaîne de prisonniers, défilant la tête basse. Une voiture, bourrée d'officiers, de médecins et de cantinières, fut surtout accueillie parles huées d'un public dont la dignité n'est malheureusement pas la vertu dominante.

Les journées des 3, 4 et 5 mai n'avaient pas été perdues pour les troupes chargées d'éteindre le feu du fort d'Issy et d'en couper les communications avec l'enceinte et le fort de Vanves. Mais ces troupes avaient rencontré quelques difficultés à l'attaque du redan destiné à relier les deux forts : la tuilerie, l'hospice des aliénés, le passage en dessus du chemin de fer (point coté 64 sur la carte au 4 <>t | )00 ) leur avaient été vivement disputés.

C'est seulement dans la nuit du 5 au 6 qu'elles purent s'emparer de ces positions et s'installer définitivement à la gare de ClamarLNous ne saurions mieux faire, à ce sujet, que de reproduire le texte de la dépêche officielle :

« Cette nuit (du 5 au 6 mai), 240 marins et deux coince pagnies du 17 e bataillon de chasseurs à pied, conduits « par le général Paturel, se sont résolument élancés sur « le chemin de fer et sur le passage voûté qu'on se dis- « pute depuis trois jours. Les marins , accueillis par un a feu très-vif,- ont été vaillamment soutenus par les deux

« compagnies du 17 e , et la ligne du chemin de fer, ainsi a que le passage voûté, sont restés en notre pouvoir. Ceci pendant, la garnison de Yanves, cherchant, en ce mois

« ment, à prendre nos soldats à revers, était prête à « sortir de ses positions, lorsque le colonel Vilmette s'est « jeté sur elle à la tête du 2 e régiment provisoire , a en- « levé les tranchées des insurgés, a pris le redan où ils « se logeaient, en a tué et pris un grand nombre, et a « terminé ce brillant engagement par un coup de main « décisif.

u On a tourné aussitôt le redan contre Pennemi; on y « a pris quantité d'armes, de munitions, de sacs, de vi- « vres, abandonnés par la garnison de Vanves, et le dra- « peau du 119° bataillon insurgé. »

Ce succès nous coûtait malheureusement assez cher. Nous avions fait des pertes sensibles, surtout parmi nos marins et nos sapeurs. On eut à déplorer la mort du capitaine du génie Lafosse, atteint d'une balle au ventre, à l'attaque du redan. C'était la deuxième fois qu'on voyait un camarade de l'indigne Rossel tomber bravement au vrai champ d'honneur. D'autres officiers avaient encore été mis hors de combat pendant ces opérations. Le major de tranchée Leperche, les lieutenants Parot et de Broglie avaient été gravement blessés.

Il était temps d'arrêter l'effusion d'un sang généreux, et l'heure des mouvements décisifs allait enfin sonner. Toutefois, avant de frapper les grands coups, le gouvernement résolut de faire un dernier appel aux Parisiens égarés. Pendant que les ballons lancés par les insurgés laissaient tomber sur leur passage une foule d'imprimés

incendiaires, M. Thiers faisait répandre dans Paris la proclamation suivante :

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