‹ Guerre des communeux de Paris, 18 mars - 28 mai 1871Chapitre 32 sur 34 · DE MAOMAHON, DUC DE MAGENTA · texte numérisé non relu

DE MAOMAHON, DUC DE MAGENTA

La criée des journaux dans la rue étant ainsi bien interdite , il fallait encore réglementer la presse, et le Journal officiel publiait, à cet effet» la note suivante :

« Par application de la loi du 9-10 août 1849 sur l'état de siège, la publication et la distribution des journaux dans le département de la Seine sont assujetties, jusqu'à nouvel ordre, à la formalité d'une autorisation préalable, qui sera délivrée par les ordres du maréchal commandant l'armée de Paris.

« La situation des journaux actuellement en cours de publication sera régularisée dans un délai de vingt-quatre heures.

« Les demandes doivent être adressées à M. le maréchal, à l'état-major, hôtel du ministère des Affaires Étrangères. »

Et cette note elle-même était ainsi commentée par l'autorité militaire :

« Le maréchal commandant en chef fait savoir aux gérants de journaux et imprimeurs , qu'en vertu des pouvoirs résultant de l'état de siège , et conformément à la note publiée par le Journil officiel du 31 mai , les journaux qui paraîtront sans s'être pourvus d'une autorisation préalable, seront immédiatement supprimés ; et les imprimeries qui auront prêté leur concours aux journaux contrevenants, mises sous les scellés. »

Excellentes mesures de prudence qui eussent dû être prises, dès le 18 septembre 1870, par le gouvernement des Quatre-Septembriseurs!... On nous eût ainsi épargné bien des douleurs et des ruines.

Le 2 juin, les ordres suivants furent encore affichés :

« Le maréchal commandant en chef invite les habitants qui sont dépositaires ou détenteurs de matériel appartenant à l'État, tels que : objets de literie, de campement, d'habillement, d'ambulance, etc., à en faire la déclaration, dans un délai de quatre jours , aux bureaux de Tintendance militaire, 94, rue de Grenelle-Saint-Germain.

« Passé ce délai, les dépositaires ou détenteurs seront, conformément aux lois, traduits devant les tribunaux militaires. *

— « Le maréchal de France, commandant en chef l'armée de Versailles,

« En vertu des pouvoirs que lui confère l'état de siège,

« Arrête :

« Art. 1 er . Tout stationnement, ou étalage sur la voie publique, ou sur les trottoirs, est interdit.

<( Art. 2. L'interdiction ci-dessus stipulée ne s'applique pas aux emplacements affectés aux marchés publics par les règlements municipaux.

« Art. 3. Toute contravention au présent 'arrêté sera poursuivie par les moyens que l'état de siège met entre les mains de l'autorité militaire. »

Enfin, un arrêté du chef du Pouvoir exécutif, en date du 2 juin, portait, comme il suit, réorganisation de la garde républicaine :

a Le chef du Pouvoir exécutif de la République française, président du conseil des ministres, « Sur le rapport du ministre de la guerre, « Considérant que le personnel de la garde républicaine, telle qu'elle est constituée aujourd'hui, ne suffit plus pour assurer le service d'ordre dans la ville de Paris,

« Arrête :

« Art. 1 er . La garde républicaine sera réorganisée en deux corps distincts, comprenant chacun deux bataillons d'infanterie et quatre escadrons de cavalerie.

« Ces deux corps, qui prendront la dénomination de I e ' et 2 e régiments de la garde républicaine, formeront ensemble un effectif de 6,110 hommes. »

Et l'autorité militaire faisait placarder cet avis dont l'opportunité ne pouvait échapper à personne :

a AVIS.

« Tout commerce de pétrole est formellement interdit jusqu'à nouvel ordre.

« Il ne pourra être fait d'exception que pour les préparations pharmaceutiques; dans ce cas, la demande en sera adressée à l'autorité militaire, qui n'y fera droit qu'après s'être entourée de toutes les garanties nécessaires.

« Au quartier général, à Paris, le 2 juin 1871. »

Quel était l'aspect de Paris, pendant que le gouvernement et l'armée prenaient ainsi toutes les dispositions

propres à lui rendre le calme, à obtenir l'apaisement des

esprits, à ramener l'ordre et la sécurité dans les rues?

« Les quartiers du centre, écrivait un témoin oculaire, reprennent peu à peu leur physionomie accoutumée. Les magasins se rouvrent, mais lentement encore : les esprits ont tellement souffert depuis deux mois ; on a eu un si épouvantable cauchemar depuis huit jours, qu'on n'a pu encore secouer la torpeur dans laquelle on était plongé, ni se remettre sérieusement au travail. On détruit partout les barricades.

« Souvent, sur certains points, les passants sont requis d'enlever un pavé; celui, peut-être, qu'ils y avaient mis au temps de la Commune.

« Lorsqu'on s'avance dans l'intérieur de Paris, on se demande où sont pfasséstous les soldats de l'armée régulière qui y sont entrés depuis dimanche. Çà et là, on voit quelques campements, au parc Monceaux, au Trocadéro; quelques dépôts d'artillerie, comme sur la place du nouvel Opéra ; des postes isolés , comme sur la place de la Bourse, où l'on garde soixante-quatre mitrailleuses de tout genre.

« Presque toutes les maisons, fermées encore, ont arboré le drapeau national. Nous n'étions habitués à les voir ainsi qu'en signe de réjouissance publique; aujourd'hui, la douleur est sur tous les visages ; les groupes sont nombreux, mais inquiets ; ils interrogent le ciel avec terreur, craignant d'y découvrir la trace sanglante d'un nouvel incendie, d'une nouvelle ruine publique ou privée; partout, sur les murs, on aperçoit les traces d'une lutte récente, les trous des balles, les éclats des

projectiles, les marques d'un incendie que les communes ont essayé d'allumer en s 'éloignant! et l'on

songe que le Prussien contemple, ivre d'orgueil et de joie, nos désastres et l'affaissement de notre puissance. « Les arrestations continuent. Des dénonciations nombreuses sont, & chaque instant, déposées contre les anciens communeux; il est à remarquer que ce sont généralement les femmes qui les font; sous la Commune, il en était déjà ainsi à l'égard des Versaillais et des suspects. Aussi les rues sont-elles sillonnées de détachements de trois ou quatre gardes nationaux qui viennent de capturer un communeux. A l'égard des incendiaires on est sans pitié; tout individu, homme ou femoi!» ramassé portant une bouteille de pétrole est immédiatement fusillé.

« Les prisonniers qu'on fait ainsi sont dirigés sur certains points de Paris, au théâtre du Châtelet, par exemple, et, de là, on conduit à Versailles ceux que le grand prévôt n'a pas condamnés.

« L'insurrection a perdu un grand nombre de ses défenseurs; le chiffre de ses morts est incalculable. On les enterre partout, sur les berges de la Seine, sur les places publiques ; il y en a même qui sont étendus sur un trottoir, et sur lesquels on jette un linceul de terre. On ne cherche qu'à les préserver d'une décomposition trop rapide, par suite de contact prolongé avec de l'air.

« La nuit, Paris aune physionomie sinistre.

« Toutes les maisons sont fermées ; le gaz, dans cer-

tains quartiers, manque absolument. Par ci, par là, sur les tables de quelques cafés, on aperçoit la lumière tremblante d'une bougie. Peu de passants. A partir de neuf heures, on n'entend plus que le pas cadencé des factionnaires qui gardent chaque coin des rues. Puis les cris des sentinelles : Qui vive! Passes au large! interrompent un instant le silence de la nuit. On défend aux passants de longer les maisons; ils doivent marcher sur la chaussée, parce qu'on craint que quelque malintentionné ne jette du pétrole sur une habitation qui deviendrait aussitôtla proie des flammes. Souvent les habitants, inquiets et à peine rassurés par les précautions de la municipalité qui a fait boucher tous les soupiraux des caves, restent assis sur le pas des portes jusqu'à une heure assez avancée de la nuit.

« Ce sont eux , alors , qui intiment aux passants l'ordre de prendre le milieu des rues. Il ne serait pas prudent de désobéira leur injonction : on serait immédiatement soupçonné, et leurs cris attireraient bientôt les gardes nationaux du poste le plus voisin qui vous appréhenderaient au corps.

« Les deux dernières nuits ont été plus calmes. Auparavant, on craignait que, des fenêtres de maisons où les communeux avaient réussi à se cacher, ils ne tirassent parfois des coups de fusil sur les passants attardés. Aujourd'hui, ce danger est à peu près écarté; nous ne sachons pas, du moins, que des accidents analogues se soient produits.

il. :

« A neuf heures, le boulevard est désert. »

Paris, nous en ayons la confiance , va prochainement sortir de cet état d'ahurissement, de prostration , de tristesse. 11 recouvrera ses splendeurs. Déjà la vie lui est rendue. Les omnibus, les voitures y circulent; les chemins de fer vont reprendre leur service; ceux de Versailles, rive droite et rive gauche, ont des trains réguliers depuis le 2 juin. Depuis le samedi, 3, on peut entrer librement dans Paris, et en sortir sans laissez-passer. Enfin, l'armée prussienne, qui nous étreignait, desserre un peu son blocus; la compagnie de l'Est a reçu l'ordre de tenir prêts 70 trains pour le transport #h Allemagne d'une partie de ses soldats. C'est un premier allégement au fardeau de l'occupation.

Le combat a cessé. On ne fusille plus personne dans les rues, mais cela ne suffit pas; la vindicte publique veut des châtiments exemplaires. Qu'allons-nous faire? Amilcar, vainqueur de Spendius et de Mathô, fit écraser les mercenaires par son grand troupeau d'éléphants; Grassus, ayant enfin défait Spartacus et ses bandes, dressa pour les esclaves six mille croix qui jalonnèrent la route de Rome à Capoue. Pour nous, hommes du XIX e siècle, qui répudions l'iniquité antique , nous ne ferons point de ces hécatombes ; le duc de Magenta réserve d'autres traitements aux communeux qu'il a vaincus. Tous les prisonniers faits à Paris sont conduits à Versailles, et, depuis le 22 mai, il en vient des colonnes considérables.

Les célébrités de l'insurrection sont enfermées à la prison de la rue Saint-Pierre; c'est là que gémissent Rochefort, Assi, Pascbal Grousset et Rossel, qui s'est enfin laissé prendre. Quelques autres personnages de la Commune habitent la maison de correction de l'avenue de Paris. La majeure partie des insurgés est conduite aux caves des bâtiments de la cour d'honneur des Grandes- Écuries. Ces locaux s'élant bientôt trouvés insuffisants, on a dirigé ces incendiaires sur les docks de Satory, vastes hangars contruitssur le plateau de ce nom, pour l'emmagasinage du matériel de l'artillerie, du génie et du train des équipages. La grange de l'Essart a spécialement été affectée aux femme*, et deux docks du train sont convertis en infirmerie.

Mais cela n'a pas encore suffi. On a dû parquer des prisonniers dans l'Orangerie du château, dans les bâtiments de l'École de Saint-Cyr; enfin, dans le grenier d'abondance de la ville, situé près de la gare des Chantiers. C'est dans ce dernier édifice que sont parqués la plupart des femmes et des enfants.

Voici l'itinéraire des insurgés depuis l'heure de la capture jusqu'à celle de leur arrivée à la destination définitive : l'individu ramassé à Paris, pour un motif quelconque, est amené à Versailles, entre deux files de cavaliers, après qu'on a pris ses nom, prénoms, âge, domicile, etc., et qu'on lui a ôté ses armes. A Versailles, il subit un interrogatoire sommaire, et les commissaires de police, préposés à cet effet, établissent des catégories. Les in-

cendiaires, qui doivent être retenus, sont immédiatement dirigés sur Brest, la Rochelle, Lorient ou Cherbourg et, chaque nuit, de longs trains du chemin de l'Ouest en emportent mille ou douze cents, enfermés dans des waggons à marchandises. Une fois tfu port, les prisonniers sont installés à bord des pontons où ils doivent attendre leur mise en jugement. Ce sont les conseils de guerre qui vont statuer sur leur sort, car la société moderne, objet de tant d'attaques violentes, fait de la justice et non de la vengeance.

Que les conseils de guerre prononcent !

Après avoir pris des mesures énergiques en ce qui touchait les coupables, il convenait de songer à la mémoire des victimes de l'odieux gouvernement de la Commune.

A la séance de l'Assemblée nationale du vendredi, 2 juin, le ministre de l'Instruction publique et des Cultes aborda la tribune.

« L'insurrection de Paris, dit-il, a commencé par un assassinat et s'est terminée par un massacre.

« Tout le monde ici, tout le monde en France, tout le monde en Europe a présents à la pensée les détails de l'exécution des otages.

« Les corps ont été recueillis. On va procéder aux obsèques. Le gouvernement aura à vous proposer des mesures pour que la piété publique se manifeste d'une façon solennelle, pour attester à la fois et les regrets de

« Les corps des chères et déplorables victimes ont été recueillis arec des soins pieux.

« Quelques-uns, portant encore la trace de l'acharnement inconcevable des bourreaux, ne présentent plus aucune forme humaine, et n'ont pu même être reconnus.

« Nous allons les rendre à la terre, au milieu du respect et des larmes universels.

« L'Assemblée a décidé hier, par un vote unanime, qu'elle représenterait le pays à la tête du cortège funèbre. Nous lui proposons aujourd'hui de décréter que les obsèques auront lieu aux frais du Trésor public.

« Voici le texte du projet de loi :

« Art. 1 er . Les funérailles de M gr Darboy, archevêque de Paris, et des otages assassinés avec lui, à Paris, seront faites aux frais de l'État.

« Art. 2. Il est ouvert, à cet effet, au ministre de l'Instruction publique et des Cultes, un crédit extraordinaire de 30,000 fr. »

A la séance du mardi, 6 juin, M. le comte de Melun, rapporteur, déposa et, à la demande de l'Assemblée, lut le projet de loi relatif aux funérailles de l'archevêque et des autres otages.

« La commission, à l'unanimité, propose la résolution suivante :

« En même temps que les chefs de l'insurrection, pour grossir les rangs de leur armée, prenaient par force tous les citoyens en état de servir, et ne leur laissaient d'autre alternative que de se cacher, en courant les plus grands périls, ou de marcher dans leurs rangs, sous leur infâme drapeau, contre l'ordre , la liberté et la patrie , ils mettaient la main , sans prétexte, sans ombre de jugement , sur les hommes les plus considérables et les plus respectables, en annonçant qu'ils les garderaient en otage jusqu'à la fin de la guerre civile.

« Presque tous les prêtres de Paris furent arrêtés dans ces conditions et , à la tête des prêtres, leur archevêque.

a Plusieurs fois, par des proclamations, par des discours prononcés dans le sein de la Commune , il fut déclaré que, si les insurgés pris les armes à la main étaient jugés et exécutés à Versailles, les rebelles exerceraient leurs représailles dans ce troupeau d'innocents, non pas même suivant la loi du talion, qui ne leur suffisait plus , mais en assassinant trois victimes pour chaque criminel que la justice aurait frappé.

« Nous refusions de croire à la réalisation de ces sauvages menaces ; mais ce que nul n'aurait osé imaginer, c'est qu'à l'heure suprême, on massacrerait les otages sans autres motifs que la vengeance, la haine, l'amour du meurtre : sentiments bien dignes des barbares qui, en se retirant devant nos soldats , ont détruit tant de richesses nationales, et tenté de brûler les maisons et les bibliothèques, à leur éternelle honte et à notre éternelle Couleur.

Le 2 juin, le journaliste Chaudey avait été inhumé au cimetière Montmartre . La cérémonie avait été close par quelques discours prononcés sur sa tombe par MM. Rousse, Etienne Arago, Henri Martin, Frédéric Thomas, et Jules Barbier.

Le 3 , les funérailles du président Bonjean avaient été suivies à Orgeville (Eure ), par quelques amis et les autorités civiles et militaires du département. Conformément à la volonté du défunt, aucun discours n'avait été prononcé.

Le 7 juin, eurent lieu les obsèques de l'archevêque; de M gr Surat et des abbés Deguerry, curé de la Madeleine, Bécourt, curé de Bonne-Nouvelle, Sabattier, vicaire de Notre-Dame-de-Loretle.

Le Journal officiel du 8 juin rend ainsi compte de la cérémonie :

«Aujourd'hui, 7 juin, ont eu lieu, à onze heures du matin, en l'église métropolitaine, les obsèques de S. G. M gr Darboy, archevêque de Paris ; de M gr Surat, premier vicaire général, protonotaire apostolique; de M. l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine; de M. l'abbé Bécourt, curé de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, et de M. l'abbé Sabattier, deuxième vicaire de Notre-Dame-de-Lorette.

«L'église cathédrale de Paris avait été entièrement tendue de noir à l'intérieur et à l'extérieur, sur sa façade. Un écusson aux armes de M gr l'archevêque avec ces mots pour devise : Labore fideque , surmontait la porte du mi-

lieu. De chaque côté, des écussons portaient les dates sinistres des 24, 25, 26 et 27 mai 1871.

«Dans l'intérieur de l'église, sur d'autres écussons, figuraient les noms des otages assassinés par la Commune.

« En avant du chœur, au milieu du transept, se trouvait le catafalque de M gr l'archevêque. A droite et à gauche étaient les catafalques de M* r Surat et de l'abbé Deguerry; plus bas étaient placés ceux de M. l'abbé Bécourt et de M. l'abbé Sabattier.

« Les membres de l'Assemblée nationale, les ministres, le corps diplomatique , la magistrature , le maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta, le maréchal Canrobert, des amiraux, un grand nombre d officiers des armées de terre et de mer, l'Institut, l'Université, les consistoires assistaient à cette imposante cérémonie.

a Vers onze heures, le cortège funèbre, parti à dix heures de la rue de Grenelle, arrivait à Notre-Dame. Le deuil était conduit par M. Darboy, frère du vénéré prélat, à qui s'étaient joints les secrétaires de l'archevêché et les otages échappés au massacre ordonné par la Commune.

« Une foule, profondément émue et recueillie, se pressait de toutes parts sur le parcours du cortège. Un char traîné par six chevaux contenait les restes de M gr Darboy; un autre char portait ceux de M gr Surat.

« Le cortège étant arrivé sur la place du Parvis-Notre- Dame, MM. les chanoines de l'Église de Paris, les curés du diocèse de Paris , précédés par la croix du chapitre, ont été recevoir le corps de l'archevêque, conjointement

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avec le chapitre métropolitain. Puis, M* r Allouvry, ancien évoque de Pamiers, a célébré l'office divin.

« Les cinq absoutes, prescrites par le pontifical, ont été données par le nonce du pape, M* r Chigi, M* r Meignan, évêque deChàlons, M* r Mabile, évêque de Versailles, M* r Hugonin, évêque de Bagneux, et M gr Bravard, évoque de Cou tance s.

« A trois heures, après les vêpres des morts, le corps de M* r Darboy a été inhumé dans le caveau des archevêques de Paris.

«Eu vertu d\me loi de l'Assemblée nationale, une inscription contenant les noms des otages assassinés, dans les funestes journées des 24, 25 , 26 et 27 mai 1871, sera placée, aux frais de PÉtat, dans l'église de Notre-Dame. »

Tel est le récit du Journal officiel.

Les troupes de service étaient commandées par le général de Laveaucoupet.

Le corps de l'archevêque a été descendu, à quatre heures du soir, dans les caveaux de Notre-Dame. Celui de M* r Surat doit être enlevé du catafalque pour être transféré et inhumé à Charenton, sa paroisse.

Quant à l'église de la Madeleine, elle a réclamé le corps de l'abbé Deguerry, ainsi qu'en témoigne cet avis inséré dans tous les journaux :

« Les funérailles de M. l'abbé Deguerry auront lieu vendredi prochain, 9 juin, à dix heures précises , en l'église de la Madeleine.

« L'Assemblée nationale ayant voulu réunir dans la même cérémonie funèbre les victimes de Phorrible assassinat commis à la Roquette , le corps du vénéré pasteur a été transporté hier soir à Notre-Dame, mais, après la cérémonie, il sera reconduit à la Madeleine pour le service solennel de vendredi. »

Détail ignoble et lugubre, et qui démontre avec quel soin vigilant l'autorité doit rechercher et poursuivre les restes de l'insurrection ! Tout autour de Notre-Dame, et sur les quais, des marchands ambulants offraient aux passants les « médailles commémoratives de Monseigneur l'archevêque de Paris ». Ces médailles portaient l'effigie de Monseigneur Darboy. D'autres vendaient des biographies de l'archevêque, ou bien encore « l'ordre et la marche de [l'enterrement » .

Or, ces marchands immondes tenaient, de près ou de loin, à la Commune. C'étaient les mêmes qui, quelques jours auparavant, criaient par les rues les arrêtés du Comité de salut public ; et la police a fait de nombreuses arrestations.

Avant de reconstruire les monuments, ne convient-il pas de balayer et de laver à grande eau tous les ruisseaux de Paris.

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