‹ Guerre des Gaules (volume 2)Chapitre 207 sur 280 · LIVRE Vi · texte numérisé non relu

LIVRE Vi

d'un rang très-inférieur ; et César, sur la recammandation de Divitiae, l'avait élevé de la plus humble condition à la plus haute dignité. Ils se disputaient le principat, et dans les démélés auxquels avaient donné lieu la nomination des magistrats, ils avaient fait les plus grands efforts, l'un pour Convietolitan , l'autre pour Cotus. Éporédorix , en apprenant le projet de Litaviccus, en informa César vers le milieu de la nuit : « Il le prie de ne point permettre que la cité, entraînée par les coupables intrigues de deux jeunes gens, se détache du peuple romain; ce qui ne peut manquer d'arriver, s'ils se róunissent aux ennemis avec tant de milliers d'hommes, car les parents de ces derniers s'intéresseront infailliblement à leur sort, et la cité se croira engagée à les soutenir. »

XL. Cette nouvelle causa un vif mécontentement à César, parce qu'il avait toujours traité la cité des Éduens avec une bienveillance toute particulière ; et sans hésiter un instant, il fit sortir du camp quatre légions sans bagages et toute la cavalerie; on n’eut pas même le temps de replier les tentes, parce que tout le succès paraissait dépendre de la promptitude; il laissa le lieutenant

sed genere dispari, quem Cesar, ab Divitiaco sibi traditum, ex humili loco ad summam dignitatem perduxerat, in equitum numero convenerant, nominatim ab eo evocati. His erat inter se de principatu contentio, et in illa magistratuum controversia alter pro Convictolitane, alter pro Coto , summis opibus pugnaverant. Ex iis Eporedorix, cognito Litavicci consilio, media fere nocte rem ad Cæsarem defert: orat « ne patiatur civitatem pravis adolescentium consiliis ab amicitia populi Romani deficere, quod futurum provideat, si se tot hominum millia cum hostibus conjuaxerint, quorum salutem neque propinqui negligere, neque civitas levi momento æstimare posset. »

. XL. Magna affectus sollicitudine hoc nuntio Cesar, quod sem : per Æduorum civitati precipue indulserat, nulla interposita dubitatione legiones expeditas quatuor equitatumque omnem ex castris educit : nec fuit spatium tali tempore ad contrahenda ca- Stra, quod res posita in celeritate videbatur. C. Fabium legatum

C. Fabius à la garde du camp avec deux légions. Il avait donné ordre d'arrêter les frères de Litaviccus, lorsqu'il apprit qu'ils venaient de s'enfuir chez l'ennemi. Il exhorte les soldats à ne point se laisser abattre par les fatigues de la route, car le temps presse; ceux-ci montrent tous la plus vive ardeur ; et aprés s'étre avancé l'espace de vingt-cinq mille pas, il apercoit les Éduens en ordre de marche; la cavalerie, envoyée en avant, leur ferme le passage, avec l'ordre formel de ne tuer personne. 1l ordonne à Éporédorix et à Viridomare, que les Éduens croyaient morts, de se montrer parmi les cavaliers et d'interpeller leurs concitoyens. Ceux-ci, en les apercevant et én reconnaissant la ruse de Litaviccus , tendent les bras, font signe qu'ils se rendent, jettent leurs armes et demandent la vie. Litaviccus s'enfuit à Gergovie avec ses clients, car pour ceux-ci c'est un crime, suivant les mœurs gauloises, d'abandonner leurs patrons, méme dans les plus grands désastres.

XLI. César envoya des courriers annoncer aux Éduens qu'il avait accordé la vie à ceux qu "jl aurait pu tuer en vertu du droit de la guerre; et, aprés avoir donné pendant la nuit trois heures de repos à son armée, il marcha sur

cum legionibus duabus castris præsidio relinquit. Fratres Litavicei quum comprehendi jussisset, paullo ante repperit ad hostes fugisse. Adhortatus milites, ne necessario tempore itineris labore permoveantur, cupidissimis omnibus, progressus millia passuum xxv, agmen Æduorum conspicatus, immisso equitatu, iter eorum moratur, atque impedit interdicitque omnibus, ne quemquam interficiant. Eporedorigem et Viridomarum, quos illi interfectos existimabant, inter equites versari suosque appellare jubet. lis cognitis et Litavicci fraude perspecta, Ædui manus tendere, deditionem significare et projectis armis mortem deprecari incipiunt. Litaviccus cum suis clientibus, quibus more Gallorum nefas est etiam in extrema fortuna deserere patronos, Gergoviam profugit.

XLI. Cesar, nuntiis ad. civitatem Æduorum missis, qui suo beneficio conservatos docerent, quos jure belli interficere potuisget, tribusque horis noctis exercitui ad quietem datis, castra ad

LIVRE VII, 549 Gergovie. A peu prés à moitié chemin, des cavaliers cnvoyés par Fabius lui annoncent que nos troupes courent le plus grand danger, et que le camp est attaqué par des forces considérables ; « les Gaulois remplacent continuellement leurs hommes fatigués par des troupes fraiches, et cette lutte continuelle épuise les nôtres : il faut, à cause de l’étendue du camp, que les mêmes hommes restent toujours sur le rempart; un grand nombre d'entre eux sont blessés par les flèches et les traits de toute espèce. Les machines ont été d'un grand secours pour résister à cette attaque. Après la retraite de l’ennemi, Fabius n’a conservé que deux portes; il a fait boucher les autres, ct ajouter des parapets aux remparts; il se prépare à soutenir le lendemain une sembable attaque. » Informé de ces détails, César, grâce à l'empressement des soldats, arriva dans le camp avant le lever du soleil.

XLII. Tandis que ces événements sc passent auprès de Gergovie, les Éduens, en recevant les premiers courriers ?! de Litaviccus, n'attendent pas un seul moment des informations plus précises. Les uns sont entrainés par la cupidité, les autres par la colère et cette étourderie naturelle aux Gaulois qui leur fait accepter le plus léger bruit

Gergoviam movit. Medio fere itinere equites a Fabio missi, quanto res in periculo fuerit, exponunt ; summis copiis castra oppugnata demonstrant : « quum crebro integri defessis succederent nostrosque assiduo labore defatigarent, quibus propter magniludinem castrorum perpetuo esset eisdem in vallo permanendum ; multitudine sagittarum atque omnis generis telorum multos vulneratos : ad hzc sustinenda magna usui fuisse tormenta. Fabium discessu eorum, duabus relictis portis, obstruere ceteras pluteosque vallo addere, et se in posterum diem similemque casum apparare. » lis rebus cognitis, Cesar summo studio militum ante ortum solis in castra pervenit. | XLII. Dum hzc ad Gergoviam geruntur, Ædui, primis nuntiis ab Litavicco acceptis, nullum sibi ad cognoscendum spatium relinquunt, Impellit alios avaritia, alios iracundia et temeritas, qua maxime illi hominum generi est innata, ut levem auditionem en 30

pour une chose avérée. Ils pillent les biens des citoyens romains, les tuent, les enlévent pour l'esclavage. Convietolitan excite encore le désordre; i| pousse le peuple aux derniéres limites de la fureur, afin qu'aprés le crime la vanité l'empéche de revenir à de meilleurs sentiments. Les Gaulois font sortir sous la foi du serment, de la ville de Cabillonum *, le tribun M. Aristius, qui se rendait auprés de sa légion ; ils chassent de la méme ville ceux qui s'y étaient établis pour commercer; ils les attaquent continuellement sur les routes, et leur enlévent tous leurs bagages; ils tiennent bloqués jour et nuit ceux qui résistent. On compta de part et d'autre un grand nombre de morts, et ils recrutérent pour la guerre de nouveaux soldats. |

XLIII. Ils apprennent sur ces entrefaites que toutes leurs troupes sont au pouvoir de César : aussitót ils courent vers Aristius , lui exposent que rien ne s'est fait en vertu d'une décision officielle de la cité; ils font, sur le pillage des biens, une information judiciaire, confisquent la fortune de Litaviccus et de ses fréres, et envoient des députés à César pour se justifier. Ils n'agissaient ainsi que pour se faire rendre leurs troupes ; mais, déshonorés par un crime,

habeant pro re comperta. Bona civium Bomanorum diripiunt, czdes faciunt, in servitutem abstrahunt. Adjuvat rem proclinatam Convictolitanis, plebemque ad furorem impellit, ut, facinore admisso, ad sanitatem reverti pudeat. M. Aristium tribunum militum, iter ad legionem facientem, fide data ex oppido Cabillono educunt : idem facere cogunt eos qui negotiandi causa ibi con- Stiterant. Hos continuo [in] itinere adorti, omnibus impedimentis exuunt ; repugnantes diem noctemque obsident; multis utrimque interfectis, majorem multitudinem armatorum concitant.

XLIIH. Interim nuntio allato, omnes eorum milites in potestate Cesaris teneri, concurrunt ad Aristium ; nihil publico factum consilio demonstrant; quæstionem de bonis direptis decernunt ; Litavicci fratrumque bona publicant; legatos ad Cesarem sui purgandi gratia mittunt. Hzc faciunt recuperandorum suorum causa : sed contaminati facinore et capti compendio ex direptis

LIVRE VII. 351 compromis par le profit qu'ils avaient tiré du pillage auquel un grand nombre d’entre eux avaient pris part, effrayés par la crainte des châtiments, ils commencent à discuter secrètement des projets de guerre, et ils envoient des députations pour soulever les autres cités. Quoique César fût instruit de ces manœuvres, il parla cependant à leurs députés avec une grande douceur : « Il ne se montre point sévère à l'égard de la cité parce qu'il connait l'ignorance et la légéreté du peuple, et sa bienveillance pour les Éduens est toujours la méme. » S'attendant néanmoins à un soulèvement plus sérieux de la Gaule, il cherchait, ‘ afin de n'étre pas assailli par toutes les cités, comment il léverait le siége de Gergovie et concentrerait de nouveau toute son armée, sans que son départ, motivé par Ja crainte d'une insurrection, eût l'air d'une fuite.

XLIV. Il réfléchissait sur cette affaire, lorsque l'occasion de se tirer d'embarras parut s'offrir. En visitant le petit eamp pour inspecter les travaux, il remarqua que la colline occupée par l'ennemi était dégarnie de troupes, tandis. que les jours précédents elles s'y trouvaient en si grand nombre qu'on pouvait à peine voir le terrain. Il s’en étonne, et en demande la cause aux déserteurs qui chaque

bonis, quod ea res ad multos pertinebat, timore poenz exterriti, consilia clam de bello inire incipiunt, civitatesque reliquas legationibus sollicitant. Qux: tametsi Cæsar intelligebat, tamen, quam mitissime potest, legatos appellat : «nihil se propter inscientiam levitatemque vulgi gravius de civitate judicare; neque de sua in Æduos benevolentia deminuere.» Ipse, majorem Gallie motum exspectans, ne ab omnibus civitatibus circumsisteretur, consilia inibat, quemadmodum a Gergovia discederet ac rursus omnem exercitum contraheret ; ne profectio, nata ab timore defectionis, similis fugz videretur.

XLIV. Hace cogitanti aecidere visa est facultas bene rei gerendæ. Nam, quum in minora castra operis perspiciendi causa venisset, animadvertit collem, qui ab hostibus tenebatur, nudatum hominibus, qui superioribus diebus vix prz multitudine cerni poterat. Admiratus quærit ex perfugis causam , quorum magnus ad euim

jour venaient en grand nombre auprès de lui. Ils s'accordent tous à répondre, — et il le savait déjà par les éclaireurs, — que le sommet de cette colline est à peu près plat, mais qu'il est couvert de bois et d'un accès difficile du côté par où l'on arrive à l'autre partie de la ville; les Gaulois sont trés-inquiets pour ce point, et ils comprennent que les Romains étant maîtres d'une colline, s'ils viennent eux-mémes à étre chassés de l'autre, ils seront presque entiérement cernés, et qu'il leur sera impossible de sortir et d'aller au fourrage; c'est pourquoi Vercingétorix avait rappelé toutes ses troupes pour fortifier cette position.

XLV. Instruit de ces détails, César fait partir plusieurs escadrons, avec ordre de se répandre de tous cótés dés le milieu de la nuit, en faisant un peu plus de bruit que d'habitude. Au point du jour, il fait sortir du camp une grande quantité de bagages, et il ordonne aux muletiers de faire le tour des collines , aprés avoir mis des casques, . pour ressembler à des soldats de cavalerie et paraître tels aux Gaulois. Il leur adjoint quelques cavaliers qui doivent courir au loin, comme pour aider à la ruse, et leur ordonne de se réunir tous au méme point en faisant un long

quotidie numerus confluebat. Constabat inter omnes (quod jam ipse Casar per exploratores cognoverat) dorsum esse ejus jugi prope equum; sed hinc silvestre et angustum, qua esset aditus ad alteram partem oppidi : vehementer huic illos loco timere, nec jam aliter sentire, uno colle ab Romanis occupato, si alterum amisissent, quin pene circumvallati atque omni exitu et pabulatione interclusi viderentur : ad hunc muniendum locum omnes à Vercingetorige evocatos.

XLV. Hac re cognita, Cesar mittit complures equitum turmas: eis de media nocte imperat ut paullo tumultuosius omnibus locis pervagarentur: prima luce magnum numerum impedimentorum ex castris [mulorumque produci, eque iis stramenta] detrahi mulionesque cum cassidibus, equitum specie ac simulatione, colli- . bus cireumvehi jubet. His paucos addit equites, qui latius ostentationis causa vagarentur. Longo circuitu easdem omnes jubet

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