‹ Guerre des Gaules (volume 2)Chapitre 237 sur 280 · Melodunum, Melun · texte numérisé non relu

Melodunum, Melun

37. Les détails de la bataille livrée par Camulogéne aux Romains, dans les enviroDs de Lutéce, ainsi que le lieu précis où cette bataille a été donnée, ont beancoup préoccupé les érudits. Nous ne rapporterons point ici tout ce qui a été dit à ce sujet. Nous nous en tiendrons à l'opinion qui a été émise dans ces derniers temps par M. Jules Quicherat, et qui nous parait tout à fait concluante. M. Quicherat a publié, dans le tome XXI des Mémoires de la Société des antiquaires de France, une dissertation intitulée: Du lieu de la bataille entre Labienus et les Parisiens. Nous avons contrôlé, par le texte de César et l'examen attentif des lieux, cet excel. lent travail. 1l nous a paru de tous points incontestable dans ses conclusions, et nous croyons faire plaisir à tous ceux qui s'intéressent à notre histoire nationale en reproduisant ici l'analyse que M. Quicherat a bien voulu faire lui-méme de sa dissertation, p our les notes de notre édition de César.

« Je pars, dit M, Quicherat, de l'identité d'Agendicum et de Sens.

« Labiénus suit la rive gauche de la Seine jusqu'à un perpelua palus que je démontre ne pouvoir être formé par la Bièvre, mais qui l'était certainement par l'Orge. Il rebrousse donc chemin aprés s'étre avancé seulement jusqu'à Juvisy. il va chercher passage à Melun, et recommence sa route en suivant la rive droite de la Seine. Je démontre qu'il n'a pas passé sous Paris, qu'il n'a pas méme traversé la Marne et qu'il a posé son camp sous Creteil, en vue de Paris, qu'on découvre de là, dans un lieu qui s'áppelle aujourd'hui Notre-Dame-des-Mescheg,

« Cette position appelle celle de Camulogène qui se met devant Paris, vers les terrains actuels du Jardin-des-Pisntes.

« Pour l'opération du passage des Romains, voici les points que je détermine :

«Les bateaux romains stationnent vers l'endroit où est à présent le pont de Choisy.

« Les batelets sont euvoyés en amont du côté de Villeneuve-Saint-Georges.

« Le rendez-vous des bateaux et de l'armée qui s'avance à pied est à quatre milles au-dessous du point où étaient stationnés les bateaux, c'est-à-dire en face du Portà-l'Anglais, tout près du confluent de la Seine et de la Marne. .

« L'armée passe et se range en bataille dans la plaine de Vitry.

« Le plan de Camulogène consiste :

«1o A envoyer un corps dans la direction de Metiosedum, corps destiné à surveiller les batelets romains qui remontaient la Seine avec fracas. Ceci m’amène à coujecturer que Metiosedum, localité détruite, était un oppidum correspondant à peu prés à la situation d'Athismons.

« 20 A laisser e regione castrorum, en observation, en face du camp romain, un praesidium qui y était nécessairement déjà, car les Gaulois ne seraient pas restés sans faire surveiller le camp romain, et cette faction était faite par le praesidium en question envoyé dés le commencement, soit à Thiais, soit à Choisy. C'est là que César peut avoir fait quelque confusion d’après le rapport de Labiénus, en semblant indiquer comme improvisée, une manœuvre déjà faite.

« 39 A conduire le gros de l'armée gauloise contre les Romains, de manière à barrer la plaine d'Ivry et à défendre les hauteurs de Vitry.

« Nous arrivons à la bataille.

« La septieme légion rompt les Gaulois qui barraient la plaine d’ivry.

« La douzième se charge de ceux des hauteurs de Vitry dont elle n'a pas si bon marché.

« Je remarque que César, qui parle d'abord de la présence de trois légions, ne dit rien de l'action de celle qui combattit au milieu, preuve qu'elle fut battue et vraisemblablement en voulant escalsder le mamelon où est le fort d'Ivry.

« Il faut que la septième vienue secourir la douzième pour que la victoire se décide. Elle sc décide par le massacre de tout l'état-major gaulois qui tenait alors la plaine en avant des hauteurs d'Ivry.

« L'endroit où Camulogène a été tué est le véritable lieu de la victoire.

« Ce lieu a été appelé Victoriacum.

« Un autel y a été élevé.

« La religion des Romains a été perpétuée sous l'empire du christianisme par une église de Saint-Gervais et de Saint-Protais, saints militaires, qui ont été substituós aux divinités guerriéres du paganisme.

«La poursuite faite en dernier lieu par la cavalerie romaine a pour théâtre les bauteurs de Villejuif et de Bicétre. »

Ajoutons aux détails qu'on vient de lire que M. Quicherat a recueilli dans plusieurs documents du moyen áge des indications et des traditions qui donnent un nouveau poids à sa critique ; et nous ne doutons pas que les personnes qui suivront son travail dans son ensemble ne restent convaincues , comme nous l'avons été vous-même, qu'il a fixé de la manière la plus nette et la plus précise l'un des points les plus controversés des Commentaires.

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