‹ Guerre des Gaules (volume 2)Chapitre 44 sur 280 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

il vit qu'ils ne bougeaient même pas, il fit rentrer, vers le milieu du jour, les troupes dans leurs lignes. C'est alors seulement qu'Arioviste envoya une partie de son monde attaquer le petit camp. On combattit de part et d'autre avec vigueur jusqu'à la nuit. Arioviste, au coucher du soleil, fit rentrer ses troupes, aprés avoir eu, comme nous, un grand nombre d'hommes hors de combat. César, ayant demandé aux prisonniers pourquoi Arioviste ne livrait point une grande bataille, reçut cette explication : l'usage, chez les Germains, veut que les femmes, aprés avoir consulté les sorts et la divination, décident s'il est utile ou non de combattre; et pour le moment elles disent « qu'il est impossible aux Germains de triompher, s'ils engagent l'action avant la nouvelle lune. »

LI. Le lendemain, César, laissant des forces suffisantes pour garder les deux camps, placa en avant du plus petit tous les auxiliaires © en face des Germains, parce que ses soldats légionnaires étant moins nombreux que l'ennemi, il voulait en quelque sorte tromper les yeux. Lui-méme, après avoir rangé son armée sur trois lignes, s'approcha du camp des Germains. Alors ceux-ci, ne pouvant mieux

eastra minora oppugnaret, misit. Acriter utrinque usque ad vesperum pugnatum est. Solis occasu suas copias Ariovistus, multis et illatis et acceptis vulneribus, in castra reduxit. Quum ex captivis quereret Cæsar, quam ob rem Ariovistus proelio non decertaret, hanc reperiebat causam, quod apud Germanos ea consuetudo esset, ut matresfamiliæ eorum sortibus et vaticinationibus declararent, utrum proelium committi ex usu esset, necne : eas ita dicere : « non esse fas Germanos superare, si ante novam lunam proelio contendissent. »

LI. Postridie ejus diei Cesar presidio utrisque castris, quod satis esse visum est, reliquit ; omnes alarios in conspectu hostium pro castris minoribus constituit, quod minus multitudine militum legionariorum pro hostium numero valebat, ut ad speciem alariis uteretur; ipse, triplici instructa acie, usque ad castra hostium accessit. Tum demum necessario Germani suas copias castris eduxerunt generatimque constituerunt, paribus intervallis Ha-

faire, firent sortir leurs troupes et les rangérent par tribus, à distance égale : les Harudes, les Marcomans 5, les Triboques **, les Vangions, les Némétes , les Séduses ?', les Suéves, et ils entourérent toute leur armée de bagages et de chariots, afin que les combattants n'eussent pas méme l'espoir de fuir; ils placérent les femmes sur ces chariots, et celles-ci, les yeux en pleurs et les mains étendues, suppliaient ceux qui allaient se battre de ne point les livrer à l'esclavage des Romains.

LII. César placa à la téte de chaque légion un lieutenant et un questeur, afin que chaque soldat les eüt pour témoins de son courage. Lui-méme engagea l'action par la droite, car il avait remarqué que de ce cóté l'armée ennemie n'était rien moins que forte. Les nótres, quand

‘ le signal fut donné, chargèrent avec une telle ardeur, et

l'ennemi courut à leur rencontre avec tant d'élan et de rapidité, qu'on ne put, faute d'espace, lancer les javelots. On se débarrassa des armes de trait pour combattre corps à corps avec l'épée; mais les Germains se formérent rapidement en phalange, comme c'est leur coutume, et soutinrent le choc. Il y eut plusieurs de nos soldats qui sau-

rudes, Marcomannos , Triboces, Vangiones, Nemetes, Sedusios , Suevos, omnemque aciem suam rhedis et carris circumdederunt, ne qua spes in fuga relinqueretur. Eo mulieres imposuerunt, qua in prolium proficiscentes passis manibus flentes implorabant, ne se in servitutem Romanis traderent.

LII. Cæsar singulis legionibus singulos legatos et quæstorem præfecit, uti eos testes suæ quisque virtutis haberet; ipse a dextro cornu, quod eam partem minime firmam hostium esse animadverterat , proelium commisit. Ita nostri acriter in hostes, signo dato, impetum fecerunt ; itaque hostes repente celeriterque procurrerunt, ut spatium pila in hostes conjiciendi non daretur. Rejectis pilis, cominus gladiis pugnatum est. At Germani, celeriter ex consuetudine sua phalange facta, impetus gladiorum exceperunt. Reperti sunt complures nostri milites, qui in phalangas insilirent, et scuta manibus revellerent, et desuper vulnerarent. Quum hostium acies a sinistro cornu pulsa atque in

Page 1