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XXXVII. Tandis que ces événements s^accom

plissaient devant Gergovic, TÉdue Convictolitan, celui qui, ainsi qu'on Ta vu, devait sa Magistrature à César, se laisse gagner par l'argent des Arvernes. Il entre en relations avec plusieurs jeunes Gaulois, à la tête desquels se trouvent Litavic et ses frères, appartenant à l'une des plus illustres familles du pays. Il partage avec eux le prix (de la trahison) et leur parle en ces termes :

« Souvenez-vous que vous êtes nés libres, nés a pour commander. La nation des Édues est la

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« seule qui fasse encore obstacle au triomphe « assuré de la Gaule. L'autorité de votre exemple « empoche l'adhésion des autres peuples. Le jour « où vous vous déclarerez contre les Romains, « ce jour-là les Romains n'auront plus en Gaule « où poser leurs pieds. César m'a rendu un « service, je ne dis pas non. Mais, en somme, tt qu'a-t-il fait de plus que me donner gain de « cause dans une affaire où j'avais cent fois le a bon droit de mon côté ? D'ailleurs, la li- « berté de mon pays avant tout. Pourquoi donc « les Edues quand il s'agit de leurs lois, de « leur constitution, accepteraient*ils Tarbitrage « des Romains, plutôt que les Romains celui « des £dues ? »

Ces jeunes gens se laissent entraîner par les paroles de leur Magistrat et par l'argent qu'il leur avait distribué. Ils ne veulent céder à personne rhonneur de l'entreprise et ne songent plus qu'aux moyens de Texécuter. Ils se défiaient des sentiments de la nation. Peut-être hésiteraitelle à adopter le parti de la guerre. Dans cette crainte, on arrêta que Litavic serait mis à la tête des dix mille hommes de renfort destinés à

rejoindre César. Il les conduirait à destination

ao

pendant que ses frères se rendraient d'avance

auprès do César. On convint du reste.

XXXVIII. Litavlc prend le commandement de ces troupes. On n^étaît plus qu^à trente mille pas (44 kilom. 1/2) environ de Gergovie, lorsque tout à coup il réunit ses hommes. « Soldats « leur dit-il en pleurant — où allons-nous? « Toute notre cavalerie, toute notre noblesse ont « été égorgées par les Romains ; deux de nos € chefs, Éporédorix et Virdumar (i) , arrêtés « sous prétexte de trahison et mis à mort sans « jugement. C^est ce que vous allez apprendre de •« la bouche même de ceux qui ont échappé au « massacre. Ecoutez-les , car pour moi, qui « compte au nombre des victimes mes frères et « tous mes proches, la douleur m'empêche de « vous en dire davantage ». Alors il produit devant eux des gens à qui il a fait la leçon. Ceuxci racontent les détails de l'événement. « Les « Romains — disent-ils — ont fait périr en masse « nos cavaliers, sous prétexte que ceux«-ci cons* « pîraîent avec les Arvernes. Nous-mêmes, qui « parlons, nous n'avons échappé à cette tuerie

(i) Eporédirix-EW-r«iia-rt^A-chef dompteur de poulains. Cest VHippolyU des grecs. Ker-tfti-mar-grand homme noir.

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« qu'en nous cachant dans la foule des autres « troupes ». A ce récit, les soldats Edues pous* sent des cris d'indignation. Ils conjurent Litavic de ne pas les exposer à un tel danger, a Comme « s'il y avait — leur dit-il alors — à délibérer l « Comme si nous avions un autre parti à prendre a que celui de nous rendre à Gergovie et de ' « réunir nos forces à celles des Arvernes ! Après a un pareil aueniat contre nos frères, pouvons- « nous douter que les Romains ne soient déjà <i en marche pour venir nous écraser nous- « mêmes ? Si nous avons un peu de cœur, ven- « geons nos frères lâchement assassinés ! Mort à « ces bandits 1 a £t, en prononçant ces derniers mots, il désignait du geste les citoyens Romains qui voyageaient avec la colonne et sous sa sauvegarde. A Pinstant même, le convoi de vivres et de hléy qui était considérable, est livré par lui au pillage et il fait mourir les Romains dans les plus cruelles tortures. Puis, il expédie des courriers sur le territoire des Edues, soulève la nation tout entière à Taide du mcme mensonge et en répandant partout le bruit que les cavaliers et la noblesse Edues ont été massacres. Bref, il les exhorte à imiter l'exemple qu'il leur donne et à tirer vengeance de tant d'atfronts.

XXXIX. Les deux jeunes Edues, Eporcdorix et Virdumar, faisaient tous deux partie de l'armée. L'un et Tautre avaient été désignés par César pour le suivre dans cette campagne et ils servaient dans la cavalerie. Le premier appartenait à Tune des plus puissantes familles de sa nation et Jouissait parmi les Edues d'un très grand crédit. Le second, du même âge, égalait Eporédorix par l'influence personnelle, mais lui était de beaucoup inférieur par la naissance. 11 était le protégé de Divitiac, et, sur cette recommandation, César Favait élevé d'une condition obscure à une situation des plus brillantes. Ces deux jeunes gens se disputaient entre eux le premier rang. Dans la querelle des Magistrats, ils avaient, avec beaucoup de passion, pris fait et cause, l'un pour Convictolitan, l'autre pour Cot. En apprenant le dessein de Lilavic, Eporédorix vient trouver César au milieu de la nuit. Il le met au courant de ce qui se passe, a Je vous en conjure — lui dit-il — ne « souffrez pas que, par suite des manœuvres « criminelles d'une poignée de jeunes écervelés, « la nation des Edues se laisse tout entière aller « à trahir la cause des Romains. Or, c^est ce qui « se produira infailliblement, si tant de milliers « d'hommes opèrent leur jonction avec l'ennemi;

« car les familles de tous ces gens-là prendront « naturellement parti pour eux et contre nous, et a la nation elle-même subira Tinfluence de cette c défection ».

XL. Cette révélation émut douloureusement César. De tout temps la nation des £dues avait été traitée par lui en favorite. Sans balancer, il fait immédiatement sortir du camp quatre légions sans bagages, avec toute la cavalerie. Il ne prend môme pas le temps de faire plier les tentes, convaincu que tout va dépendre de la promptitude. Il laisse le camp sous la garde de deux légions commandées par Caius Fabius. 11 donne Tordre d'arrêter les frères de Litavic. Malheureusement, ils venaient de s'échapper quelques instants aupa* ravant pour passer à rcnnemi. Il exhorte ses soldats à ne pas s'effrayer de la fatigue de la marche ; il s'agit d'arriver à temps, coûte que coûte. L'armée le suit, pleine d'ardeur. Au bout de vingt-cinq mille pas (37 kîlom.), on aperçoit les Edues en marche. César envoie en avant sa cavalerie pour leur barrer le chemin, mais avec défense expresse de répandre une goutte de sang. Puis, sur son ordre, Éporédorix et Virdumar, que les Edues croyaient morts, s'avancent au premier rang des cavaliers et interpellent leurs

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compatriotes. Les Edues les reconnaissent. Ils

comprennent qu'ils ont été joués par Lilavic. Aussitôt, ils étendent les mains, font signe qu*ils se rendent, jettent leurs armes et demandent grâce. Litavic s'enfuit à Gergovie, accompagné de ses clients, car, suivant les mœurs Gauloises, le client ne doit en aucun cas abandonner son patron, et doit lui rester attaché jusque dans la situation la plus désespérée.

XLI. César dépêcha des courriers aux Édues pour les informer qull avait laissé la vie sauve a ceux que, d'après le droit de la guerre, il eût pu tuer légitimement. 11 accorda à ses légions trois heures de nuit pour se reposer et reprit la route de Gergovie. A peu près à moitié chemin, des cavaliers envoyés par Fabius vinrent l'avertir de la situation critique où se trouvait le Lieutenant, c Le camp est attaqué par des forces considéraa bles ; les Gaulois remplacent continuellement « par des troupes fraîches leurs troupes fatiguées; a les nôtres, au contraire, s'épuisent à la longue, 4 parce que, en raison de Timmense étendue de a notre camp, ce sont toujours les mêmes qui « sont forcés de rester aux remparts. Accablés « sous une grêle de flèches et de projectiles de a toute sorte, ils ont déjà beaucoup de blessés.

« Les machines ont rendu de grands services a pour la défense. Fabius, aussitôt après la « retraite des Gaulois, a fait boucher toutes les «c portes, à Texception de deux, et ajouter des « parapets au rempart. Il s'attend à une nouvelle « attaque pour le lendemain. >

César, grâce au dévouement de ses soldats, fut de retour au camp avant le lever du soleil.

XLII. Pendant que ceci se passait du côté de Gergovie, les £dues recevaient les premiers courriers de Litavic. Ils ne prennent pas le temps de réfléchir. Les uns cèdent à Tappât du gain, les autres agissent par emportement, par légèreté, le caractère des Gaulois les poussant toujours à accepter aveuglément pour vérités les récits les plus fantaisistes. Ils pillent les citoyens Romains, ils les égorgent ou les traînent en prison. Convictolitan est le premier à donner Texcmple. Il marche en tête de la populace, il la pousse luimême aux violences, pour que, le crime une fois commis, elle n^ose plus reculer. Le tribun M. Aristius rejoignait sa légion. Ils le font sortir de Cabillonum sous la foi du serment. Ils en chassent ceux qui s'y étaient fixés pour faire du commerce. Mais, dès qu'ils sont en route, on les attaque sans relâche et on leur enlève tous leurs

bagages. Ils se défendirent et soutinrent un véritable sicgc durant tout un jour et toute une nuit. Enfin, après de nombreuses pertes de part et d'autre, les insurgés les laissèrent pour s'en aller soulever une plus grande multitude.

XLIII. Pendant ce délai, arrive le messager de César. Us apprennent par lui que toutes leurs troupes sont au pouvoir des Romains. Aussitôt, les voici qui retournent en courant auprès d'Aristins. Ils lui expliquent que le gouvernement Édue est resté tout à fait étranger à ce mouvement, ils font dresser Tinventaire des biens pillés, déclarent confisqués ceux de Litavic et de ses frères, et députent à César pour se disculper. Leur seul but était de rentrer en possession de leurs troupes. Mais, compromis par leur attentat, ne voulant pas renoncer aux bénéfices que le pillage avait procurés à une foule d'entre eux, enfin, épouvantés par la crainte du châtiment, ils ne tardent pas à ourdir en secret des projets de guerre, et ils envoient des députés aux autres peuples pour les entraîner à la révolte. César voyait clair à toutes ces machinations. Il repondit pourtant aux députés Édues avec la plus grande douceur. « J'attribue « tout ceci — leur dit-il — à la légèreté et à « rignorance de la populace. Quant à la nation

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a elle-même, je ne la fais nullement responsable.

a Ma bienveillance pour elle n'en sera pas dimi- « nuée ». Dans le fait, il s'attendait à une explosion générale. Aussi, craignant de se trouver enveloppé par toutes les nations coalisées, il ne songea plus qu'à trouver le moyen de s'éloigner de Gergovie et d'opérer la concentration de toute son armée sans que son départ, motivé seulement par la crainte d'une insurrection, pût être pris pour une fuite (i).

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