‹ Guerre des GaulesChapitre 57 sur 66 · L. La lutte se prolongeait avec acharnement · texte numérisé non relu

L. La lutte se prolongeait avec acharnement

(i) Le général de Gœler propose de lire ici régressifs au lieu de progressus. Il prétend que, conformément aux habitudes militaires, César, commandant la réserve, doit, non avancer, mais rétrograder. Sans être militaire, on peut se demander si le but de César n'est pas, au contraire, de faire avancer sa réserve afin d*en imposer aux Gaulois et de rendre courage aux troupes repoussées.

En tous cas, Hegressus n'étant la leçon d'aucun manuscrit ne me parait pas acceptable.

car Tennemi sentait qu^il avait sur nous l'avantage du nombre et celui du terrain, et les nôtres étaient pleins de confiance dans leur valeur. Tout à coup, ce corps des Edues, qui, suivant les ordres de Ccsar, s'était porte sur la droite et avait gravi la montagne sur un autre versant dans le but d'opérer une diversion, débouche sur notre flanc découvert. L'apparition soudaine de ces troupes, armées à la Gauloise, jette le trouble parmi nos soldats. Ils voient bien que ces genslà ont le bras droit nu, ce qui est le signe adopté pour distinguer les Gaulois auxiliaires, mais ils craignent que ce ne soit là une ruse de guerre. A ce moment, le Genturion Fabius et les soldats montés à sa suite sur les murailles sont enveloppés et massacrés, et leurs cadavres précipités du haut des remparts. Marcus Pétréius, Genturion de la même légion, cherchait à enfoncer Tune des portes; mais, accablé par le nombre, criblé de blessures, se voyant perdu sans ressources : a Soldats — dit-il à ses hommes — je ne puis « me sauver avec vous, mais je ne souffrirai pas « que vous périssiez par ma faute. G'est moi, t c^est ma passion pour la gloire qui vous a « entraînés ici. A moi de vous sauver. Laissez- « moi et nç pensez qu'à vous ». A ces mots,

Oigitized by

GUERRE DES GAULES. BjS

il se précipite au milieu des Gaulois, leur tue

deux hommes et écarte un moment les autres de la porte. Ses soldats veulent le secourir. « N*es- « saycz pas — leur dit-il — de me venir en aide. « Vos efforts seraient inutiles. Déjà mes forces « s'en vont avec mon sang. Partez, il en est <c temps encore. Repliez-vous sur la légion ». Il tomba quelques instants plus tard, en donnant sa vie pour ses soldats,

LI. Les Romains, pressés de toutes parts, après avoir perdu quarante-six de leurs Centurions, sont enfin culbutes des hauteurs. La dixième légion, qui formait la réserve, s'était établie sur un terrain un peu plus plat. Elle arrêta les Gaulois lancés avec ardeur à la poursuite des nôtres. A son tour, elle fut soutenue par les cohortes de la treizième légion, qui, sous le commandement du Lieutenant T. Sextius, étaient sorties du camp et s'étaient rangées en bataille sur une hauteur. Les légions ne furent pas plus tôt arrivées dans la plaine qu'elles s'arrêtèrent pour faire face à Tennemi. Mais Vercingétorix, parvenu au pied de la montagne, remonta la côte avec son armée et rentra dans ses lignes. Cette journée nous coûta environ sept cents hommes.

LU. Le lendemain César convoqua Tarmée. Il réprimanda ses soldats pour leur conduite impru* dente et pour leur désir immodéré de faire du butin, a Vous avez voulu — leur dit-il — être vos « propres cheis, régler jusqu'où vous deviez vous « avancer, décider de ce qu'il y avait à faire. « Après le signal de la retraite, vous avez con- « tinué à marcher en avant ; vous n'avez écouté « ni Lieutenants ni Tribuns. Vous voyez par « vous-mêmes combien il en coûte de livrer « bataille, quand on a contre soi le désavantage « de la position. Ciiose que j'ai si bien sentie « récemment devant Avaricum, le jour où, ayant a surpris rennemi sans son ehet elsans sa cavalett rie, j*ai, malgré cela, renoncé à une victoire cera taine, parce que le désavantage de nia position a me l'aurait fait payer de quelques pertes. Autant « j'admire cette valeur héroïque qui vous a fait « franchir, comme d'un bond, les retranchements « d'un camp, la croupe d'une montagne et les a remparts d'une place, autant je blâme votre « désobéissance et votre présomption, vous qui « vous êtes crus plus habiles que votre Général, « et plus capables que lui d'organiser la bataille a et de préparer la victoire. Sachez-le, je ne fais « pas moins de cas chez le soldat de Tesprit de

GUERRE DES GAULES. 3j5

« discipline et d'obéissance que de h vaillance et

« du cœur ».

LUI. Ainsi parla César, mais en terminant il

eut soin de relever le courage de ses soldats, a Que « ce revers ne vous abatte pas — leur dit-il — ce « n'est pas à sa valeur que l'ennemi doit son succès, « c^est uniquement à l'avantage de sa position ». L'intention de César était toujours de lever le camp. Mais, avant d'exécuter ce projet, il fit sortir les légions et les rangea en- bataille sur un terrain avantageux. Vercingétorix refusant de descendre dans la plaine, César, après une escarmouche de cavalerie où nous eûmes le dessus, fit rentrer ses troupes. Il recommença le lendemain. Après quoi, jugeant cette double épreuve suffisante pour rabattre la jactance des Gaulois et pour raffermir le moral de l'armée, il se mit en marche et se dirigea vers le pays des Ëdues (i). Il ne fut même pas poursuivi par l'ennemi. Le troisième jour, ayant rétabli le pont de l'Allier, il transporta ses troupes de Pautre côté de la rivière.

LIV. Là, les Edues Virdumar et Eporédorix demandent à lui parler. « Litavic — disent-ils — a est parti à la téte de toute la cavalerie pour

(i) César, ayant perdu une grande partie de bon armée à Gergovic, fut vaincu et prit la fuite (Oroscj.

3j6 C.-J. CÉSAR.

a soulever les Edues. Il est urgent que nous « vous quittions pour pouvoir arriver là-bas et avant lui et prévenir une insurrection. » César avait plus d'un motif pour se défier de la sincérité

des deux Edues, et il regardait leur départ comme devant être bien plus propre à provoquer le soulèvement qu'à l'empêcher. Il jugea pourtant à propos de les laisser partir, ne voulant être ni accusé de violence ni soupçonné de peur. Il se borna, en les congédiant, à rappeler sommairement devant eux tout ce que lui devaient les Kdues. a Songez — leur dit-il — à ce que vous « étiez le jour où je vous ai pris sous ma protec- « tion ^ dans quel état de faiblesse je vous ai « trouvés. Forcés de vous réfugier dans Tinté- «t rieur de vos oppides, dépouillés de vos terres, « ne possédant pas un seul homme de troupes, tt tributaires d'une autre nation et condamnés à « lui livrer ignominieusement des otages! A quel « degré de prospérité et de puissance ne vous aî- « je pas élevés? Grâce à moi, non seulement « vous avez reconquis votre ancienne situation, « mais vous jouissez même aujourd'hui de plus « de crédit et de puissance que vous n'en avez « jamais eu ». Après cette petite leçon, il les congédia.

Oigitized by

LV. Noviodunum, oppide des Edues, s'élevait sur les bords de la Loire dans une forte position. Cétait là que César avait transporté tous les otages de la Gaule, le blé, le trésor, une grande partie de ses bagages personnels et de ceux de Tarmée. Il y avait envoyé, en outre, un nombre considérable de chevaux achetés pour les besoins de cette guerre en Italie et en Espagne. En arrivant à Noviodunum, Éporédorix et Virdumar apprirent la situation du pays. Les Edues avaient accueilli Litavic dans fiibrax, Tun de leurs principaux oppides. Leur premier Magistrat, Convictolitan, s'était rendu auprès de lui, accompagné du Sénat presque tout entier. On avait envoyé officiellement à Vcrcingctorix des députés pour conclure avec le chef Arverne paix et alliance. L'occasion parut trop belle aux deux jeunes gens pour la laisser échapper. Ils commencent par massacrer le poste laisse de garde à Noviodunum, ainsi que tous les Romains qui se trouvent là pour affaires de commerce. Puis, ils se partagent entre eux le trésor et la rsmonte. Us font conduire à Bibrax et remettre au Magistrat les otages de la Gaule. Après quoi, ne se sentant pas en mesure de défendre la place, et ne voulant pas qu'elle soit utilisée par les Romains, ils la

Oigitized

brûlent, chargent à la hâte sur des bateaux la plus

grande quaniilc de blc qu'ils peuvent, et jettent le reste, partie dans la rivière, partie dans le feu. Cela fait, ils lèvent des troupes dans les pays d'alentour, distribuent des postes et des vedettes le long de la Loire, et battent toute la contrée avec leur cavalerie. Ils espéraient ainsi nous intimider, nous couper les vivres, et nous forcer par la famine à évacuer le pays. Un tel espoir paraissait d^autant mieux fondé que la Loire, grossie alors par la fonte des neiges, ne semblait pas devoir nous offrir un seul endroit guéable.

LVI. A la nouvelle de ces mouvements, César jugea opportun de redoubler de vitesse. Dans le cas où il serait inquiète pour la réfection des ponts, il ne voulait pas attendre, pour livrer bataille, que Tennemî eût le temps de se grossir encore. Quant à abandonner son plan pour se replier sur la Province, c'était là une mesure que la lâcheté elle-mcmc eût à peine justiliée. La retraite, c^était le deshonneur. D'ailleurs, à peine était-elle possible avec les Cévennes devant nous, et par une route impraticable. Enfin, César se voyait coupé de Labiénuset des Ic^^ions détachées sous les ordres de ce Lieutenant, et il était à leur sujet tourmenté d'une grande inquiétude. En

Oigitized

GUERRE DES GAULES. 3jg

conséquence, il s'avança à marches forcées, sans s'arrêter ni jour ni nuit, et arriva inopinément sur les bords de la Loire. La cavalerie finit par découvrir un endroit à peu près guéable et dont il fallut se contenter, faute de mieux. Les soldats avaient de Teau jusqu'au cou et ils étaient obligés de tenir les bras en Taîr pour porter leurs armes. La cavalerie fut placée en amont dans le lit du fleuve pour briser la force du courant. A notre aspect, Tennemi fut tout de suite épouvanté, et Tarmée effectua son passage sans avoir perdu un seul homme. César trouva dans les champs du bétail et du blé à foison. 11 en gorgea ses troupes, puis se mit en marche pour atteindre le territoire des Sénons.

LVII. Pendant ces opérations de César, Labiénus laissait à Agedicum (i), pour garder les bagages, les recrues récemment arrivées d^talie, et, à la tete de quatre légions, s'avançait contre

(i) La position d'Agedicum a été Tobjet de vives et interminables discussions. Les uns ont pris parti pour Agcdicum- Scns, les autres pour Agedicum-Provins. Il semble que depuis le travail géographique de Léon Rénier sur cette question (V. Bull, de la Soc. nat. des antiquaires de France, 1848 et 1850), elle soit délinitivcmcnt résolue en faveur d'Agedicum- Sens. Suivant le mcinc sa\unt, il e^t probable que Provins, dont l'antiquité ne fait aucun douie, répond à la Kiobe de la Table Théodosiennc.

Lutélia, oppide des Parises situé dans une ile de la Seine. A la nouvelle de ce mouvement, les nations limitrophes réunirent des forces nombreuses. Elles en confièrent le commandement à TAulerke Kamulogène (i), élevé à cet honneur malgré son grand âge et en raison de ses talents militaires. Le chef Gaulois reconnut un marais (2) qui descendait jusqu'à la Seine sans solution de continuité et qui formait devant toute cette région comme une barrière infranchissable.

L'argument le plus concluant en faveur de Sens, c'est que César (L. 7 — Ch. lo-i i) ne met que quatre étapes pour aller d'Agedicum à Gcnabum (Orléans). Ces quatre étapes répondent parfaitement à la distance qui sép ire Orléiins de Sens ; elles ne répondent pas du tout à la distance d'Orléans à Provins

Mais une considération domine — à mon avis — toutes celles qui ont été mises en avant pour ou contre, c'est la suivante. Si l'on admet l idenlité dWpedicum-Provins, la campairne de Labiénus contre les Parises devient absolument inintelligible ; au contraire, tout le récit des opérations militaires devient absolument clair, si l'on admet que Labiénus part de Sens et revient à Sens.

(1) Ka.mllu-gfne — fils de Kamoul, Dieu de la guerre. Mais, 1(21^ la terminaison Gcne ne vient ni du latin Gii:no ni du grec yL'polJ.yA J elle vient directement et sans intermédiaire du sanscrit Jan fproduire).

Gana, engendrer, nuUre (vieil armoricain). Genel, même signilication {armoricain moderne).

(2) M. de Saulcv traduit perpétua palus par marais constamment noyé, autrement dit marais perpétuel. Lemaire, plus iidèle à la bonne latinité, remarque au contraire que

Il prit position derrière ce marais ( i) et se prépara à disputer le passage aux Romains.

LVIII. Labîénus tenta d*abord de construire des tnantelets et de combler le marais au moyen de claies et de fascines, de manière à y pratiquer un chemin. Mais, cette entreprise présentant trop de difficultés, à la troisième veille (minuit) il décampe en silence, et, reprenant la route par laquelle il est venu, rétrograde jusqu'à Métiosedum. Métiosedum est un oppide des Sénons situé pareillement dans une ile de la Seine, comme nous Tavons dit de Lutétia. Là, il fait main basse sur une cinquantaine de bateaux, les lie ensemble en un clin d'œil, les remplit de soldats, et, avant que les habitants, dont une -grande partie avaient quitté Métiosedum depuis plusieurs jours pour aller se joindre à Tarmée de Kamulogène, soient revenus de leur surprise et de leur terreur, il s'empare de

perpétua palvs est synonîme de continua palus, Lemaîre est dans le vrai. Nous avons vu tout à Theure (1. 7 — ch. 33) perpétuas trabes dans le sens de poutres d'une seule pièce, sans solution de continuité. Au chapitre 26 du mftme livre, perpétua palus signifie encore marais sans interruption. Plus loin, au ch. 73, nous verrons fosses perpétuée signifier évidemment : fossés tirés tout du long, fossés continus, sur toute la ligne. Tel est le sens ici comme ailleurs.

(i) L*Orge, suivant les uns, TEssonne, suivant les autres.

at

382 c.-j. césÀR.

la place sans coup férir. Aussitôt, il rétablit le pont récemment coupé par Tennemî, fait passer la Seine à son armée, et se remet en marche sur Lutétia en suivant le cours du fleuve. Les Gaulois furent informes de ces faits par les gens qui s'étaient sauvés de Métiosedum. Aussitôt, ils ordonnent de brûler Lutétia et d'en détruire les ponts. Puis ils s'éloignent du marais et viennent prendre position au bord de la Seine, en face de Lutétia et à Topposite du camp de Labiénus.

LIX. Déjà le bruit courait que César avait levé le siège de Gergovie. Déjà se répandait la nouvelle que les Édues avaient fait défection, que rinsurrection triomphait. Les Gaulois, dans leurs conversations , affirmaient que César n'avait pu ni s'ouvrir un chemin, ni passer la Loire, et que, vaincu par la famine, il battait en retraite sur la Province. A la nouvelle de la défection des Ëdues, les fiellovakes, qui n'avaient pas attendu cet exemple pour se déclarer contre nous, se mirent à rassembler des troupes et à faire ouvertement des préparatifs de guerre. Alors Labiénus, voyant combien la situation était modifiée, sentit la nécessité de changer son plan. Il comprit qu'il n'était plus question pour lui ni de faire des conquêtes, ni de livrer des batailles,

Oigitized by Go<

mais simplement de sauver l'armée et de la ramener sans encombres à Agcdicum. En effet, d'un côté il se trouvait menacé par les Bellovakes,

nation jouissant en Gaule d'une grande réputation de vaillance ; de l'autre, il avait sur les bras Tarmcc de Kanuilogcne tout organisée et prête au combat. Enfin, les légions se trouvaient séparées de leurs reserves et de leurs bagages par un très grand fleuve (i). En présence de difficultés si graves et si subites, Labiénus résolut de tenter un coup de hardiesse.

LX. A la tombée de la nuit, il convoque le Conseil. Il exhorte chacun à exécuter avec promptitude et adresse les ordres qu'il va donner. 11 confie les (cinquante) bateaux, ramenés de Métiosedum, à autant de Chevaliers Ronuiins. Les bateaux devront démarrer à la fin de la première veille (lo h. du soir), puis descendre bien silencieusement la rivière jusqu'à une distance de quatre mille pas (6 kilom.). Arrivés là, ils Tattendront. Cinq cohortes, jugées par lui trop peu solides pour être engagées, garderont le camp. Les cinq autres cohortes de la même légion se mettront en marche à minuit et remonteront la

(i) La Seine,

384 césAR.

Seine^ avec tous les bagages, en faisant beaucoup

de fracas. Il rassemble, en outre, des barques et les envoie également remonter la rivière à grand bruit de rames. Peu après, lui-même, à la tete de trois légions, sort du camp sans bruit et gagne le lieu où il a ordonné aux bateaux de Tattendre.

LXI. £n arrivant, grâce à un violent orage qui éclata tout à coup, il surprit et tua les éclaireurs que l'ennemi avait échclonnc's sur la rive. Par les soins des Chevaliers Romains chargés du transport des troupes, légions et cavalerie passèrent rapidement. A Taube, les Gaulois reçoivent presque simultanément les informations suivantes : il règne dans le camp Romain une agitation insolite... On signale une forte colonne remontant la rivière, et dans cette même direction on entend un bruit de rames.... D^autrepart, un peu en aval, des troupes passent la Seine, à Taide de bateaux. Ces rapports multiples font croire aux Gaulois que nous franchissons le fleuve à la fois sur trois points différents, et que, épouvantés par suite de la défection des Educs, nous ne songeons plus qu'à nous échapper (i). Aussitôt, ils font

(i) L*auteur de la Viê de César trouve ce passage inin» telligible à cause du fugam parare, « Comment — dit-il — « les Gaulois pouvaient-ils croire à une fuite, quand ils voyaient

Oigitized by

comme nous et partagent leur armée en trois

corps. Ils en laissent un, comme réserve, en face de notre camp ; ils en détachent un autre dans la direction de Metiosedum ( i ) avec ordre de marcher aussi loin qu iront nos embarcations ; le reste de leurs forces se porte contre Labiénus.

LXII. Au point du jour, toute nuire armée se trouva en position sur l'autre rive de la Seine et l'ennemi parut en bataille. Labiénus exhorte ses troupes : « Soldats — leur dit-il — souvenez-vous

c les Romains prôts à passer de vive force } i Ce raisonnement me parait plus spécieux que solide.

D'abord Kamulogène pouvait très bien supposer que Tintention de Labiénus était, non de Tattaquer, mais simplement de lui échapper, d'opérer sa retraite, ce qui ne lui était possible qu'en passant la Seine.

£n second lieu, Labiénus, pris entre deux armées, n'avait qu'une chose à faire, c'était de hur échapper, et son objectif véritable était bien réellement de se sauver, mais en passant sur le corps de l'armée Gauloise. Fugam parare me parait donc très à sa place et très clair.

(i) Les plus vieux manuscrits donnent la leçon Metiosedum^ non seulement ici, mais partout où on lit Melodunum,

Suivant Brunet de Presls et Haller, Metiosedum était le vrai nom de Melun au temps de César, et il fout lire partout Metiosedum au lieu de Melodunum. J'adopte d'autant plus volontiers cette leçon, que l'identité d'un prétendu Metiossdum, différent de Melun, n*avait jamais pu être établie, tandis que Metiosedum-Melun répond parfaitement aux conditions voulues*

Le très estimable historien de Melun, M. Leroy, se range

« de votre ancienne vaillance et de tant de corn-

« bats où vous vous ctcs couverts de gloire*. « Figurez-vous que César est là, lui, qui vous a « tant de fois conduits à la victoire, et que vous tt combattez sous ses yeux ». Et il donne le signal. Au premier choc, Taile droite, formée de la septième légion, enfonce Tennemi et le met en déroute. L'aile gauche, formée de la douzième légion, renversa bien les premiers rangs des Gaulois à coups de javelots, mais les autres tinrent ferme et pas un seul ne faisait mine de vouloir lâcher pied. Le chef ennemi, le vieux Kamu« lo^ène, euiit là, au milieu des siens, les excitant au combat. La victoire restait indécise, quand les Tribuns de la septième légion, apprenant ce qui se passait à Taile gauche, hrent exécuter à leur légion un mouvement de conversion et vinrent prendre i&s Gaulois à dos. Même à ce moment, pas un Gaulois ne bougea du rang. Ils furent enveloppés et tués jusqu'au dernier homme. Kamulogène partagea leur sort. Les troupes Gauloises laissées comme reserve en face du camp de Labiénus, en apprenant que la bataille était

également à cet avis. Il admet que le Metiosedum et le Melodunum de César ne sont qu'une seule et même localité.

(Leroy — Histoire de tMehn — 1887)

engagée, accoururent au secours de leurs frères et prirent poshion sur une colline ; mais elles ne purent soutenir l'élan de nos soldais victorieux et allèrent grossir le nombre des fuyards. Tout ce qui ne parvint pas à se réfugier, suii dans les bois, soit sur les hauteurs, fut sabré par la cavalerie. Cette opération achevée, Labicnus regagna Agedicum, où était en dépôt le bagage de Tarmée, puis il s'éloigna à la tête de toutes ses forces et opéra sa jonction avec César (i).

(i) En quel lieu s'est livrée la bataille de Kamulogène? Voilà Tun des points des Commentaires sur lesquels on a le plus discuté. La question n'est pas entièrement résolue, mais un certain nombre de vérités paraissent aujourd'hui hors de contestation. Je résumerai le débat en quelques mots.

Tout le monde est d'accord pour faire partir Labiénus de Sens, pour le faire marcher sur Paris par la rive gauche de la Seine.

Labiénus est arrêté dans sa marche par un marais derrière lequel Kamulogène est rangé en bataille. Les uns disent : ce marais est l'Orge, les autres disent : ce marais est l'Essonne. Cette seconde opinion a pour elle l'autorité de Napoléon I*', qui doit peser fortement en sa faveur.

Labiénus rétrograde jusqu'à Melun, passe la Seine et reprend sa marche sur Paris en suivant .maintenant la rive droite du fleuve.

Tout le monde d'accord.

Labiénus et Kamulogène établissent leurs camps respectifs en face l'un de l'autre, la Seine entre eux. Voici où l'accord cesse.

Quicherat fait camper Labiénus dans la plaine de Créteil, avant la Marne. Ce serait & Alfort que les Romains auraient

Page 1