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LXX. Pendant ces travaux, il se livra un

combat de cavalerie dans la plaine (i) dont nous venons de parler et qui s'étendait entre les collines sur une longueur de trois mille pas. On combattit de part et d'autre avec une extrême vigueur. Les nôtres commençant à plier, Gc'sar envoya les Germains pour les soutenir. En même temps, dans la crainte que Tinfanteric Gauloise ne donnât à Timprovistc, il rangea les légions en bataille devant le camp. Nos cavaliers, se sentant appuyés par les légions, reprennent coniiance, et les Gaulois sont mis en déroute. Ils s'embarras-

misc en état de la forteresse en vue d^un investissement possible (Aicsia).

Cette remarque si judicieuse du duc d Aumale s'accorde bien avec ce que dit Plutarque : « Toutes les forteresses mises en état de défense. » (V. ia note i de ce livre).

(i) Plaine des tournes.

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sent par leur propre multitude. Les ouvertures

ménagces à leurs retranchements sont trop étroites pour eux ; ils s'y entassent. Ce que voyant, les Germains s'acharnent contre eux et les poursuivent jusqu'au pied de leurs fortifications. Ils en font un grand carnage. Un certain nombre de cavaliers Gaulois abandonnèrent leurs chevaux pour essayer de franchir le fossé et d'escalader le mur (de pierres sèches). A ce moment, César ordonna aux légions, en bataille devant nos remparts, de se porter un peu en avant. A cette vue, les Gaulois placés à Tintérieur du camp sont pris d'une terreur égale à celle des autres. Ils s'imaginent que notre intention est de les attaquer immédiatement. Ils crient aux armes. Quelques-uns, affolés de peur, se précipitent dans la place. Vercingétorix en fait fermer les portes, de peur que 'son camp ne soit déseric Les Germains, après avoir tué une grande quantité d'hommes et enlevé beaucoup de chevaux, se retirèrent.

LXXI. Vercingétorix, avant que notre ligne de contrevallation ne fût terminée, résolut de renvoyer de nuit toute sa cavalerie. En congédiant ses c'avaliers il leur donne les instructions suivantes : « Que chacun de vous — leur dit-il — se <K rende dans son pays respectif, et qu'il force à

400 C.-J. CéSAR.

« marcher tout ce qui est d'âge à combattre. Songez « à ce que j*aî fait pour les Gaulois, et, je vous en « conjure, organisez tout pour assurer ma délic vrance. Me laisserez-vous mourir dans les tortu- « rcs, moi qui ai combattu avec tant de dévouement «e pour la liberté de la Gaule ? De votre zèle vont a dcpcadre le sort de voire i^^cncral et celui de « quatre«vingt mille hommes d'élite. D'après mes « calculs, je n'ai que bien juste pour trente jours de « vivres. Mais, à force de les ménager, peut-être 0 réussirai-je à traîner quelques jours au-delà ». Telles furent les instructions qu'il donna à ses cavaliers. Puis, à la seconde veille (9 h. soir), prohtant de la solution de continuité qu'offrait encore notre circonvallation, il les fit partir silencieusement.

Il se fait remettre tout le blé. Défense d'en

receler, sous peine de qiort. Il répartit par tête d'habitant (1) le nombreux bétail amené dans Toppide par les Mandubes. Quant au blé, il se réserve de le ménager, de ne le distribuer que par petites rations, au jour le jour. Il fait rentrer

(i) Viritim — par homme: chacun recevant sa part. Ce n^était donc pas de la viande sur pied. Et, en effet, comment auraitH>n nourri ces animaux ^

(Général Creuly — Examen de la C. ~ p. 91).

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dans l'intérieur de la place toutes les troupes bivouaquées au dehors. C'est par de telles dispositions qu'il compte se mettre en mesure d'attendre les secours de la Gaule et de soutenir la guerre.

LXXII. César fut mis au courant de tous ces préparatifs de défense par les déserteurs et les prisonniers. Voici de quelle façon il régla, de son côtéy les travaux du siège. Il fit d'abord creûser un fossé de vingt pieds de large, à parois verticales, le fond égal à l'ouverture. Entre ce fossé et tous les autres ouvrages il laissa un intervalle de quatre cents pieds ; voici dans quel but. Par suite de l'immense développement de la ligne d'investissement, nos soldats avaient beaucoup de peine à garnir tout le périmètre des remparts. Or, le fossé nous mettrait à Tabri des surprises ; il nous défendrait, la nuit, contre les irruptions des assiégés, et, pendant le jour, permettrait à nos soldats de travailler à leur aise aux ouvrages sans avoir à craindre les traits des Gaulois. Dans l'espace intermédiaire, César lit tirer, en outre, deux autres fossés de quinze pieds de large et de la même profondeur que le premier. Le fossé intérieur, se trouvant dans un terrain plat et maré? cageux, fut inondé au moyen de rigoles faites à

la rivière. En arrière de ces deux fossés César éleva une terrasse et un rempart d'une hauteur totale de douze pieds. Il y ajouta un parapet avec des créneaux et garni de troncs d'arbres fourchus et saillants, pour empêcher Tescalade. L'ensemble de la fortification fut âanqué de tours placées à quatre-vingts pieds les unes des autres.

LXXIII. Il fallait tout à la fois aller au bois, aller au blé, et travailler à ces ouvrages gigantesques. Ces corvées affaiblissaient Teffectif des combattans, car nos hommes étaient obligés de s'éloigner beaucoup du camp. Les Gaulois en profitaient pour faire de fréquentes sorties. Ils s'élançaient par plusieurs portes à la fois, et, tombant sur nous avec vigueur, mettaient nos ouvrages en péril. En conséquence, César jugea nécessaire de compléter encore ses fortilications, de manière à pouvoir les défendre avec moins de monde. On coupa des troncs d'arbres, ou simplement de grosses branches, dont les extrémités furent écorcées et taillées en pointes. On creusa une tranchée de cinq pieds de profondeur et on les y enfonça. Pour qu'on ne pût les arracher, on les lia entre eux à leur partie inférieure; Tautre partie seule émergea du sol. Ou en lit ainsi cinq rangs qui se touchaient et s'entrelaçaient. Qui-

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conque s'engageait là-dedans s'enfonçait le pied dans ces pointes aiguës. Le soldat appelait cela des Bornes, En avant de ces Bornes^ on creusait des trous d'une profondeur de trois pieds, en entonnoirs, disposés en quinconces. On y plaçait • des pieux ronds, gros comme la cuisse, et dont la pointe aiguisée cl durcie au feu ne sortait que de quatre doigts hors de terre. On fixait et on conso* lidait ces pieux en foulant fortement le fond du trou ; puis, pour dissimuler le piège, on recouvrait le tout de ronces et de broussailles. On faisait huit rangs de trous de ce genre, espacés à trois pieds les uns des autres. On les appelait des LiSy sous prétexte qu'ils figuraient une fleur de Lis. Enfin, en avant du tout, on fichait dans le sol des piquets d'un pied de long, armés d'hameçons de fer. On sema de ces hameçons à profusion et très rapprochés les uns des autres. On les appelait des Aiguillons (i).

LXXIV. Ces premières fortifications terminées, il traça sur un terrain aussi favorable que le lui permit la topographie des lieux, èt sur un périmètre de quatorze mille pas, une seconde

(i) Napoléon I"" remarque ici que ces sortes d'ouvraircs devaient être des inventions, puisque les soldats leur donnent des noms comme à des choses nouvelles pour eux.

ligne de circonvallation exactement semblable à la première, mais en sens inverse, c'est-à-dire tournant le dos à la place et faisant face à une armée de secours qui pourrait se présenter. Grâce à cette seconde ligne, il pourrait s'éloigner sans avoir à craindre que ses postes fussent enveloppés par un 2 armée venant du dehors, si nombreuse qu'elle pût être. Enfin, pour épargner aux soldats les dangers auxquels ils étaient exposes en allant aux vivres dans la campagne, il ordonna que chaque soldat eut à se pourvoir de blé et de fourrage pour trente jours.

LXXV. Pendant que ces travaux s'accomplissent sous Alésia,les chefs Gaulois se réunissent en Assemblée. Ils décident qu'il faut, non pas, comme le demande Vercingétorix, lever tous les hommes en état de porter les armes, mais imposer à chaque nation son contingent de combaiiants. Ils craignaient, en effet, en réunissant des masses aussi énormes, les difficultés qui naîtraient de rindiscipline, de la confusion, et de la question des subsistances. Les Edues, avec leurs clients les Ségusiaves, les Ambivarètes, les Aulerkes Brannovikes et les Brannoves, fournirent trentecinq mille hommes ; les Arvernes, avec leurs clients les Éleuthères Cadurkes, les Cabales et

les VeiiaveSy autant ; les Séquanes, les Sénons, les Bituriges, les Santons, les Rutcnes et les Carnutes, chacun douze mille ; les Bellovakes, dix mille ; les Lémovikes, autant ; les Pîctons, les Turons, les Parises et les Helves, chacun huit mille; les Suessions, les Ambiancs, les Médiomatrikes, les Pcirocores, les Nerves, les Morins, les Nitiobriges, chacun cinq mille; les Aulerkes Ccnomans, autant ; les Atrébates, quatre mille ; les Bellocasses, les Lexoves, les Aulerkes Ëburovîkes, chacun trois mille ; les Raurakes et les Boies, chacun trois mille ; toutes les populations du littoral de POcéan comprises chez les Gaulois sous la dénomination générique de nations Armoricaines, c'est-à-dire les Curiosolites, les Redons, les Anibibares, les Calctes, les Osismes, les Lémovikes et les Unelles, à eux tous trente mille. Les Bellovakes refusèrent de fournir leur contingent, prétendant qu'ils sauraient bien faire la guerre aux Romains, sî cela leur faisait plaisir, et à leurs risques et périls, mais qu'ils ne reconnaissaient à personne le droit de les y contraindre. Néanmoins, à la prière de Gonim,et par égard pour sa qualité d'hôte, ils voulurent bien envoyer deux mille hommes (i).

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