Varin était parti pour la France
MONTCALM ET LÉVIS
“Le 12 mai. — -Rien d’intéressant à vous marquer, toujours même vie, même allure ; la mienne est de n’en avoir point
“Le 18 mai. — M. de Vaudreuil a un soupçon de goutte, car c’est peu de chose. Si ma charge est de lui tenir compagnie tous les soirs, il doit être content, je ne fais que cela, ou parfois et rarement ma chambre, et il me semble que c’est bien pour le service, bien pour moi, car je n’ai rien de plüs amusant à faire. Le chevalier a ses soirées en règle ainsi- que ses dîners. Vendredi et dimanche chez le général ; pour moi, jamais, ou une fois en trois semaines. Un ou deux jours chez Péan qui a état, et de même chez moi, le reste chez lui seul, depuis qu’il n’a ni Roquemaure ni d’Hert.
“ N’est-ce pas une faute que de vous donner à lire tant de riens et d’une si mauvaise écriture : heureusement vous avez du temps de reste ”.
“ Le 22 mai. - — - Cette continuation du nord-est me met au désespoir, si elle finit sans aucune nouvelle de vaisseaux. La paix et notre retour. Nous avons bien débuté, mais à tous égards mangé notre pain blanc le premier.... Péan vient de passer six jours à Lachine avec la sultane régnante et sa famiRe, M. de Villebon, Solvignac, aide de camp.... Le chevalier de Lévis et la Pénisseault n’y ont pas été. Votre départ se diffère comme de raison sans savoir quand ; mon ennui augmente ; je ne sais que faire, que dire, que lire et où aller. Je crois que je demanderai à la fin de la campagne brusquement, sottement mon rappel sans autre raison qu’ennui ”.
MONTCALM ET LÉVIS 373
Le premier d’avril, la population de Québec avait été réduite à deux onces de pain ; peu de jours après, cette faible ration lui avait été même retranchée, ce qui occasionna une émeute de femmes dans la ville. Elles s’assemblèrent devant la maison du lieutenant de police, M. Daine, qui eut peine à les disperser. On voyait des malheureux aux traits hâves et amaigris, chanceler dans les rues ; d’autres ne pouvant travailler qu’en se tenant appuyés. Dans les campagnes, une partie des habitants vivaient d’avoine bouillie ; plusieurs n’ayant pas même cette ressource, se nourrissaient de racines, ou broutaient l’herbe dans les champs 1. Le long des rivières, les femmes et les enfants étaient continuellement occupés à pêcher et n’attendaient leur repas que d’un coup de ligne. Souvent le premier poisson qu’ils prenaient était cuit et dévoré sur le rivage même. A Chambly, la garnison affamée n’avait guère d’autre moyen de vivre ; les officiers se plaignirent même amèrement de ce que le gouvernement ne fournissait pas assez d’engins de pêche.
Le 9 mai, le régiment de la Eeine, ayant épuisé tout moyen de subsistance à Québec, fut acheminé sur Carillon, où il y avait un dépôt de vivres provenant de William -Henry, “ qu’il faut, dit Montcalm, extrêmement ménager, et auquel la dure nécessité force de