Il existe douze vues de Québec prises après le siège et
publiées à Londres en 1761. Elles furent dessinées, à la demande de l’amiral Saunders, par Richard Short, commissaire à bord du vaisseau le Prince P Orange.
MOMTCALM ET LEVIS
combattre, à rester attachés à cette France qui ne songeait plus à eux. On ne trouve pas dans l’antiquité d’exemple d’une fidélité plus touchante, ni d’un courage plus persévérant.
Les gelées d’automne commençaient à se faire sentir.
Toutes les troupes et les matelots furent mis en réquisition pour faire disparaître des plaines les travaux d’approches, enlever les décombres des rues, réparer les maisons, compléter les fortifications, couper et transporter du bois de chauffage, enfin débarquer et emmagasiner les vivres et les munitions. Au commencement d’octobre, l’armée put être logée, tant bien que mal, dans l’intérieur des murs et dans le palais peu endommagé de l’intendance. Les insulines et les hospitalières de l’Hôtel-Dieu rentrèrent dans leurs monastères respectifs, occupés en partie par les troupes. La plus stricte discipline fut établie dans tous les postes. Jour et nuit, par le froid, la pluie ou le beau temps, des patrouilles sillonnaient les routes du voisinage, afin de prévenir toute surprise. Le commandement de la place aurait pu être confié à un plus habile tacticien, mais non pas à un homme mieux doué pour s’attirer l’estime et la confiance des Canadiens.
Dans les derniers jours d’octobre, le canon des remparts répondit au salut de la flotte qui appareillait pour l’Angleterre. Le Royal- William emportait à son bord les restes embaumés du général Wolfe.
l’eu de jours auparavant, le capitaine Marcel, au moment de partir pour la France avec la garnison prisonnière, était allé dire un dernier adieu, dans l’église des insulines, aux restes de son général qui, lui, ne devait
plus revoir le beau ciel de Provence, ni ses plantations d’oliviers, ni son moulin à l'huile, ni les hôtes tant aimés de Candiac !
A l’arrivée de la garnison en France, le capitaine de Fiedmond demanda de revenir au Canada, et fit partie de l’expédition de M. de Danjac. Le navire la Fidélité, qu’il montait sombra en mer, à plus de cent lieues des Açores. Une partie des équipages et des passagers s’était réfugiée sur un radeau. Le capitaine de Fiedmond, avec quelques officiers et marins, parvint à gagner en canot l’île de Flore, où il chercha inutilement le moyen d’envoyer an secours des malheureux naufragés1. Un navire le ramena à Lisbonne, d’où il rentra en France.
En Angleterre, la nouvelle du succès de Wolfe eut l’air d’avoir été préparée comme un coup de théâtre. La lettre désespérée qu’il avait adressée à Pitt, peu de jours avant sa mort, venait d’être publiée et causait un désappointement universel. “ Puisque le général doutait, disait-on, le public avait raison de désespérer”. Trois jours après, on apprit du même coup la défaite de Montcalin, la mort de Wolfe et la chute de Québec. “ Les incidents d’un drame, dit Horace Walpole, n’auraient pu être conduits avec plus d’art pour faire passer un auditoire de l’abattement à une soudaine exultation. On désespérait, on triomphait, on pleurait; car Wolfe était tombé à l’heure de la victoire 2 ”. Le jeune héros fut porté aux nues. Toute la surface du royaume parut en
1 Il était resté à bord soixante-huit soldats, dont vingt
de la colonie, trente-trois matelots et quelques domestiques d’officiers.
2 — Memoirs of tlie reign of George II, vol. II, p. 385.
feu sous les clartés des illuminations. Un seul endroit, Blackheath, demeura obscur et silencieux ; car là une mère, veuve depuis peu, pleurait la mort du meilleur des fils. Ses concitoyens, respectant sa douleur, s’abstinrent de toute réjouissance publique. Lady Montagu écrivait à la comtesse de Bute : “ Il faut regretter le général Wolfe, non le plaindre. Je suis de votre sentiment : on ne doit avoir de compassion que pour sa mère et pour sa fiancée 1 ”. Le grand ministre qui avait deviné le génie du héros de Québec, fit son panégyrique dans la chambre des Communes, et la reconnaissance du peuple anglais lui a élevé un monument dans l’abbaye de Westminster.
La France de Louis XY se hâta d’oublier la mémoire de Montcalm qui lui pesait comme un remords. La France d’Amérique s’en est toujours souvenue. Elle a oublié ses fautes, pour ne se rappeler que ses vertus et son héroïsme. Le nom de Montcalm est inscrit sur ses monuments et ses places publiques. L’histoire et la poésie se sont donné la main pour célébrer sa gloire, devenue un héritage national. Le mausolée élevé sur son tombeau, un siècle après sa mort, n’est pas moins honoré que celui de Wolfe à Westminster.
1 — Lady M. W. Montagu's letters, vol. III, p. 191.