‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme] (volume 2)Chapitre 19 sur 85 · QE · texte numérisé non relu

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est un jour de fête et de danse ici

1 — C’est ainsi que Montcalm, dans son Journal, désigne la maîtresse de Bigot.

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Quelques jours après, autre excursion à la bouruade huronne de Lorette, où l’on assiste à l’oflice du dimanche, “ Les femmes dans l’église sunt séparée: des hommes... Elles chantent à l’unisson, On les prendrait poar un chœur de nos religieuses, à l’exception que presque toutes les sauvagesses ont la voix singulièrement mélodieuse, Ce qui m'a le plus frappé, c’est un sauvage qui servait la messe avec un surplis, J’ai cru voir le loup berger

A Montréal, la vie rangée, honorable et vertueuse que ménaient le gouverneur et la marquise de Vaudreuil, était une éclatante protestation contre les scandales de l’intendance,

Les réceptions se faisaient au château avec une dignité et une simplicité qui seyaient aux malheurs des temps. Malgré les dissentiments qui régnaient entre Vaudreuil et Montcalm, et qui commencaient à percer dans le publie, leurs rapports de société en souffraient peu, et l’on voyait assez souvent Montcalm et son étatmajor assis à la table du gouverneur, qui à son tour agréait les invitations du général,

“ M, le chevalier de Lévis, écrivait Montcalm, a donné un très beau bal à toutes les dames de la ville de Montréal ; il doit en donner encore un le lundi gras. [Il y a eu beaucoup de profusion dans les rafraichissements, et beaucoup d'attention dans les politesses. Les commandants des troupes de terre ont cherché à vivre honorablement dans leurs quartiers, et ont fait plus de dépenses que leurs appointements ne leur permettaient ; ils auraient même encore plus fait, si le goût de M. et

M'*° la marquise de Vaudreuil n’était tourné vers la

dévotion, et s’il n'avait fallu ménager le ton d’un pays où il y a un mélange de dévotion italienne qui n'exclut pas la galanterie ”,

Montcalm ajoutait dans une lettre à Bourlamaque :

“ M. le chevalier de Lévis s'amuse fort ici, Il passe sa vie chez M"*° Pénisseault, Il a été d’un grand souper chez M. Martel, Pour moi, je joue un trictrac, et je fais un tri chez mon général, M"° Varin, rarement M" Deschambault... Vous voyez que je n'ai pa étendu mes connaissances |,

“Je vous prie, Monsieur, de dire à M. de Solvignac que M. lintendant paraît craindre que le séjour de l'hiver, à Québec, r° fût dispendieux, Ainsi, quand lui et M. de La Mothe auront passé le temps des plaisirs à Québec, il faudra bien songer à venir faire le carême dans ce triste gouvernement de Montréal, pour, suivant les règles, faire Pâques avec son curé 2”,

Les Iroquois avaient ressenti plus qu'aucune autre nation le coup frappé sur Chouaguen, et depuis lors ils avaient cherché toutes les occasions de se rapprocher des Francais. Au mois de décembre, une ambassade de cent quatre-vingts de leurs guerriers étaient arrivés à Montréal, Le gouverneur les reçut au château au milieu d’une brillante cour d'officiers civils et militaires, et leur présenta le général qui les avait étonnés par la rapidité de ses conquêtes.

“ Les députés des Iroquois du Saut et du lac y étaient présents, raconte Montcalm dans son Journal. Les Outaouais et les Poutéotamis y ont aussi assisté,

1 — 24 novembre 1756.

2 — 25 novembre 1756.

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MONTCALM ET LÉVIS 185 et tous ces sauvages étaient extrémement parés et matachés, Ils s'étaient rendus à la salle d'audience avant l’arrivée des Cinq-Nations,

“ Les Cinq-Nations se sont assemblés à la salle du séminaire, d'où ils sont partis pour venir chez M. le marquis de Vaudreuil, Le grand chef, à leur tête, est entré dans la salle en chantant, en dansant et en pleurant, Ils ont porté dix-huit paroles, et donné pour cet effet quatorze colliers et plusieurs branches de porcelaine,

“ Le premier collier a été offert pour couvrir la mort du baron de Longueuil, gouverneur de Montréal, et de son fils, le chevalier de Longueuil, tué l’année dernière à l'affaire du lac Saint-Sacrement ; un autre, pour sécher les larmes d’Ononthio ; un troisième, pour allumer à Montréal un feu qui ne s’éteindra jamais ; un quatrième, pour relever l'arbre de paix dont les feuilles étaient prêtes à sécher ; un cinquième, pour présenter un balai avec lequel on pût enlever la poussière qui s'était amassée chez eux depuis qu'on ne tenait plus les anciens conseils, ete. À chaque collier présenté par les Oneyouts, pendait une chevelure anglaise. Ils ont foulé aux pieds les médailles qui leur avaient été données par le roi d'Angleterre. L’orateur a fini par appeler à haute voix chaque nation par son rang, et à mesure qu’il l'appelait, le chef faisait le cri de remerciment, qui était repris musicalement par tous les sauvages.

“ Toutes les paroles des Cinq-Nations ont été recueillies par le secrétaire du gouverneur, et les colliers reçus, en les numérotant ”.

ni!

Personne, les astucieux Iroquois moins que les autres, ne se laissait prendre à ces protestations d'amitié ; mais elles assuraient pour le moins une plus stricte neutralité de la part des Cinqg-Nations durant la prochaine campagne,

On était à la fin de décembre, Vaudreuil se hâta de congédier l'ambassade, pour se trouver à Québec à l’occasion de la nouvelle année, Il y fut suivi par Montcalm et Lévis,

M, l’intendant y a tenu un très grand état, et a donné deux très beaux bals, où j'ai vu plus de quatrevinots dames ou demoiselles très aimables et très bien mises, Québec m'a paru une ville d’un fort bon ton ; je ne crois pas que dans la France, il y en ait plus d’une douzaine au-dessus de Québec pour la société; car, d'ailleurs, il n’y a pas plus de douze mille âmes 1”,

Le marquis fut témoin, pour la première fois, du jeu effroyable dont Bigot donnait l’exemple, et eut des scrupules de s’y voir mêler, Il en rejette la faute sur “Je goût décidé de M. lintendant pour les jeux de hasaru, et sur la complaisance outrée de M. le marquis de Vaudreuil ”,

“ On a joué indécemment, dit-il, les jeux de hasard, et même les plus désavantageux, comme le pharaon. Plusieurs officiers s’en repentiront pendant longtemps, comme M. Marin, lieutenant en second dans le bataillon de la Reine, qui, outre beaucoup d'argent comptant, a perdu cinq cents louis, La géné,osité française n’a pas permis que cet officier fût en peine vis-à-vis ceux

1 Journal de Montcalm.

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On voit paraître ici une des malheureuses conséquences des divisions qui régnaient entre les deux commandants, Avec l'autorité absolue qu'ils avaient sur leurs troupes respectives, il eût suffi d’une ordonnance pour arrêter ces désordres ; mais au lieu de se

concerter pour agir avec vigueur, ils fléchissaient, de crainte de perdre une popularité qu’ils commencaient à se disputer,

Sur ces entrefaites, un incident qui fit éclater l’attachement des Canadiens pour le gouverneur, rendit la position encore plus tendus. Vaudreuil venait de partir pour Montréal, lorsqu'on apprit tout à coup qu’une violente attaque de pleurésie l'avait arrêté aux Trois- Rivicres, et menacait ses jours, L’alarme fut grande dans l& colonie, et Mer de Pontbriand ordonna des pricres publiques avec procession et exposition du Saint- Sacrement, On se demanda, avec ironie, dans les cercles militaires, si sa mort ferait un aussi grand vide qu’on paraissait le craindre, L’alarme fut passagère, car le gouverneur se rétablit promptement.

Le 51 janvier, Montcalm, accompagné de son premier aide de camp, était sur le chemia de Montréal, où l’appelaient les préparatifs d’une prochaine expédition. Les deux voyageurs, enveloppés d’épaisses fourrures, jouissaient de cette promenade à laquelle ils étaient peu habitués, La carriole attelée de deux chevaux, glissait, tantôt sur la neige durcie du chemin, tuntôt sur la glace du fleuve, avec une rapidité qui les émer-

veillait, Autour d'eux s’étendait, éclairée par les rayons obliques d’un pâle soleil, immense nappe blanche, sur laquelle courait une poudrerie fine, emportée par un vent sec et glacé,

Le silence morne de la nature n’était interrompu que dans le voisinage des maisons par le jappement de quelque roquet, qui courait après la voiture, ou par le bruit cadencé des fléaux, dans les granges où l’on battait le grain. .

La nuit vient vite à cette saison de l’année: la scène changeait alors d'aspect. Les étoiles s’alluraaient au ciel, et duns cette atmosphère pure et limpide comme le cristal, elles étincelaient par myriades dans l'azur immaculé, L’horizon s’approfondissait au loin dans un clair obscur indéfini aux lueurs vacillantes de l'aurore boréale, De distance en distance, une petite lumière, scintillant à travers une fenêtre, indiquait la chaumière d’un habitant, Çà et là, au bord de la route, des bouquets d’épinettes et de mélèzes, avec leurs branches chargées de neige, ressemblaient à des fantômes qui s’avancaient en se balancant vers les voyageurs,

En contemplant cette nature hyperboréenne, si différente des climats tempérés, ils songeaient combien ils étaient loin de la France, et se demandaient quand finiraiv cette dure expédition,

A l’un des relais, ils furent rejoints par un courrier de Carillon, qui leur apporta la nouvelle d’une alerte causée dans ce fort par un parti de franes-tireurs ou rangers américains, Ce parti de soixante-quatorze hommes, avait pour chef un aventuricr lu New-Ham)-

shire, le capitaine Robert Rogers, qui, avant la guerre,

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avait fait la contrebande sur les frontières du Canada et de la Nouvelle-Angleterre, Ce commerce interlope lui avait fourni l’occasion d'apprendre un peu de francais, et de s’endurcir aux courses dans les bois, Il ‘était déjà rendu célèbre par des coups d’audace qui avaient fait de lui le rival de nos plus hardis chefs de bandes, mais aussi par des actes ’atrocités qui lui avaient acquis la réputation d’un brigand, Son portrait a été conservé: à ses lèvres minces, sous un nez énorme, à ses yeux de lynx, on reconnaît un homme aux instincts sanguinaires. Il avait été accusé comme faussaire ; il fut plus tard soupçonné de trahison; mais les services signalés qu'il rendit avec ses partis d’éclaireurs, firent fermer les yeux sur ses crimes, augmentèrent d'année en année son crédit dans l’armée anglaise, et le firent placer à la tête de corps considérables.

Rogers, avec sa troupe, était sorti, le 16 janvier, du fort William-Henry, et après avoir franchi le lac George sur Ja glace, il avait suivi, en raquettes, un sentier dans la montagne, nommé le chemin des A gniers, qui lavait conduit, sans être aperçu, jusqu’au bord du lac Champlain, à mi-chemin entre Carillon et Saint-Frédérie,

Le 21 janvier, une escouade de quinze soldats et d'un sergent aux ordres d’un officier canadien, M. de Rouilly, était sortie du fort Carillon, avait descendu la falaise et pris le chemin tracé sur la glace du lac, Ils emmenaient avec eux plusieurs traînes sur lesquelles ils devaient charger des provisions, que M. de Lusienan envoyait chercher à Saint-Frédérie, Au moment où, sans soupconner le danger, ils passaient en face de l’'embuscade dressée par Rogers, ils virent débou-

cher du rivage sa troupe sur quatre colonnes, qui s'avanca sur eux au pas de course, Sept soldats furent pris avec trois traîines, le reste s'enfuit et arriva hors d’haleine au fort Carillon, où il répandit lalarme,

M. de Lusignan fit partir immédiatement cent hommes de troupes de terre et de la colonie, avec quelques volontaires canadiens et sauvages, ceux-ci presque-tous Outaouais, sous le commandement de M. de PBasserode 1, pour aller couper la retraite aux maraudeurs. Parmi les Canadiens qui faisaient partie de cette expédition se trouvait un fameux ‘officier partisan”, très populaire parmi les tribus des grands lacs, Charles de Langlade ?, C'était lui qui avait dirigé les principales attaques des sauvages à la bataille de la Monongahéla. La troupe alla s’embusquer, à environ une lieue du fort, de chaque côté d’un ra vin, où l’on arrivait par une montée que devaient gravir les rangers pour aller regagner la glace du lac George,

Le temps était au dégel, et il faisait une pluie battante. Les soldats sans raquettes, enfoncant jusqu'aux genoux dans la neige, se voyaient dans une position très désavantageuse pour combattre,

Il était trois heures de l'après-midi quand parut la colonne des rangers, qui s’avancait en raquettes sur une seule file, marchant à grands pas; car dès que Rogers avait vu que l'alarme allait être donnée à

1— Capitaine au régiment de Languedoc,

2— Vaudreuil, prévoyant que l'ennemi ne passerait pas l'hiver sans faire quelque tentative, avait envoyé M. de Langlade à Carillon, à la fin de décembre, avec “ quatre-vingt-dix hommes, Canadiens et sauvages de bonne volonté ”. Vaudreuil au ministre, 19'avril 1757.

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MONTCALM ET LÉVIS 191 Carillon, il s'était hâté de rebrousser chemin, A son tour, il allait être surpris, car il vint donner en plein dans l'embuscade, sans rien apercevoir. Ce ne fut qu’à l'instant où le bruit sec de plusieurs fusils qu’on bande se fit entendre derrière le fourré, que son avant-garde fut mise en éveil; mais avant qu'ils eussent le temps de se mettre en défense, une décharge de balles s’abattit

sur eux. Le lieutenant Kennedy et plusieurs rangers

furent tués sur le coup. Une balle raya le crâne de Rogers. Dans le moment de confusion qui s’ensuivit, les sept prisonniers se précipitérent vers les Francais; quatre les rejoignirent, les trois autres furent tués par les Anglais La décharge, cependant, n'avait pas été aussi meurtrière qu'on aurait pu le supposer, car un bon nombre de fusils, mouillés par la pluie, ne partirent pas, Les Francais s’élancèrent, la baïonnette baissée, sur la tête de la colonne qu’ils culbutèrent ; mais celle-ci avait l'avantage que donne la raquette sur une neige molle, Une partie s’échappa et parvint à rejoindre l'arrière-garde, qui s'était ralliée autour de Rogers, sur une éminence qui dominait les Francais. Là, abrités derrière les troncs d'arbres et les rochers, entourés d'une neige épaisse, qu'on ne pouvait escalader sans raquettes, les rangers étaient presque inattaquables,

On se fusilla de part et d'autre jusqu’à la tombée de la nuit, Les deux partis, qui se trouvaient à la portée de la voix, échangeaient des paroles de menaces ou de pacification.

— Rendez-vous, cria à plusieurs reprises M. de Basserode, à Rogers, qui avait été reconnu; nous vous traiterons bien, Pourquoi verser plus de sang, et sacri-

fier inutilement vos braves ? Nous allons recevoir des renforts, et vous allez tous être pris ou scalpés par nos sauvages, |

Les Outaouais appuyaient ces paroles en faisant trembler la forêt par leur épouvantable cri de guerre : le war-whoop, si redouté des Anglais, Rogers entra, en effet, en pourparlers; mais c'était par feinte, en vue de gagner du temps, et il profita de l’obscurité de la nuit pour battre précipitamment en retraite, abandonnant sur le champ de bataïlle, vivres, armes, raquettes et quarante hommes dont trois officiers, sans compter huit prisonniers 1,

Son expédition avait été aussi désastreuse qu'inutile ; il avait perdu plus de la moitié de ses rangers, et ne ramenait pas un seul des prisonniers qu’il avait faits.

Du côté des Francais, la perte avait été de neuf hommes tués, dont un volontaire canadien, le brave

1— Journal de Montcalm. Vaudreuil, dans sa lettre au ministre (19 avril 1757), donne le même chittre, et porte le norabre des morts, du côté des Français, à onze, avec vingt-six blessés. Bougainville dit quarante-deux morts, dont trois officiers ; et Montcalm répète le même chiffre dans une de ses lettres (ler avril 1757). Tous deux disent même qu’il n’y eut que trois Anglais qui se sauvèrent. Ce serait alors Bougainville et Montcalm qui auraient exagéré la perte des Anglais, et non Vaudreuil, comme le prétend M. Parkman, qui ne manque jamais une occasion d'attaquer ce gouverneur. C'est le tort de vouloir faire de la fantaisie historique. M. Parkman, dans son Montcalm and Wolfe, a fait un tableau à effet : il a mis ses deux héros en grande lumière. Tout le reste est plus ou moins accessoire, Vaudreuil sert de repoussoir ; Lévis est placé trop dans l'ombre, Ainsi de suite. (Cela est joli à voir, intéressant à lire conme un ro:nan; mais que devient l’impartiale histoire ?

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Sanguinet, commis au magasin de Carillon 1, qui s'était distingué dans l'action, un sauvage et vingt et un blessés, parmi lesquels était le capitaine de Basserode, Dans la soirée, arriva de Carillon un renfort de vingtcinq hommes, avec un chirurgien, un aumônier, et des munitions que dans la précipitation du départ on n'avait pas apportées en quantité suffisante; mais il était trop tard, les derniers coups de fusil avaient été tirés, L’excitation causée à Carillon par cet événement rompit pour quelques jours l’ennuyeuse monotonie de l’hivernement, C’était là, en effet, un des côtés les plus pénibles de la vie de garnison dans ces petits forts isolés le long des frontières, où 1l n’y avait d’autre société que celle des casernes 2, Quand la neige avait à moitié enseveli les baraques, et que le froid confinait chacun à lintérieur, le fort devenait un tombeau vivant. Les sentinelles qui veillaient aux remparts toutes transies de froid, la barbe blanchie par le frimas, n’apercevaient autour d’elles que le même manteau uniforme, couvrant le lac et les montagnes, encombrant

| — 4 Cinq commis des magasins qui avaient voulu aller à l'action s’y sont conduits à merveille ; l’un d’eux a reçu un coup de fusil à la gorge, dont il est mort le lendemain. En Canada, tout le monde est soldat, mais tout soldat n’est pas également brave ”. Journal de Bougainville.

2 __ Le chevalier de Jaubert, du régiment de Béarn, disait, en parlant du séjour de l’armée française à Carillon et de l'ennui qu’elle y éprouvait: ‘ Pour toute vue, nous avons des montagnes, de l’eau et du bois ; la perspective n’est pas bien agréable, et nous sommes éloignés de Montréal de soixante lieues... J'attends avec impatience de pouvoir repasser en France; ca” il est bien malheureux de devoir manger notre bien dans les bois comme des ours”. Le chevalier de Jaubert à son père, 15 juillet et 25 août 1757.

la forêt, avec ses cimes grises dépouillées de feuilles, et les cônes verts de ses sapins. Elles n’entendaient d'autre bruit que le craquement des troncs d'arbres se fendant à la gelée, ou le hurlement lointain de quelque loup-cervier, De temps en temps, quelques chasseurs indiens poussaient le cri de reconnaissance sur la lisière du bois, et s’'avancaient en raquettes, à travers les troncs d'arbres, avec leurs traînes d’éclisse chargées de venaison, qu'ils apportaient au fort. C'était une ressource ménagée par le gouverneur pour épargner les vivres qui se faisaient de plus en plus rares, et pour procurer aux troupes une meilleure nourriture, PIût au ciel que Vaudreuil eût apporté le même soin et plus d'énergie dans toutes les parties de son gouvernement

.. L'administration coloniale avait toujours été plus où moins entachée de péculat, par suite de l'insuffisance des traitements accordés aux fonctionnaires publics ; mais le gouverneur La Jonquière avait inauguré un système de concussion inconnu avant lui, et Bigot venait d’y mettre le comble.

La cour de Versailles, effrayée des dépenses qu’entraïnait le Canada, crut faire de l’économie en abandonnant la régie des vivres, et en confiant l’approvisionnement de la colonie à une compagnie, dont le chef, sous le nom de munitionnaire général, était un enrichi de la veille, le sieur Cadet, fils d’un boucher de Québec.

Le nouveau système fut mis en force le premier janvier 1757. On verra par la suite que loin de remédier au mal, il ouvrit la porte à des abus plus criants que jamais.

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Depuis le commencement de lhiver, le marquis de Vaudreuil songeait à frapper un coup imprévu sur le fort William-Henry, où les Anglais avaient toute une flotte de bateaux prête à être lancée dès l'ouverture de la navigation, pour jeter une armée sous les murs de Carillon, La maladie grave qui avait retenu le gouverneur aux Trois-Rivières, avait retardé ses préparatifs, qui n'avaient pu être terminés qu’à la fin de février.

Il s'agissait de faire marcher quinze cents hommes en

plein hiver, à soixante lieues de distance, pour aller tout incendier autour de William-Henry, peut-être même pour prendre le fort, Cette dernière partie du plan n'était guère réalisable, mais le succès de la première suflisait pour justifier amplement les risques et les frais de l'entreprise; car elle paralysait l’ennemi en lui enlevant le moyen de prendre l'offensive au printemps. Un pareil projet aurait été téméraire, si le gouverneur n'avait eu à sa disposition des troupes aussi capables d’endurer la misère que d'affronter le danger.

Le corps expéditionnaire, dont le rendez-vous était au fort Saint-Jean, était commandé par M. de Rigaud, et se composait de cinquante grenadiers, tirés des compagnies de la Sarre, Royal-Roussillon, Languedoc et Béarn; de deux cents volontaires des mêmes régiments ; de deux cent soixante-dix-neuf soldats des troupes coloniales ; de six cents Canadiens et de trois cent cinquante sauvages, formant un effectif de mille quatre cent soixante-dix-neuf hommes !, Les prinei-

| — Ces chiffres exacts sont tirés du Journal d'un officier du détachement de M. de Poulhariez, intitulé : Æxpédition sur le fort George, en février et mars 1757. Coll. Lévis.

paux officiers, commandant sous M. de Rigaud, Ctaient M. de Longueuil, lieutenant de roi, à Québec, et à ce titre ayant le rang de lieutenant-colonel ; le capitaine Dumas, faisant fonctions de major général; M. de Poulhariez, capitaine des grenadiers, commandant les troupes régulières; le chef d'artillerie Le Mercier, et un ingénieur, M. de Lotbinière,

La composition de ce détachement s'était ressentie de l'esprit de rivalité qui régnait entre les troupes: les milices et la marine, désireuses de se distinguer, avaient voulu être largement représentées, et tous les officiers supérieurs, à l'exception de M. de Poulhariez, appartenaient à la colonie, Ces préférences avaient piqué au vif les officiers francais qui n’épargnèrent aux expéditionnaires ni les critiques ni les railleries. Ils se récriaient contre les dépenses de vivres et d'argent que cela entraînait, peut-être pour n’aboutir à rien, N’est-ce pas, disait l’un d'eux, la montagne qui va accoucher d’une souris ? Pour tout dire, ils n'auraient pas été fâchés si l'expédition avait failli. Il en résultait un antagonisme plus violent que jamais, mais aussi une émulation entre les deux corps d'armée à qui se distinouerait davantage.

Le marquis de Montcalm alla passer en revue, à Laprairie, le détachement de M. de Poulhariez, et donna, dit-il, un grand diner de trente-six couverts aux officiers et aux cadets de ce détachement, Montcalm écrivait à cette occasion avec complaisance à Bourlamaque, que, s’il se rût agi d’un autre que lui, il eût dit que ce diner était une grande affaire.

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L'équipement des troupes, qui allaient être exposées à toutes les rigueurs et à toutes les variations du temps, avait attiré l’attention particulière de Vaudreuil, Chaque soldat recut une capote, une couverte, un bonnet de laine, deux chemises de coton, une paire de mittasses, une culotte et un calecon, deux écheveaux de fil, six aiguilles, une alène, un batte-feu, six pierres à fusil, un couteau bûcheron, un peigne, un tire-bourre, un casse-tête, deux paires de chaussons, deux couteaux siamois, une paire de mitaines, un gilet, une demicouverte à berceau, des nippes pour les souliers, deux paires de souliers en peau de chevreuil, une peau de chevreuil passée, deux colliers de portage et une paire de raquettes,

Une traîne d’éclisse était allouée à chaque officier, et de deux en deux aux soldats; un prélart à chaque oflicier, et de quatre en quatre aux soldats ; une peau d'ours à chaque oflicier.

On distribua deux jours de vivres, c’est-à-dire, deux livres de pain, une demi-livre de lard et un quarteron de pois, Chaque officier recut un pot et une pinte d’eaude-vie, avec deux livres de chocolat,

Dans ces expéditions d'hiver, les chiens étaient en crande réquisition pour traîner le bagage, ,On en

élevait et dressait dans le pays une race de haute taille

qui, attelés sur une traîne, pouvaient porter jusqu’à cent cinquante et deux cents livres. Le roi en accordait un à chaque officier, 1l lui allouait pour cela trente livres; “et, remarque Montcalm, lorsqu'il doit y avoir des partis d'hiver, ces chiens deviennent hors de prix.

Il s’en est vendu jusqu’à soixante et quatre-vingts livres pièce 1”,

La petite armée se mit en marche sur quatre divisions : les trois premières partirent successivement le 20, 21, 22; la première division, sous M. de Saint- Martin, avec six compagnies des troupes de la colonie ; la deuxième, aux ordres du capitaine Duchat, avec les piquets de la Sarre et de Languedoc, et trois compagnies des troupes coloniales ; la troisième, sous le apitaine Du Coin ?, avec les piquets de Royal-Roussillon et trois compagnies des troupes de la colonie; la quatrième division fut retardée par un dégel suivi de violents orages, qui occasionnèrent la débacle d’une partie du lac Champlain, On craignit un moment pour le succès de l'expédition,

Les trois divisions en marche eurent beaucoup à souffrir. Il fallut renvoyer chiens et chevaux, avec une partie des provisions, s’atteler sur les traînes et marcher péniblement, mouillés jusqu'aux os, dans une neige fondante, où l’on enfoncait à chaque pas. Quelques soldats et ofliciers tombèrent malades, et furent renvoyés. Le 24, la première division n’était encore qu’à six lieues de Saint-Jean ; la deuxième, à trois ; la troisième, à une lieue et demie,

Heureusement que, durant la nuit, un fort vent de nord-ouest ramena la température d'hiver, rendit l'air sec et serein, et couvrit la neige durcie d’une couche de verglas.

1 Journal de Montcalm.

2— Du régiment de Royal-Roussillon, un des braves qui devaient se faire tuer à Carillon.

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Dans la journée du 25, la quatrième division, formée

de la compagnie des grenadiers et de cinq compagnies

de la colonie avee M, de Rigaud et son état-major, suivi des sauvages, se mit en marche et alla camper à deux lieues du fort Saint-Jean, Le 26, dès la pointe du jour, elle fut sur pied, et fit six lieues dans la journée, marchant sur deux colonnes : lune au bord du bois, l'autre sur les bordages du lac, Le lendemain, une tempête de neige retint la diviSion dans ses campements, mais les deux jours suivants elle put faire quinze ou seize lieues, Les trois autres jours furent extrêmement pénibles ; on en perdit un par le vent et la poudrerie, et les deux autres, le dégel ayant repris, on eut à marcher dans l’eau et la neige, dont la glace du lac était couverte, Enfin, on arriva exténué à Saint-Frédérie, où les troupes eurent deux jours à se reposer, Les Canadiens, habiles à toute espèce d'ouvrage, y furent occupés à raccommoder les chaussures, les traïnes d'éclisses, et à préparer les traîineaux pour le transport du bagage, On avait commencé, dès le 3 mars, à marcher avec précaution, et à mettre chaque soir des sentinelles autour du camp,

Tout le corps expéditionnaire se trouva réuni le 9 mars à Carillon, où il fut arrêté jusqu'au 15, pour y attendre des vivres, malgré les assurances de Le Mercier, qui avait annoncé que rien n’y manquait On profita de ce retard pour réparer les armes, dont M. de Poulhariez fut chargé de faire l’inspection.

M. de Longueuil avait été envoyé en éclaireur avec un parti de sauvages, Les quatre divisions, munies de douze jours de vivres, sortirent de Carillon sur une

même file, traversèrent la rivière à la Chute, et atteignirent la rive droite du lac Saint-Sacrement, Les trois cents échelles préparées en cas d'assaut étaient distribuées de quatre en quatre soldats. On s’abrita pour la nuit au fond d’une anse. Un froid vif avait rendu la glace du lac très solide ; on s’y mit en marche sur trois colonnes : M. de Poulhariez au centre, avec la ligne ; M. de Saint-Martin à droite, avec une division de la colonie ; M. d& Saint-Ours à gauche, avec une autre division; les sauvages sur les deux ailes, Cent sauvages étaient allés en observation sur le sommet d'un promontoire, Après quatre lieues de marche, on campa sur la glace, au pied d’une haute montagne, appelée le lPain-de-Sucre, qui baigne ses pieds dans le lac, en face d’un groupe d'îles: endroit charmant durant les mois d'été, mais d’un rude aspect en hiver.

La nuit était le temps le plus pénible dans de semblables expéditions, Les chasseurs canadiens, dont il y avait un grand nombre parmi les milices, avaient appris aux militaires français la manière de s’abriter pour dormir, Dès que les feux étaient allumés pour le repas du soir, on allait couper au bord du bois des branches de sapin, dont on faisait un lit épais sur la neige ; on piquait ensuite ses raquettes du côté par où venait le vent; on y ajoutait quelques rangées de branches ; ou bien, on étendait à la place une toile où un prélart, Le repas pris, le soldat s’enveloppait dans sa couverte, l'officier dans sa peau d'ours, et on se couchait sur le lit de sapin, les uns près des autres, pour se réchauffer

mutuellement, On passait ainsi la nuit tant bien que

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mal, les pieds au feu, qu’on avait le soin d'entretenir de temps en temps. Autour du camp, les sentinelles arpentaient la neige à grands pas pour se réchauffer, prêtant l'oreille à tous les bruits nocturnes jusqu’à ce que l’aurore eût annoncé l'heure du réveil.

Le détachement cireula une partie du jour suivant à travers les îles, s'avancant sur une même colonne, et vint s’abriter au fond d’une anse pour y attendre la tombée de la nuit, afin de n'être pas apercu. A huit heures, il reprit sa route et fit halte à onze heures, sur une pointe qui n’était qu'à deux lieues de William- Henry. On y passa la nuit sans feu.

Dès l’aube du jour, cette pointe était franchie, et lorsqu'on fut arrivé à une lieue et demie du fort, MM. de Poulhariez, Dumas, Le Mercier et deux autres offciers, MM. de Raymond et de Savournin, avec une escorte de cinquante sauvages, vingt-cinq Canadiens et quatre grenadiers conduisant un prisonnier anglais, furent détachés pour aller reconnaitre, du sommet d’une montagne, la position du fort et le mouvement de la garnison.

M. de Poulhariez, homme de guerre consommé, fit, avec sa suite, un examen long et minutieux, Le fort solidement construit lui parut en très bon état, et le mouvement des troupes considérable, Ce fort couronpait une petite éminence au fond du lac, et avait la forme d’un carré irrégulier, à quatre bastions, avec un fossé, Tout auprès, un fortin en palissades protégeuit des hangars et autres constructions, On distinguait le long de la grève une énorme quantité de bateaux, à

moitié ensevelis dans la neige, et sous les canons du fort, quatre navires ou barques sur le chantier.

Dumas et Le Mercier furent d'opinion que le côté du fort qui faisait face à un marais était attaquable, vu le peu de hauteur qu’il semblait avoir; mais M. de Poulhariez, déployant devant eux un plan du fort, leur fit voir l’impossibilité d’un tel projet, sans toutefois les convaincre,

Il était trois heures du soir quand ils furent de retour au camp. À cinq heures, M. de Rigaud fit mander M. de Poulhariez et lui fit part d’un plan d'escalade.

— Commandant, lui répondit M. de Poulhariez avec fermeté, je suis prêt À inarcher à votre premier ordre, partout où vous le jugerez à propos; mais mon expérience dans le métier m'engage à vous représenter l’impossibilité de cette opération ; l'ennemi, qu’on ne peut espérer surprendre, n'aura à défendre qu'une face de son fort, qui est en bon état

L’escalade fut cependant ordonnée, Vers minuit, trois colonnes devaient s’avancer sur le même côté du fort, tandis que de petits peloton, feraient des démonstrations sur ies autres : la colonne de droite, formée de la ligne, sous M. de Poulhariez ; les deux autres, aux ordres de MM, de Saint-Ours et Saint-Martin, toutes trois ayant en tête un piquet de grenadiers. A onze heures, elles étaient à deux portées de fusil des remparts, lorsque M. de Rigaud fit annoncer que l'assaut n'aurait pas lieu. MM. Dumas, Le Mercier et Savournm,

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1 Cette réponse est tirée textuellement du Journal de l'Expédition sur ve fort George, en février et mars 1757.

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poussé une reconnaissance tout auprès du fort, et u avaient constaté qu'il n’y avait aucune probabilité de u succès, le Jusqu'à ce moment, la garnison de William-Henry ir n'avait eu aucun soupcon de l'approche des Francais ; À) mais le craquement des pas sur la neige, à une petite

distance des glacis, donna l'éveil aux sentinelles, et 1 plusieurs coups de canon tirés des remparts répondirent er . à leurs cris d'alarme. La garnison était composée de

1 quatre cent cinquante à cinq cents hommes.

ec On ne songea plus dans le camp de M. de Rigaud re, À qu'à incendier les environs du fort, et on en fit l'essai, É- cette nuit-là même, mais sans succès, car les fagots n- dont on se servit étaient d’un bois trop humide, ut Toute la journée du lendemain (19 mars), les franesde tireurs canadiens et les sauvages tiraillèrent autour

des remparts, soutenus par les compagnies de la ligne. it, Durant la nuit, les volon.aires canadiens, sous la condu duite de MM. de Langy, de Saint-Simon et d’Alber- 'a- gatii, allèrent, sous le canon et la mousqueterie de la de place, mettre le feu au fortin, à Phôpital, aux bateaux ux et à de grands amas de bois, Le fort fut, en quelques es instants, enveloppé d’immenses tourbillons de flarumes, 1zC et n'aurait certainement pas échappé à la destruction, mn- si le vent se fût élevé, Pour donner moins de prise aux aut étincelles, le major Eyre, commandant du fort, avait fait M, enlever les toitures de tous les hangars,

M. de Rigaud jugea le moment propice pour faire

ds une démonstration et sommer la garnison de se rendre. Res

Dés le matin, tout le détachement, portant les échelles ts

comme pour un assaut, sortit du camp sur une longue colonne, traversa le lac, et alla prendre position dans une petite anse de la rive nord dont la berge mettait à l'abri du canon, M. Le Mercier, suivi de M. de Florimond et d’un interprète, gravit alors la berge, en arborant un pavillon rouge. A cent pas de lui marchaient douze grenadiers guidés par un sergent,

— Qui vive ! cria-t-on, dès qu’il fut à la portée de la Voix. — J'ai à parler au commandant, répondit M. Le Mercier, Le major Eyre parut sur le bord du bastion. Après quelques pourparlers, il fit dire à M. Le Mercier d'avancer seul, et il détacha un de ses officiers pour aller servir d’ôtage, M. Le Mercier fut conduit, les yeux bandés, dans la chambre du commandant,

Il était venu, dit-il, au nom du marquis de Vaudreuil; le sommer de rendre la place, sinon que l'assaut allait être donné immédiatement par des forces auxquelles 11 ne pourrait résister ; qu’alors il serait impossible de retenir le grand nombre de sauvages qui les accompagnaient, et que tout serait mis à feu et à sang, Il venait l'avertir au nom de l'humanité, afin d’épargner un carnage inutile.

Le major Eyre lui demanda le temps de consulter ses officiers, On le laissa, dit le Journal déjà cité, en compagnie de quatre officiers, qui furent remplacés par quatre autres quand leur tour fut venu de donner leur avis. Ils lui firent beaucoup de politesses, lui parlèrent de M. de Dieskau, encore prisonnier à New-York, lui dirent qu’il était rétabli, et qu’il allait bientôt passer en Europe. Ils lui demandèrent même des nouvelles du marquis de Montcalm.

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Le major Eyre rentra après un assez long conseil, et répondit que lui et sa garnison étaient décidés à se défendre en braves, et qu'ils étaient prêts à courir les chances d’un assaut,

M. Le Mercier fut conduit hors de la place comme il y était entré, et alla communiquer sa réponse à M. de Rigaud, La nuit suivante fut employée à brûler les magasins, un moulin à scie et les derniers bateaux. Restait une barque en chantier, percée pour quatorze ou seize pièces de canon, placée à quinze pas du fort, et qu’on avait vainement essayé par trois fois de brûler, Un des officiers partisans, destiné à jouer un rôle brillant durant cette guerre, M. Wolff, récelama l'honneur de cette dangereuse mission Il partit, à la nuit, avec vingt volontaires, soutenus de deux cents Canadiens et de soixante soldats de la ligne et grenadiers. “ A son approche, dit le Journal cité, M. Wolff recut une bordée de coups de fusil; cela ne l’empêcha pas de se rendre à la barque avec un volontaire qui lui portait une échelle de douze pieds. Il s’en fallait même de six pieds qu'elle fût assez élevée, M. Wolff descendit dans la cale, et fit mettre des fagots du côté du vent, avec une corde de bois qu’il arrangea lui-même, Lorsqu'il trouvait des bûches trop grosses, il les partageait avec une hache, Il fit ensuite replier son détachement, et avec des allumettes de sa facon, 1l mit le feu. La barque fut entièrement consumée, Nous y perdimes deux soldats

de Languedoc, et il y en eut un blessé du même

régiment ”,

1 — Ancien officier au régiment de Bentheim.

Une neige abondante avait commencé à tomber et dura toute la nuit, mais le lendemain un soleil éblouissant se leva sur cette neige toute fraîche. La garnison de William-Henry qui, jusqu’au dernier moment, avait craint un assaut, respira à l'aise, lorsqu'elle vit le détachement de M. de Rigaud descendre en raquettes sur le lac, et tourner vers le nord sa longue colonne noire, qui disparut enfin à lhorizon, L'éclat du soleil de mars affecta la vue de plusieurs, qui furent pris du mal de neige, et obligés de se laisser conduire par leurs compagnons.

Les piquets de la ligne restèrent en garnison à Carillon ; les compagnies de la marine à Saint-Frédéric et les Canadiens, “ qui sont ici laboureurs et soldats 1” furent renvoyés sur leurs terres pour les semences.

L'expédition de. M. de Rigaud avait réussi autant qu'on pouvait l’espérer, et faisait honneur à celui qui l'avait conçue comme à ceux qui l’avaient exécutée ?,

1— Lettre de Montcalm, ler avril 1757.

2 Vaudreuil, dans une lettre au ministre (22 avril 1757), donne le détail de la destruction faite autour du fort William- Henry :

# 1, Quatre corsaires pareils à ceux que les Anglais avaient sur le lac Ontario ;

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