‹ Guide a Chamonix et dans la chaine du Mont BlancChapitre 46 sur 71 · PIERRE POINTUE EN · texte numérisé non relu

PIERRE POINTUE EN

Petit Plateau (voyez pp. 65, 66) et les Grandes Montées. Le Grand Plateau est le second étage de l’ascension. Dans la gravure, on ne voit que le bord. Cinq minutes après être arrivé là, si vous comptez suivre la route des Bosses , tournez à droite, montez par les pentes modérément inclinées à droite du rocher, sur lequel le refuge Vallot est construit, et approchez du sommet en suivant la crête de l’arête, ou en restant près d’elle jusqu’au sommet. Les seuls passages difficiles dans ce trajet sont les Bosses du Dromadaire.

En 1899, on varia cette route. Après avoir dépassé le Refuge Vallot, à peu près à moitié chemin entre cette construction et la Bosse inférieure, on traversa les pentes pour aller directement vers le sommet. Cette variante ne paraît pas avoir été fréquemment adoptée.

Si on veut suivre la route du Corridor , on ira vers le sommet jusqu’à mi -hauteur du Grand Plateau, puis on se portera sur la gauche, et on cherchera un chemin sur la large crevasse ou sur les crevasses qu’on y trouvera. Le chemin à partir de cet endroit, devient visible sur la vue du Brévent, il monte sous celui des Rochers Rouges, qui est plus bas, se dirige presque sur l’est et paraît s’éloigner du

sommet. Ensuite il tourne à droite, émerge un peu au-dessous de la cabane Janssen sur les Rochers Rouges, 4509 m. Après cela, on passera à gauche des rochers nommés les Petits Rochers Rouges, 4581 m., on ira aux Petits Mulets, 4691 m., et on se dirigera directement vers l’Observatoire, 4810 mètres, qui reste en vue pendant la dernière partie du trajet. Le Corridor est raide, mais les pentes de cette route ont une inclinaison modérée pendant les 300 derniers mètres.

On combine fréquemment les deux routes. Il est difficile de se prononcer pour dire s’il est préférable de monter par les Bosses et de descendre par le Corridor, ou de faire le contraire. En cas de très grand vent, la route des Bosses sera peut-être moins sûre que celle du Corridor. Comme nombre d’heures, il n’y a pas grande différence entre les deux.

Le temps nécessaire. — Entre les Grands Mulets et le sommet, le temps à employer varie beaucoup suivant les conditions climatériques et l’état de la neige. Le même individu peut mettre deux fois plus longtemps à effectuer une ascension, qu’il n’aura mis pour une précédente. Avec un beau temps et une bonne neige, l’horaire suivant est probable 1 :

Ascension via le Corridor (haltes non comprises)

De Chamonix à la Pierre Pointue 2 h.

De Pierre Pointue à Pierre à l’Echelle 0 h. 50

De Pierre à l’Echelle aux Grands Mulets 2 h. 10

Des Grands Mulets au bord du Grand Plateau ... 3 h. 15

Du Grand Plateau à l’arête des Rochers Rouges ... 2 h. 40

Des Rochers Rouges au sommet 0 h. 50

Total 11 h. 45

Descente via les Bosses (haltes non comprises)

Du sommet au refuge Vallot 1 h. 10

Du refuge Vallot aux Grands Mulets 1 h. 55

Des Grands Mulets à Pierre Pointue 1 h. 50

De Pierre Pointue à Chamonix 1 h.

Total 5 h. 55

Le chemin du Mont Blanc, via l’ Aiguille et le Dôme du Goûter, communément appelé la route de St Gervais, servira de plus en plus. En 1898, on fit un sentier du Pavillon Belle vue au sommet des Rognes par le Mont Lâchât. Le sentier muletier s’arrête là. Un sentier continue jusqu’à la Tête Rousse, où se trouve une auberge, ouverte en août 1899. Cette auberge, Hôtel-Chalet de Tête- Rousse, est située environ à 3170 mètres, son altitude dépasse d’à peu près 91 mètres la hauteur des Grands Mulets : on atteint cette élévation sans toucher à la neige. Les prix y sont raisonnables. De Saint-Gervais au Pavillon Bellevue, il faut 2 h. 30, du Pavillon

1 Le Mont-Blanc a été gravi plusieurs fois en une seule longue journée. Le 21 juillet 1865, M. F. Morshead de Winchester quitta Chamonix à minuit 30, arriva au sommet à 10 h. du matin et fut de retour à 4 h. 25 du soir, mettant ainsi seize heures, y compris les haltes, pour faire l’ascension.

CHAMONIX El’ LE MONT-BLANC

Bellevue au Chalet de Tête Rousse, environ 4 h. ; du Chalet de Tête Rousse à la Cabane de l’Aiguille du Goûter de 2 h. 30 à 3 h., et de là au Refuge Vallot, à peu près 1 h. 45. Ces temps concernent le trajet fait à pied. Quand le chemin de fer du Fayet atteindra F Hôtel-Chalet de Tête Rousse l’ascension du Mont- Blanc par la route de St-Gervais sera abrégée.

Dépenses. — Le tarif de Chamonix au Mont Blanc est de 100 francs par guide (Cx. T. I Courses ext.). Si on en prend deux pour une seule personne, et qu’on passe la nuit aux Grands Mulets, la dépense totale sera au moins de 300 francs.

Le tarif de Chamonix prévoit diverses éventualités : si le touriste ne parvient qu’aux Grands Mulets et revient dans la journée, on ne lui compte que 20 fr. (Cx. T. 2. courses ext.) ; s’il atteint le Grand Plateau, le prix sera de 50 fr. (Cx. T. 4 c. ext.) ; au sommet du Corridor ou à la cime des Bosses, c’est 70 fr. (Cx. T. 5. courses ext.) ; mais, s’il arrive plus haut, les cent francs sont entièrement exigés. Si l’ascension dure plus de trois jours, chaque guide sera payé 10 fr. de plus par jour.

Le tarif de St-Gervais est de 90 fr. par guide, si l’ascension est faite de St-Gervais aller et retour. Si le départ a lieu de St-Gervais et que la descente soit effectuée sur Chamonix, cela coûtera 150 fr. par guide. Voyez appendice B*.

Une caravane faisant l’ascension du Mont Blanc, qu’elle soit accompagnée d’un guide ou non, ne doit pas comprendre moins de trois personnes. Ceci s’applique à toutes les excursions mentionnées dans ce livre, qui traversent un glacier recouvert de neige.

Refuges. — L’observatoire du sommet, la cabane des Rochers Rouges et l’Observatoire Vallot, sont des propriétés privées ; on ne peut donc y être admis que par faveur h Le refuge Vallot n’est pas dans les mêmes conditions. On a le droit d’y entrer, mais le bâtiment est petit, il est loin d’être confortable et se trouve habituellement dans un état vraiment mauvais. Une nuit, passée là, offre l’avantage d’arriver au sommet à une heure matinale. La cabane de l’Aiguille du Goûter est ouverte à tout le monde.

Le sommet. — Divers auteurs ont dit que le sommet ressemblait au dos d’un âne, à une poire coupée par la moitié, ou au dos d’une carpe. Je suis incapable de prendre un parti dans ces aberrations intellectuelles. Le sommet est une arête de 145 pas de long, descendant plus rapidement sur le versant français que sur le côté italien. Sa crête est à peu près de niveau, mais l’extrémité orientale est légèrement plus haute que l’extrémité occidentale. Selon toute probabilité, trois arêtes rocheuses s’unissent presque immédiatement sous l’Observatoire et à peu de distance de cette construction. La petite plaque de rochers sur le versant italien, nommée la Tourette, n’est qu’à une cinquantaine de mètres au-dessous

1 M. Vallot publie la note suivante : « Les savants de toute nationalité sont admis à séjourner et à travailler à l’Observatoire. Ils doivent demander l’autorisation au directeur (M. J. Vallot, Gl, avenue d’Antin, à Paris) en indiquant sommairement l’objet de leurs travaux. Us devront emmener avec eux, à leurs frais, un des guides conservateurs (Alphonse Payot, Michel Saviez, Jules Bossonney) qui se chargera de faire la cuisine et le service. »

CHAMONIX ET LE MONT-BLANC

de l’extrême pointe Le sommet du Mont Blanc de Courmayeur se trouve dans la même direction ; on peut y aller en une heure. La corde est nécessaire 1 2. La neige est habituellement bonne au sommet du Mont Blanc. La plus grande partie de celle qui y tombe

PLAN DU SOMMET DU MONT-BLANC D’APRÈS X. IMFELD, 1891 En 1909, l’Observatoire et l’Edicule avaient disparu.

glisse ou est emportée par le vent ; ce qui en reste est rapidement incorporé à la vieille neige du dessous.

Panorama du sommet. — Il vaut mieux se trouver soit de bonne heure, soit très tard sur le sommet ; de cette façon, on aura plus de

1 Grâce à l’obligeance de M. Eiffel, il m’a été permis de reproduire le plan suivant du sommet qu’on fit pour lui en 1891.

2 Quoiqu’il n’y ait pas à l’heure actuelle de crevasses visibles près de l'arête faîtière, il y a quelques années, cette dernière était sectionnée par une crevasse assez considérable qui rendait difficile d’aller d’un bout à l’autre.

CHAMONIX ET I.E MONT-BLANC

chance d’admirer l’incomparable panorama que l’on domine. Vers midi, des nuages se forment presque toujours sur l’Italie.

Au Nord, on aperçoit le Mont Blanc du Tacul, le Mont Maudit, l’Aiguille du Midi, le Dôme et l’Aiguille du Goûter, Chamonix et la vallée, la chaîne du Brévent, le Buet, la Dent du Midi, l’Aiguille verte et le bassin du Talèfre ; au-delà, le lac de Genève et les montagnes de l’Oberland. Les points principaux à l’Orient sont le col et l’Aiguille du Géant, les Grandes Jorasses, le Grand Combin, tous situés entre le Weisshornet le Mont Rose ; une partie du Val Ferret et l’extrémité du Val d’Aoste ; sur la droite, le Mont Blanc de Courmayeur. Le Midi montre le Mont Blanc de Courmayeur, le glacier italien du Miage, les aiguilles de Trélatête, une partie du Val Véni, les Pyramides Calcaires et le Col de la Seigne ; dans le lointain, toutes les Alpes Graies et encore plus loin, au centre, les Alpes Maritimes et le Mont Viso et à droite les Alpes dauphinoises. La vue de Y Ouest a l’arête. comme premier plan, Sallanches au second plan, à l’horizon le Jura et une grande partie de la France. La section du Midi est peut-être la plus impressionnante, quoiqu’il y ait à voir des choses remarquables aux quatre points cardinaux.

L’ombre du Mont-Blanc projetée dans l’espace paraît immédiatement après le lever du soleil et peu de temps après son coucher. J’ai vu deux fois cette remarquable apparition. Le 9 août 1893, je me promenais à l’aurore au sommet de l’arête, et je regardais le panorama qui se développait peu à peu. « Bientôt un reflet pourpre, teignant le ciel derrière les Mischabelhôrner, annonçait que le soleil arrivait. L’instant suivant, les massifs commencèrent à prendre forme, et une montagne inconnue, aussi haute que le Mont Blanc se profila dans là direction d’Aix-les-Bains. L’astre du jour surgit d’un bond ; des rayons ruisselèrent entre les pics, séparant les arêtes, et des cimes brillantes étincelèrent comme des phares autour de la vaste circonférence. Je vis bientôt que la montagne inconnue était un mirage : l’ombre du Mont Blane projetée en l’air. La vision disparut avant que le soleil se fut complètement élevé. L’énorme forme grise, étonnante par sa grandeur, ressemblait étrangement à une montagne réelle. Quand les teintes se foncèrent, elle s’évanouit peu à peu, et en quarante minutes elle était effacée. » Le professeur Ch. Martin semble avoir été le premier à voir l’ombre au coucher du soleil en août 1844 ; il déclara que l’aurore boréale peut seule rivaliser avec ce magnifique phénomène.

Le tunnel, creusé en 1891, par les ordres de M. Eiffel (voir pp. 75-78) était en très bon état en 1893 ; je pus le parcourir d’un bout à l’autre sans me courber. L’année suivante, sa dimension avait tellement diminué, qu’il était impossible de s’y tenir debout et on fut obligé d’y entrer à quatre pattes. Le 26 juillet 1894, à 9 h. 45 du matin, la température de l’intérieur de la galerie à une dizaine de mètres de l’entrée était de 2°, 5 au-dessous de zéro, soit 29°, 5 F.

Précautions. — Le Mont Blanc est sujet à de rapides changements de température. En une heure, un temps très beau peut devenir exécrable. Plusieurs personnes sont ignorantes de ce fait et partent

CHAMONIX ET LE MONT-BLANC

pour faire l’ascension de la montagne sans se protéger suffisamment. (Voir p. 66). On doit prendre des gants. Des souliers de feutre sont excellents pour le sommet où la température de la neige à quelques pouces de la surface se maintient à six degrés et plus, au-dessous de zéro.

Une ascension d’hiver au Mont-Blanc. — Le 31 janvier 1876, on effectua l’ascension du Mont Blanc de Chamonix par la route des Bosses. La température du sommet était de — 25° C., au-dessous de zéro. Voyez Alpine Journal , vol. vu, p. 439. On fit l’ascension du Mont-Blanc les 24 et 25 décembre 1905. Les touristes racontèrent que le soleil était si chaud que la neige fondait sur le toit du Bifugio-Torino, au Col du Gréant. (Voir chap. xiv).

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