‹ Guide aux eaux minerales des Vosges [electronic resource]Chapitre 30 sur 185 · I G VI T TEL · texte numérisé non relu

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être, à proprement parler, anti-dyspeptiqae ; To])servation a depuis longtemps prouvé qu'elle possède ces propriétés.

Elle est surtout employée en boisson.

Ingérée à la température de + M"' qu'elle jjrésente au griffon, son premier effet sur l'estomac est, comme celui de toute eau froide, le résultat d'une action de contact purement plij^sique d'abord, pliysiologiquc consécutivement. Sous l'intluencc du froid, les petits vaisseaux et les fibres musculaires de l'estomac se contractent d'abord, puis se relâchent, et la stimulation de l'organe est le résultait de cette action et de cette réaction locales. Secondairement, l'organisme faisant appel aux sources de chaleur, aux actions chimiques qui se passent dans les glandes, les glandes du tube digestif, spécialement intéressées en pareil cas, reçoivent une stimulation plus ou moins durable, mais certaine. En outre, par l'effet de la synergie existant entre les diverses parties de l'appareil digestif, une impulsion correspondante aux actions précédentes est imprimée aux systèmes nerveux, musculaire et circulatoire des organes abdominaux.

Quand une eau ne contient pas de substances purgatives en certaine proportion, quand elle a une minéralisation moyenne, sans prédominance marquée d'un sel spécialement actif, et c'est là ce qui existe dans l'eau de la Grande Source, l'action directe se borne, au point de vue des voies digestives, à l'action sur l'estomac et sur la partie supérieure de l'intestin, qui sont seuls exposés au

contact direct de l'eau ingérée. C'est pour cela même que l'eau de la Grande Source est administrée dans les maladies gastriques et la source Salée dans les maladies intestinales.

Les éléments minéraux contenus dans l'eau de la Grande Source favorisent ces diverses actions et empêchent l'estomac de réagir trop activement et douloureusement ou de se laisser, au contraire, distendre par le liquide, comme cela se produit le plus souvent après l'ingestion d'eau pure, d'eau commune ou d'eau de mauvaise qualité.

Grâce aux sels et à l'acide carbonique qu'elle contient, elle peut être employée à doses élevées et répétées à de courts intervalles, et l'action consécutive sur la circulation et sur les excrétions peut se manifester librement.

Aussi, dans un grand nombre de cas, avons-nous obtenu de son emploi les meilleurs résultats dans la dyspepsie, aussi bien que dans la goutte, la gravelle et les maladies des voies urin aires.

Dyspepsies.

On ne comprend, en général, sous le nom de dyspepsie que les troubles digestifs accompagnés de douleurs ou de malaise apparaissant à l'occasion et pendant la durée de la digestion. Beau dit qu'il y a dyspepsie quand il y a trouble, faiblesse ou absence de l'acte digestif, quels qu'en soient les symptômes et quelles qu'en soient les causes.

La dyspepsie ou, pour mieux dire, l'état dyspeptique essentiel, c'est-à-dire celui qui ne dépend d'aucune altération appréciable d'organe, est la manifestation d'une névrose du grand sympathique et doit être traitée en conséquence. Elle évolue, en effet, le plus souvent sans fièvre, elle s'accuse par une modification exclusive dans certains cas, mais tout au moins prédominante, de la sensibilité, de la motilité de l'estomac ou du fonctionnement des organes, des glandes ou des éléments cellulaires ; elle n'a pas de caractéristique anatomique; elle présente les plus grandes analogies avec l'état nerveux ou nervosisme, si bien décrit par M. Bouchut.

L'état dyspeptique est donc bien lié à des troubles névropathiques, et il affecte, tôt ou tard, l'ensemble de l'organisme; comme tel, il réclame impérieusement un traitement général ; tous les moyens locaux, en apparence les plus rationnels, restent, d'ailleurs, impuissants contre la maladie confirmée.

Beau considère, comme des conséquences naturelles des dyspepsies, les altérations du sang, les phénomènes névropathiques qui constituent pour lui les symptômes secondaires et les altérations de tissus qui constituent les symptômes ternaires.

On le voit, on ne peut, d'une manière générale, considérer la dyspepsie chronique, la vraie dyspepsie, comme une maladie locale susceptible d'être guérie par des moyens locaux, et le terme de dyspepsie doit s'étendre aux troubles de la digestion qui s'opère dans les éléments primordiaux de l'organisme, dans les cellules, aussi bien qu'aux trou-

bles qui $e manifestent du côté des voies digestives en fonction. La nutrition des tissus par le sang-, aussi bien que la nutrition du sang-, peut être défectueuse; il peut j avoir dyspepsie de la cellule au sang-, comme il y a dyspepsie de l'estomac aux aliments.

Régulariser les contractions de l'estomac, suppléer au manque de telle ou telle sécrétion, combattre un excès d'acidité ou d'alcalinité de l'une d'elles, voilà à quoi se bornent les médications ordinaires, la noix vomique et l'opium; la pepsine, la pancréatine, le fiel de bœuf, etc. ; l'acide clilorhydrique, la magnésie, la chaux, etc. Ainsi s'explique Fin succès si fréquent du traitement ordinaire des dyspepsies qui fait dire à Brinton : «Dans la grande majorité des cas, ce n'est pas par les drogues que l'on guérit la dyspepsie, )> Régulariser les contractions de l'estomac, exciter les sécrétions gastro-intestinales, dégorger, en exagérant temporairement leurs fonctions, les glandes annexes du tube digestif, épurer l'économie des déchets organiques retenus en excès dans les tissus, assurer ainsi, et par voie d'absorption et par voie d'excrétion, l'intégrité de cette digestion secondaire qui nourrit les tissus, comme la digestion gastro-intestinale nourrit le sang, voilà à quoi tend le traitement hydrominéral de la dyspepsie par l'eau de la Grande Source de Vittel. Voilà pourquoi, considérant avec Brinton les drogues comme le plus souvent inefficaces et avec M. Lasègue les modificateurs hygiéniques comme très-utiles, mais insuffisants, s'ils ne sont associés à

une médication locale, nous préconisons contre les dyspepsies diathésiques surtout l'emploi des eaux minérales et, dans certaines formes, celles de Vittel spécialement. Le traitement doit, en général, en pareil cas, être commencé par des doses faibles et convenablement espticées, parce qu'il faut d'abord agir sur l'estomac et l'intestin de telle manière que les actions ultérieures ne soient pas entravées par un état morbide persistant des premières voies.

Je n'ai pas vu de malades ne pouvant supporter l'eau de la Grande Source convenablement administrée, môme dans des cas oii le vomissement était le symptôme dominant de l'état dyspeptique. Mon confrère, M. Patezon, et moi, nous avons par contre toujours noté comme un des premiers phénomènes imputables au traitement une augmentation, parfois excessive, de l'appétit et une prompte régularisation des digestions. Très-souvent, l'un des deux repas est très-bien supporté après quelques jours de traitement, tandis que l'autre l'est encore mal. Il y a là assez soavent des indications à modifier telle ou telle pratique du traitement médical ou hygiénique prescrit.

Dans plusieurs travaux antérieurs, j'ai eu l'occasion de signaler les cas de dyspepsie dans lesquels l'eau de la Grande Source de Vittel me paraît le plus efficace; je ne rappellerai que les cas, déjà anciens, que j'ai publiés, le plus récemment, dans la Revue d'hydrologie médicale :

K De nombreuses observations montrent quelle est l'action des eaux de Vittel dans le traitement

D Y S P E l> S 1 lî S .

des dyspepsies spécialement caractérisées, au point de vue symptoniatique, par la perte de l'cqjpétit, les vomissements et la lenteur de la digestion. Dans ces cas, en eifet, la dyspepsie déjà très-ancienne et la perte absolue de l'appétit qui, chez l'un des malades, existait depuis quatre à cinq ans, ont été rapidement et pour longtemps modifiées. Il existait, cependant, chez l'un des malades une tuberculisation pulmonaire commençante, bien caractérisée, qui s'est arrêtée depuis dans son développement, par le retour à une nutrition normale; chez un autre, un état goutteux ancien, qui a été modifié aussi favorablement que l'a été l'état des fonctions digestives ; chez les autres, une faiblesse digestive constitutionnelle.

« Chez l'un des premiers malades cités existaient des vomissements quotidiens; chez l'autre, des vomissements fréquents; chez les deux, les vomissements ont disparu; chez le malade n° 2, des douleurs s'étaient manifestées, passagères, peu intenses, parfois avec tuméfaction et rougeur, d'autres fois sans changement d'aspect, dans les petites articulations ; chez le n° 1 avaient existé de véritables accès de goutte. »

C'est spécialement aux dyspepsies caractérisées surtout par le manque d'appétit, par la lenteur des digestions et les vomissements que conviennent les eaux froides bicarbonatées sulfatées calciques de la Grande Source de Yittel. Très-souvent, chez la femme surtout, la constipation accompagne l'état dyspeptique ; souvent aussi elle lui préexiste, le

provoque et l'entretient; dans ces cas, c'est par l'emploi combiné de l'eau delà Grande Source et de la source Salée qu'on obtient les meilleurs résultats.

Goutte.

Entre la dyspepsie, envisagée comme je viens de le faire, et la goutte, il y a une relation intime de parenté qui peut expliquer comment on a toujours empiriquement vanté, pour combattre la goutte, les eaux qui ont été préconisées pour combattre les dyspepsies.

Parmi les éléments qui constituent les décliets organiques de la nutrition se trouve, même à l'état normal, l'acide urique, mais en très-faible proportion. A l'état morbide, au contraire, il s'y trouve en quantité et proportion relativement très-considérables. C'est cet acide urique, élément excrémentitiel, produit en excès ou non, mais retenu en excès dans l'organisme, qui paraît être, d'après toutes les reclierclies contemporaines, la cause immédiate de la goutte. C'est donc contre sa formation et sa rétention dans l'organisme qu'il faut lutter pour combattre efficacement la goutte.

Si l'acide urique est produit en excès et progressivement éliminé, il ne provoque que des troubles locaux insignifiants pendant un temps plus ou moins long, quelquefois même pas de troubles appréciables à un examen superficiel. Ce n'est que plus tard qu'il cnuse du côté des l'eins des

désordres divers en se déposant soit entre les canaux, soit dans les canaux et constituant, dans le premier cas, les encroûtements uratiques et les modifications de tissus qui caractérisent le rein goutteux ; dans le second cas, les sables, les graviers ou les calculs. C'est à dater de cette époque qu'éclatent soit les accès de goutte qui ont le plus souvent pour siège les articulations des pieds, soit les coliques néphrétiques qui viennent brutalement éclairer le diagnostic de maux de reins attribués jusque-là à des causes diverses.

Il j a chez les goutteux, généralement, une première période pendant la durée de laquelle un excès d'acide uriqiie se forme dans l'économie ; une seconde période pendant la durée de laquelle les dépôts uratiques s'accumulent dans les tissus du rein avoisinant les tubes urinifères et dans les tissus fibreux entourant les articulations et les terminaisons musculaires; une troisième période pendant la durée de laquelle éclatent les accidents résultant de cette accumulation de matières uriques.

Dans certains cas, mais par exception, la première période manque, et d'emblée, sans production excessive d'acide urique, il y a surcharge et accidents consécutifs ; ce sont les cas dans lesquels les reins sont primitivement altérés dans leur fonctionnement, comme il peut arriver quand une inflammation existe sur un point quelconque de l'appareil urinaire ou quand une altération du système nerveux de la vie organique enraye la régularité des sécrétions. A chacune de ces périodes de l'évo-

lution morbide correspondent des symptômes spéciaux. Dans la première, les phénomènes abarticulaires se manifestent d'une manière variable, comme durée et comme intensité des symptômes : cette période peut être très-longue; mâis, sous Tinlluence de telle ou telle circonstance accessoire, elle peut, au contraire, être très-abrégée et faire place brusquement à la seconde. Durant celle-ci, les phénomènes extra -articulaires se manifestent avec plus de fixité sur un môme point ou y font des retours de plus en plus fréquents, ou bien les phénomènes extra-articulaires se calment pour faire place aux accidents articulaires aigus de la goutte, aux accès de goutte francs.

Dans la troisième période, les lésions résultant de l'intoxication prolongée de l'organisme sont manifestes et l'économie se trouve aux prises avec les désordres locaux des divers organes et les altérations des milieux devenus absolument impropres à une nutrition normale des éléments. C'est durant, cette période que surviennent la cachexie goutteuse et la mort, qui est le plus souvent rapide shion brusque.

Le traitement qui convient à la goutte varie avec les périodes, au point de vue de certaines indications spéciales; mais, au point de vue des indications générales, un seul traitement peut être recommandé durant toutes les périodes et dans à peu près tous les cas, c'est le traitement par les eaux minérales comme celles de Vittel. Ma conviction est, à ce point de vue, assez arrêtée pour que je

ne craigne pas de le dire hautement : je ne crois pas qu'on puisse, par d'autres moyens, agn^ mieux et avec autant de sécurité, en même temps, sur 1 état des voies digestives, sur l'état de la nutrition, sur l'état des liquides de l'économie et sur l'état des reins - les résultats cliniques confirment cette manière'de voir. L'eau de la Grande Source de Vittel ao-it en effet, chez les goutteux, non-seulement en améliorant l'état des voies digestives et en opérant un lavage de l'économie tout entière et des rems en particuher, mais encore en favorisant manifestement la régularité des phénomènes intimes de la nutrition, en favorisant les combustions mtra-organiques qui assurent l'intégrité et l'harmome des actes assimilateurs et désassimilateurs. Les modilications, observées dans la composition des urmes sous son influence, en font foi, ainsi que je 1 ai exposé, dans un Mémoire sur les modifications des urines pendant le cours du traitement suivi à Vittel et dans un mémoire sur la goutte, à la Société de Médecine de Paris. De plus, ainsi que j'ai eu l'occasion de le prouver par des observations et des analyses fournies à l'appui de mes assertions, dans une discussion sur ralbuminurie, à la Société d'Hydrologie, l'action de ces eaux sur les reins est telle qu'elle produit non-seulement un effet diurétique mécanique en quelque sorte, entraînant avec une grande quantité d'eau une grande quantité de matériaux solides, mais qu'elle produit, en outre, une décongestion manifeste des parties sécrétantes. Par son emploi, les accès de goutte sont généra-

lenient éloignés, diminués dans leur intensité, supprimés chez un assez grand nojnbre,pour un temps quelquefois très-long, et cela sans les inconvénients graves qui restent attachés aux traitements par les préparations de colchique, par les alcalins à haute dose, par le salicylate de soude.

C'est aux goutteux débiles aussi bien qu'aux goutteux exubérants que convient le traitement par l'eau de la Grande Source, d'autant mieux que souvent ceux-ci ne diffèrent guère de ceux-là qu'en apparence, comme je l'ai déjà indiqué ailleurs; à peu près tous les goutteux sont plutôt légèrement anémiques que pléthoriques sanguins. Quand la goutte est arrivée à ses périodes dernières, les eaux dèVittel peuvent encore être utiles; elles diminuent les souffrances et prolongent la vie : ce sont là les conclusions auxquelles nous avons été conduits, mon collègue M. Patezon et moi , par nos observations.

Durant le cours du traitement, du septième au dixième jour généralement, quelques douleurs se manifestent dans les articulations; mais, avec des précautions hygiéniques seulement et quelques modifications dans les doses et le mode d'administration des eaux, elles n'ont aucune gravité et n'ont qu'une durée éphémère.

La goutte donnant communément lieu à des paroxysmes, à des accès annuels ou bisannuels, il est bon souvent que les malades fassent avec l'eau de la (Irande Source une ou deux cures à domicile un nu)is et demi à deux mois nvant l'époque habi-

tuelle des accès. Ils peuvent ainsi plus sûrement en éviter le retour, grâce à l'épuration urique qui est la conséquence de cette pratique.

Gravelle.

Les gravelles diatliésiqiies, liéréditaires ou acquises, et la gravelle accidentelle sont observées k Vittel en grand nombre. C'est la gravelle urique diathésique héréditaire qui est la plus fréquente.

L'action des eaux est, dans la gravelle, manifestement double, générale et locale; en tant que générale, elle n'a rien de spécial à la gravelle; elle s'exerce dans ce cas comme dans la goutte, comme dans toute manifestation de la diatlièse urique : je n'ai pas à y revenir; mais, au point de vue spécial des changements observés sous son influence dans la composition des urines, elle présente un intérêt réel.

Les modifications que le microscope permet d'apprécier, dans les urines des graveleux en traitement à Vittel, sont, en effet, très-remarquables ; je les ai signalées en i874 (1) dans une communication à la Société de Médecine pratique de Paris, et mes résultats ont été confirmés par les recherches du savant professeur Ritter, de la Faculté de Nancy. Ils ont été depuis reproduits par mon confrère

(1) Quelques mots sur certaines viodifications des urines ; patliogénie, séméiotique et thérapeutique, par le D'' Boiiloumié, 1874.

Genèse de l'acide urique, de la gravelle et de la goutte, par le D>- Bouloumié. 1871.

M. Patezon, qui on a fait l'oiîjet d'un mémoire à l'Académie (1876) (I). Je suis donc autorisé à considérer comme absolument exacts les faits que j'avais signalés alors et que je ne ferai que résumer ici.

Les dépôts uriques, sous l'intluence du traitement, vont progressivement en diminuant de quantité; les cristaux reviennent à leur forme normale ; leur épaisseur et leur coloration diminuent de plus en plus et progressivement; du huitième au dixième jour se montrent, dans l'urine, de nombreux cristaux d'acide oxalique unis à la chaux.

Quelques jours après, cet oxalate de chaux disparaît, en même temps que les cristaux uriques, de moins en moins nombreux, sont devenus plus pâles et plus réguliers; plus tard encore, ceux-ci diminuent de plus en plus et finissent, dans un grand nombre de cas, par disparaître entièrement, ou à peu près, des urines et n'apparaissent plus, dans tous les cas, quand ils persistent encore, que sous forme de lames losangiques ou hexagonales, incolores, sans épaisseur et de très-petite dimension. Un certain nombre de cristaux uriques, de grande dimension et encore colorés, se montrent parfois, mais exceptionnellement, à la fin de la cure, à côté des précédents, u C'est, disais-je, dans le mémoire que je viens de citer, le retour vers la désassimilation normale et la transformation de l'acide urique que marque l'émission oxalique. Il y a donc, durant Je traitement hydrominéral de Vittel, une période

(1) Goutte Pt G ravelle, parle D'' Patezon, 1870.

pendant laquelle la désassiniilation des éléments azotés est suractivée, et il y a élimination d'acide urique et d'acide oxalique, encore en abondance, avant que l'urée seule les remplace à peu près complètement. » C'est bien là une preuve du retour à l'état normal de la sécrétion urinaire sous rinlluence de l'eau minérale.

A côté de la gravelle sablonneuse, se place la gravelle proprement dite, qui offre de très-nombreuses variétés. Elle se comporte, sous l'influence du traitement, d'une manière très-difrércntc, suivant Tétat des reins, la constitution et l'iiygiène des individus. C'est elle qui, le plus souvent, donne lieu aux coliques népbrétiques, bien que celles-ci puissent être observées en l'absence de calculs, de graviers ou même de sables, mais exceptionnellement.

Assez souvent, dans les cas de gravelle, survient une colique néphrétique, pendant ou immédiatement après le traitement liydrominéral ; mais, si celui-ci n'a pas été poussé avec exagération, ce n'est pas avant le quinzième jour que surviennent les s^^mptômes morbides, et encore sont-ils alors, comme dans la goutte, très-manifestement atténués, si bien qu'un assez grand nombre de malades n'accusent plus, en pareil cas, que les symptômes d'un simple embarras gastrique avec courbature plus ou moins marquée ; peu après, l'élimination d'un calcul montre quelle était la cause des accidents et combien l'intensité de ceux-ci a été diminuée.

C'est plus souvent encore après la cure seulemenf

que se détaclient les calculs. Par l'eliet du traitement, l'inflammation des conduits est apaisée, une muqueuse épaissie n'obstrue plus leur lumière, la souplesse est revenue dans leurs parois, la sensibilité morbide est émoussée; le calcul, dès lors, n'étant plus retenu par la muqueuse qui l'encliatonnait auparavant, déplacé par un mouvement brusque, une secousse, la trépidation de la voiture ou toute autre cause, s'engage dans l'uretère et parvient dans la vessie sans causer les horribles douleurs ressenties lors des crises antérieures. On ne peut donc pas dire avec raison que ce soit grâce seulement à un efietmécanique que les calculs sont expulsés des reins par les eaux diurétiques de Vittel, car, s'il en était ainsi, ce serait pendant la période active du traitement que l'élimination aurait lieu, et elle pourrait, pour ainsi dire, être obtenue à volonté en augmentant plus ou moins les quantités d'eau. En interprétant ainsi l'action des eaux et en agissant en conséquence, on s'exposerait aux accidents les plus graves et on n'obtiendrait pas assurément un effet utile comparable à celui que l'on obtient par une médication prudemment dirigée.

Plus curable que la goutte, la gravelle peut être guérie entièrement à Vittel, mais ce n'est généralement qu'après plusieurs séjours; car les reins qui ont été atteints de concrétions calculeuses ont une tendance manifeste à en former de nouvelles. Il ne suffit donc pas de chasser un calcul déjà formé pour guérir un calculeux, il faut modifier son état général pour éviter qu'il ne fabrique en excès des maté-

(iUAVELLE.

liaux capables d'en constituer de nouveau et guérir le rein altéré par la présence pendant un temps plus ou moins long d'un corps étranger et par cet état inllammatoire primitif ou secondaire, qui est tantôt une pyélo-néphrite, tantôt un catarrhe léger, subaigu, à peine appréciable autrement que par ses effets et qu'on a appelé le catarrhe lithogène. Contre les calculs de carbonates et de phosphates, les eaux de Vittel ont aussi une action marquée, moindre cepenidant, d'après ce que j'ai observé, contre ceux-là que icontre ceux-ci, auxquels conviennent seules les eaux !de Vittel et leurs analogues. Aux phosphates éliminés en excès succèdent bientôt, sous l'influence du traitement, des urates et de l'acide urique qui diminuent et disparaissent ensuite après un temps plus ou moins long, comme il arrive dans la gravelle urique. Souvent, en pareil cas, l'adjonction de l'hydrothérapie froide est nécessaire.

Dans la gravelleo xalique, les eaux de Vittel produisent, comme dans les précédentes, un effet d'expulsion manifeste ; elles modifient la nutrition et font disparaître pour un temps plus ou moins long, après l'avoir un moment exagérée, Télimination oxalique; mais elles sont, cela va sans dire, sans action dissolvante aucune sur les concrétions déjà formées. Les bains, les douches, les frictions sont très-utiles dans le traitement de la gravelle ; les bains, dans la première partie du traitement, les ■douches, les frictions et les massages ensuite. En résumé, dans les cas de gravelle, les eaux de la Grande Source de Vittel provoquent, au prix de

douleurs relativemeiit insignifiantes, l'expulsion des calculs, d'un volume parfois très-considérable, modifient la sécrétion rénale et letat des reins de manière à diminuer ou à arrêter la production de nouvelles concrétions. Elles ont, dans certains cas, amené ainsi une guérison radicale.

Maladies des voies urinaires.

CALCULS VÉSICAUX.

Parmi les calculs vésicaux que j'ai observés à Vittel, les uns étaient de cause locale et formés de phosphate ammoniaco-magnésien, de phosphate de chaux, d'urate de soude ; ils avaient été engendrés par une inflammation chronique de la muqueuse \ vésicale ; les autres étaient d'origine rénale ; suivant ; qu'ils étaient développés avec une plus ou moins grande rapidité , qu'ils étaient, par conséquent, généralement plus poreux et à surfaces moins lisses, ils constituaient une contre-indication plus formelle du traitement hydrominéral.

Un certain nombre de malades, bien que préseii tant une partie des symptômes rationnels de la pierre, sont parfois, à cause du catarrhe vésical concomitant, adressés à Vittel avant ou après avoir subi une exploration. D'après mes observations, je peux dire que, toutes les fois qu'un calcul vésical ou un fragment résultant d'une opération ne dépasse pas 1 centimètre dans son plus grand diamètre, il y

MALADIES DES VOIES URINAIRES

a des chances sérieuses pour qu'il soit expulsé ; mais toute tentative d'expulsion doit être faite avec les plus grands ménagements. En résumé, des calculs vésicaux durs ou mousses, ne dépassant pas le volume de 6 à 8 millimètres, sont généralement expulsés sans accident par l'usage des eaux; des calculs plus volumineux sont aussi expulsés assez souvent; mais, pour arriver à ce résultat, il faut que la cure soit poussée assez activement, et par conséquent, tout d'abord, que l'état de la vessie aussi bien que la conformation et le siège de la pierre le permettent.

Les calculs vésicaux, poreux, siégeant surtout autour du col de la vessie, irritant facilement la muqueuse par leur contact, me paraissent contreindiquer foi-mellement l'usage des eaux diurétiques. Parmi les calculs descendus des reins et nourris dans la vessie, il en est quelques-uns que l'on est assez heureux pourvoir se fragmenter spontanément et sortir par morceaux, sable et débris analogues à ceux qui résultent de la lithotritie : j'en ai cité un cas très-remarquable à la Société de médecine de Paris, et je l'ai rapporté en détail dans ses comptesrendus (1). M. Patezon a observé à Vittel un cas à peu près analogue, et M. Debout en a signalé deux qu'il a observés à Gontrexéville.

Si je parle de ces faits, ce n'est nullement pour donner à celui qui porte une pierre dans la vessi©

(1) Comptes-rendns de la Société de médecine de Paris, séances des 22 avril et 13 mai 1876. — Fragmentation spontanée fJes calculs vésicavx, par le D'' Bouloumié.

le dangereux espoir d'une guérison par un procédé médical quel qu'il soit ; la fragmentation spontanée est une heureuse exception, mais une exception très-rare. Je n'ai pu en relever que o9 cas dans les auteurs, et, parmi ces 59 cas, dans 25 seulement il paraît y avoir eu expulsion complète des fragments sans intervention chirurgicale. Quant à la dissolution et à l'espoir de guérison qu'elle peut donner au malade et au médecin, quel que soit lo procédé employé, elle est encore, aujourd'hui du moins, absolument impossible à espérer.

On envoie souvent à Vittel et à Contrexéville des malades qu'on suppose atteints de pierre vésicale et qui n'ont pas été soumis à une exploration de la vessie : c'est là une pratique que je n'approuve pas, d'une manière générale ; mais, dans le cas où, pour des raisons particulières, elle a été suivie, il est bon que le malade sache qu'il doit être d'une prudence en apparence exagérée et qu'il ne doit rien livrer au hasard, les accidents les plus graves pouvant résulter de l'emploi excessif ou intempestif de l'eau minérale.

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