AUGUSTE FLAMENG
C’est beau, un trois-mâts, élevant fièrement sa proue hors de l’eau, surtout quant un artiste sait bien j ouer de.la couleur et opposer aux tons sombres delà coque, les vibrations claires de la mer.
SUPPLÉMENT DU CLAIRON
H. GEEVEX
M. H. Gervex poursuit, cette année, l’exposition des panneaux décoratifs qu’il exécute pour la mairie du dixneuvième arrondissement. J’ai déjà dit, à propos de son dernier tableau :
Mariage civil , tout le bien que je pensais de l’entreprise tentée par ce vaillant artiste, qui veut adapter à la décoration murale les scènes de la vie contemporaine. Je suis convaincu qu’il a raison, qu’il est temps de reléguer les allégories dans les armoires aux vieilles lunes, et que notre siècle doit donner sa date et son cachet aux peintures décoratives qu’il produit. Je crois que la nature peut fournir des sujets de fresques et des motifs de panneaux plus parlants, plus expressifs, plus en situation, que ceux que la fiction imagine.
Dans l’espèce, il s’agit de décorer la mairie d’un des arrondissements les plus laborieux de Paris. Il ne me semble pas utile d’épousseter l’Olympe et les dieux mythologiques pour les coller sur les panueaux du palais municipal.
Laissons donc cette poésie fanée. Ce qu’il faut là, c’est le spectacle impressionnant et grandiose du labeur acharné des hommes. Une poésie franche et robuste, une poésie toute moderne, est à l’état latent dans les ateliers fumeux, sur les quais actifs, autour des docks gorgés de colis. C’est à l'artiste à la dégager, à la condenser dans son œuvre, à la traduire et à la faire comprendre .
M. Gervex a obtenu ce difficile résultat en peignant le Bassin de la Valette. Dans ce panneau, la poésie du commerce chante fièrement et grandement. C’est le poème du travail dit par un artiste puissant. Mais il ne s’agit pas de louer l’œuvre, il faut la décrire. Des profils d’usines aux hautes cheminées, des toits de docks et de grands magasins, entrevus à travers les vapeurs du ciel, forment un fond bleu d’un ton très fin et très dôux. Venant vers le spectateur, le quai s’allonge dans une perspective qui laisse voir plusieurs aspects de sa vie laborieuse.
Ici une grue à vapeur soulève jusqu’à
sa robuste charpente des pierres de taille formidables. Au premier plan, des coalteurs, nus jusqu’à la ceinture, halés, par le soleil, noircis pas la poussière de gaillette, débarquent du charbon. Des bateaux de toute sorte sont alignés le long du quai. Cependant, au milieu d’une éclaircie, un petit remorqueur, filant à toute vitesse, met dans la transparence de l’eau la note rouge de sa cheminée vermillonnée.
Il faudrait n’avoir jamais vu un port pour ne pas être impressionné par ce spectacle, auquel ma flânerie n’a jamais su résister. Les impressions charmantes des heures passées, dans les senteurs du goudron, à voir débarquer ou embarquer des marchandises, je les retrouve en regardant le panneau décoratif de M. Gervex. J’y retrouve aussi l’atmosphère spéciale de ces milieux, leur charme rude et les attitudes artistiques que le travail donne à l’ouvrier, sans qu’il s’en doute. Quant à la qualité de l’exécution, elle est excellente. Les figures du premier plan y ont des vigueurs qui accusent l’étude du modèle en plein air. C’est une œuvre faite d’après nature, cela se reconnaît à l’exactitude des détails et à la vérité de la couleur générale.
XTsD. GLLL
*Le Fou de M. André Gill est d’un réalisme bien émouvant.