L’ARC DE GAILLON
L’arc monumental qui sépare la première cour de la seconde provient du château de Gaillon (Eure), commencé en 1508 (et non en 1500, comme le porte par erreur l’inscription moderne placée sur l’arc) par le cardinal Georges d’Amboise, le ministre tout-puissant de Louis XII 1.
Cette demeure magnifique fut en grande partie démolie pendant la Révolution : il n’en reste plus guère en place que la façade et la chapelle ; l’ensemble sert aujourd’hui de prison.
Quant au portail et aux deux galeries placées dans la seconde cour de l’Ecole des beaux-arts, ils ont été achetés en 1802 par les soins d’Alexandre Lenoir et transportés pierre par pierre au Musée des monuments français.
Le fragment en pierre de Vernon, exposé dans la première cour et que l’on appelle improprement un arc, d’après son apparence actuelle, faisait partie à l’origine de la façade d’un corps de bâtiment placé entre l’avant-cour et la grande cour; il n’était pas isolé, mais relié à un bâtiment
1. Voy. Deville, Comptes de dépenses de la construction du château de Gaillon. Paris, i85o.
plus considérable. Ce morceau est l’œuvre particulière de l’architecte Pierre Faim, de Rouen. L’arc de Gaillon, tel qu’il est constitué à l’École des beaux-arts, comprend deux arcades et quatre fenêtres disposées sur deux étages. Aux extrémités, deux statues sur des consoles, à gauche une femme sans tête, à droite un homme sans bras.
Des piliers à pinacles, des nervures gothiques, des hermines, des culs-de-lampe à marmousets alternent, sur ce magnifique monument du style de transition, avec les colonnes cannelées, les pilastres historiés, les rais de cœur, les rosaces, les oves, les rinceaux. Ils forment un vaste réseau, et comme une dentelle admirable.
Les statues qui ornent aujourd’hui le portail sont toutes étrangères au monument.
La baie supérieure, qui portait à l’origine les armoiries du cardinal, contient, sur un socle, une Cuve baptismale , exécutée en 1542 pour P abbaye de Saint-Victor à Paris, et ornée d’arabesques et de quatre petits bas-reliefs. (Gravée dans Y Histoire des arts en France , d’Alexandre Lenoir, pl. LXXX V, et dans l’ouvrage de M. Courajod, t. II, p. 49.)
Les deux statues qui occupent les deux ouvertures latérales représentent, à gauche, un Mercure (?), dont les bras ont disparu, à droite, une Pomone .
Ces statues figuraient, du temps de Lenoir, sur le portail d’Anet; elles occupent actuellement la place de deux autres statues reléguées sous la galerie qui sépare la seconde cour de l’École de la cour des Loges.
Sur la face donnant sur la première cour, deux colonnes cannelées encadrent la baie principale, et des pilastres ornés d’arabesques la baie qui la surmonte. L’inscription mo-
LA PREMIERE COUR
derne : «Façade du château de Gaillon bâti en 1500 par le
cardinal Georges d’Amboise », est erronée, comme il a été
dit, quant à la date.
L’Arc de Gaillon.
.j o GUIDE DE L'ECOLE DES BEAUX-ARTS.
A la place où se trouve cette inscription était incrusté autrefois le bas-relief de Michel Colombe, Saint Georges combattant le dragon , aujourd’hui au musée du Louvre.
La grille qui ferme l’arc de Gaillon se trouvait autrefois à Saint-Denis ; d’après M. Peisse, elle daterait du temps de Louis XII et aurait été considérablement retravaillée et modifiée par Percier1 2; d’après M. Courajod, elle aurait servi de clôture à la chapelle contenant le tombeau de François Ier 2. Les deux bas-reliefs qui ornent la grille, Y Adoration des Bergers et Y Adoration des Rois s font partie de la suite décrite ci-dessus fp. 32).
Les médaillons de Charles IX et d: Elisabeth d’ Autriche } qui servent de cache-serrures, semblent être des surmoulés modernes.
La balustrade et les grilles qui rattachent l’arc de Gaillon aux deux côtés de la cour sont modernes. Sur cette balustrade s’élèvent quatre colonnes, au fût orné d’hermines dans des losanges, et au chapiteau.orné de dauphins. Les vases à parfums qui surmontent ces colonnes proviennent vraisemblablement du tombeau de Henri Chabot, tombeau sculpté par Michel Anguier.
La façade postérieure du portail, celle qui donne sur la seconde cour, est factice ; le monument faisant partie, à l’origine, comme il a été dit, du corps même du château de Gaillon; mais les pilastres, les frises, les cartouches, les médaillons, les pendentifs qui l’ornent, proviennent, eux