II. INFUSOIRES CONTENUS DANS LE SANG
Dans certaines maladies infectieuses, spontanées ou provoquées, et même dans certains empoisonnements, on a constaté depuis longtemps la présence d'infusoires filiformes (1).
Le rôle joué par les infusoires dans ces affections, n’a pas encore été très bien déterminé et l’on a beaucoup agité la question de savoir, si ces éléments sont la cause ou l’effet de la maladie, et s’ils peuvent reproduire par introduction dans un organisme vivant, un milieu septicémique, semblable à celui dans lequel ils se sont développés.
Pour certains auteurs, les Bactéries ne seraient que des témoins d’un état putride, sans pouvoir servir à le caractériser.
Cependant quelques observations prouvent que ces infusoires, lorsqu’ils apparaissent, produisent en raison de l’exercice de leurs fonctions vitales, des troubles considérables dans l’hématose. M. Pasteur a fait sur ces différents points de la science des recherches très approfondies, dont les résultats n’ont pas encore jusqu’ici force de loi.
Pour faire avec succès l’examen de ces infusoires, il faut se servir d’un grossissement assez considérable, 500 D. environ ; souvent même, il est nécessaire de se servir d’objectifs à immersion (Duval et Lereboullet) et l’on est forcé de recourir à l’emploi de divers réactifs pour les caractériser.
D’après M. Davaine, [Art. Bactérie , Dict. Dechambre) il est nécessaire pour distinguer les vibrioniens, de corps filamenteux ou de cristaux en aiguilles, de les soumettre àcertains réactifs. L’acide sulfurique et la potasse caustique ne détruisent pas immédiatement les vibrioniens; ces filaments pâlissent, mais ils résistent longtemps, quelquefois indéfiniment, à leur action. L’iode les jaunit et les rend plus apparents. Leur mort déterminée par un changement de milieu, par une température élevée, amène en peu de temps leur destruction. Suivant le conseil donné par MM. Duval et Lereboullet, on peut pour rendre l’observation plus facile, additionner le liquide d’une goutte de carmin ou de fuschine. 11 faut bien se garder de confondre les
(I) Dans l’empoisonnement par la cyclamine on trouve dans le sang une grande quantité de vibrions.
CIlAP. IX. — DU SANG AU POINT DE VUE MICROSCOPIQUE. 379
vibrioniens avec des granulations élémentaires, que l’on rencontre parfois dans le sang, et qui ne sont que le résultat delà destruction plus ou moins complète soit des éléments du sang, soit de certains tissus (Duval et Lereboullel).
Classification des Vibrioniens. — Voici d’après M. Davaine la classification des Yibrioniens (1) :
Filaments droits ou infléchis, mais non tournés en hélice
( se tournant ( rigides / spontanément \ flexués. ...
immobiles .
Bacterium
Vibrio
Bacteridium
Filaments tournés en hélice
Spirillum
I. Genre Bactérie. — Corps filiforme raide, devenant plus ou moins distinctement articulé, par suite d’une division spontanée imparfaite ; mouvement vacillant non ondulatoire (Dujardin).
B. termo , apparaît au bout de fort peu de temps dans les matières végétales ou animales en putréfaction. D’après M. Pasteur, ce vibrionien vivrait en absorbant l’oxygène des substances avec lesquelles il est en contact.
B. Catenula , B. chaînette, ainsi nommé, parce que les filaments filiformes et cylindriques qui le forment, sont souvent assemblés par trois, quatre ou cinq. On le trouve chez les malades atteints de la fièvre typhoïde et dans certaines infusions fétides.
B. Putredinis. B. de la pourriture (Davaine), se présentent sous trois états différents. Les bactéries de la pourriture peuvent être desséchées sans périr, elles gardent alors leur vitalité pendant plusieurs mois. M. Davaine a fait, au sujet de cette bactérie, des observations fort curieuses que nous allons rapporter : elles déterminent dans les plantes une pourriture ordinairement plus humide que celle qui est causée par le mycélium du champignon ; quelquefois ce sont des ulcérations sèches.
La pourriture débute généralement par la racine et envahit ensuite toute la plante. M. Davaine l’a observée dans des végétaux à parenchyme très tendre, comme la balsamine et dans les plantes grasses trop fortement arrosées. Elle peut se trans-
(1) Voir sur le môme sujet les renseignements donnés p. 298 et suivantes (Première partie'' .
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
mettre par inoculation, aux tiges et aux feuilles d’un grand nombre de ces plantes. Cette pourriture est arrêtée par l’exposition du végétal envahi, à une température de 52° cent, à 55° cent, (beaucoup de plantes grasses peuvent, suivant
Fig. 22fl. — Bactéries et Vibrions. — a. Vibrio rugula. — b. Bacterium putredinis . — Les lignes ponctuées indiquent le chemin parcouru par les Vibrions (800 D, — P).
M. Davaine, supporter cette température sans en être altérées). Le Bacterium putredinis change de forme suivant le végétal sur lequel il s’est développé.
II. fleure Vibrion. — Corps filiforme plus ou moins distinctement articulé, par suite d’une division spontanée imparfaite, susceptible d’un mouvement ondulatoire comme un serpent (Dujardin).
Vibrio lineola. — Vibrion linéole (Millier), corps cylindri ques, un peu renflés au milieu, deux ou trois fois plus longs que larges, assemblés par deux ou trois, en une ligne très mince, un peu flexueuse et présentant seulement deux ou trois inflexions. On les a rencontrés dans des infusions végétales, ainsi que dans le pus des chancres de la verge et de la vulve (Donné).
Vibrio Rugula (Miiller). — Vibrion Itugule. Corps diaphanes,
en fils alternativement droits ou flexueux de cinq à huit inflexions se mouvant avec vivacité en ondulant ou en serpentant; a été trouvé dans les matières intestinales de l’homme (Leeuwenhoeck) et dans les déjections des cholériques (Pouchet).
On trouve le Vibrion baguette ( Vibrio bacillus) dans la matière blanche qui s’amasse autour des dents (Leeuwenhoeck), ainsi que dans les intestins de différents mammifères (Davaine).
Le Vibrion lactique (1) (Pasteur), en raison de son importance sera décrit à l’article Lait. Si nous avons donné ici la description très succincte, de quelques vibrions autres que ceux que l’on rencontre dans le sang, c’est dans le but de conserver à ce chapitre si spécial des vibrioniens, plus d’homogénéité.
III. Genre Bactéridie (Davaine) Bacteridium — Corps filiforme, droit ou infléchi, plus ou moins distinctement articulé, par suite d’une division spontanée imparfaite, toujours immo bile.
I. Bactéridie charbonneuse (Davaine). — Filaments droits, roides, cylindriques, quelquefois composés de deux, trois et très rarement quatre segments, offrant alors des inflexions à
Fig. 221. — Sang charbonneux.
angles obtus, en rapport avec les articles ; très'Vninces relativement à la longueur. Dans la pustule maligne, les filaments simples ont jusqu’à 0mm, 01 de longueur, dans le sang des gros vaisseaux ; ils sont ordinairement courts et atteignent leurs plus grandes dimensions dans la rate.
On peut distinguer les Bactéridies, des cristaux en aiguilles
(1) V. p. 300. Première partie.
382 GUIDE DE MICROGRAPHIE.
par leur résistance à l’action de la potasse caustique et de l’acide sulfurique; on les distingue des vibrioniens qui se forment- dans le sang putréfié, à ce que ceux-ci sont doués de mouvements spontanés ; en outre, les Bactéridies charbonneuses se détruisent par la putréfaction. Les Bactéridies existent principalement dans les vaisseaux capillaires, surtout dans ceux du foie et de la rate. Elles semblent quelquefois rares dans le sang du cœur, mais on les trouve alors en grande quantité, dans des concrétions fibrineuses placées le plus souvent entre les colonnes charnues ou dans les oreillettes. Elles se développent aussi dans le corps muqueux de la peau de l’homme, constituant la pustule maligne (1).
M. Davaine a également décrit les Bactéridies intestinales (Y. Matières fécales).
IV. Cïenre spiriiium (Ehrenberg). — Corps filiforme contourné en hélice non extensible, quoique contractile (Dujardin).
L’article de M. Davaine contient sur ce genre des détails fort intéressants ; nous y renvoyons le lecteur qui voudrait déplus amples développements sur ce sujet.
Nous ne voulons pas davantage entrer dans l’examen du rôle physiologique des Vibrioniens : ce serait d’abord sortir du cadre de cet ouvrage, et de plus on peut dire que cette question est encôre à l’étude. Des conclusions différentes sont chaque jour fournies par des hommes éminents, et il nous paraît sage d’attendre que l’accord se fasse sur ces questions si difficiles et si importantes.
§ 12. HÉMATOZOAIRES DE L’HOMME.
Tout ce qui suit a été emprunté au bel ouvrage de M. Davaine, qu’il faut toujours consulter chaque fois que l’on veut déterminer les parasites de l’homme ou ceux des animaux (2).
On ne connaît pas en Europe d’entozoaire qui fasse son sé-
(1) Voir Bulletin de l’Académie de médecine, Communications de MM. Pasteur et Colin. Séance du 30 avril 1878.
(2) Traité des entozoaires et des maladies vermineuses de l'homme et ces animaux dotnestiques, par C. Davaine. Paris, 1877.
jour normal dans le sang de l’homme, mais en Égypte on a très souvent constaté, 117 fois sur 363 autopsies, la présence d’un ver du genre distome que l’on rencontre fréquemment dans les vaisseaux des organes abdominaux.
Nous devons faire ici une remarque générale, à propos des hématozoaires, nous parlerons souvent de leur présence et de l’apparition de leurs œufs dans l’urine. Il nous a semblé plus naturel de signaler au moins ces faits dans ce chapitre plutôt que de les reporter à l’article Urine. C’est ainsi que les œufs du distome hœmatobie , se rencontrent souvent dans l’urine des sujets qui portent ce parasite (Y. la description dans Davaine, p. 319, et chapitre des Parasites). Ce n’est pas impunément, que la vessie peut renfermer de ces œufs. On les a vus, en effet, constituer le noyau de graviers ou de pierres, dont les couches extérieures sont formées d’acide urique. Ces graviers se rencontrent dans les reins, dans l’uretère et dans la vessie. Lorsqu’on se trouvera en présence d’une hématurie, ou de symptômes du côté des reins et de la vessie dont on n’aura pas l’explication, il sera prudent de rechercher la présence des ovules du distomehæmatobie, soit dans les urines, soit dans les matières fécales (1).
Le distome^ hépatique, ainsi que cela a été démontré par quelques observations concluantes, peut être rencontré accidentellement dans les vaisseaux sanguins de l’homme. Quelquefois, ces distomes, comme l’a observé M. Davaine, entraînés par le torrent circulatoire, sont arrêtés dans les capillaires, soit à la tête, soit aux pieds. Leur présence détermine l’apparition d’une petite tumeur, formée selon toute apparence, par l’animal lui-même gorgé de sang, ou par des caillots sanguins (Y. Parasites).
Les états intermédiaires de ces parasites peuvent également se rencontrer dans les divers liquides de l’économie.
On a également constaté la présence dans l'Inde, à' Hématozoaires nématoïdes , existant soit dans le sang, soit dans l’urine, à differents états de développement. Ces parasites produisent
(1) Outre l’hématurie simple, accompagnée ou non de gravelle urique, le distome liæmatobie donne lieu également à l’urine chyleuse ou albuminograisseuse.
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
des désordres plus ou moins graves. Le Dr Lewis qui les a découverts leur a imposé le nom de Filaria sanguinis hominis (fig. 222) ; mais, d’après M. Davaine ( loc . cit., p. 949), aucun des caractères de ces helminthes, ne prouve qu’ils appartiennent aux
Fig. 222. — Filaria sanguinis hominis
Filariens. Ces entozoaires, d’après Lewis, ont la forme de petits serpents, qui s’agitent vivement sans avancer, parmi les corpuscules sanguins. Leur corps est cylindrique, très long et très aminci à l’extrémité postérieure.
Particularité digne de remarque, ces vers sont enveloppés dans un tube très délicat, fermé aux deux bouts, dans l’intérieur duquel ils peuvent s’allonger et se rétracter, même jusqu’à la moitié de leur longueur. Ce tube, parfaitement transparent, dépourvu de structure apparente, ne se distingue du liquide ambiant que par sa réfringence.
Ces. parasites sont très communs chez les animaux domestiques. Nous renvoyons à l’ouvrage de M. Davaine, qui en a fait une étude complète.