II. MATIÈRES TEXTILES VÉGÉTALES
L’industrie européenne n’emploie couramment que quatre textiles retirés des plantes, ce sont : le lin, le chanvre , qui font l’objet de grandes cultures dans nos contrées ; le jute, qui depuis quelques années a pris une place importante dans l’industrie; le coton, enfin, dont les centres de production sont l’Amérique et l’Asie. Ce dernier textile diffère comme nature des trois premiers, mais il rentre dans le groupe des cellules allongées aussi bien que les fibres.
Outre les substances textiles que nous venons d’énumérer il en est d’autres dont l’usage commence à se répandre, et qui acquièrent de jour en jour une plus grande importance. De ce nombre sont le chanvre pite ou aloès, produit par Y Agave americana, les fibres du Phormium tenax, celles de Y Alfa de nos colonies algériennes, celles enfin du Stipa tenacissmia, etc. ; beaucoup d’autres qui ne sont point encore arrivées sur nos marchés sont en usage dans les pays de production.
Aspect extérieur des fibres textiles. — Toutes les matières textiles dont il est ici question sont produites soit par des Monocotylédones, soit par des Dicotylédones. Or, au premier abord, un œil exercé peut le plus souvent reconnaître à laquelle de ces deux origines se rapporte un faisceau de fibres donné. Les fibres des Monoco.tylédones sont généralement blanches ou d’une teinte fauve très-claire, et ont reçu en Angleterre le nom de fibres blanches. Ges libres, soyeuses, bril-
(1) Etudes sur les fibres végétales textiles employées dans V industrie , par M. Vétillart. Paris, 1876.
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
lantes et d’une grande pureté, doivent ces propriétés extérieures à leur mode de préparation. On n’emploie en effet pour les isoler des autres tissus de la plante que des moyens mécaniques, consistant en un broiement du végétal entre des pierres suivi de lavages à l'eau. Les fibres des Dicotylédones au contraire sont en général assez fortement colorées en brun. Beaucoup plus longues ordinairement que les premières, et enchevêtrées les unes dans les autres en même temps que fortement attachées au tissu qui les environne, elles nécessitent pour être isolées l’emploi du rouissage , ou macération dans l’eau, qui a pour but de détruire partiellement par la fermentation les matières et les tissus qui les enveloppent. Si l’opération est bien menée, les fibres se présentent agrégées sous formes de rubans plus ou moins étroits, propres, souples, brillants.
La valeur des fibres textiles variant suivant leurs propriétés, suivant qu’elles sont plus ou moins tenaces et plus ou moins souples, on ne devra pas s’en tenir à un examen superficiel, mais recourir aux procédés plus sûrs que nous allons indiquer.
Examen fies fibres textiles. Mode opératoire. — Sans nous arrêter aux moyens plus ou moins approximatifs et défectueux qui pendant longtemps ont été mis en usage dans l’examen des matières textiles, nous allons exposer avec quelques détails la méthode indiquée par M. Yétillart ( loc . cit.).
Tout d’abord, et c’est là un point capital, avant de procéder à l’examen des matières en expérimentation, il faut leur faire subir une préparation qui a pour but de désagréger les éléments fibreux qui les composent. Pour cela on fait bouiliir pendant une demi-heure au moins les échantillons (filasse, fils, tissus) ‘ à examiner dans une lessive conténant environ 10 p. 100 de carbonate de potasse ou de soude. Gela fait, on lave l’échantillon à grande eau, et on le fait sécher. Si l’opération a été bien menée, les filaments se laissent aisément dissocier au moyen des aiguilles en leurs fibres composantes. On prélève alors sur la masse trois échantillons nécessaires à l’examen complet.
Le premier servira à l’essai par les réactifs que nous allons indiquer.