‹ Guide de l'élève et du praticien pour les travaux pratiques de micrographie, comprenant la technique et les applications du microscope à l'histologie végétale, à la physiologieChapitre 422 sur 504 · CHAPITRE XXL — CORPUSCULES ET MIASMES DE L’AIR · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL — CORPUSCULES ET MIASMES DE L’AIR

de corpuscules. Il en fut à peu près de môme pour une goutte d’eau provenant de la campagne.

G. Tissandier a analysé chimiquement le résidu de l’évaporation de l’eau provenant de la neige.

Déjà, M. Boussingault, dans les analyses d’eau de neige, y avait reconnu la présence du nitrate d’ammoniaque et l’avait dosé. G. Tissandier a mis en évidence la présence de ce "composé par une méthode qu’il décrit ainsi : « Si l’on verse une goutte d’eau de neige sur une lamelle de verre et qu’on la laisse s’évaporer spontanément dans un air desséché, on aperçoit au microscope, dans le résidu

Fig. 491. — Goutte d'eau de neige vue au microscope, 500/1. (G. Tissandier.)

obtenu, des cristallisations très remarquables : tantôt ce sont de longues aiguilles, extrêmement minces, entremêlées de prismes droits à base hexagonale qui prennent naissance; tantôt on aperçoit des étoiles à six branches et des cristallisations aux contours indécis, ou les prismes se détachent d’une tige centrale, pour servir de bases à d’autres dentelures. Les figures ci-jointes (p. 773) ont été dessinées par M. Tissandier sous un grossissement de 500 D.

Pendant que les cristaux abandonnés par l’eau de neige se réunissent vers les bords extérieurs de la goutte, les corpuscules se rassemblent au centre. Ces cristaux, dit M. Tissandier, sont bien formés par du nitrate d’ammoniaque; ils se dissolvent dans l’alcool, se dé-

composent par la chaleur sans laisser de résidu, et renferment de l’acide nitrique et de l’ammoniaque. Outre ces cristaux de nitrate d’ammoniaque, M. Tissandier a vu aussi quelquefois des cubes nettement définis qui appartenaient probablement au chlorure de sodium. Cet observateur a vu également des prismes à quatre faces, qu’il n’a pas déterminés ; toutefois ses observations tendraient à les lui faire considérer comme du sulfate de soude (comptes rendus de l’Académie des sciences, 4 janvier 1875, et loc. cit ., p. 24). La figure 494 représente des cristaux obtenus à l’observatoire de Sainte-Marie du Mont. Ces c istaux sont finement dentelés ; ils ont l’aspect de fougères ou de plumules d'une grande délicatesse; il y a aussi de petits cristaux légèrement arrondis sur leurs angles et gracieusement ramifiés, des croix hexagonales à six branches, etc. Ces cristaux déliquescents ne tardent pas à perdre leur forme sous l'influence de l’humidité de l’air. On a pu toutefois en fixer quelques groupements par la photomicrographie.

On trouvera représentée dans la figure 495 une cristallisation très remarquable de nitrate d’ammoniaque obtenue par l’évaporation d’eau de neige.

C’est en vain que M. E. Tissandier a essayé de reproduire artificiellement ces formes cristallines de l’azotate d’ammoniaque, il n’a jamais obtenu que des cristaux uniformes. Cet auteur attribue le mode de cristallisation particulière du nitrate d’ammoniaque, dans les eaux météoriques, à une certaine quantité de matière organique que ces eaux contiennent.

En juillet 1876, M. G. Tissandier examina au microscope de l’eau abandonnée par la fusion de la grêle. Il y trouva diverses algues, divers Infusoires, sans mouvements lorsque l’observation fut faite; des corpuscules organisés sphériques ; d’autres corpuscules très abondants, animés d’un fort mouvement de trépidation. 11 y avait en outre des globules sphériques, d’une transparence complète, et qui étaient constitués par une substance ayant l’apparence gélatineuse. Après l’évaporation du liquide, M. Tissandier vit un de ces globules se contracter, sous le contact d’un petit corpuscule pierreux. Il rapproche cette observation du fait suivant rapporté par Ehrenberg: « Un administrateur de la pharmacie Hocpen, près de Bielefeld, m’a appris que le 14 janvier 1860, M. le docteur Stohlmann avait recueilli une poussière brune, dont la neige était chargée. L’ayant examinée au microscope, il y trouva, à côté de petits cristaux en quartz, des animalcules vivants, de forme sphérique, dont les plus grands avaient la forme d’une lentille. Ce n’étaient pas des Infusoires; je ne fus pas moins surpris à l’idée d’êtres organiques vivant dans la neige fondue (1). »

(1) G. Tissandier, /oc. cit., p. 30. — Bericht über die zur Bekauntmachung geeigneten Verhandlungen der Konigl Preass. Akcidemia der Wissenschaften zu Berlin. 1860.

Page 1