CHAPITRE XXII. — EXAMEN DES CHEVEUX ET DES POILS
premiers, au contraire, seraientdes poils typiques, enpleine évolution et jouissant de toutes leurs propriétés physiologiques.
Aussi nous croyons ne pas pouvoir accepter dans toute leur rigueur les deux conclusions suivantes d’OEsterlen : 1° un poil avec une racine ouverte n’a pas atteint le terme de son développement, il sera donc regardé comme ayant été arraché lorsqu’il s’agira d’une expertise ; 2° un poil pourvu d’une racine fermée est vraisemblablement tombé de lui-même, mais peut aussi avoir été arraché avant le moment de sa chute.
»e la couleur «les poils. — Dans les indications que nous avons données sur la structure du poil, nous avons indiqué à quels éléments et à quel mécanisme, ils devaient leur coloration. Si la détermination de la couleur d’un poil n’offre pas grande difficulté, quand on a sous les yeux une couleur très tranchée, il n’en est pas de même lorsque l’on a à déterminer une des couleurs de transition si fréquentes. Il y a généralement un rapport assez étroit entre la coloration du poil et celle de la peau (Sappey, Broca, Pruner-Bey); cette analogie de coloration se poursuit entre le cheveu et l’iris (Broca, Pruner- Bey). Les trois couleurs principales des poils sont le blanc, le noir, et le rouge feu, qui par leur association, donnent naissance à ces nuances si variées que nous avons sous les yeux. On peut voir dans le musée de l’Institut anthropologique de Paris, une gamme de coloration des cheveux, faite par les soins du professeur Broca. Ces différents échantillons ont des origines très diverses et proviennent d'individus appartenant aux deux sexes, et à des races très variées. Ces diverses nuances constituent un cercle complet, passant du noir au blanc par le brun et le gris, et revenant du blanc au noir par le blond et le rouge. Les cheveux de différentes nuances sont disposés de façon à former un passage insensible du rouge vif au rouge sombre, au rouge-noir et enfin au noir. Les cheveux les plus clairs sont, comme nous l’avons vu, ceux des albinos.
M. Broca a formé un tableau chromatique numéroté, permettant de distinguer facilement les types caractéristiques.
Ce tableau renferme cinquante quatre nuances s’appliquant aux cheveux et à la peau ; les vingt premiers numéros concernent également l’iris. Les vingt premières nuances sont dis-
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
posées en séries régulières, à savoir : 1 — 5, nuances brunes; 6 — 10, nuances vertes ; 11 — 15, nuances bleues ; 16 — 20, nuances grises. Le reste du tableau est disposé autrement; la multiplicité et la proximité des nuances fondamentales qui relèvent de deux couleurs seulement, jaune et rouge, et de leur mélange en proportions convenables, rendant impossible cette classification, on s’est borné à confronter sur l’un des côtés du tableau les teintes les plus sombres, afin de rendre la comparaison plus facile. On a cherché à faire suivre les autres dans un certain ordre, mais cet ordre n’a pu être régulier, il a fallu plus d’une fois rendre les séries naturelles. Le n° 48 représente le noir absolu (Broca) (1).
Le Dr Johannet insiste avec raison sur l’importance que présente ce tableau pour le médecin légiste dans les questions d’identité. Grâce à son emploi, l’expert déterminera plus facilement et plus exactement la nuance d’un ou de plusieurs poils donnés ; il pourra même fixer cette coloration par un numéro d’ordre. La simple comparaison de deux poils mis à côté l’un de l’autre ne permettrait pas de distinguer une différence décoloration peu tranchée (2).
Les poils vus en masse paraissent plus foncés que lorsqu’ils sont isolés.
Il faut encore tenir compte, dit le Dr Johannet, de la direction des rayons lumineux. Une chevelure de couleur châtaine donne, par la réflexion des rayons lumineux intenses, des reflets dorés. Si on examine des cheveux au microscope, leur couleur peut se trouver également modifiée. Sous l’influence delà lumière réfractée, les cheveux noirs paraissent acajou-brun; les cheveux châtains acajou clair ; les rouges jaune clair orangés; les blancs sont transparents avec un léger reflet jaunâtre.
L’usage des corps gras tend à foncer la coloration des poils. On sait que les cheveux, surtout quand ils sont réunis en grand nombre, offrent une résistance considérable. D’après QEsterlen, traduit par Johannet, cette résistance des cheveux mérite de fixer l’attention du médecin légiste. « Que l’on trouve
(1) Broca, Bullet. delà Société d’anthrop ., séance du 4 fév. 1864. — Tableau chromatique, mémoires de la Société d'anthropologie, t. II, p. 123.
(2) Séparés de l’organisme, les cheveux pâlissent avec le temps.