‹ Guide de l'étudiant en médecine, ou, Essai d'une méthode analytique appliquée à l'étude de toutes les branches de la médecineChapitre 3 sur 18 · GUIDE · texte numérisé non relu

GUIDE

DE LÉTUDIANT

De toutes les sciences cultivées par le génie de l'homme , de toutes les professions qal peuvent l'honorer , il n'en est point de plus utile et de plus recommandable en même temps que la médecine. En effet , quelle que soit la région du globe qu'il habite , sous quelque température qu'il vive , l'homme ne peut se passer des secours de la médecine, et le monde entier atteste ses bienfaits. Les peuples civilisés de tous les climats , convaincus de tous les avantages qu'ils pouvaient en retirer , se sont empressés de lui prodiguer les plus nobles encouragemens et de l'entourer d'une grande considération^ les Grecs, surtout, dont l'imagî. nation vive et féconde embellissait tous les objets de leurs affections, la nommèrent Fille àii Ciel , et la révéraient comme une divinité

dans la personne d'Hippocrale et de ceux qui ; comme lui , en marchant sur ses traces , furent les bienfaiteurs de leurs semblables. Apollon, qu'ils regardaient comme le dieu de la médecine , passait pour l'avoir enseignée aux hommes , et son fils Esculape la pratiquait avec le plus grand éclat à Epidaure. a Ce n'est pas sans dessein , dit M. Halle, que l'antiquité donna cette origine illustre et divine au premier des médecins dans les temps héroïques. » Chez les Romains, Hygie, déesse de la santé , était spécialement chargée de yeiller à leur conservation. Junon, sous le nom de Lucine , présidait aux accouchemens ; et les femmes dont l'enfantement était pénible et douloureux , l'invoquaient à grands cris : Facta igituràjiwando , et Luce Juno Luciiia, à qiio parturientes eam im^ocant.

Dans tous les temps, il est vrai, la plus noble des carrières fut ouverte à des hommes médiocres , remplis de vanité et de ridicules prétentions j leurs succès éphémères purent bien un instant éblouir la multitude; mais leurs noms, parfaitement ignorés aujourd'hui, attestent à la fois l'inconstante crédulité du public , et le honteux oubli dans lequel doivent tomber à la fin tous ceux qui usurpent une réputa-

tîon qu'ils H ont point méritée. Ce n'est pas ainsi que les noms impérissables d'Hippocrate , de Gar lien, d'Arétée, etc., sont parvenus jusqu'à nous. Objets éternels de notre admiration , nous voyons la main du temps , loin d'affaiblir Iç respçct et la vénération qu'ils nous ont inspirés, imprimer au contraire le sceau de la vérité aux dogmes précieux consignés dans leurs ouvrages,

etfaire briller d un éclat toujours nouveau, lesheu* reux effets de leur doctrine éclairée. Quoique ce soit par des efforts soutenus, que leur génie seul pouvait surmonter, qu'ils se sont acquis à nos yeux une gloire qui, tous les jours plus brillante e$ plus pure , ne se démentira jamais , on ne peut doubler que ces hommes célèbres ne fussent doués des plus heureuses dispositions : mais gardons* nous d'attribuer aux vains effets du hasard des succès que leurs grands tjJens seuls leur méritèrent. Qui posséda une instruction plus variée qu'Hippocrate! Anatomie, médecine^ chirurgie, accouchemens, maladies des femmes et des enr fans, son vaste génie embrassa tout; et jamais une aussi grande réunion de connaissances n'en» tra dans une tête mieux organisée. Méthode clarté, précision, telles sont les qualités précieuses qui brillent dans les écrits de ge granj

homme ; et ses Apliorismes attesteront, à la postérité la plus reculée , qu'Hippocrate joignit au grand art d'écrire , le talent d'un profond observateur : ses ouvrages sont considères, même par les meilleurs littérateurs Grecs, comme des modèles de force, d'élégance et de clarté.

Galien, qui parut long-temps après Hippocrate , n'est pas moins étonnant ni moins célèbre que ce dernier. D'une sagacité peu commune, et d'une vaste érudition, il commenta les ouvrages d'Hippocrate ; et cette grande et utile entreprise sera toujours régardée, malgré ks reproches qu'on pourrait lui adresser , comme l'un des plus beaux monumens élevés à la gloire de la science en général et de la médecine grecque en particulier.

■ Galien poussa plus loin qu'Hippocrate l'étude des corps vivans : ses travaux littéraires sont immenses , et pourraient seuls tenir lieu de bibliothèque ; mais quelle différence cependant entre ces deux hommes , également recommandables î L un , guidé pour ainsi dire par la seule force de son génie, qui Téleva, comme dit Bordcu , a jusqu'à la main du Créateur , qui pousse à leur fin tous les événemens des maladies , n ouvrit et parcoiirut la plus noble carrière avec

un succès que vingt siècles écoulés depuis n ont point encore affaibli : ses préceptes sont encore aujourd'hui les oracles des médecins les plus célèbres. L autre, au contraire, doué, il est vrai, d'un génie des plus brillans , mais formé par l'étude et les voyages, étonna son siècle plus par ses vastes connaissances, que parla solidité de son jugement -, il n'ei^ a pas moins laissé après lui un nom qui ne périra jamais. Hippocrate, plus profond que brillant, plus observateur querudit, devait être et fut, en effet, le plus grrand médecin de l'antiquité, Galien, également né pour toutes les études, susceptible d'acquérir beaucoup de célébrité dans toutes les sciences, sans être un aussi grand médecin qu'Hippocrate, le surpassa peut-être par la variété et 3a richesse de ses connaissances.

Tels sont les modèles que j'ai cru devoir offrir de préférence à l'admiration constante de tous ceux qui se livrent à l'étude de la médecme. Il me reste à examiner par quels moyens ils méritèrent de leurs contemporains et de la postérité les éloges qu'on ne cesse de leur prodiguer. Le génie qu'ils reçurent en partage y contribua , sans doute , de la manière la plus puissante j mais j'ose avancer que l'éducatioa

particulière qui leur fut donnée, que le soin qu^ prirent leurs maîtres de ne leur présenter que des notions claires et exactes de l'instruction qu'ils leur transmettaient , furent une des principales causes de leur grande célébrité. Hippocrate , surtout , fut à cet égard des plus heureusement partagés. <c 11 était de la famille des Asclépiades, dit M. Cabanis , dans son ouvrage sur les Révolutions et la Réforme de la Mé^ decine. Ses ancêtres, de père en fils, avaient exercé , pendant dix-sept cents ans , la profession de médecin dans l'île de Cos. Entouré , dès l'enfance , de tous les objets de ses études ; cultivé par les maîtres les plus célèbres dans l'éloquence et la philosophie ; enrichi du plus vaste recueil d'observations qui pût exister alors; enfin, doué , par la nature, d'un génie à la fois observateur et étendu , hardi et sage , il entra dans la carrière sous les plus heureux auspices , et la parcourut , pendant plus de 80 ans avec une gloire également due à ses talons et à l'élévation de son caractère vertueux. »

« Ce fut , coiitiime M. Cabanis , au milieu des jeux de son enfance , qu'Hlppocratc reçut de la bouche de ses parens , les notions élémentaires de la médecine. C'est ainsi qu'il a.yait trouvé

clans sa famille , et y pour ainsi dire , autour de son berceau , tous les moyens de développer l'étendue de son génie. Mais il ne s'en tint pas à cette première culture : en effet , il étudia la metiecine sous Hérodias, l'éloquence sous Gorgias , et la philosophie sous Démocrite. î)

Si nous passons à Galien , nous verrons qu'il fut , comme Hippocrate , entouré , dès sa plus tendre enfance et pendant toute sa jeunesse ; , des objets d'instructions qui devaient un jour lui rendre si facile l'entrée de la carrière médi^f cale. Son précoce génie fut nourri des meil* leurs modèles dans tous les genres de littérature. Conduit dans ses premières études par un père dont il était tendrement aimé , et qui joignait les vertus au savoir , il fit des progrès rapides , mais qui ne firent que redoubler le désir extrême qu'il avait d'acquérir de nouvelles connaissances. C'est sous son père que Galien se perfectionna dans les sciences mathématiques et physiques, « Il passa , dit M. Peyrilhe , dans son Histoire de la Chirurgie , dès l'Age de quinze ans , à l'étude de la philosophie sous des maîtres ha-, biles. Son père ne le quitta pas cependant tant qu'il crut pouvoir lui être utile : il l'accompagnait chez les philosophes 3 il examinait Içurs

mœurs tout aussi soigneusement que leur doctrine 5 et selon qu'ils étaient plus ou moins savans , plus ou moins vertueux j selon qu'il croyait leur secte propre à former ou à corrompre le cœur ou l'esprit de son pupile , il le retenait dans leur école, ou le faisait passer sous d'autres maîtres. î>

Si nous voulions rechercher quels furent les moyens par lesquels les autres grands modèles de l'antiquité , tels qu'Arélée de Cappadocc , Celse , Cœlius-Aurélianus , Alexandre-de-TraU les, Paul d'Œgine , Prosper Alpin, ^Etius, etc. , acquirent une aussi grande célébrité , nous aurions également lieu de nous convaincre , qu'indépendammeiit des heureuses dispositions dont la nature les avait doués , l'éducation particulière qu'ils reçurent, et l'excellente méthode qu'ils suivirent dans leurs études médicales, en furent surtout les principales raisons.

A ces diverses causes réunies , ajoutez, d'une part , l'heureuse alliance que les anciens médecins faisaient de la philosophie, qu'ils regardaient comme devant servir d'introduction à l'étude de la médecine ; et de l'autre , l'habitude qu ils avaient des voyages : moyen négligé par les médecins modernes; qui s'oppose, plusqu on île pense , aux progrès de l'art de guérir , et

qu'on peut regarder comma la cause de cette médecine bornée , causeuse , qui recherche le grand monde , enfante des théories , et néglige l'observation,

« Nous ne sommes plus au temps où pendant plusieurs siècles, l'éducation des médecins à Paris , était entièrement domestique, c'est-à-dire , qu'à défaut de professeurs publics, chaque docteur de la Faculté tenait une école dans laquelle il expliquait à quelques disciples un certain nombre d'auteurs approuvés par les statuts de la corporatioii (*)• »

Sous ce rapport, on ne peut douter maintenant qu'il ne soit indispensable pour celui qui se destine à l'étude de la médecine , d'être dirigé par une bonne méthode , et de recevoir une instruction conforme à la nature de son génie et au degré de son intelligence particulière ; car la grande difficulté sera toujours d'établir un mode d'enseignement qui puisse convenir à tous également j et c'est ce qu'il n'est guère possible d'espérer. Il faut donc absolu-

(*) Ce passage est tire' d'une brochure in~^° , intitulée : De l'enseignement actuel de la médecine et de la chirurgie.

ment faire plier , pour ainsi dire , l'esprit de tous au mode d'enseignement adopté par les Ecoles savantes actuelles , par l'impossibilité bien évidente de faire , pour chacun en particulier , ce qui convient le mieux pour tous. Les éducations privées, et je parle toujours des études médicales , sembleraient , au premier coup d'oeil , ne point présenter les inconvéniens attachés au mode d'enseignement public; mais , outre la difficulté d'avoir un assez grand nom^ bre de maîtres pour chaque élève , comment prétendre qu'on en trouverait d'assez instruits , d'assez patiens dailleurs pour supporter les ennuis inséparables d'une éducation particulière , et triompher des obstacles sans nombre d'un pareil mode d'instruction ? A ces premiers inconvéniens, il s'en joint un autre : ce serait de se priver par-là d'un des grands avantages que présente l'enseignement public ; je veux parler de l'émulation, de ce motif puissant de travail et de courage, dans une science aussi longue et aussi pénible que la médecine. L'élève seul , avec ses livres , s'abandonne bientôt à une honteuse nonchalance : la paresse a tant d'attraits , et le penchant qui nous y conduit est si doux ! Privé de la vue de ceux qui çoureut

ïa même carrière que lui , leurs travaux , leur zèle , leurs succès ne peuvent ni l'enflammer, ni exciter en lui celte noble émulation , mobile des grandes âmes ; et avec des qualités recommandables et d'heureuses dispositions , il est condamné à n'être jamais qu'un homme très-ordinaire : l'expérience du .passé et celle de nos jours confirment ce que je viens d'avancer.

Il est donc bien prouvé que l'enseignement public de toutes les branches de la médecine l'emporte de beaucoup en excellence sur son enseignement isolé ou domestique , et qu'il ne s'agit plus que de le rendre aussi parfait et aussi utile que le comportent les efforts de l'esprit humain ; car on ne peut se le dissimuler ; il renferme quelques vices , qu'il est impossible de faire disparaître ; inconvénient attaché d'ailleurs à toutes les institutions humaines.

Mais que veulent ces impuissans déclamateurs, qui tous, leurs projets et leurs vains discours à la main, et comme des frelons avides qui poursuivent des abeilles industrieuses, viennent si hardiment proposer des réformes , indiquer de3 améliorations? Sous le spécieux prétexte du bien public, mais n'ayant réellement en vue Que leur propre intérêt, ces débiles ad ver-

saires , étrangers à renseignement , inconnus dans la science , seraient cependant parvenus à tout bouleverser , si les diverses Facultés du royaume et particulièrement celle de Paris, n'avaient opposé une courageuse résistance à leurs attaques réitérées. Sorties triomphantes de cette lutte inégale , elles poursuivent leur noble carrière , et , pour toute réponse , se contentent de confondre leurs ennemis par de nouveaux efforts et par des succès toujours plus éclatans ; car on ne peut ignorer que , dans l'état actuel de nos connaissances , la science médicale , telle qu'elle est publiquement enseignée à la Faculté de Médecine de Paris, n'est plus bornée à l'explication vague et insignifiante de quelques procédés opératoires , ou de quelques préparations pliarma" ceutiques. Les disputes oiseuses, les hypothèses gratuites, les systèmes erronés ont été chassés de son sanctuaire : elle embrasse , au contraire , le champ le plus vaste et le plus varié ; mais loin que cette immensité d'objets en rende l'élude pénible et embarrassante , l'esprit philosophique et d'analyse , heureusement allié à son enseignement, l'ont, au contraire, rendue aussi lumineuse que facile. Il ne s'agit donc plus, pour l'élève , que de savoir donner une heureuse di-

f ection A tous ces moyens réunis , pour faire de rapides progrès dans ses études. C'est pour avoir négligé cette méthode , la seule convenable et certaine , qu'une infinité de jeunes gens passent des années entières à courir après l'instruction , et n'acquièrent , après un travail long et opiniâtre , que la certitude d'avoir méconnu la véritable manière d'apprendre , et la nécessité de recommencer leurs études sur un nouveau plan. Ce n'est pas d'a^ujourd'hui seulement qu'on trouve à faire l'application de ces vérités : nous lisons dans Galien que de semblables causes avaient produit des effets pareils. « Je prends , dit Galien, les dieux à témoin que beaucoup de mes condisciples m'ont souvent avoué , les larmes aux yeux et déplorant leur ignorance , qu'ils avaient perdu leur temps sous de mauvais maîtres. »

« Sans un plan sagement combiné , dit le professeur Pinel , et poursuivi avec une constance et un courage imperturbables , les années s'écoulent , les faits qu'on observe ne sont point rapportés à des principes généraux ; on n'en conserve qu'une faible image dans la mémoire, et souvent des préventions erronées ; et c'est ainsi qu'on continue , le reste de sa vie , de

prendre pour guide un instinct machinal dans les sentiers tortueui de la routine. ))

, u Cette méthode et cet ordre à mettre dans les études, dit M. Prunelle , professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier , dans un discours qu'il a prononcé devant la Faculté et les élèvesnt assemblés , forme un objet capital dans l'éducation des médecins. Les jeunes gens, emportés par l'ardeur de s'instruire , veulent tout savoir à la fois j d'autres, moins laborieux , se dégoûtent en apercevant tout ce qu'ils ont à apprendre. Pour assurer les progrès des uns et des autres , il faut donc leur offrir un plan régulier des travaux qu'ils puissent exécuter peu à peu ; il faut leur montrer comment les diverses connaissances qui composent la science de la Médecine , peuvent conduire de l'une à l'autre , quoiqu'elles se trouvent étroitement unies ; il faut régler l'occupation de chaque jour , de chaque heure, pour ne point effrayer par la masse de connaissances nécessaires à un médecin; il faut, pour tout dire en un mot, déterminer l'emploi de chaque année , de chaquG mois du cours de scolarité. Sans une méthode pareille, la tête de l'élève semble un véritable

chaos , et la confusion y augmente en raison

directe du nombre d'idéas qu'il accumule. >> C'est pour éviter aux jeunes gens qui veulent suivre la carrière médicale , le chai^rin de perdre un temps précieux dans leurs études, que j ai entrepris un travail dans lequel je tacherai de leur indiquer la meilleure manière de profiter des nombreuses ressources qu'offre l'excellente instruction qu'ils reçoivent à l'illustre Ecole de Paris : c'est la peine que j'ai ressentie moi-même de l'embarras où j'ai vu plusieurs d'entre eux , incertains sur le choix et le nombre des cours qu'ils devaient suivre , qui m'a décidé à prendre la plume , et à sacrifier quelques momens pour m'occuper d'un objet dont l'utilité, pour eux, ne peut être contestée.

Avant d'entrer en matière , je ne dois pas négliger d'indiquer quels sont les études , les travaux préliminaires auxquels a du nécessairement se livrer celui qui se destine à la médecine ; car il ne faut pas croire, comme quelques esprits superficiels et ignoraiis se le persuadent et voudraient le faire croire aux autres, que la science médicale et l'exercice de l'art de guérir puissent être le partage de tous ceux à qui il prendrait fantaisie de courir cette

carrière. A une grande pénétration d'esprit et a une profondeur de jugement peu communes , il faut joindre de l'aptitude , des connaissances accessoires très ' étendues , du zèle , un grand courage , et le travail le plus opiniâtre. Oui , sans doute , le médecin qui veut mériter le titre honorable de bienfaiteur de l'humanité, doit , pour l'acquérir , passer les plus belles années de sa jeunesse à nourrir son esprit de tout ce que les Anciens et les modernes ont écrit de plus recommandable dans la science médicale ; de même il faut fréquenter assidûment les hôpitaux et les amphithéâtres , où se voient rassemblés , d'une part , les nombreuses victime! de la douleur , luttant sans cesse entre la vie et la mort ; et de l'autre , les débris ensanglantés des dépouilles humaines. Quelle est la conduite qu'il doit tenir , une fois lancé dans le monde ? Il n'est déjà plus à lui ; tous ses momens , sa santé , sa vie même doivent être sacrifiés pour le soulagement de ses semblables. Mais comment pourra-t-il remplir cette tâche pénible et honorable ? Quels seront les garans de la confiance qu'il cherche à mériter, et comment s'en rcndra-t-il digne ? En vivant dans la retraite et le silence , pour donner à l'élude

ions lés momens qu'il ne consacre pas à ses malades ; eu évitant de se montrer.en public ; en fuyant les plaisirs qui énervent le tempérament , ôtent le courage et la santé , et disposent à la paresse ; en usant de toutes les ressources de son génie pour guérir ou au moins pour soulager ses malades j en se piquant du plus noble désintéressement et d'une probité à toute épreuve ; en n'employant auprès de ceux que les maux et la douleur accablent , que les accens d'une grande sensibilité , et en portant dans leur ame la consolation et l'espérance ; en n'employant dans ses discours et ses écrits que le langage simple , mais frappant , de la vérité , et en dédaignant les vains ornemens du mensonge et de l'imposture ; en prenant pour guide de ses actions , la délicatesse et l'honneur j enfin , foulant aux pieds les vils moyens dont se servent l'ignorance et le charlatanisme , il ne doit point courir après le suffrage de la multitude , en flattant ses goûts ; car ce serait oublier la dignité de sa profession , qui ne lui permet point d'employer auprès de ses malades cette éloquence verbeuse et mensongère , partage ordinaire de la médiocrité.

Si je voulais joindre l'exemple aux préceptes ^

je pourrais offrir ici de nombreux modèles du tableau que je viens de tracer; mais comme la modestie est aussi une des vertus qui doivent le plus briller dans l'homme savant et honoré de la considération publique , je laisse à la sagacité de mes jeunes confrères à les distinguer : le portrait que je viens d'en faire , suffira pour les faire connaître. — Je passe à l'objet de cet opuscule.

Parmi les études qui doivent précéder celle de la médecine , la connaissance parfaite de la langue latine, et celle du grec, me paraissent tellement indispensables , que je voudrais qu'on interdît l'entrée des Ecoles à ceux qui les Ignoreraient j de même les élémens des mathématiques et de la physique devraient être rigoureusement exigés ; enfin, il est honteux pour l'art, de voir de jeunes gens, non-seulement étrangers aux connaissances que je viens d'indiquer, mais ne sachant pas même leur propre langue , s'asseoir hardiment sur les bancs de l'école , et conserver , le reste de leur vie , ce témoignage ineffaçable de leur ignorance et de leur mauvaise éducation. Il faut espérer que l'obligation imposée depuis peu à chaque candidat, qui veut prendre des grades en Médecine,

detré au "moins bachelier ès-léttres, préviendra une partie des abus que nous sii;nalons ici.

Voici ce quedit M. Prunelle , dans le discours déjà cité , sur la nécessité de se former de bonne heure à l'étude de lani^ues anciennes. <i Cette langue ( la langue latine ) a servi d'ailleurs pendant si long-temps de moyen de communication entre les savans de l'Europe , qu'en l'ignorant , on se condamne à ne rien connaître de ce qui a été fait dans les sciences jusques vers le milieu du siècle dernier.)j II ajoute : u Quiconque ignore la langue latine, et n'est plus dans l'âge ou dans la volonté de l'apprendre , doit donc sortir à l'instant même des lieux consacrés à l'étude de l'art sanitaire. L'y retenir plus long-temps , serait abuser de sa confiance j le flatter de succès qu'il ne peut obtenir j serait trahir nos devoirs envers lui et envers le public. ?> Si les langues modernes ont toutes plus oii, moins emprunté de la langue latine pour leur formation, on ne peut nier que cette dernière ne fût encore plus redevable à la langue grecque de ses tournures les plus élégantes , de sa richesse et de sa précision. « Rome victorieuse de l'univers, annonçait hautement qu'elle devait à la Grèce tout ce que la langue latine

possédait de grâces et d'énergie. C'est aiu Grecs qu'Horace conseille d'avoir recours , quand on a besoin de créer des mots nouveaux; c'est à lecole des Grecs, que s'étaient formés les poètes , les philosophes , les hommes d'Etat et les Empereurs Romains les plus distingués. A une certaine époque , il était du bon ton parmi les dames Romaines de s'exprimer dans dans la langue d'Homère et de Platon. ))

Quant à la langue grecque , sa connaissance est d'autant plus indispensable pour celui qui se destine à l'élude de la Médecine , que les expressions techniques de cette science sont en grande partie tirées du grec même , et qu'il est impossible d'en connaître le véritable sens , si on n'est versé dans l'étude de la langue grecque.

Je suppose donc un jeune homme qui, après avoir terminé ses études littéraires, vient à Paris pour y commencer sa carrière médicale. Suivons-le pas à pas, et, sans le perdre un instant de vue , accompagnons-le , pour ainsi dire , dans les différens cours, soit publics, soit particuliers , qu'il doit fréquenter , et voyons bi la méthode que nous voulons qu'il suive, et la route que nous allons lui tracer, ne présentent pas quelques avantages pour son instruction,

seul but pour lequel cet ouvrage a été entrepris. Pour mettre plus d'ordre et de clarté dans cette exposition, divisons notre travail par semestres, comme l'enseignement de l'école de médecine de Paris , en examinant ce qu'il convient de faire pendant chacune des quatre années, qui sont ordinairement employées à compléter ce qu'on appelle le temps d'étude ou de scolarité.

C'est après les vacances , dans les premiers I*" anoéc. jours du mois de novembre, que l'instruction publique , en général, reprend ses exercices j c'est aussi à cette époque que la Faculté de médecine ouvre ses cours et rentre en activité. L'anatomie et la physiologie, les prolégomènes de chirurgie , sont les seuls travaux de l'hiver auxquels doit se livrer l'élève : il faut cependant y joindre les cliniques, qui sont de tous les temps de l'année , et dont les leçons vi^ vantes n'éprouvent aucune interruption. Quant n l'élève , il peut se borner à n'étudier , pendant ce premier semestre, que l'anatomie et la physiologie. Toutes les voix se réunissent même pour n'admettre que cette seule occupation pendant les six mois d'hiver de la première année, L'anatomie , surtout , réclame une attention particulière; car, pour la physiologie, l'élève peut

fce torner à n'en connaître que les plus simples élémens. Ses grandes vérités, ses nombreux détails et ses brillantes applications , peuvent se remettre à d'autres temps j mais l'aiiatomie , proprement dite, se compose d'objets si multipliés, et présente, d'une autre part, tant de difficultés à yaincre , qu'on ne saurait trop tôt surmonter les. unes, et se rendre les autres familières. Je ne parle point ici du but d'utilité générale qu elle présente : les détracteurs même de sa connaissance minutieuse ne peuvent s'empêcher d'avouer qu'elle est indispensable pour quiconque veut se livrer à l'étude de quelques-unes des branches de la science médicale. Que dirait-on d'un arcliitecte qui, voulant bâtir une maison commode , mais solide , en négligerait les fondemens? Eh bien î croyez-en les conseils des hommes les plus recommandables , votre propre intérêt : c'est à la connaissance scrupuleuse de l'anatomie que vous devrez les succès qui ,dans la suite, couronneront vos travaux ; elle seule vous prépare à celle de toutes les autre branches de la médecine ; elle seule vous en facilite l'élude : l'anatomlste seul peut juger de la futilité des systèmes en médecine ; lui seul connaît et signale les erreuis qui , malgré l'autorité d'un

nom célèbre, se glissent quelquefois dans les meilleures productions médicales.

Nos PC titsHippocrates modernes, que le travail et le dégoût attachés à l'étude de l'anatomie, et leur insouciance pour une solide instruction rendent étrangers à cette belle science, ne cessent de crier que le vieillard de Cos, quoique peu versé en anatomie, n'en fut pas moins un très-grand et très-célèbre médecin : cela est, en effet, prouvé pour Hippocrate. Mais que conclure de ce raisonnement ? Qu'on peut comme Hippocrate , être un médiocre anatomiste ; mais n'en être pas moins un très- mauvais médecin, Bordcu, il y a vingt-cinq ans, et de nos jours Cabanis ont semblé vouloir jeter quelque dé' faveur sur l'enthousiasme avec lequel les esprits se sont tournés, dans ces derniers temps, vers l'étude minutieuse de l'anatomie ; mais l'un et l'autre ont donné contre eux des armes trop puissantes , pour qu il soit nécessaire de les réfuter : le beau travail du premier, sur les glandes et le tissu muqueux ; les nombreuses et savantes productions du second, prouvent, au contraire , que ces deux hommes célèbres n'étaient pas seulement comme Hippocrate, de trèsr grands médecins; mais é taient aussi de savans ana-

tomistes. Un homme de génie, d'ailleurs, ne peut pas rester au-dessous de son siècle.

Cabanis, lui-même, n'a- 1- il pas dit dans son ouvrage sur la Réforme de la Médecine : «■ L'anatomie , considérée comme descriptive , n a pour ainsi dire point de bornes : à mesure que les objets les plusfrappans sont éclaircis, d'autres moins faciles à saisir se présentent ; de nouveaux mondes s'ouvrent devant nous; et les bornes de l'horizon reculent toujours , au moment que nous croyons les atteindre. » Qu'ont fait les hommes avides d'instruction , si ce n'est de suivre cette filiation de découvertes puisée dans la nature même des choses.

L'étude de Tanatomie suppose nécessairement deux choses : la théorie et la pratique , ou les dissections. Les cours de l'école de médecine de Paris offrent, à cet égard, les plus nombreuses et les plus précieuses ressources. MM. Chaussier et Duméril , chargés de cette partie de l'enseignement, ne laissent rien à désirer, soit pour la solidité des principes, soit pour l'èxactitude des descriptions. Mais il faut l'avouer, c'est surtout dans les amphithéâtres particuliersi qu'on puise une instruction plus positive : d'ailleurs, la théorie est peu de chose sans les dis-

sections, et celles-ci exigent un nombre consideraLle de cadavres, qu'on ne peut facilement se procurer que là. Les démonstrateurs particuliers eux-mêmes, animés d'une noble émulation, jaloux de captiver la confiance des élèves et d'en attirer un très-grand nombre, mettent, dans leur enseignement, un zèle et une activité dont tous les avantages sont pour ceux qui suivent leurs leçons : car il ne faut pas se dissimuler que l'enseignement particulier de l'ana* tom:e exige des efforts et un courage à toute épreuve. La répétition continuelle des mêmes objets, les dégoûts attachés à la vue et à l'odeur des matières animales en putréfaction ; la démonstration orale dans des lieux le plus souvent humides et malsains j les courses nocturnes et les travaux du cabinet, sont plus que suffisans pour ébranler la santé la plus parfaite et détruire sans ressource le tempérament le plus solide. Bichat, Legallois, moissonnés au printemps de vos jours, vous fûtes les victimes de votre zèle et de votre dévouement pour l'instruction I Mais que

nepeuvcntl'amonrdu travail etla noble ambition de la gloire , chez des hommes dont tous les mopaens doivent être un jour consacrés au soulagement de leurs semblables! J'ai dit ailleurs :

temps, repos, santé' j la vie même, tout n^est il pas sacrifié pour arriver péniblement à une réputation éphémère , qu^un instant peut détruire sans retour , et que les cris de V envie ne cessent de vous disputer?

Ce qu'il faut dans le professeur pour transmettre aux autres le fruit de ses travaux et de ses connaissances, il le faut à ceux qui l'écontcnt, pour profiter de l'instruction qui leur est donnée ^ surtout quand c'est pour la première fois qu'ils étudient l'anatomie. Mais une chose que l'élève ne doit pas perdre de vue , c'est de ne jamais interrompre l'ordre et l'enchaînement des diverses parties de son instruction \ c'est de ne jamais passer à un objet nouveau , sans connaître parfaitement ce qui a précédé , et de suivre scriipuleusôment ce sage précepte de Descartes, qui recommande « de conduire par ordre ses pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître , pour monter peu à peu par degrés aux connaissances les plus compliquées. ?)

On conçoit que , pour parvenir à ce but , l'élève ne doit pas manquer une leçon ; car dès que vous interrompez la liaison et la suite des (iémoustrations anatomiques , il est très-dilFicile

4e se remettre au courant : €es vérités , qui sont triviales , à force d'être répétées , s'appliquent également à l'étude de toutes les sciences , et quiconque n'en fait pas la base et la règle de sa conduite en étudiant , court les risques de n'acquérir qu'une instruction superficielle , et de n'avoir par la suite que des succès éphémères. La marche de l'esprit humain et l'enchaînement des idées , ne permettent point de suivre une autre route. Locke et Condillac l'avaient bien senti , puisque c'est sur cette grande et importante vérité que repose leur système d'éducation.

Le dernier s'exprime ainsi : « On verra que la vraie et l'unique méthode , est de conduire un élève du connu à l'inconnu j qu'il suffit , par conséquent , de commencer par ce qu'il sait, pour lui apprendre quelque chose qu'il ne sait pas encore , et le faire passer , sans effort , à une connaissance nouvelle : il faudrait seulement être attentif à ne franchir aucune des idées intermédiaires. )) Aussi serait -il peut-être plus important qu'on ne pense , avant de permettre l'entrée des Ecoles à un élève, de s'assurer du degré de son intelligence particulière , de la plus ou moins grande facilité qu'il a à saisir

les divers points de Tue sous lesquels une idée pciil être envisagée, afin de Thabituer à avoir un jugement sain et une logique lumineuse , à mesure qu'il avancera dans la carrière de ses études. Combien ne voyons -nous pas de jeunes gens, dont l'éducation a été peu soignée , il est vrai , et les humanités mal faites ou totalement négligées , employer un travail long et opiniâtre dans leurs études médicales, et ne recueillir, après tant de peines , que les fruits amers d'une instruction tronquée et incomplète. Que sont les mots dans une science , sans le raisonnement qui les classe , et le jugement qui en apprécie la valeur ? Cette digression , un peu longue peut-être , paraîtra moins déplacée , si on réfléchit à quelles conséquences fâcheuses expose, dans la pratique de la Médecine, une instruction mal digérée,

J*observais plus haut , que l'élève devait surtout s'appliquer à ne point interrompre l'ordre et l'enchaînement des leçons auxquelles il assiste : il le doit , surtout pour Tanatomie , qui occupe ses premières veilles. Une autre attention non moins importante , c'est de faire marcher , autant que cela se peut , les dissections avec la théorie de l'anatomie , et de ne point confier

ces dernières à des mains étrangères ; quiconque n'a point disséqué et vu par lui-même, ne connaît jamais bien l'anatomie. Je n'ignore pas combien cela est difficile la première année , et que l'élève se trouve très-souvent obligé d'avoir recours aux personnes chargées de surveiller les travaux anatomiques de l'amphithéâtre; mais il faut user sobrement de cette ressource. Je crois avoir fait disparaître , au moins en partie , ces inconvéniens , en publiant mon Manuel de VAnatomiste , dans lequel je me suis attaché à présenter une Méthode raisonnée sur la manière de préparer soi-même toutes les parties de Vanatomie. La description de ces mêmes parties , placée immédiatement après le mode de préparation , est succincte , il est vrai , mais complète et assez étendue même pour tenir lieu, dans les premiers temps, d'ouvrages indispensables par la suite , mais trop longs, peut-être , pour ceux qui entrent dans la

(♦) Manuel de l'Anatomîste , ou Traité méthodique et raisonné sur la manière de préparer soi-même toutes les parties de l'anatomie, suivi d'une description succincte , mais complète, de ces parties j 3" édition. Paris , chez Merlin , Libraire , quai des Augustius. Prix, 7 fr. , et 9 fr. par la poste.

tarricrc anatomiqiie. Cet oui^rage élémeniairè offre un autre avantage : les médecins qui , depuis Ions-temps, ont perdu de vue l'anatomie et ses détails , les chirurgiens des petites villes et des campagnes , les officiers de santé des armées , qui , par la nature de leur service actif et ambulant , ne peuvent se charger d'une nombreuse bibliothèque \ les aspirans au doctorat y trouveront , en peu de mots , tout ce qu'il leur importe de connaître.

Ai-je atteint un véritable but d'utilité en publiant mon Manuel^ ou n'ai-je fait que multiplier , sans besoin , le nombre , déjà trèsgrand , des ouvrages [sur l'anatomie ? C'est c6 qu'il me serait difficile de dire , malgré le louable motif qui m'a fait entreprendre ce travail , malgré les soins et le temps qu'il a fallu y consacrer (*) : le désir que m'avaient manifesté plusieurs personnes de mérite , de

(*) Cette question que je me faisais à moi-même , en publiant pour la première fois Tourrage que je réimprime aujourd'hui, n'est plus un problême, et se trouve résolue par les trois éditions successives de mon Manuel de l'Anatonmtey auxquelles il faut ajouter deux contrefaçons. Une 4° e'dilion est sur le point de paraître.

me voi'r travailler à un pareil ouvrage ; les demandes réitérées des élèves qui suivaient ines leçons; l'embarras où j'ai vu la plupart d'entre eux; les difficultés que j'ai eues moimême à surmonter dans mes premiers travaux anatomiques, ont été , je lavons , les puissans motifs qui m ont déterminé à composer mon Manuel. D'ailleurs , à l'exception de Lieutaud , les anatomistes qui m'avaient précédé, avaient gardé le plus profond silence sur cet objet ; eî malgré mon respect pour le travail de Lieutaud , je ne pouvais me dissimuler que, dans l'état actuel de nos connaissances , son ouvra-e ne remplissait que très-imparfaitement le but que je me proposais d'atteindre.

A I epoq"e de la première publication de mon ouvrage , le rédacteur d'un Journal de Médecine, dont j'hqnore le savoir et prise la critique sage et éclairée , a paru cependant m adresser un reproche , en rendant un compte , à ailleurs très-flatteur , de jnon Manuel de VA^ natomiste. Il s'était attaché à relever le mérite des Précis de Médecine et de Matière Médicale de Liemaud , dont j'avais parlé , un peu légèrement peut-être, dans mon introduction , en disant que ces deux ouvrages étaient au'-

dessous de la réputation de Vauteur, Cabanis, dont l'opinion est aussi de quelque poids en médecine , s'exprime ainsi sur le médecin d'Aix. (( Lieutaud , qui fut un homme de bon sens et même de quelque esprit , quoique d'ailleurs ses deux Précis de matière médicale et de pratique soient au-dessous du médiocre, etc. Plus bas il ajoute : u Lieutaud avait porté ses vues plus loin ; il avait voulu , dans ses Essais Anatoniiques , décrire les objets précisément comme pourrait les chercher ou les découvrir l'inventeur même de la science , en supposant qu'un seul homme fut capable d'en suivre tous les travaux et dcn faire toutes les découvertes. Cette vue était belle j mais r auteur en a manqué totalement V exécution, î)

Je suis loin de mVppliquer ce que dit ensuite Cabanis , sur les travaux de ceux qui viendront après Lieutaud : mon zèle fut louable, je le crois , quoique les résultats soient loin peutêtre d'avoir répondu à mes efforts. J'ai montré la route : quelque anatomiste , doué d'un plus grand talent , achèvera , je l'espère , ce que je n'ai fait qu'ébaucher ; mais j'ose prédire que tout autre plan que le mien ne remplira qu'im-

parfaitement les vues d'utilité que j'ai conçues. Je reviens à mon objet.

L'étude des fonctions de 1 économie animale , se ie tellement avec celle de ses élémens constitutifs , quelle ne peut plus en être séparée. Cependant je crois que l'élève peut se dispenser , le premier hiver , d'étudier à fond la physiologie : je crains d'autant moins de lui donner ce conseil, que je sais, par expérience, que les élèves reviennent volontiers , et avec beaucoup déplaisir morne , à cette brillante partie de l'histoire naturelle de l'homme. Elle a tant d'attraits, cette physiologie ; son étude exige si peu d'efforts, que, malgré soi , c'est l'objet de se^ travaux auquel on donne sans peine les momens les plus longs : je dois avertir seulement que son étude ne doit pas faire négliger celle de Tanatomie , qui est beaucoup plus riche en faits, plus solide , et sans laquelle même on n'est jamais qu'un très-médiocre physiologiste.

Les élèves qui ont de grandes dispositions, ceux dont l'imagination plus vive et plus ardente, se porte aussi sans peine sur un plus grand nombre d'objets à la fois, ceux enfin dont l'avide curiosité semble pour ainsi dire vouloir embrasser toute la médecine, pourront joindre l'étudci de

la chimie , à celle de l'analomie et de la physiologie; mais vouloir aller plus loin , c'est outrepasser le but , c'est le manquer , et mettre la confusion à la place des connaissances solides et véritables.

I^re année. Au Semestre d'hiver de la première année , Semestre d'éie. succède immédiatement le premier semestre d'été ; à cette époque , l'anatomie et la physiologie doivent être abandonnées, pour faire place à d'autres occupations. Les matinées plus longues donnent aussi la facilité de se lever de plus jrand matin. On peut donc commencer alors à suivre les cliniques , qu'il eût été inutile et même impossible de fréquenter plus tôt. La nécessité de passer beaucoup de temps dans les amphithéâtres, l'air un peu vicié qu'on y respire, et, plus que tout cela, le défaut de connaissances suffisantes pour mettre à profit la fréquentation deshôpitaux , doivent , pendant le premier semestre de la première année, interdire les cliniques à l'élève. Je reviendrai plus bas sur les avantages de ce genre d'instruction, et j'indiquerai les moyens d'en retirer le plus de fruit possible. Cet objet est assez important d'ailleurs , pour qu'on me permette alors de m'y livrer avec quelque étendue.

Les deux patliologies , la théorie des opérations chirurgicalès, et un cours de chimie générale seront les occupations du premier semestre d'été : il est même indispensable de poursuivre l'étude des premières pendant le second semestre d'hiver, et de faire alors marcher de front lanatomie et la pathologie : cette dernière se compose de la description des maladies , et de cette manière se trouve comprendre également la séméïotique. La nosologie est une science toute nouvelle que l'on doit à Sauvages , quoique l'idée.de classer les maladies ne lui appartînt pas ; avant lui , Sidenham et Boerhave avaient imaginé cette distribution , qu'il a exécutée , il est vrai , avec le plus grand succès. On lui reproche, avec juste raison, d'avoir souvent multiplié sans motif le nombre déjà trop grand des infirmités humaines, et même d'avoir considéré comme des maladies réelles et positives , certaines affections qui n'étaient elles-* mêmes que des symptômes d'autres maladies.

Les progrès qu'ont faits de nos jours l'anatomie et la physiologie, les heureuses et brillantes applications que la médecine-pratique en a retirées, font espérer que les cadres nosographiques présenteront désormais une perfecion.

dont l'eiudc de la médecine retirera les plus grands avantages. L'ouvrage du professeur Fine) vient à l'appui de cette vérité. Quant à la pathologie elle-même , elle a été divisée par les scolastiques , en interne et en externe. Cette division, consacrée par le temps, est encore maintenue de nos jours avec rigueur ; et quoiqu'elle ne soit peut-être pas trop exacte , il faut la conserver. Les principes généraux de l'une et de l'autre peuvent être sans doute présentés sous un seul et même point de vue ; mais il faut abso^ lument distinguer ensuite l'histoire des maladies qui appartiennent à la médecine externe , de celles de la médecine interne , à moins qu'on ne veuille tout bouleverser, et marcher ensuite dans ses études médicales sans ordre ni méthode.

Le nom de nosographie , substitué par les modernes à celui de pathologie, ne change rien a la chose , mais il est préférable sous le rapi>ort de l'expression technique : la même méthode convient également pour l'une ou l'autre nosographie; car elles doivent procéder par les mêmes moyens d'analyse et d'enchaînement : chacune se divise elle-même en générale et en particulière ; et je n ai pas besoin de dire qu'il faut être très familier avec les principes généraux de celte science , avant

de passer à Texposition des faits particuliers. INous ne partageons point l'opinion d'un médecin moderne (le docteur Broussais), qui prétend que rien n'est plus difficile à retenir que les propositions générales déduites comme corrollaires, des faits particuliers, quand ces derniers n'ont pas été pour nous l'objet d'une étude spéciale. Mais la pathologie générale, ou pour mieux dire des généralités sur la pathologie , et si l'on veut même , des prolégomènes sur cette science , tels que nous l'entendons , nè doivent avoir pour objet que de présenter des notions claires et exactes et une tiiéorie lumineuse Sur les causes , le siège , les signes et la classification des maladies. Je soutiens qu'un élève qui a déjà étudié l'anatomie et qui sait un peu de physiologie, sera très-en état de saisir l'ensemble des objets présentés dans un cours de pathologie générale, et qu'il n'a pas besoin à chaque instant dinvoquer les faits particuliers qu'il aurait étudiés , les uns après les autreSy dans des ouvrages de médecine - pratique. Ce n'est pas seulement pour l'étude des patholo* gies que cet avertissement est nécessaire ; il con* viemd'en faire égalementl'application à toute? les autres branches de la science médicale j c'est

pour avoir négligé de s'arrêter avec soin aux prolégomènes d'une science quelconque , qu'on se trouve si souvent embarrassé pour en bien saisir les nombreux détails , qui ne sont cependant que les éléraens d'an tout parfait, dont les vérités générales et préliminaires sont comme les fds qui en lient les diverses parties.

De toutes les branches de la médecine , la pathologie est peut-être celle qui présente le moins de perfection. Sans doute , il ne faut en accuser que l'immensité des faits dont elle se compose : cependant les ouvrages ex pro- Jesso publiés sur cette matière ne manquent pas ; les mémoires particuliers sont encore plus nombreux : les monographies se sont beaucoup multipliées dans ces derniers temps; mais la lecture des uns et des autres demande du choix et du discernement.

Depuis l'organisation de l'école , telle qu'elle existe aujourd'hui , la pathologie interne a étç professée par MM. Pinel et Bourdier , et la pathologie externe par M. Lassus, et depuis par M. Richerand, avec un éclat qui fait espérer que les efforts de ces savans ne seront point perdus pour la science -, tout porte à croire, au contraire, que le temps n'est pas

éloigné où cette partie de l'art médical rivalisera de succès et de perfection avec les autres branches de la médecine.

Si l'élève se pénètre bien de l'obligation d'étudier avec beaucoup d'assiduité et de me'thode l'une et l'autre nosographie , il résultera pour lui, entr'autres avantages, celui de reconnaître, au lit du malade, les nombreuses altérations dont sa mémoire doit, A chaque instant, lui retracer le portrait fidèle : l'étude de la pathologie n'a point d'autre but, et l'application de ses principes ne peut se faire qu'auprès des malades eux-mêmes.

Je sais que plusieurs médecins ne professent pas la même opinion : ils voudraient , au contraire , que l'élève fût conduit de suite, et, pour ainsi dire , vierge encore de toute lecture médi» cale, auprès des malades, pour y reconnaître, par la vue répétée des maladies, l'ordre et la marche des dérangemens qui surviennent à notre économie. On conçoit que dans l'enfance de l'art, lorsque les bons ouvrages manquaient ou se trouvaient en petit nombre et d'une difficile acquisition, cette méthode pouvait présenter de grands avantages, comme elle était peut-être la seide convenable ; mais dans l'état actuel dç

1 enseignement médical, elle entraînerait beaii^ coup d'inconvénicns , et ferait perdre un temps très-considérable.

Quelle que soit , d'ailleurs , la marche que l'on suive , la pathologie demande du temps et une grande application : aussi est-ce à cette partie longue et difficile de son instruction , que nous désirons que l'élève sacrifie le plusdemomens, et donne le plus d'attention. Selon qu'il se destine à l'exercice de la médecine ou de la chirurgie , il doit alors poursuivre plus long-temps et étudier avec plus de fruit l'une ou l'autre des deux pathologies.

Malgré l'excellence du cours de pathologie que faisait M. Lassus à l'école , et dont M* le professeur Richerand est aujourd'hui chargé , les élèves ont marqué depuis quelques années un goût particulier pour celui que fait M. Boyer, à l'hospice de la Charité. Nous croyons ce dernier d'autant plus profitable , qu'il dure toute l'année , se fait tous les jours , et s'alimente nécessairement des cas nombreux de pratique qu'offre la grande quantité d'individus reçus à l'hospice de la Charité , et dont les maladies particulières deviennent ainsi des applications vivantes et toujours nouvelles des principe s émis par l'habile

professeur. Quelques autres cours particuliers faits sur la même matière , offrent également aux élèves la fîAcilitc de se perfectionner dans cette branche importante de leurs études médicales. Parmi ces derniers, nous signalerons celui de MM. Marjolin et Roux , pour la pathologie externe, et ceux de MM. Fouquier, Lugol , Broussais et Chomel , pour l'interne.

La théorie des opérations chirurgicales, et un cours de chimie générale doivent remplir les momens que ne prend point l'étude de la pathologie, etcompletterle'premier semestre d'été; mais comme l'élève sera obligé de revenir sur les opérations et principalement sur la chimie , il peut se dispenser, la première année, de leur donner une grande application.

Il ne se fait point de chimie à la faculté pendant l'été , ni de cours d'opérations : c'est donc dans les écoles particulières que l'élève doit chercher ce genre d'instruction. Quelles que soient celles auxquelles il donne la préférence, nous nous faisons un devoir de l'avertir que le Muséum d'Histoire Naturelle (Jardin du Roi) lui offre, pour la chimie, les plus précieuses ressources. Le cours de chimie générale qui s'y fait tous les ans , est précisément celui qui convient le plus aux élè-

ves qiii ne sont point encore initiés dans les secrets de cette belle science : munis des connaissances générales qu'ils puiseront dans ce cours, ils pourront alors retirer le plus grand fruit de celui de l'Ecole , qui est aussi plus directement applicable à l'art de guérir , et qui , sous ce rapport, convient davantage à l'étudiant en méde^ cine.

La théorie des opérations chirurgicales ne demande qu'une légère application , car elle se trouve liée avec l'étude de la pathologie externe , dont elle fait partie : un cours suffira, parce que l'année suivante , la pratique des opérations exigera qu'on revoie avec beaucoup d'attention tout ce qui concerne leur théorie.

Au semestre d'été succèdent les vacances, après lesquelles les études reprennent leur cours accoutumé. Pour l'élève, les vacances sont un temps précieux , non pour se livrer aux plaisirs et s'abandonner à une honteuse oisiveté , mais pour mettre en ordre les connaissances qu'il a du acquérir pendant l'année qui vient de s écouler ; car qu'il se le persuade bien , il est obligé , de temps en temps , de faire une espèce d'inventaire de ses connaissances; sans cela, comment pourra-t-il mettre de l'ordre dans les objets

de son instruction , et savoir s'il peut faire succéder de nouvelles études à celles qui l'ont déjà occupé : c'est ce qui n'arrive que trop souvent. L'élève croit posséder tout ce qui a été dit dans un cours, parce qu'il l'a suivi j et sans autre garantie, il continue à en fréquenter de nouveaux qui effacent de sa mémoire ce qu'il croyait savoir : une fois cette marche prise , on ne peut se décider à revenir sur ses pas ; on se persuade n'en point avoir besoin, et on manque ainsi le but de ses travaux. Depuis quand d'ailleurs, croit-on que la médecine peut s'apprendre sans ordre et sans méthode j que le développement et la filiation des diverses parties qui la composent , peuvent entrer , sans peine et sans effort, dans l'esprit le moins cultivé ? La marche de l'entendement humain et l'enchaînement des idé es se refusent à cette étrange manière de Yoir : aucune science , au contraire , n'exige des efforts plus soutenus, et une marche analytique plus rigoureuse que la médecine : les objets qui la composent sont si multipliés , et son étude est quelquefois hérissée de tant de difficultés , qu'on peut avancer hardiment que l'élève qui ne mettra pas tous ses soins à étudier avec beaucoup de méthode , perd son temps , ne s'instruit

pas, et de cette manière est destiné à augmenter la foule de ces guérisseurs, la honte de l'art et dô leur siècle. Une folle envie de savoir, la présomption de croire qu'on peut tout apprendre en même temps, une certaine facilité que donne la jeunesse , et l'activité d'esprit propre à cet â;:^e, portent quelques élèves à suivre indistinctement tous les cours de la saison, sans choix comme sans méthode : accumulant ainsi dans leur tête une foule d'objets souvent incoliérens et toujours mal digérés, ils étouffent les germes des heureuses dispositions qu'ils avaient appor» lées en arrivant dans les écoles, et détruisent ainsi , sans retour , les espérances qu'ils avaient données,

Sumite materiam vestris , qui dîscids , œquani Viribus, et versate diu , quiti ferre récusent, Quid valeant humeri Horace.

Ceux qui suivront le plan que nous avons cru devoir leur tracer , n'auront point à craindre de mériter de pareils reproches : pour s'épargner des regrets superflus , ils reviendront , comme je l'observais plus haut , pendant les vacances, sur les objets qui les ont occupés dans le courant de l'année ; mais pour retirer de grands avantages d'un pareil trava,il , il est ii^-

^ispensaLle de prendre des notes des diffère ns cours auxquels on assiste. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire , comme le font quelques jeunes gens , de transcrire à la hdte , et souvent d'une manière indéchiffrable , toute la leçon du professeur : en bien saisir et les faits principaux et l'enchaînement qui les lie , conserver très-exactement l'ordre et la méthode que suit le professeur, voilà ce qu'il importe de prendre en notes. Cette marche, il est vrai, demande de lu sai,^acité et beaucoup de justesse dans l'esprit, et tous les élèves n'en sont pas également pouxvus ; mais je soutiens que celui qui n'est pas en état de faire l'analyse d'une leçon ou d'un cours entier, le sera bien moins de débrouiller Tespèce de chaos qu'il aura entre les mains, s'il a transcrit sans discernement tout ce qui est sorti de la bouche du professeur, pendant une heure entière que dure ordinairement une leçon. Au reste , on ne peut donner ici que des préceptes très-généraux; et c'est, d'ailleurs, un des plus grands inconvéniens de l'enseignement oral et public. Ces inconvéniens cependant seraient peu de chose, si on n'admettait, pour étudier la médecine , que des jeunes gens qui déjà eussent a|)pris l'art de distribuer leurs idées , de les

classer , et dont la logique fut , pour ainsi dire ; formée. Mais poursuivons notre objet.

2 anticc. ^ rentrée des écoles , l'élève doit reprendre

Semestre (Thicer. | , , , , .

1 étude de l'anatomie et de la physiologie , continuer les pathologies , et se perfectionner dans la chimie : de cette manière , ses travaux se multiplient , mais sans se nuire ; et , sans être compliquées ni surchargées , ses études deviennent seulement plus variées. Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit des pathologies , je passe donc à l'anatomie et à la chimie. Plus fort et plus exercé aux travaux de la première de ces sciences, l'élève doits'en occuperpendant la deuxième année , de manière à n y plus revenir, au moins quant à la théorie ; car , pour les dissections , il ne peut trop s'y livrer ; et comme , à cette époque de ses travaux anatomiques, les objets lui sont plus familiers , il lui reste aussi plus de temps, ce quilui permet de prendre une grande connaissance de la physiologie, qu'il doit posséder à fond et dans tous ses détails à la fm du second semestre d'hiver.

La chimie a fait depuis quelque temps de si grandes découvertes, et ses progrès ont été si remarquables , qu'elle présente , soit dans les ouvrages publiés jusqu'ici, soit dans son eur

seignement , une perfection telle , qu'on doit s^attendre à n éprouver que de faibles obstacles dans l'étude de cette science. La facilité qu'on y trouve et les progrès rapides qu'on y fait , éblouissent plusieurs jeunes gens , qui négligent le véritable bat de leur instruction pour s'occuper, avec trop de complaisance, peut-être, d'une branche de la médecine , dont l'utilité pour eux ne saurait être contestée , il est vrai, mais à laquelle cependant il ne faut pas cou- . sacrer tous ses momens.

La chimie ne s'apprend point dans les livres, mais dans les cours faits en grand, où les expériences, souvent répétées et exécutées avec habileté , parlent plus aux yeux qu'à l'esprit. De tous ceux qui se font dans les diverses écoles publiques de Paris , il n'en est point de plus coniplet que celui de la Faculté de Médecine ; le mérite éclatant des deux professeurs chargés de cette branche de l'enseignement médical , les moyens de toute espèce prodigués par l'Ecole pour donner à ce cours l'éclat dont il brille , les noms des Déyeux, des Vauqueliu , ne contribuent pas peu , il est vrai , à entraîner la foule des élèves à leurs leçons. Je ne puis parler du cours de chimie sans rappeler à l'attention

de mes jeunes lecteurs un homme enlevé trop tôt à renseignement et à la science , mais dont le nom ne périra jamais.

Ceux qui ont entendu M. Fourcroj,ont surtout été frappés de la clarté et de l'ordre admirable avec lesquels chez lui les idées les plus brillantes et les plus fécondes se développaient et s'enchaînaient c'est à ces qualités précieuses qu'il dut les succès qui couronnèrent, il y a quelques années , les cours de chimie qu'il faisait à l'Ecole de Médecine. Après dix à douze leçons faites par le professeur Déyeux, dont le talent, dans les analyses et les expériences chimiques , ne peut être comparé qu'à celui des Vauquelin, des Klaproth, etc., M.Fourcroy résumait d'une manière aussi lumineuse que savante , dans une seule séance, tout ce qui jusque-là avait été offert à l'avide curiosité des élèves , et leur présentait ainsi le tableau rapide , mais complet , d'une foule de propositions dont le développement avait eu besoin de la marche lente , mais sûre , des expériences. C'est ainsi que je désirerais que tous les cours se fissent j c'est de cette manière qu'étudient les bons esprits : tout nepeut pas rester dans la mémoire ; mais il est indispensable que les principes généraux que

les vérités fondamentales y soient fortement gravées , et nous ne connaissons pas de meilleur moyen , pour arriver à ce but , que celui que nous venons d'exposer.

Si l'élève a suivi avec soin la marche analytique que nous lui avons tracée jusqu'ici, il doit , à la fin du semestre d'hiver de la deuxième année , connaître parfaitement l'anatomie et la physiologie j à cette époque, la pathologie doit également lui être assez familière, pour qu'il puisse faire alors une heureuse application des points de doctrine et du cadre nosologique qu'il s'est formé , aux maladies dont la fréquentation des hôpitaux lui fournit chaque jour le déplorable, mais utile tableau. Malgré la grande instruction qu'il retire de cette partie de ses travaux , loin d'abandonner encore l'étude de la science nosographique , il doit , au contraire , à mesure qu'il devient plus fort et plus instruit, comparer les diverses méthodes de classification des auteurs , leurs descriptions des maladies , s'habituer de bonne heure à se faire une idée précise et vraie d'une maladie dans son état de simplicité , et la ramener constamment à un système général de classification quelconque 3 sans cette marche pénible, mais indispensable j il est impossible que,

dans l'état actuel de la science médicale , il puisse îien entendre à la description desmaladies.

La chimie présente moins de difiicultcs 5 la science et l'art, la théorie et les expériences marchent de front, et ne peuvent pas être isoiéesj comme ces dernières sont exposées dans chaque séance par le professeur même, l'élève peut se dispenser de les répéter , à moins qu'il n'ait un goût décidé pour cette branche des sciences physiques, année. Aux travaux de l'hiver qui vient de s'écouler,

Semestre d'été. ^ , . i i . ^

succèdent immédiatement ceux du deuxième semestre d'été. D'autres études vont occuper l'élève, ils réclament même de sa part une attention plus particulière ; car il faut l'avouer , c'est ici la transition la plus défectueuse. En effet , passer de Tanatomie à la thérapeutique , de la chimie aux opérations chirurgicales , et de la pathologie à la botanique , n'est point suivre le conseil de Descartes que nous citions plus haut , ni les préceptes du professeur Cabanis. Mai-î tel est le sort attaché à toutes les institutions humaines , qu'un certain côté faible s'y fait toujours sentir ; ce qui doit d'ailleurs nous tenir en garde contre les efforts ambitieux de quelques génies, woiiis sages que hardis, qui, dans leurs

tbncéptibns exaltées, voudraient nous persuader que la nature a , pour eux seuls , dévoilé ses secrets lesp lus cachés.

Les principes de la botanique , dés élémens de matière médicale , et la pratique des opérations chirurgicales, telles seront les occupations de l'élève pendant le semestre d'été de la deuxième année. Ces divers cours demandent une assez longue application; mais (juoique trèsétendus , on peut les cultiver tous également avec le même succès, par le rare mérite et la grande perfection avec lesquels ces diverses branches de l'instruction sont professées. Comme la matière médicale est, pour ainsi dire, le résultat de la chimie et de la botanique , cette l)artie de la pathologie thérapeutique ne présente, pour l'élève, qu'une utilité et un intérêt encore éloignés ; son but étant le mode d'application des substances que fournit la nature*) ou que l'art prépare pour la guérison des maladies, elle ne peut être étudiée avec un grand fruit que l'année suivante. C'est ici surtout que les réformes , amenées par les découvertes de la chimie, ont été utiles et nécessaires : nous reviendrons plus bas sur cet objet.

Il n'en est pas de même de la botanique ,

qui ne laisse rien à désirer , soit pour la perfection de ses méthodes , soit pour celle de son enseignement : on sait que son étude est trèsattrajante. Les objets dont elle se compose, la manière dont elle est 'professée , sont leS principales causes de la prédilection qu'on lui accorde. Qui ne serait en effet comme entraîné vers l'étude d'une science qui ne promet que de douces jouissances, et ne donne que des occupations agréables ! C'est dans des promenades charmantes , au milieu des plus beaux jours de l'année , et en se jouant , pour ainsi dire , que l'élève acquiert les plus précieuses connaissances de la botanique. Que de motifs pour se livrer à son étude !

Avant Tournefort , tout n'était que confusion et désordre dans la botanique : cet homme infatigable , doué du génie le plus fécond , classa toutes les plantes , d'après un système qui fait encore l'admiration des savans , malgré les beaux travaux des Linné , des de Jussieu ; etc. : c'est dans le jardin de l'Ecole de Pharmacie , rue de l'Arbalète , que les élèves peuvent aller méditer le système de Tournefort : il y est conservé dans toute sa pureté j au moment où il fut imaginé, ce système ingénieux et brillant, donna

l'essor au?L amans de la nature , et la botanique fut alors cultivée avec une ardeur qui tint de l'enthousiasme : ce fut Tournefort qui eut la gloire de produire cette révolution ; et Tim* pulsion qu'il avait donnée , loin de s'affaiblir ^ produisit au contraire les plus heureux effets ; mais le flambeau qu'il avait allumé , quoique brillant de la plus vive lumière , pâlit un peu devant le génie de Linné. Ce grand homme éleva à la science de la nature , et en particulier à celle de la botanique , un monumen tqui sera respecté par les siècles. C'est d'après sa méthode qu'est distribué le jardin de l'Ecole de Médecine , nouveau bienfait offert à l'instruC" tion des élèves.

Les systèmes de Tournefort et de Linné ., créés par la vive imagination de leurs auteurs , avaient peut-être le défaut de ne point se rapprocher assez de la marche de la nature dans la formation et le dév£loppemcnt des végétaux: il était assez facile de s'apercevoir de cet inconvénient ; mais qui eût oser porter une main sacrilège sur le système de Linné , objet de la vénération de tous les savans ? Tenter ua pareil projet, était au-dessus des efforts des esprits vulgaires j le génie de Jussieu l'exécuta

avec un succès qui mérita les éloges même des admirateurs les plus zélés de la méthode Lin^ néenne. Ce système, qui repose sur la germination des plantes , et qui est , pour ainsi dire, l'interprète fidèle des opérations de la nature dans la production des végétaux , est exposé au Muséum d'Histoire Naturelle , avec un soin digne des plus grands éloges.

L'élève peut donc choisir parmi tant de richesses offertes à son avide curiosité : à l'Ecole de Médecine , au Muséum , comme au Collège de Pharmacie , la botanique est professée avec une telle perfection , qu'on chercherait vainement à donner la préférence à l'une ou l'autre de ces trois Ecoles : les noms de Messieurs Richard, Desfontaines etGuyart, sont les garans de cette perfection. Cependant , malgré l'attrait et le charme attachés à l'étude de cette brillante partie de l'Histoire Naturelle , j'engage beaucoup l'élève à ne pas trop s'y abandonner ; car ses détailsétaiit itnnen ses, elle absorbe un temps considérable , et l'on sait que , pour exercer la médecine , il suffit de bien connaître ce qu'on ap^ pelle la physiologie ou physique végétale , et d'y joindre, après s'être fait une bonne idée d'un système quelconque, la connaissance des plantes les

plus généralement admises dans le traitement des maladies : pour remplir plus complètement cet objet, l'élève suivra pendant ce deuxième trimestre d'été , les herborisations , qui ont le double avantage d'être utiles à sa sauté , en lui offrant un exercice aussi agréable que salii"* laire , et. de le familiariser , sur le lieu même , avec les substances végétales qu'il emploîra plus tard pour la guérison des maladies.

A cette époque , se trouve également placée l'étude de la matière médicale , qui demande d'autant plus de soins et de discernement, que ses méthodes d'enseignement sont moins perfectionnées : mais comme il est indispensable de remettre à une autre année la connaissance approfondie de cette branche importante de la pathologie thérapeutique , je pense qu'on peut s'en tenir, pendant la première année, à ses notions les plus générales : un cours suffira. Le deuxième semestre d'été sera plus que suffisamment rempli par les opérations chirurgicales, les maladies des os , les bandages et appareils : l'élève peut même, s'il le préfère, remettre la pratique des opérations à l'hiver suivant j la saison , beaucoup plus favorable , lui permeç d'avoir à sa disposition une plus grande quan-

tité de cadavres : d'ailleurs l'espèce de surcharge doriuce aux travaux de l'été autorise cet arrangement ; à moins cependant que son activité et un grand amour du travail ne lui permettent pas de s'en tenir aux seuls objets que nous venons de lui indiquer , et qu'il croie pouvoir embrasser une série d'occupations plus étendues et plus variées. Car il faut le dire , quoique je me sois proposé dans cet ouvrage de diriger l'élève dans ses études médicales , en l'engageant à nirettre de l'ordre et de la méthode dans son travail , je n'ai jamais prétendu retenir l'élan de celui qui , se sentant dévoré , pour ainsi dire , du vif désir de s'instruire , peut surmonter toutes les difficultés , et ne connaît point de terme à son zèle. Pour lui , les règles sont dans l'ardeur qui l'enflamme ; mais que les jeunes gens ne s'y trompent pas : qu'ils ne prennent point pour du génie , un vain désir de tout savoir ; car ils ne peuvent pas ignorer que les ouvrages les plus parfaits sont aussi ceux où respirent le plus de goût, de raison et de méthode.

Les maladies des os sont aussi fréquentes que variées ; les ulcères , les plaies , ne le sont pas moins : les unes et les autres demandent , pour leur guérîson , autant d-'adresse dans l'ap-

plication des moyens topiques ou mécaniques , que de savoir et de talent pour ordonner ces moyens , et les employer à propos : c'est aux armées, à la suite d'une grande bataille , qu'on doit faire preuve d'une habileté aussi active qu'industrieuse dans le pansement des blessés ; c'est la que les momens se comptent , et qu'il faut les mettre à profit. Que l'élève se familiarise donc de bonne heure avec les bandages et appareils ; qu'il ne borne pas son ambition à ne connaître que ceux dont parlent les ouvrages publiés sur cette matière ; qu'il s'attende , au contraire , à rencontrer dans la pratique , des circonstances multipliées où il sera oblige de varier à l'infini , et de suppléer sans cesse aux connaissances qu'il pourrait avoir acquises sur cet objet. Les livres ne peuvent pas tout apprendre j mais on peut avancer af ec certitude que l'élève qui se sera le plus familiarisé , pendant ses études , avec le Manuel des bandages et appareils, sera aussi moins embarrassé lorsqu'il faudra créer de nouveaux moyens de guérison, pour quelques espèces de dérangemens ou de maladies chirurgicales, qui ne se trouvent point décrites dans les Traités les plus généralement estimés. Les cours de l'Ecole offrent , sur cet objet,

les plus grandes ressources ; mais comme c'est pendant l'hiver que le professeur Lallement démontre , avec cette clarté et ce profond savoir qu'on lui connaît , les bandages propres aux maladies des os , dont il est chargé de faire le cours ; comme les élèves , excepté ceux qui sont attachés spécialement à l'Ecole ( et c'est le petit nombre ) , n'y sont point exercés , c'est dans les cours particuliers qu'ils chercheront à se perfectionner dans cette branche de leur instruction.

Mais on ne peut se dissimuler que les grands hôpitaux ne soient la véritable Ecole qu'ils doivent fréquenter : c'est là que s'exerce , tous les jours ,1e génie inventif des habiles chefs qui les dirigent. Nous reviendrons plus bas sur cet objet , en parlant des cliniques.

Ce que nous avons conseillé à l'élève de faire

5*™» année.

iSfmestre dhwer P^i^^l^iit les vacauces de la première année , doit être observé , à plus forte raison , pendant celles de la seconde : cela devient d'autant plus indispensable , à mesure qu'il avance dans le cours de SCS études, que les objets de son instruction se multiplient davantage , exigent une attention plus soutenue , et deviendraient bientôt la source d'une confusion dont il ne pourrait plus sortir , s'il n'a pa^i

rattention de classer dans son esprit, avec beau* coup d'ordre et de méthode, les faits nombreux qui auront été présentés à ses méditations pendant le cours de cette seconde année.

L'hiver de la troisième année le rappelle dans les amphithéâtres, où l'anaiomie réclame encore ses soins, Cette fois , à la vérité, il peut se dispenser d'en suivre la théorie , il peut même se borner aux dissections les plus pénibles et les plus embarrassantes , comme celle des nerfs , de certaines artères , du cerveau , des jeux , etc. ; mais s'il donne moins de temps àFanatomie descriptive proprement dite et aux dissections, il doit , pour y suppléer , et pour remplir utilement ses momens, s'occuper danatomie pathologique, dont l'étude se trouve alors très-bien en rapport avec les occupations des hôpitaux ; car , à cette époque , on ne doit plus manquer de suivre les cliniques : les occasions fréquentes qu'on a de faire soi-même ou de voir faire des ouvertures de cadavres, fournissent les moyens de constater la vérité des faits exposés dans le cours d'anaiomie pathologique, et d'en multiplier, pour ainsi dire, les preuves à l'infini.

Le goût et l'étude de l'anatomie pathologique ge datent que de quelques années : les beaux

triivaux des Morgagni, des Bonnet, des Lieiilaud , des Portai , n'étaient médités que par un petit nombre de savans médecins qui , se bornant à en apprécier le mérite éclatant, ne cherchèrent point à en répandre l'étude. Bichiat, heureux émule de ces hommes célèbres, donna une impulsion manuelle à l'étude de l'anatomie pathologique. On doit d'autant plus regretter de l'avoir perdu que , joignant l'exemple au précepte, l'anatomie pathologique allait enfin prendre entre ses mains le rang qu'elle fioit occuper dans l'étude de la science de l'iiomme. Nous ne pouvons trop recommander à l'élève de lui consacrer de nombreux instans : elle seule peut éclairer le praticien dans la conduite qu'il doit tenir , relativement à uge infinité de maladies, qu'il lui serait difficile de connaître sans son secours. Le beau travail du professeur Corvisart, sur les maladies organiques du cœur, vient à l'appui de ce que j'avance. Dans cette étude, cependant, il faut savoir s'arrêter, être en garde contre soi-même : il faut avoir bien examiné , avant de décider si telle ou telle affection morbifique est la cause véritable de la mort du sujet, Les erreurs les plus grossières sont ici à côté des plus grandes vérités , et les méprises , ^leme lé-

gcres , ne peuvent conduire qu'à des raisonnemens faux , à une pratique hasardeuse et funeste. On doit donc, dans l'autopsie cadavérique et dans l'examen attentif des désordres qui ont amené la mort du malade , savoir bien distinguer ce qui appartient à la maladie , de ce qui n'est que l'effet de la mort. Dans ce dernier état, en effet, la couleur, la consistance, le volume des viscères ne sont plus les mêmes j les fluides , étrangers à la maladie qui a été la cause de ia mort, s'épanchent dans les cavités , fdtrent à travers le tissu des parties, peuvent en imposer sur leur véritable nature , et sur la cause de leur cpanchement : la situation des parties n'offre pas moins de variété : tout concourt donc à en imposer à l'esprit et aux sens dans les ouvertures de cadavres ; or, ne vaudrait-il pas mieux, dans cette espèce d'incertitude, renoncer aux faits équivoques, pour ne s'en tenir qu'aux vérités bien démontrées, et préférer une instruction moins abondante, mais solide, à une richesse apparente , mais illusoire ?

A l'étude de l'anatomie pathologique , dont, on ne peut trop s'occuper pendant le troisième et le quatrième semestres d'hiver , il faut joindre la pratique des opérations chirurgicales, aux-

quelles rien n'empêche plus de se livrer avec tout le soin qu'exige l'importance d'un pareil objet. Mais ce n'est pas assez d'assister, par exemple, à l'excellent cours d'opérations que fait à l'école de médecine M. le professeur Dupujtren, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Paris. Sa doctrine éclairée et savante , ses préceptes lumineux, son expérience consommée, que plusieurs années de succès dans le premier hôpital de la capitale rendent si précieuse, ne peuvent point dispenser l'élève de s'exercer lui-^ même à la pratique des opérations.

Cette partie de l'art a reçu, de nos jours , une telle perfection, qu'on ne peut plus espérer de rien ajouter à lëclat dont elle brille , surtout en France , depuis cinquante ans. De quelque côté que l'élève tourne ses regards ou porte ses pas, il sera témoin des triomphes éclatans obtenus par la chirurgie. C'est dans les hôpitaux , c'est gur le champ de bataille qu'il verra les grands chirurgiens armés d'un fer salutaire, arracher des victimes à la mort, en unissant à la dexté- . rité la plus étonnante, le savoir le plus étendu.

Telles seront les occupations de l'élève pendant le semestre d'hiver de la troisième année : dissections difficiles et qui demandent beaucoup

«î'habileté ; anatomie pathologique liée aux occupations des hôpitaux et aux ouvertures cadavériques des individus morts dans cet intervalle ; pratique des opérations chirurgicales; enfin, pour completter tous ces travaux, l'élève reverra la chimie, dont il suivra les expériences, avec beaucoup de soin et d'assiduité.

A la sortie du troisième semestre d'hiver, l'é- 5.™» lève doit se trouver muni d'une grande variété de "^^'-'ex/re d'di connaissances ; aussi peut-il alors se livrer à des occupations pkis sérieuses et plus multipliées. A cette époque, la physique médicale, science nouvelle, créée de nos jours, réclame toute son attention : non-seulement il puisera dans cet excellent cours, la connaissance des lois auxquelles sont soumis les organes et les fonctions de l'économie vivante , mais il y trouvera également exposées l'histoire particulière des tempéramens, les constitutions médicales, l'hygiène, enfin, qui est à la pratique de la médecine , ce que la physiologie est à l'anatomie. C'est à l'école seule qu'il pourra suivre les grands et magnifiques dé^^eloppemens que le savan^ Ilallé a su donner à cette branche , autrefois si bornée, de la médecine, et à l'avancement de laquelle M. Desgenettes coopère depuis quel-

qiies années. Une année ne siilTira point pour en embrasser toute l'étendue ; le cours luimême est partagé en deux grandes divisions, traitées chacune pendant un semestre différent, ce qui force à lui consacrer deux étés. A cette étude, si riche et si attrayante , l'élève doit joindre celle de la matière médicale , qu'il n'a fait , pour ainsi dire, qu'ébaucher l'année précédente , et ajouter à ces premiers travaux, les herborisations et un cours d'anatomie comparée.

La niàtière médicale, fille, pour ainsi dire, de la botanique et de la chimie^ n'est pas aussi avancée, à beaucoup près, que ces déux dernières sciences, malgré les efforts qu'ont faits, de nos jours, quelques hommes très-fecommandables , pour la mettre au niveau des autres bran^ elles de la médecine : je crois qu'il sera difficile de lui donner encore, de quelque temps, la perfection dont peuvent se glorifier les deux sciences dont elle suit, trop en esclave, osons le dire , les caprices et les changemens ; aussi doiton apporter beaucoup de soins et d'attention dans la manière de l'étudier. La matière médicale, comme on l'a dit, ne fait pas le médecin ; mais le médecin sans matière médicale, ne guérit point ses malades.

La chimie et la botanique peuvent très-bien s'apprendre dans les cours, soit publics, soit particuliers ; mais la matière médicale est loin de présenter les mêmes avantages.

Il faut des études Ioniques et bien diri£,^é^S pour faire des progrès dans cette partie de l'art de guérir. Il ne suffit pas, en effet, de lire la description de quelques substances médicinales Simples, ou de quelques médicamens plus composés, et d'assister à un cours où l'on en parle j il faut encore voir, toucher, sentir et comparer les divers objets dè son instruction -, ctaprèsles avoir bien étudiés dans leur état de simplicité , suivre au moins cette étude dans leur combinaison réciproque : de là dérive la division des médicamens en simples et en composés. La première partie appartient à l'histoire naturelle , la seconde à la pharmacie : voilà donc une extension donnée à la matière médicale ; extension qui force l'élève d'avoir au moins des notions générales de ces deux sciences. Quelles ressources le Muséum d'iiistdire Naturelle ne lui offrira-t-il pas pour la première ! Le mérite des professeurs, la grandeur et la beauté du local, la mul^ tiplicité, l'ordre et la richesse des objets d'instruction, la saison, enfin, qui invite à fréqucn-

1er les promenades et les lieux ombragés de verdure , tout concourt à diriger l'élève vers le Jardin du Roi. Là se fait également le cours d'ana* tomie comparée, qui , se partageant comme celui d'hygiène, en plusieurs grandes séries, demande qu'on y consacre deux étés. L'illustre Cuvier, chargé de cette partie de l'enseignement, a laissé bien loin derrière lui tous ceux qui s ctaient occupés du même objet ; son vaste génie , en embrassant l'immensité des faits dont se compose l'anatomle comparée , a su les distribuer avec un ordre si admirable, que tout, dans cet excellent cours, s'enchaîne et se lie d'une manière aussi savante qu'ingénieuse :

Omne tulit punctum qui miscuk utile dnlci. Semblable à ces grandes compositions des Raphaël, des Lebrun, des Rubens, etc., qui, pat Vheureux mélange de couleurs différentes, offrent à l'œil enchante un tout ravissant et par* fait, le cours d'anatomie comparée embrasse , à lui seul, toute lanatare vivante, etl'on ne sait ce que l'on doit le plus admirer, dans un pareil cours, oula grandeur du sujet, pris dans son ensemble , ou la richesse des détails dont il se compose.

Quant à la pharmacie, on peut enremcttre l'étude à l'année suivante j malgré son utilité

î>ien démontrée, il est difficile d> faire de grands pro^^rès, à moins de manipuler soi-même les mé- ^icamens, ce qui est impossible quand huit cents élèves suivent le même cours; chacun, d'ailleurs, dans sa propre pratique , est obligé de se créer une manière particulière de distribuer et de combiner ses moyens de guérison, qui s'écarte tres-souvent de ce que les livres ou les cours lui auraient appris; et le médecin, loin d'être assujetti À suivre telle formule plutôt que telle autre, doit se former, au contraire , une matière médicale dont son expérience doit, un jour à venir confirmer le succès et la bonté. C'est de cette manière sans doute que la matière médicale s'est enrichie , et que plusieurs formules accréditées et sanctionnées par le temps, commandent, jusqu'à un certain point , l'estime de l'homme de l'art. Mais il y a loin de l'aveugle respect de quelques médecins routiniers pour telle ou telle recette, qui n'a quelquefois de recommandable que sa vétusté , à cet esprit de sagacité qui dirige le choix que doit faire un médecin sage et instruit parmi ces formules ambitieuses, qui sont comme l'ancre de salut et le manteau scientifique dont s'enveloppe la multitude î..uorante. u Ce qui distingue d'ailleurs, dit l'illustra

auteur de la Nosographie philosophique, rhommè doué d'un savoir solide, ce n est pas de prescrire telle ou telle formule plus ou moins élégante ou compliquée , objet de pure cornuenaîice ; m'àis à(t suivre avecl'attention la plus scrupuleuse l'ensemble et la série stlccessive des symptômes , et de pénétrer la direction qu'affecte la nature , pour la seconder si elle est favorable , ou la détourner si elle est contraire.»

Les jeunes gens sont très-amateurs , en général, des formules, et ils s'imaginent qu'ils pourront impunément obtenir la guérison de toutes les maladies , s'ils ont un remède pour chaque symptôme , une formule pour chaque indication que la marche de la maladie leur présentera. Funeste erreur ! qu'ils ouvrent les écrits des grands maîtres, ils verront que c'est avec des moyens, simples et des médicamenspeu compliqués qu'ils guérissaient leurs malades. La médecine des Arabes, celle des médecins qui précédèrent la renaissance des lettres, fourmillent de ces recettes bizarres, par lesquelles leurs auteurs se. flattaient , comme l'observe judicieusement M. Parmentier , de communiquer toutes les propriétés à leurs remèdes, en y faisant entrer toutes les drogues. Plus bas, le savant auteur

que je viens de citer ajoute : « Que nos polypharmaques se pénètrent bien de cette vérité , que les formules compliquées sont les enfans de l'ignorance; qu'on n'obtient de succès en médecine , qu'en raison inverse de la multiplicité de remèdes qu'on prescrit; que les médicamens les plus efficaces ne sont absolument rien sans la méthode de les appliquer , et que , dans beaucoup de circonstances , le génie seul doit suppléer à tout »,

Quoique la série des cours faits à l'Ecole de Médecine ne comporte pas celui de pharmacie , cependant le laborieux et infatigable professeur Déjeux a bien voulu ss charger d'en faire un tous les ans ^ dont les élèves retirent les plus grands avantages. Dire que M", de ■ Jussieu est chargé du cours de matière médicale à l'Ecole de Médecine , c'est me dispenser d'eu faire l'éloge. Mais l'obligation où sont les élèves de voir et de touçher par eux-mêmes les substances médicamenteuses , leur impose la nécessité de se transporter dans les cours particuliers, pour prendre une connaissance plus approfondie de cette partie de leur instruction, ou d'assister aux cours du collège de pharmacie; ainsi sera rempli le semestre d'été de la troisième année.

^ Enfin , il ne reste plus qu'une année à relève pour compléter ses études médicales , et se présenter pour subir ses examens. A celte époque il doi^t redoubler de zèle et d'activité ; car nonseulement de nouveaux objets se présentent encore à ses méditations, mais il doit de plus , et à mesure qu'il avance vers la fm de ses études, faire un tableau général de ses connaissances , récapituler tout ce qu'il peut avoir appris , et en former un ensemble méthodique et parfait. Or, je le demande mainlepant, s'il n'a pas. pour ainsi dire, posé les bases de cet édifice pendant les vacances de chaque année, comment parviendra-t-il à se rendre compte à i<i fin de ses études, de la multiplicité des objcts'qni l'auront occupé pendant le cours de ses travaux ?.

Le quatrième semestre d'hiver ne rc'clame pas précisément sa présence dans les amphithéâtres; mais il fera très-bien s'y rendre de temps en temps , à mesure qu'il s'apercevra que quelques détails anatomiqucs lui auraient échappé ; il doit s'y rendre pour y voir de,s faits patholoijiqucs , et se familiariser avec les opérations chirurgicales; il doit s'y rendre pour y fûire quelques cx])érieuces de physiologie >

ou quelques analyses des substances animales^ Mais il faut l'avouer, c'est aux cliniques qu'il doit être : l'étude et la vue des maladies doivent, à celte époque, former son occupation la plus intéressante et la plus suivie.

Enfin, le quatrième et dernier semestre deté survient j semblables aux graves qui, dans leur chute , acquièrent plus de rapidité , les travaux de l 'élève , en se multipliant à cette époque d'une manière extraordinaire , lui laissent à peine la possibilité de les embrasser tous également, et de les faire marcher sans qu'ils se nuisent. C'est pour cette raison que nous ne cesserons de rér péter qu'il serait à désirer que dans l'étude des sciences , une logique sévère présidât toujours aux opérations de l'entendement, et que l'élève n'entrât dans leur sanctuaire qu'armé de son flambeau.

Un des cours qui réclame le plus rattention de l'étudiant , est celui d'hygiène et de physique médicale, dont il n'a pu voir qu'une partie l'été précédent. C'est aussi dans ce dernier semestre qu'il doit suivre atec beaucoup d'exactitude deux cours d'accouchemens. Si la théorie de ce dernier cours n'en forme pas la partie la plus essentielle , on ne peut discou-

venir que la pratique au moins he lui soit indispensable ; car ce n'est que par le toucher fréquent des fenjmes enceintes, qu'on peut reconnaître 1 t'tat particulier des organes de la génération pendant la grossess? , et les chanjL»emcns nom-r breux qui sont dus à sa présence. Rien ne peut donc suppléer à cette instruction pour celui qui se destine à la pratique fatigante , mais honorable, des accouchemens. C'est dans ces mêmes viies qi^'U doit saisir toutes les occasions de faire des accouchemens : quelque soin qu'il ait donné à en étudier le mécanisme dans les ouvrages qui en traitent , il ne peut se faire une juste idée del a marche des phénomènes aussi variés qu'intéressans qu'offre le travail de l'enfantement.

A l'étude et ;\ la pratique des accouchemens, se trouve liée l'histoire des maladies des femmes et de celles des enfans, quoique ces maladies soient, à la vérité, comprises d'une manière générale dans la pathologie. Mais c'est particulièrement sous le point de vue de la g . ossesse , de l'accouchement et de ses suites qu'on doit les envisager : elles sont très-muîtipliées , et leur clinique , ainsi que celle des enfans nouveaunés, forme réellement une étude particulière

exige des soins et une instruction plus directement applicables à cette partie de l'art.

Le temps est enfin venu où la science des accouchemens et sa pratique médicale, surtout, ne formeront plus le partage de quelques hommes médiocres qui ne faisaient de cette branche importante de Ja médecine , qu une profession mécanique et très-bornée, On a vu, à la honte de i-art, des accoucheurs d'un mérite très-ordinaire , s emparer effrontément de la plus brillante clientelle ; en imposer pendant trente ans au public toujours trop facile à donner sa confiance, et se persuader enfin qu'ils étaient des hommes très-recommandables parce qu'ils l'avaient fait croire aux autres, On a vu des individus plus obscurs encore, connus seulement par leur extrême ignorance , succéder à quelques-uns de ces praticiens si occupés, s'approprier, comme leur véritable patrimoine, la çlientelle que les premiers laissaient en mourant, et prendre pour de l'expérience la vieille routine de leurs prédécesseurs. Pourquoi de toutes les branches de la médecine , les accouehemens forment-ils seuls une espèce d'héritage auquel on se croit habile à succéder , par cela seul qrj'onest le neveu ou rurrière-Cousindudc-

faut ? C'est un grand abus sans doute , et qui s'oppose plus qu'on ne pense aux progrès de l'art; mais enfin on a senti la nécessité d'une utile ré-» forme à cet égard. L'impulsion donnée à toutes les branches de la science médicale , les progrès éclatans que nous leur avons tu faire de nos, jours, les progrès plus grands encore que les efforts et les veilles du génie leur préparent , ne permettront plus de resserrer dans des bornes honteuses et trop étroites, la science des accouchemens, a En effet, s'il est vrai que la, partie opérante demande une certaine supériorité de lumières , quelles connaissances n'exige pas la conduite médicale des femmes , soit avant , soit après l'accouchement j quoique bien plus souvent naturel que laborieux ! Mais naturel ou non, ses suites sont très-souvent accompagnées d'accidens plus ou moins fâcheux , qui exposeront infailliblement les jours de la mère , si l'accoucheur ne sait pas les prévenir, ou ne peut pas les combattre quand ils ©nt paru.

Car il faut convenir que les phénomènes de l'accouchement sont la vraie boussole du praticien pour diriger les couches, même les plus heureuses. Combien alors la connaissance de cç qui s'est passé dans le travail ne devient-il pas

pîu3 nécessaire encore, lorsqu'elles sont suivies d'accidens! Qui mieux que l'accoucheur peut avoir cette connaissance pour en tirer parti et diriger convenablement les moj^ens propres à les combattre ? »

Mais tel est l'empire des préjugés , on d'une injuste et ridicule prétention , que plusieurs hommes de l'art s'obstinent à vouloir établir une orgueilleuse distinction entre l'art qui termine l'accouchement, et la science qui dirige les moyens capables de prévenir, ou de combattre les suites , quelquefois très- orageuses qui précèdent ou suivent cette opération. Quelle eslime accorder à ces médecins délicats, dont les nerfs se crispent au seul mot d'accouchement j qui dédaignent et méprisent la partie de l'art qui s'occupe d'aider Ips femmes dans le travail de l'enfantement, et qui viennent s'en emparer aussitôt que l'accouchement est terminé?. Les abus, les plus funestes , les erreurs les plus grossières et les plus préjudiciables à la saijté des femmes , sont les tristes résultats de cette prétention.

Ce n'est que depuis peu de temps que s'est établie cette distinction humiliante pour la partie p.pérante des accouchemens:car, qui eût osé dire aux Maurireau , aux Smellie , aux Deventer , aux

Levret, auxBeaudelocque, après la terminaison d'un accouchement : Retirez-vous maintenant , votre savoir ne peut s'étendre plus loin ! à nous seuls appartient la conduite médicale de la femme que vous venez d'accoucher ; nous ignorons parfaitement ce qui s'est passé pendant la grossesse , nous ne savons pas davantage , et nous dédaignons de savoir comment s'est fait l'accouchement, quels sont les phénomènes qui l'ont accompagné : n'importe, retirez-vous? ....

Qui l'eût osé dire au célèbre Antoine Petit , qui exerçait avec un égal mérite , à Paris , et la médecine et les accouchemens ? Voici comment s'exprime ce grand homme , dont plusieurs médecins recoramandables s'honorent , même aujourd'hui , d'avoir été les disciples, (c D'ailleurs , pourquoi les médecins français ne suivent -ils pas la méthode des allemands , des hollan- • dais et des anglais ? Ruysch et Deventer, en Hollande , étaient médecins et pratiquaient les accouchemens , comme Râtelât et Roger de Roonswitt,qui étaient chirurgiens. Aujourd'hui le docteur Smellie exerce le!l5 accouchemens à Londres : il les pratique dans cette capitale , et il s'en fait gloire , sans que cela paraisse singulier , à moins que c« ne aoh aux yeux des im-

béciles : il y aurait même un très-grand avantage qu'on mît cette pratique tout - à - fait entré les mains des médecins ; le traitement des maladies qui précèdent ou qui suivent l'accouchement s'en trouverait beaucoup mieux ; car elles sont entièrement du ressort de la médecine : il faut nécessairement posséder les grands principes de l'art , pour connaître et se comporter convenablement dans le traitement de ces maladies ; en outre, il faut avoir fait une étude particulière des accoucliemens . . . . On voit tous les jours des médecins , très-estimables d'ailleurs , se tromper dans ces cas ( les suites de certains àccoucliemens) ; ils veulent ramener ces maladies aux J)rincipes ordinaires de la médecine , lors même qu'ils doivent s'en écarter. J'ai vu plus d'une bévue de cette espèce ^ j'en donnerai par la suite plusieurs exemples. • . « L'art des accoucliemens ne se borne pas seulement à savoir accoucher une femme ; il s'étend encore à la connaissance des maladies qui peuvent survenir pendant et après Taccouchement , et à la manière de les traiter. Les maladies des enfans nouveau - nés sont encore du ressort de cette partie de la médecine , et ne peuvent en être séparées. » Je ne pousserai pas plus loin mes observations sur Is^

nécessité de laisser aux médecins-accoucheurs lé soin de diriger les femmes , soit avant , soit après l'accouchement. L'opinion d'un médecin aussi célèbre que le fut Antoine Petit , me dispense d'avoir recours à d'autres autorités.

Je le demande maintenant à tout homme raisonnable , quel est celui qui voudrait semer aussi péniblement , pour ne cueillir un jour que les fruits amers de l'ingratitude? Ira-t-il, plein d'ardeur et de zèle , se jeter dans une carrière fatigante , s'il est certain de ne rencontrer sur sa route que des âmes flétries par l'égoïsme et l'orgueil , et assez injustes , d'ailleurâ , pour ne mettre aucun prix à ses sérvices , à son dévoûmcnt et au sacrifice continuel de sa vie ?

Malgré une prévention aussi nuisible à l'avant cément de la science en général , oh ne peut nier cependant que , depuis à peu près un demi-siècle, les accouchemens ne soient professés , à Paris surtout, avec le plus grand éclat. Les étrangers avouent eux-mêmes notre supériorité à cet égard. C'est à l'illustre Levret que nous en sommes redevables ; ce sont les ouvrages précieux de ce célèbre accoucheur , qui ont porté Fart des accouchemens au point de gloire où il s'est successivement élevé par les succès et les travaux

(Iç tous ceux qui , depuis Levret jusqu'à nos jours, se sont occupés avec tant de succès dé renseignement et de la pratique de cette branche importante de la médecine , et qui n'ont pas peu contribué à maintenir Péclat dont brille aujourd'hui la science des accouchemens.

C'est à l'Ecole de Médecine que l'élève doit se rendre pour entendre et profiter des savantes leçons du professeur , M. Désormeaux , chargé de cette partie de l'enseignement ; mais la théorie de l'art seule y est enseignée : ils se transporteront donc dans les écoles particulières d'accouchemens , pour se former à la pratique de cette branche de la médecine. Pendant toute l'année , plusieurs médecins font des cours d'accouchemens, de maladies des femmes et des enfans , où la pratique la plus variée et la plus instructive se trouve unie à une théorie d'autant plus lumineuse , que la plupart des professeurs se sont fait un devoir de prendre pour type de leurs leçons , les excellens principes renfermés dans l'ouvrage si justement célèbre de M. Beaudelocque , et de marcher sur ses traces.

Quoique j'aie publié , il y a quelques années (en 1802) , de nouvelles vues sur les moyens de simplifier le système des positions de l'enfant

dans le sein de sa mère , je n'en sens pas moins tout le prix des travaux de ce savant professeur. Mon ouvrage , très-imparfait , sans doute , à l'époque où il fut publié , parut mériter cependant la bienveillance du public , non-scUlement en France , mais aussi chez les étrangers, qui se le sont approprié par des traductions. Une deuxième édition , publiée très - peu de temps après la première , et qui fut bientôt épuisée , a confirmé la bonne opinion qu'en avaient conçue les gens de l'art. Mais persuadé qu'un auteur doit mériter, par de nouveaux efforts , cette bienveillance publique, àlaquelle on ne saurait attacher un trop grand prix, j'ai redoublé de zèle et d'activité, pour pouvoir offrir aux jeunes étudians en médecine un ouvragé élémentaire sur les acconchemens, ouvrage qu'en effet j'ai publié pour la première fois et en un seul volume , en 1814, sous le titre dit NoutJcaux élértiens de la science et de Vart des Accouchemens, Cette première édition , épuisée à la fin de 1816, m'a permis dé faire réimprimer mon ouvrage , auquel j'ai ajouté un second volume qui contient les maladies des femmes et des enfans.

Si , malgré cette longue digression , l'élève n'a point perdu de vue l'objet particulier de notre

travail, et la suite, toujours croissante, de ses études; il doit se rappeler que pendant ce dernier semestre de la quatrième année, il est indispensable que son zèle prenne une nouvelle activité, et que tous ses momens soient exactement remplis et utilement employés^ les objets de son instruction devenant très-multipliés : car , indépendamment de l'hygiène, qu'il doit terminer cette dernière année et des deux cours d'accouchemens théoriques et pratiques qu'il est obligé de suivre , il lui reste encore à s'occuper de l'histoire de la médecine , de la bibliographie médicale et de la médecine légale. Mais comme ces derniers objets ne sont pas d'une rigoureuse nécessité pour l'exercice de l'art de guérir , et qu'il est possible que tous les élèves n'aient pas également le goût nécessaire pour suivre chacun de ces cours , je pense qu'il faut les laisser libres de porter leur attention sur ces études , ou de ne point s'en occuper. Je suis loin de croire cependant que ces diverses branches de la science médicale doivent êtres ignorées du médecin qui cherche à se faire une réputation de savant : mais je le dis et le répète , cela dépendra du goût particulier que les élèves manifesteront pour ce genre d'instruction , et il faut leur

laisser la liberté de le cultiver ou de le négliger.

11 faut en excepter cependant la médecine légale , dont on sent de plus en plus la nécessité et l'utile réforme. Ce n'est que depuis peu de temps que cette branche de la médecine fait partie du plan général d'instruction. Sans doute on doit en conclure qu'il avait paru important à ceux qui ont organisé l'enseignement de la médecine, tel qu'il existe aujourd'hui, d'appeler l'attention des hommes de l'art sur un objet qui intéresse si fort la tranquillité publique et sans lequel la surveillance de l'autorité est illusoire , et le crime souvent impuni.

Ce n'est pas seulement sous ce point de vue que la médecine légale est utile. Que de lumières ne prête-t-elle pas encore à la justice , pour démontrer l'inconséquence de certaines accusations , en arrêter les funestes effets , et pour faire triompher rinnocence ! Mais , il faut le dire , la connaissance de l'organisation animale et de ses dérangemens ne suffit pas seule pour former un bon médecin-légiste. A un esprit juste et pénétrant, il faut joindre une grande connaissance des lois qui ont quelque rapport avec le délit pour lequel les médecins sont ordinairement coasultés : eu éclairant la religion des

jugés, ils guident leur opinion, deviennent les arbitres de leur jugement , et disposent ainsi de la vie ou de la mort de leurs semblables.

Use faisait^ il j a quelques années, à la faculté de médecine , un excellent cours de médecine légale ; M. Leclerc, qui était alors chargé de cette partie de l'enseignement, y développait, avec une sagacité peu commune , et cette pureté de diction qui depuis long-temps l'avaient placé au rang des professeurs les plus distingués, les grands moyens que la médecine prête aux lois, dans des discussions délicates et embarrassantes où l'honneur et la vie tiennent soiîvent à un fait qu'il faut détruire ou confirmer. C'est M* Rojer Colard qui est aujourd'hui chargé du cours de médecine légale ; il ne pouvait être mis en des mains plus habiles : à des connaissances très-étendues sur toutes les bracches de la médecine, M. Royer-Colard joint une justesse desprit extrêmement précieuse pour la partie de l'enseignement qui lui est échue en partage, et les élèves n'auront qu'à s'applaudir sans doute de l'heureux choix qu'a fait la Faculté d'un professeur aussi éclairé , pour une chaire aussi importante.

L'histoire de la médecine est enseignée à la

même époque de Tannée et par le même professeur. Sans doute cette science , purement littéraire, sert plus à faire des médecins érudits, que des praticiens consommés j sans doute elle peut s'apprendre ailleurs que dans un cours , et on peut devenir un théoricien très-savant dans son cabinet. Mais, quand on réfléchit combien il est difficile, d'une part, de se bien diriger dans ses études, et de l'autre, combien l'art est long, et la vie courte et rapide, on ne saurait trop profiter des nombreuses ressources qu'offre l'excellente instruction de l'Ecole dans les di- Tcrs cours qui forment l'ensemble de son enseignement : ces ressources deviennent plus précieuses encore, quand elles ont pour objet les branches de la science qui ne sont exposées que dans son sein j car moins les moyens d'instruction sont multipliés , plus on doit s'empresser de profiter de ceux qui sont offerts à nos méditations : c'est sous ces mêmes rapports , et d'après les mêmes considérations, que nous engageons les élèves à suivre le cours de bibliographie médicale .

Où se former ailleurs qu'à Paris à la connaissance des auteurs qui ont écrit sur la médecine, et dout les ouvrages, rassemblés à la bi-

bliothèqiie de l'Ecole , offrent le plus vaste et le plus riche dépôt qui puisse exister? Que de reconnaissance ne doit- on pas à l'administration de l'Ecole , et au zèle éclairé du savant et infatigable feu M. Sue , son ancien bibliothécaire , pour les soins qu'il s'est donnés dans l'arrangement et la distribution de cette riche et immense col^ lection! J'ai vu former la bibliothèque de l'Ecole, telle qu'elle existe aujourd'hui : avant qu'elle no fût transportée dans le superbe local qu'elle occupe maintenant , elle se trouvait dans un lieu peu convenable à l'usage auquel elle était destinée: aujourd'hui, les élèves, que le goût do l'étude et des recherches portent à la fréquenter , peuvent s'y rendre , avec l'assurance d'y rencontrer, sans peine. les monumens les plus variés et les plus rares de la science médicale. Us trouveront d'ailleurs dans M. le professeur Moreau, bibliothécaire actuel, et dans son digne adjoint, M. Husson, des guides d'autant plus en état de les diriger dans cette partie de leur instruction , qu'ils en connaissent toutes les richesses, qu'ils sont toujours disposés à communiquer à ceux qui les entourent.

Le coup d'œil rapide que nous venons de jeter sur l'ensemble des travaux qui doivent occuper

celui qui se destine à l'exercice de l'art de guérir, ne doit laisser aucun doute sur les progrès de son enseignement et sur sa supériorité actuelle : que de ressources , que de richesses of* feries à l'avide curiosité des jeunes gens qui brûlent du désir de s'instruire! Que de reproches ne méritent pas ceux qui, trop enclins à une coupable paresse, préfèrent une honteuse ignorance à la plus riche comme àla plus solide instruction ! Elle ne s'acquiert, il est vrai , cette instruction si recherchée, que par des efforts soutenus et un travail très-opiniâtre : mais aussi quelle gloire, quelle noble satisfaction ne se prépare pas celui qui saura les surmonter! Dans ses examens, dans renseignement, dans la pratique, partout il peut compter sur des succès flatteurs et sur cette considération si désirée , qui accom* pagne toujours les talens supérieurs.

C'est surtout pour l'étude et la fréquentation des cliniques , qu'il faut déployer la plus grande activité et le zèle le plus infatigable : jusqu'ici les diverses branches d'instruction dont s'est occupé l'élève, n'ont, pour ainsi dire, exigé de lui que sa présence dans les cours , et l'attention nécessaire pour en profiter; mais les cliniques veulent d'autres efforts, et demandent d'autres travaux,

C'est là que tout doit être mis à profit; c'est là que tout devient objet d'observation et de recherches. La mémoire et le jugement, qui suffisaient ailleurs pour acquérir des connaissances , ne sont pas, en effet, les seules facultés de l'entendement et de l'intelligence qu'exige l'étude de la médecine clinique. Tous les sens, ici , sont employés pour -arriver au même but, et donner à l'instruction clinique un degré de perfection qu'il est difficile d'obtenir sans cela. C'est ainsi que la vue seule des malades est , dans beaucoup de circonstances, un des plus puissans moyens de reconnaître le genre de maladie dont ils sont attaqués, et décider , à l'instant même , du degré de gravité qui l'accompagne ; redorât n'est pas moins utile dans certains cas; l'ouïe même peut présenter de grands avantages, surtout dans quelques maladies chirurgicales; enfin le toucher ne peut être remplacé ni par aucun des autres sens, ni par aucune opération de l'entendement. De cette manière, le médecin clinique fait concourir tous les moyens qui sont en lui, et même ceux qui l'entourent, au soulagement ou à la guérison des malades. Le père de la médecine a dit : Oportet autem non modo seîp^ sum exhibere quœ opçrtet facientem , sed

etiam œgrum , etprœsentes , et externa. Il ne me reste donc plus qu a parler des cliniques , sur lesquelles j'ai promis de revenir, et qui demandent d'être exposées avec quelque étendue.

Elles S€ divisent naturellement en clinique chirur*5icale et en clinique médicale, ou en externe et en interne : la première demande plus de travail manuel , la seconde plus d'application d'esprit ; mais l'une et l'antre exigent des soins assidus et un zèle à toute épreuve : elles sont , sans contredit , le complément des pathologies j ou , pour mieux dire , les pathologies ne sont que l'introduction aux cliniques , et ne doivent être considérées que comme des moyens de retirer de grands avantages de ces dernières. Je ne cher^clierai point ici à déterminers'il est plus facile de 5e rendre recommandable en médecine qu'en chirurgie , et si l'étude de l'une est plus aisée ou promet plus de gloire que celle de l'autre ; elles présentent également des difficultés à vaincre et des succès à espérer. Mais je pense qu'on ne doit suivre que l'impulsion de son goût particulier dans le choix que l'on peut faire de l'une oude l'autre de ces deux branches de la pratique médicale. J'ai annoncé plus haut que l'élève ne devait se Jiyref au]^ cliniques qu'à la fai de la première

année. Voyons quels sont les soins particuliers qu'il doit leur donner; et commençons par U clinique chirurgicale.

L'élève doit d'abord se familiariser avec la vue des maladies , telles que les plaies, les ulcères, et les désordres de tout genre , qui affectent l'extérieur du corps vivant. C'est avoir déjà beau-^ coup fait, que d'être parvenu à vaincre la répugnance et une certaine horreur attachées à la vue de ces déplorables tableaux des infirmités humaines • ensuite il doit suivre avec succès et donner beaucoup d'attention à la marche particulière des maladies les plus simples , telles que l'érysipèle , les plaies qui ne demandent que laréuniou; quelques fractures simples, etc. ; s'élevant ensuite par degrés à des considérations plus importantes et plus générales, il doitalors embrasser, l'ensemble des maladies chirurgicales , et recueillirdes observations sur les plus longues ouïes plus extraordinaires. Lorsqu'il est arrivé à ces résultats , il doit lui-même prendre part aux pan» semens, et nepoint y procédernonchalamment et par pure complaisance ; mais avec méthode et en suivant exactement le précepte si judicieux des anciens , tutd ^ cUô et jucundè.

Les cours de bandages , d'appareils et cIq

maladies des os , qu'il a suivis ou qu'il suit encore, lui fournissent les moyens de remplir avec quelques succès , la tâche honorable qu'il s'impose : mais ces occupations préliminaires doivent le conduire à l'étude et à la pratique des grandes opérations , qu'il faut avoir vu faire souvent par les premiers maîtres , avant de chercher à les pratiquer soi-même. Le cours d'opérations qui se trouve au deuxième semestre d'hiver ou à celui d'été , lui facilite la connaissance des détails , toujours très-nombreux , d'une grande opération : il doit lui-même les pratiquer long-temps sur le cadavre , en varier les procédés opératoires, et se les rendre familiers et très-faciles ; ensuite il pourra comparer les méthodes d'opérer , et la pratique particulière des grands maîtres dont il fréquente les cours, avec ce que les auteurs lui ont appris et avec ce que lui-même a pu constater. Je n'ai pas besoin de dire que les grandes connaissances enanatomie sont un des moyens les plus sûrs pour acquérir, en peu de temps, de l'habileté dans les opérations chirurgicales : car, outre les notions positives des parties, sans lesquelles on n'est jamais qu'un médiocre chirurgien , on sait que l'habitude des dissections donne à la main line dextérité, une promptitude et une assu-

rance qu'il est difficile d'obtenir sans cela. AmbroiseParé, Dionis, Jean-Louis Petit , et dans ces demie: ", temps , le célèbre Desault et M, Pelletan n\. m-ils pas dû la plus grande partie de leurs succès et de leur gloire, à la connaissance profonde et même minutieuse qu'ils avaient de Panatomie ? Et de nos jours , les Boyer , les Dubois, les Dupuytren, ne sont-ils pas des anatomistes aussi savans que d'habiles opérateurs ?

Les vœux des amis de l'humanité , les désirs des hommes de Part les plus recommandables , sont enfin remplis. L'Hôtel-Dieu , l'hospice de la Charité, celui des Cordeliers et quelques autres moins célèbres , offrent tous les jours au zèle et à Pactivité des élèves , la plus riche comme la plus savante instruction. Desault n'est plus, il est vrai; on n'entend plus à l'Hôtel-Dieu sa voix entraînante et comme inspirée du Dieu de la chirurgie j mais des successeurs dignes de lui, les professeurs Pelletan, Boyer, Dubois et Dupuytren nous restent et nous ont conservé le feu sacré que l'illustre Desault avait allumé. C'est donc aux cliniques de ces grands maîtres que l'élève doit se rendre ; c'est dans les hôpitaux qu'ils dirigent , qu'il ira se former au traitement des maladies chirurgicales fît aux opérations qu'elles exigent quelquefois,

A la clinique externe appartient celle de l'hôpital des Capucins , où sont traitées les maladies vénériennesj mais l'élève ne doitle fréquenter qu a la fin de ses études, ces maladies ne formant qu'une partie circonscrite et bornée de la médecine. Les affections dont elles se composent appartiennent également et à la médecine proprement dite , et à la chirurgie ; mais leur traitement consiste plus dans l'administration des remèdes internes , que dans l'application de la main ou des topiques. Sous quelque rapport qu'on les envisage, l'élève doit cependant en faire une étude particulière et l'hôpital, dit des Capucins y lui offrira le tableau le plus varié et le plus déplorable à la fois des suites de la débauche et du libertinage ; mais , indépendamment de Tinstruction qu'il y puisera, qu'il y prenne également des leçons de morale et de sagesse j que la vue des hideuses traces d'un mal honteux , et des nombreuses victimes qu'il entraîne dans ce lieu de souffrances , soitpour le jeune étudiant , dont le cœur et les mœurs sont encore purs , le frein le plus salutaire contre la voix impétueuse de ses passions.

Mais si , d'un coté , on a tant à gémir sur les déréglemens de la jeunesse , et sur leurs suites hu-

miliantes et cruelles , combien ne doit-on pas bénir la main qui guérit des maux si affreux! Que d'individus dévoués à une mort prématurée reçoivent , dans ce réceptacle des misères humaines, des secours prompts et efficaces qui les rendent à la vie ! Que de maladies vénériennes, réputées incurables, éprouvant les plus heureux effets d'un traitement sagement administré , obtiennent une entière guérison ! L'hôpital , dit des Vénériens , à la tête duquel se trouvent depuis long-tems MM. Cullerier, Gilbert et Bertin, est d'autant plus précieux , qu'il reçoit la classe du peuple qui, trop souvent, dénuée de ressources , n'a d'espoir que dans les remèdes des charlatans, plus funestes cent fois et plus à craindre que la maladie elle-même, qu'ils ne guérissent jamais quand elle estgrave, et qu'ils aggravent toujours quand elle estlégère. Véritables pestes publiques, ignotans et fripons, qui exercent impunément un métier de destruction et de rapacité sur la plus

pauvre, comme la plus nombreuse classe de la société.

Le monopole des charlatans est d'autant plus assuré et plus exorbitant , que les personne» attaquées de maladies vénériennes, par un motif de honte qu'on ne peut trop blâmer, cherchent à couvrir des voiles du mystère les secours qui

leur sont nécessaires , et ne croient pas devovr payer trop cher de prétendus remèdes infaillibles et merveilleux, dont elles reconnaissent trop tard la trompeuse efficacité , et souvent les funestes effets.

La clinique externe aurait peut-être exigé que je fusse entré dans de plus grands développemens j mais les élèves suppléeront, par leur zèle et leur intelligence , aux détails et aux éclaircissemens dont la longueur ici pourrait les fatiguer, et qui seraient loin de remplacer l'habitude des hôpitaux. Je passe à la clinique interne*

Le but de la médecine est de guérir les maladies ; mais l'art de les traiter ne s'apprend que dans les hôpitaux : dans ces asiles de la souffrance , tout retrace à l'esprit et aux yeux du médecin les nombreux devoirs que lui impose le caractère dont il est revêtu. C'est donc dans les hôpitaux que l'élève doit aller puiser les connaissances pratiques que les livres ne font qu'indiquer ; c'est au milieu des objets de son instruction , qu'il doit passer une grande partie des momens consacrés à l'étude de la médecine ; il ne peut trop se familiariser avec la vue répétée des altérations de tout genre , dont sa pratique particulière pourra , dans k suite ; lui offrir ce

tableau. Les formes variées sous lesquelles la même maladie peut se présenter , surtout au moment de son, invasion , exigent un tact , un coup d'œil que la fréquentation des hôpitaux peut seule lui donner j car , comme la dit un médecin célèbre : u Le talent de reconnaître la maladie naissante à quelques traits fugitifs qui la décèlent , est , sans doute , la première qualité du médecin. . . . L'issue de la plupart des traitemens , et de presque toutes les maladies y dépend de la conduite qu'on a tenue les premiers jours. » L on sait que les maladies aiguës offrent à leur début plusieurs symptômes qui sont communs à presque toutes. Mais si, dès les premiers pas, l'élève rencontre d'aussi grandes diflficultés pour se former à l'étude clinique des maladies , quels soins , quelle attention n'exigeront - elles pas de lui pendant leur marche, que mille accidens peuvent compliquer , soit en retardant leur guérison , soit en accélérant leur cours ? Des écarts de régime, des fautes dans le traitement, des imprudences de la part du malade , peuvent tous les jours en imposer à la sagacité du médecin , et l'induire en erreur sur le véritable caractère d'une maladie.

Il ne suffit pas que l'élève qui veut fréquenter

les hôpitaux , s'y présente avec le seul désir d'y consacrer de nombreux momens , et d'en retirer une grande instruction : il doit en bien posséder la. topographie t cest-k-dÏTe, examiner d'abord leur situation générale et particulière, connaître les courans d'air qui les traversent , quelle peut être leur influence en raison des alentours plus ou moins malsains , sur lesquels ils sont obligés de passer pour arriver à l'hôpital. Celte observation est une des plus importantes qu on puisse faire , quand on veut approfondir les causes , souvent très-multipliées , de destruction dans certains hôpitaux. Il examinera aussi la forme particulière des salles , leur étendue , leur hauteur , le nombre de lits qu'elles renferment , la manière dont sont disposées les croisées propres à . les éclairer; ce sont autant d'objets sur lesquels son attention doit absolument se porter : l'ordre intérieur du service , l'heure des repas ^ la qualité des alimens, la propreté du linge , ne doivent point lui échapper : d'autres connaissances préliminaires , dont le cours d'hygiène et de pliysique médicale seul pourra l'instruire, lui sont également nécessaires ; s'il est dans l'impossibilité de les posséder , il ne doit pas , au moins , négliger celles que nous venons de lui indiquer*

Muni de ces notions accessoires, et cependant si nécessaires pour l'étude réfléchie des maladies, l'élève peut alors fréquenter les cliniques, elles suivre avec assiduité j mais que sa présence dans les hôpitaux ne soit pas une simple apparition de forrae ; que son intention ne soit pas seulement d'être vu de ses camarades, ou des professeurs dont il suit les cliniques j qu'un motif plus noble, plus grand , Vy appelle : la connaissance approfondie des maux qui affligent l'humanité, et l'espoir d être un jour utile à ses semblables j Yoilà son but, tels doivent être ses désirs. Il n'imitera point quelques élèves , dont on ne saurait trop déplorer l'aveuglement , qui assistent aux clmiques seulement pour y assister , n'apprennent rien, et nuisent à ceux qui veulent apprendre : suivez plus tard ces jeunes gens dans leur pratique, combien de vacillations, d'erreurs , de gaucheries , et nécessairement de repentirs !

Tel est le sort de ceux qui se lancent dans la carrière médicale, sans s'être formés à l'étude longue, il est vrai, mais indispensable des cliniques. Quelle estime peut-on avoir pour de pareils médecins? Ils sont orgueilleux cependant, tranchans avec leurs confrères ; ils payent d'audace pour ce qui leur manque de lumières et

de véritables lalens. (c Aiijourdliui , dit M. Cabanis, les jeunes médecins suivent rarement les hôpitaux avec quelque constance. Ils se jettent dans la pratique, sans avoir vu les objets qu'ils doivent reconnaître. Il faut, pourtant, se donner l'air d'avoir tout vu; il faut cacher son inexpérience par le babil et par de grands mots : ainsi , dans la matière la plus grave , ils s'exercent à l'art de tromper ; ou du moins ils s'habituent à ces manèges de charlatanerie , qui dégradent toujours le caractère. » Que de reconnaissance ne dois-je pas (et je me plais à en répéter ici l'aveu public) au médecin habile, M. Sabatier , frère de l'illustre et ancien professeur de ce nom! Avec quels soins empressés, avec quel vif intérêt, ce célèbre praticien dirigea mes premiers pas dans l'étude de la médecine! Digne de figurer avec éclat sur le grand théâtre de la capitale , sa modestie , un certain amour de l'indépendance l'en éloignèrent. Premier médecin de la marine au port de Brest, c'est là qu'il prodiguait aux élèves la plus pré« cieuse instruction. Nourri des principes les plus purs de la médecine hippocratique , possédant à un haut degré le rare talent de l'observation , il guidait nos premiers pas^ et nous formait lûuii

à Tétude si nécessaire de la marche de la nature dans le développement des maladieSi

J'aime à payer ce tribut d'éloges à un praticien qui m'honora de son amitié, prit soin de mon instruction , et dont on regrette encore la perte à l'Ecole de Brest»

J'observais plus haut, que l'élevé avait à remplir plusieurs indications préliminaires, avant de s'appliquer entièrement à l'étude spéciale des maladies. Son premier soin, après cet examen, est de reconnaître, autant que cela est possible , le vrai caractère de la maladie dont il veut suivre la marche. L'âge, le sexe du malade, son tempérament, ses habitudes, les maladies antécédentes auxquelles il a pu être sujet, doivent être surtout très-exactement notés. L'élève suivra ensuite régulièrement, chaque jour, le développement de la maladie, dont il étudiera scrupuleusement tous les symptômes. Enfin , son invasion, ses progrès, son déclin, sa terminaison , ses méthodes de traitement , et la marche de la convalescence, seront les objets qui fixeront le plus son attention. Cette conduite, bonne pour toutes les maladies prises isolément, et que l'élève doit observer et suivre avec exactitude pendant les premiers momens de

ses éludes cliniques , ne convient plus quand on veut embrasser l'ensemble des maladies j û est nécessaire, en effet, que le jeune étudiant remonte à des considérations plus générales ; que ses vues s'agrandissent , et qu'il embrasse un plus vaste plan. Ce n'est plus, en effet, une seule maladie dont il doit étudier la marche et le traitement ; ce n'est plus un seul malade qui doit fixer son attention ; toutes les maladies de riiôpilal qu'il fréquente , tous les malades deviennent pour lui autant d'objets de méditation : ceux-ci ne sont plus à ses yeux des malheureux , que la misère plonge dans les asiles de la douleur j ces êtres souffrans sont pour lui ses livres, ses maîtres, les véritables instrumens de son instruction, et les seuls qu'avoue la nature. Le professeur de l'enseignement clinique est, sans contredit, de la plus grande milité pour les jeunes gens, à qui leur inexpérience et leur défaut d'habitude ne permettent pas encore de voler de leurs propres ailes j mais, quel que soit son zèle , il ne peut pas suppléer au défaut de travail, à la nonchalance^ uux distractions et à l'inexactitude. L'élève qui veut marcher sur les traces de ses maîtres, loin de rester dans la foule commune , fera^ au contraire .

les plus grands efforts pour mettre à profit l'instruction qui lui est donnée , et se former ainsi à l'art , si difficile , de guérir les maladies : il y parviendra , sans doute , s'il profite des conseils que nous avons cru devoir lui donner , et surtout s'il sait les mettre en pratique.

La capitale est très-riche en écoles de cliniques : les hospices de la Charité, de la Salpêtrière et l'Hôtel -Dieu, se disputent à l'envi la gloire d'offrir la plus précieuse instruction, et les ressources les plus étendues en ce genre. L'élève ne doit point accorder une préférence exclusive à l'un plutôt qu'à l'autre ; il faut , au contraire , qu'il les fréquente tour à tour , afin d'examiner et d'apprécier la doctrine particulière des grands maîtres qui les dirigent , et d'en tirer le parti le plus avantageux.

Autrefois les cliniques de la Charité et de la Salpêtrière , se faisaient surtout remarquer par le nombre et le zèle des élèves empressés de s'y rendre, et par le mérite éclatant des illustres professeurs qui les dirigeaient alors. Que de sujets distingués sont sortis de ces deux éco". les! Que de lumières n'ont-eiles point répandues ! Le beau travail de M. Corvisart sur les maladies organiques du cœur, et la Nosogra-

phie Philosophique de M. Pinel , seront les monumens éternels de la gloire et des grands talens de leurs auteurs. M. Le Roux à la Cha^ rite et M, Landré-Beauvais à la Salpêtrière, soutiennent dignement aujourd'hui la réputation clinique de ces deux grands hôpitaux.

Je termine ici mes recherches sur les véritables moyens de mettre les élères à même de profiter des grands et précieux avantages que leur offre l'enseignement de l'Ecole de Médecine de Paris. Pour inspirer un grand intérêt, cet essai aurait demandé , sans doute , une plume plus exercée et des talens qui me manquent 5 on me tiendra compte de mes intentions, elles sont pures, elles n'ont pour but que l'instruction des élèves, l'avancement delà science et le bonheur de mes semblables. De bons médecins influent plus qu'on ne pense sur la morale publique; et le seul moyen d'en avoir qui puissent remplir dignement les hautes fonctions de leur état, c'est de les former de bonne heure à l'étude des vrais principes de l'art , de guider leurs premiers pas dans la carrière , et de surveiller sans cesse l'or^ dre et la marche de leurs travaux.

Mais, répétons-le avec Condillac, les vraies connaissances sontdans la réflexion (jui les acr

quiert , beaucoup plus que dans la mémoire qui s'en charge : que les élèves abjurent donc une folle présomption, trop ordinaire à leur âge; qu'ils ne dédaignent pas les conseils de ceux qui , par leur expérience et leurs lumières , sont faits pour leur en donner; qu'ils apprennent à sentir toute la dignité, toute la sainteté des fonctions qu'ils doivent exercer auprès de leurs sem^ blables. Que les jeunes praticiens se gardent surtout de ces pseudo-docteurs , qui déclament astucieusement contre une science qu'ils ne connaissent pas ; qui, étrangers aux théories les plus lumineuses, comme aux pratiques les plus savantes , n'ont d'autre boussole, dans l'art de guérir, qu'une aveugle et présomptueuse routine, qui, d'un art muet, mutas artes , suivant la belle expression de Virgile, font de la médecine une science babillarde ; et d'un ministère honorable et sacré , une profession honteuse et mercenaire.

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