PRÉLIMINAIRES DE 1642 A
Rattachée la dernière au domaine de la France, la colonie de Madagascar est entrée cependant, depuis plus de deux siècles, dans notre sphère d'influence.
Dès 1642, le cardinal de Richelieu donne au Dieppois Rigault Fautorisation d'en prendre possession au nom d'une Compagnie commerciale, dont les premiers administrateurs sont Pronis et Flacourt.
En 1664, Colhert crée la Compagnie des Indes Orientales; Madagascar prend le nom de « France Orientale », et M. de Mondevergue est nommé gouverneur général de l'île. Mais son successeiu', Famiral La Haye, mécontente les indigènes et l'île est évacuée après le massacre de Fort-Dauphin.
Le traité de 1765 ramène l'attention sur Madagascar et, en 1767, M. de Maudave rétahlit nos établissements de Fort-Dauphin. Six ans plus tard, en 1775, Benyowski vient s'installer au fond de la baie d'Antongil, envoyé par le gouvernement français pour« former une colonie en se conciliant la bienveillance, la confiance et l'attachement des naturels du pays ». Sa mission réussit au delà de toute espérance et, trois ans plus tard, il est acclamé comme chef suprême par les indigènes du Nord-Est. Malheureusement, les gouverneurs de l'île de France le jalousent et s'acharnent à sa perte; sa mort, survenue le 25 mai 1786, retarde de plus d'un siècle l'union de Madagascar à la France.
Cependant, malgré le mouvement révolutionnaire, l'attention ne se détourne pas de notre possession de l'océan Indien et, à la fin de 1791, un commissaire spécial, Lescalier, est envoyé de Paris pour y faire un voyage d'études.
Napoléon, consul, puis empereur, continue la tradition. En 1801, Bory de Saint- Vincent est chargé d'une mission analogue à celle de Lescalier et, en 1804, Sylvain Roux est mis à la tête d'un sous-gouvernement, dont le siège est à Tamatave.
En 1811, les Anglais profitent de nos préoccupations sur le continent pour s'emparer de Tamatave; mais leur occupation est de courte durée. Cinq ans
HISTOIRE
plus tard (octobre 1816), TAngleterre, rappelée à rexécution du traité de Paris, est obligée de nous rendre Madagascar.
En 1822, Sylvain Roux, chef d'une mission nouvelle, se réinstalle sans peine à Sainte-Marie, reprend Fort-Dauphin, Pointe à Larrée, Tintingue et lait accueillir le protectorat de la France par toutes les peuplades voisines de ces localités.
Malheureusement, nous nous heurtons, dans File même, à de sérieuses difficultés. A la suite de quelques escarmouches, où l'avantage ne nous était pas resté, Radama F"" et la reine Ranavalona F% qui lui succède, montrent une telle arrogance, que le gouvernement de Charles X se décide à envoyer à Madagascar une expédition dont Gourbeyre prend le commandement. Mais, mal conçue au début et disposant d'effectifs insuffisants, cette expédition demeure sans résultat et le gouvernement de Louis-Philippe répond à une demande de renforts par Fordre d'évacuer l'île.
De ce jour, le gouvernement hova devint intraitable à l'égard des étrangers et des Français en particulier, et, jusqu'en 1855, toutes les relations cessèrent avec les puissances européennes.
Cependant, un Français, M. Laborde, établi à Tananarive depuis 1851, était parvenu à se créer une situation exceptionnelle auprès de la reine Ranavalona F*". Grâce à son activité et à sa remarquable intelligence, il avait rendu de tels services au gouvernement hova, qu'il réussit à amener un rapprochement entre Radama II et le gouvernement de Napoléon III. Son intervention aboutit au traité de commerce du 4 août 1808, conclu sous le règne de Ranavalona II. Entre autres avantages, les Français obtenaient le droit d'acquérir en toute propriété des biens meubles et immeubles dans la Grande île et de les transmettre à leurs héritiers. Ils pouvaient également se livrer à toutes les opérations commerciales et industrielles.
A la mort de M. Laborde, de nouvelles difficultés surgirent. Lorsque ses héritiers voulurent réaliser la fortune qu'il leur avait léguée, le gouvernement de Ranavalona II refusa de reconnaître leurs droits et, malgré le traité de 1868, repoussa l'intervention du gouvernement français.
Telle est l'origine de la querelle quia abouti aux deux campagnes de 1885 et de 1895. Enhardis par notre politique de temporisation, les Hovas multipliaient les mesures vexatoires contre les Français établis dans File et prétendaient faire reconnaître leur autorité dans les territoires sakalaves et antankaras placés sous notre protectorat depuis 1840.
En 1882, le gouvernement se décida à envoyer une escadre pour les rappeler au respect des traités et, le 50 avril 1885, l'amiral Pierre arrivait à Nossi-Bé avec mission d'obtenir des garanties effectives assurant l'exécution du traité de 1868. En huit jours, il chasse les Hovas de leurs garnisons de la côte Nord-Ouest, enlève le fort et la place de Majunga et y arbore le pavillon français. Cette action énergique est suivie d'un ultimatum qui met le gouvernement malgache en demeure de céder à la France la partie de Madagascar située au nord du 16^" parallèle, de payer une indemnité de un million, de reconnaître les droits des héritiers Laborde et de subordonner sa politique extérieure au contrôle de la France.
Col ultiniatuni ét;inl repoussé sans discussion, ramiral Pierre met la main sur Tamatave. L amiral Galiber, son successeur dans le commandement de la division navale de Tocéan Indien, arrive à Tamatave le 24 septembre 1885; il avait reçu Tordre de continuer l'œuvre commencée sans engager d'opérations oiïensives et en cherchant à traiter avec les Hovas sur les bases de l'ultimatum précédent.
Les négociations, ouvertes dès le mois de novembre, se prolongent jus- (pi'au mois d'avril 1884, sans modifier la situation. Les Hovas refusent de céder à toutes nos propositions.
La Chambre des Députés, saisie de la question le 24 mars 1884 par une interpellation de M. de Lanessan, paraît alors disposée à une action plus énergique, et il semble un instant qu'un effort sérieux et définitif va être tenté. L'amiral Galiber est rappelé et remplacé par l'amiral Miot ; quelques renforts sont envoyés à Tamatave et un corps de volontaires créoles est formé à la Réunion. Mais l'amiral Miot, ne disposant que d'un effectif de 500 hommes, est contraint de limiter son action à des opérations de petite envergure contre les postes de la c(Me occupés par les Hovas. Ces opérations, qui embrassent toute la période comprise entre le mois d'avril et le mois de décembre 1884, se concentrent principalement autour de Tamatave et de Majunga. Elles sont marquées par divers combats : Anjiabory (15 octobre 1884), Vohémar (21 novembre 1884), Andramparano (5 décembre 1884), Amboanibo, qui font le plus grand honneur à la bravoure de nos troupes et à la vigueur de leurs chefs; elles se terminent en 1885, après l'arrivée de nouveaux renforts, par le combat d'Andampy (27 août) et l'affaire de Farafatre (10 septembre).
Les opérations de l'amiral Miot ont pour effet d'amener la cour d'imerina à conclure la paix et, après de lal)orieuscs négociations, un traité préparé par l'amiral Miot et M. Patrimonio est signé le 17 décembre 1885.
La cour d'imerina nous cédait en toute propriété le territoire de Diego- Suarez; elle reconnaissait inqDlicitement notre protectorat et il était stipulé que le gouvernement de la République représenterait Madagascar dans toutes ses relations extérieures. Un résident général français devait s'installer à Tananarive avec une escorte militaire; enfin, le gouvernement hova s'engageait à payer, pour les victimes de la guerre, une indemnité de dix millions.
Ce traité donnait satisfaction à nos légitimes revendications et paraissait devoir mettre un terme à nos différends avec les Hovas. Des avantages étaient, d'ailleurs, consentis de part et d'autre, et c'est en vertu de ces stipulations réciproques que le gouvernement hova put entreprendre sur la côte Ouest des expéditions qui assurèrent pour la première fois son autorité dans cette région.
Enfin, nous nous engagions à défendre le gouvernement hova contre toute attaque venue du dehors et nous mettions à sa disposition des instructeurs militaires, des ingénieurs, des professeurs et des chefs d'atelier.
Cependant, méconnaissant ses propres intérêts, le gouvernement hova ne tarde pas à violer ses engagements et à chercher à éluder les dispositions fondamentales du traité.
HISTOIRE
Aux bons offices et aux iciuontrances des résidents généraux, le premier luinistre oppose d'abord l'inertie; puis, sous l'inspiration de quelques étrangers, il refuse catégoriquement de souscrire aux clauses formelles du traité de 1885 sur la question de l exequatur. Enlin, en 1890, il perd toute réserve et rouvre brusquement l'ère des vexations et des difticultés de toute sorte.
De tous les points de File, on signale, contre la vie et les biens des Français, des attentats qui restent toujours impunis. A Tananarive même, le neveu de la reine, Rakotomena, et ses aides de camp attaquent et blessent grièvement un soldat de l escorte. Vainement, les résidents généraux font entendre des protestations énergiques; il paraît de plus en plus évident qu'une intervention armée est nécessaire pour cbàtier définitivement l'insolence des llovas.
Cependant, le gouvernement français veut donner encore une fois la preuve de son esprit de conciliation et charge M. Le Myre de Yilers de tenter, auprès du gouvernement de l'île, un dernier appel à la raison; mais celui-ci se dérobe aux explications franches et va jusqu'à exiger l'annulation du traité de 1885, que nous lui demandions d'appliquer avec toutes ses conséquences. En présence de cette attitude, M. Le Myre de Yilers procède à l'évacuation de la colonie française sur Tamatave et à celle de l'escorte sur Majunga: il quitte, le dernier, la capitale de l'imerina.
Dès lors, le gouvernement de la République se résout à agir; après un exposé magistral des causes de la guerre fait par M. Hanotaux dans plusieurs discours aux Chambres, les crédits nécessaires à l'expédition de Madagascar sont votés.
Telles sont les origines de la campagne de 1895, qui a doté notre domaine colonial d'une de ses plus riches possessions.