DÉCEMBRE
Les événements qui se sont déroulés pendant le mois de décemhre ont couronné di<înement Tannée 1897.
Les symptômes qui font pressentir l'établissement incontesté et définitif de notre autorité dans toutes les régions de Tîle apparaissent chaque jour plus nombreux, plus nets et plus caractéristiques.
D'ailleurs, l'indice le plus décisif à ce point de vue consiste moins, à l'heure présente, dans les succès remportés par nos troupes contre les derniers rebelles de l'Ouest et du Sud, que dans le mouvement actif d'immigration qui pousse vers Madagascar nos compatriotes de la métropole et des colonies voisines, dans les grands travaux projetés par les Sociétés ou les particuliers, et, en un mot, dans la prise de possession de la Grande île par les entreprises agricoles, industrielles et commerciales.
Une chose est dès à présent certaine, c'est que l'impulsion communiquée aux affaires et à l'ensemble des services a donné aujourd'hui à la colonie l'existence administrative, la personnalité et l'étiquette réellement française qui lui faisaient complètement défaut il y a quinze mois. L'ère de la colonisation active est ouverte et trop d'intérêts sont en jeu, trop de projets sont en voie de réussite, pour que le courant d'affaires établi entre la métropole et Madagascar ne continue pas à se généraliser et à s'étendre. D'autre part, des liens étroits et des intérêts communs unissent déjà la population indigène à l'élément colonisateur et contribueront, mieux que toute contrainte administrative, à enlever aux Malgaches l'idée de renouer des intrigues sans issue et sans portée.
Aussi peut-on dire que, si la force des armes a été nécessaire pour assurer aux entreprises de colonisation la sécurité qui leur est indispensable, celles-ci contribuent, par une sorte de réciprocité, en développant les transactions et les affaires, à affermir les résultats des opérations militaires.
Depuis un mois, la situation dans l'Ouest s'est considérablement améliorée. La ligne de communication entre le plateau central et le canal de Mozambique est complètement réorganisée et solidement tenue par nos troupes. Une sorte d'accalmie paraît même s'être produite cbez les tribus sakalaves, dont les démonstrations hostiles sont devenues beaucoup moins fréquentes. Il est vrai de reconnaître que l'arrivée des pluies, qui sont particulièrement abondantes dans cette région, rend le terrain absolument impraticable, aussi bien pour nos troupes que pour les adversaires qu'elles ont en leur présence.
La trêve forcée qui sera imposée par l'hivernage sera, d'ailleurs, employée
GUIDE DE L'IMMIGRAxM A MADAGASCAR.
de la façon la plus utile par le corn mandant du territoire sakalavc, pour entreprendie de nouvelles négociations et tenter encore de résoudre pacifiquement la question de TOuest.
Il serait prématuré de compter sur une réussite complète ; mais, en tout cas, les pourparleis engagés détruiront peut-èti'e l elYet de certaines influences qui se sont exercées contre nous dans ces derniers temps et qui ont contribué, dans une large mesure, à provoquer la tentative de révolte du mois d'octobre.
11 résulte, en effet, de renseignements très précis qui ont été recueillis tout dernièrement par le commandant du territoire sakalave, que les Indiens de la côte se sont livrés et se livrent encore à une propagande active pour dénaturer nos intentions et nous représenter, auprès des indigènes, comme des envahisseurs résolus à réduire le pays en esclavage et à les dépouiller de leurs biens et de leurs troupeaux. Il est possible, sans cependant qu'on puisse trop l'espérer, que, détrompés par Tattitude pacifique de nos troupes vis-à-vis des populations qui environnent les postes, les Sakalaves viennent à résipiscence et se décident enfin à nous laisser occuper pacifiquement le pays.
Le programme de la campagne prochaine n'est pas encore définitivement arrêté. 11 dépendia évidenunent des circonstances; mais il est probable, dès à présent, que nos troupes s'assureront d'abord la possession des grandes vallées qui forment des voies naturelles de pénétration et qui sont plus particulièrement propices aux entreprises agricoles et minières.
Une des meilleures preuves de l'apaisement relatif (pii s'est produit dans les régions de l'Ouest est un avis publié au Journal officiel du 1 1 décembre, par le([uel le gouverneur général infoiine les colons que les voyages de prospection dans ces contrées peuvent être commencés, dès à présent, moyennant certaines précautions.
Knlin, i)our faciliter le mouvement de pénétration, aussi bien sur la Tsiribihina que dans les vallées des principaux fleuves de l'île, des canonnières doivent être prochainement demandées en France. Cet appoint donné à la navigation fluviale renforcera considéiablement l'action de nos troupes et exercera sur les populations indigènes une influence morale dont l'importance n'est pas négligeable.
Les reconnaissances exécutées au cours des marches de pénétration ont montré que la Tsiribihina pouvait, au moment des hautes eaux, être facilement remontée jusqu'à Miandrivazo et que, par conséquent, l'envoi d'une canonnière sur la Tsiribihina rendrait, dès à présent, les plus grands services.
Yoici maintenant quelques renseignements de détail sur la situation militaire du territoire sakalave.
Les régions de Maintirano et du Manainbolo sont occupées par les compagnies Mourin, Orlanducci et Landeroin.
Dans les postes de la Tsiribihina, les postes sont tenus par la compagnie Mazillier, dont la portion principale est à Ambiky, et parle peloton Baudouin, installé à Tsimanandrafozana.
HISTOIRE
La région de Morondava est occupée par la compagnie Talion et par les pelotons Goehring et Banal. La compagnie Dulin est à Mahabo.
La compagnie Robin a pu être envoyée pbis au Sud, pour créer un poste à Ambobil3é, à l emboucbure du Mangoky.
Enfin, la compagnie Flayelle, primitivement envoyée dans rOuest, a pu être dirigée sur la province de Tulléar, pour permettre d accentuer, dans cette région, le mouvement de pénétration vers l intérieur.
Le chef sakalave Ingereza, qui a organisé le mouvement insurrectionnel du commencement d octobre, s'est réfugié avec ses partisans dans la région du lac Kamanomby, situé au sud de la Tsiribihina.
Une reconnaissance exécutée de ce côté par M. le commandant Ditte, dans les derniers jours de novembre, a montré que les Sakalaves d ingereza ne forment pas de rassemblement impoitant, mais sont fractionnés en petits groupes qui ont dù se répartir sur une grande étendue, pour assurer leur subsistance. Les principaux centres de culture étant, en effet, occupés par nos troupes, les bandes rebelles éprouvent les plus grandes difficultés pour se ravitailler. Cette situation a produit un certain découragement chez les princij)aux chefs et, d'après les renseignements recueillis par les émissaires, plusieurs d'entre eux seraient disposés à déposer les armes.
Une deuxième reconnaissance a été exécutée sur la rive droite de la Tsiribihina, dans la direction de la Tsikalasyet du Kibony. Elle n'a rencontré, nulle part, de résistance sérieuse. Comme sur la rive gauche, les groupes hostiles semblent soull'rir de l'absence des vivres. Le fils de Toera s'est réfugié dans la région comprise entre Ambiky et le Manambolo. Des émissaires lui ont été envoyés pour l'engager à cesser la lutte et à faire sa soumission.
Ces négociations pacifiques avec les Sakalaves des deux rives de la Tsiribihina sont facilitées par le concours de M. Samat, qui est connu personnellement de la plupart des chefs et qui dispose d'émissaires sûrs et dévoués Toutefois, malgré ces conditions favorables, on ne peut encore faire que des présomptions à ce sujet et il n'est pas douteux que c'est surtout le manque de ressources qui amènera les Sakalaves à composition.
A la suite de la reconnaissance qu il a exécutée au sud de la Tsiribihina, M. le commandant Ditte s'est embarqué à bord du Pourvoyeur, à destination de Maintirano où il est arrivé le 15 décembre. D'après les premiers renseignements qu'il a recueillis, la situation dans cette région continue à s'améliorer. Toutefois la bande du chef rebelle Zabely tient encore la forêt située au nord du Manand)ao et dont la lisière se trouve à environ quinze kilomètres à l'est du petit port de Tamboharana.
M. le commandant Ditte se propose d'occuper ce point inq)ortant du littoral qui a déjà été visité au mois de septembre et qui est l'un des principaux points de ravitaillement des Sakalaves en armes et en munitions. Mais, l'arrivée des pluies rendant le terrain particulièrement difficile, il n'est pas certain que cette opération puisse être exécutée avant la fin de l'hivernage.
Le Pourvoijeur, qui a transporté M. le commandant Ditte à Maintirano, venait directement du Sud.
Par une dépêche expédiée de Majunga, le commandant de ce bâtiment a fait connaître que le village d'Ambohibé, situé sur une des bouches du Mangoky, a été occupé pacifiquement par M. le capitaine Robin.
Les progrès de la pénétration dans FOuest ont amené le gouverneur général à créer, dans les régions du Betsiriry et d'Ankavandra, une organisation plus précise que celle que peuvent assurer les détachements d'occupation.
Pour achever de soumettre et d assimiler les populations indigènes de ces contrées, il était indispensable de leur appliquer un régime administratif régulier, fonctionnant d'après les règles établies depuis longtemps dans les régions pacifiées du plateau central.
D'après ces considérations, le gouverneur général a pris un arrêté, publié par le Journal officiel du 25 décembre, qui réorganise le deuxième territoire militaire et en transporte le chef-lieu à Soavinandriana.
Voici les principales dispositions de cet arrêté :
Le deuxième territoire militaire diminué du cercle de Tsiafahy et dont le chef-lieu est transféré à Soavinandriana, comprend désormais les cercles de Miarinarivo et de Betafo, ainsi que les cercles annexes d'Ankavandra et du Betsiriry.
Les cercles d'Anjozorobé, de Moramanga et de Tsiafahy sont groupés en un territoire militaire dénommé « premier territoire militaire », dont le chef-lieu est à Ankeramadinika.
Le secteur de TAnkaratra est détaché du cercle annexe de Betafo, qui devient « cercle de Betafo ».
Le secteur d'Arivonimamo constitue le cercle annexe d'Arivonimamo, qui est rattaché au troisième territoire militaire.
Le secteur du Betsiriry, augmenté de la province de Manandaza, constitue un cercle-annexe relevant du cercle de Betafo et dénommé « cercle-annexe du Betsiriry » .
Les régions du haut Manambao et du Manambolo, entre le Bemaraha et le Bongolava, limitées au Sud par la ligne de partage des eaux entre les bassins du Manaud)olo et de la Manandaza, sont détachés du territoire sakalave et constituent un cercle annexe dénommé « cercle annexe d'Ankavandra », relevant du cercle de Miarinarivo.
Dans le deuxième territoire militaire (ancieime organisation), aucune opération mililaire proprement dite n'a été faite pendant le mois de décembre et le service s'est borné à quelques reconnaissances, qui ont suffi pour assurer la police et la tranquillité du pays.
Des progrès assez notables ont été réalisés dans la région de Makarainga ; le Betsiriry, un instant menacé de l'incursion d'une petite bande sakalave, n'a point été troublé, ce rassemblement s"étant dispersé et ayant disparu presque aussitôt qu'il a été signalé.
Dans le cercle annexe d'Arivonimamo, les patrouilles de liaison pour la surveillance de l'Ankaratra se sont effectuées sans incident.
HISTOIRE
Dans le cercle de Tsiafahy, le senice de reconnaissance à travers la forêt, entre Tlmerina et le Mangoro, s'est accompli normalement.
La liaison entre la région de Makarainga, d'une part, et le secteur d'Ankavandra et les postes du haut Manambao, d'autre part, a été obtenue dans le cercle de Miarinarivo. Le lieutenant Aymard, commandant le poste de Makarainga, s'est relié par des émissaires avec le poste de Marololo et, le 18 novembre, avec le lieutenant Desaulty, commandant le poste de Morafenobé (haut Manambao.)
Un des chefs sakalaves influents, Imamo, de Sahasarotra (chef-lieu d une tribu qui habite au pied du Bongolava, à l'ouest de Makarainga), a fait sa soumission au lieutenant Aymard, auquel il a rendu quelques fusils en bon état. Cet officier l a immédiatement chargé de s employer à faire rentrer les nombreux mécontents qui se seraient, paraît-il, groupés autour du chef Tandraso, vers Ambaramahataka.
L'occupation d'Ankilahila, au nord de Makarainga, sera effectuée sous peu par le dédoublement de la garnison de ce dernier poste. Ce mouvement en avant aura certainement une influence sur les bandes de Tandraso, dont il pourrait bien amener, sinon la soumission, du moins la dispersion. Il n'engagera, d'ailleurs, aucune nouvelle opération et aura l'avantage, en rendant plus effective notre occupation de la région du Bouirolava, d'assurer une protection efficace aux populations d'Ampiankarandrafito, qui se sont soumises dès le premier jour.
L'extension future de cette ligne de postes vers Ambalika et le Nord-Est. en jalonnant la ligne de Bongolava, permettra aussi la liaison complète avec les postes du cercle d'Ankazobé (secteur du Mena va va, au delà de la région déserte). C'est pour ces motifs que le poste d'Ankilahila aura une mission toute d'expectative, dont le but est de préparer notre occupation future des régions situées au Nord et à l'Ouest.
Dans le secteur du Betsiriry (ancienne organisation), le chef indigène Namela avait signalé, au comuiencement du mois, qu'une centaine de Sakalaves avaient passé la Mania en aval de Marotongona.
Dès que cette nouvelle fut connue, les postes ont redoublé de surveillance, mais, jusqu'à ce jour, aucune manifestation hostile n'a été signalée: d'après certains renseignements, cette bande se serait dirigée vers l'Ouest (rive gauche du Sakeny).
Il est d'ailleurs probable que la rive gauche de la Mania doit encore être sillonnée par quelques groupes provenant des rassemblements de la basse Tsiribihina.
Un détachement occupera certainement Manandaza, où il est nécessaire d'établir une garnison.
M. le capitaine Lucciardi, ancien chef du bureau des affaires civiles et politiques, a été désigné pour prendre le commandement du cercle-annexe du Betsiriry (nouvelle organisation).
Appelé à administrer une région que ses richesses minières rendent susceptible d un prochain et rapide développement, il pourra, en raison même des fonctions qu'il a exercées, seconder de la façon la plus utile
les elForts de nos colons et faciliter, dans une large mesure, leur installation et leurs entreprises dans le Betsiriry.
Dans le cercle de Moramanga, la situation générale a peu varié depuis un mois ; elle est toujours très satisfaisante.
Les battues en forêt, exécutées fréquemment avec le concours de quelques habitants, ont amené l'arrestation de plusieurs voleurs de bœufs ; ces faits, assez isolés du reste, n'ont aucun caractère insurrectionnel et doivent être surtout attribués à la crise agricole qui sévit encore actuellement.
Pour garantir les habitants contre toute tentative de pillage à la suite de la récolte prochaine, des distributions d'armes seront faites dans les villages les plus éloignés des centres militaires ; deux nouveaux postes seront établis à Andainga et à Ambohimanjaka.
Les travaux d'installation et de réfection des postes se poursuivent malgré la mauvaise saison, qui est préjudiciable surtout à la fabrication des briques et du pisé.
Le poste de Sabotsy et les blockhaus de la ligne d'étapes ont été reconstruits.
Une brigade de trois gendarmes a été établie à Andakana.
Toutes les mesures nécessaires ont été prises pour combattre la disette, qui menace plus particulièrement les secteurs situés au nord de la ligne d'étapes, et venir en aide aux populations de ces régions.
Des distributions de riz et de paddy ont été faites dans les secteurs de Mandialaza et de Merimitatatra, plus particulièrement pauvres, et permettront d'y assurer largement la nourriture des habitants.
L'exécution des ordres se fait assez régulièrement; toutefois, par suite de l'éloignement des villages et du peu de densité des populations, les chefs bezanozanos apportent dans les communications avec le chef-lieu une certaine lenteur, qui dispar'aîtra peu à peu au fur et à mesure que les èomnumications s'amélioreront et que l'instruction se répandra davantage.
La création, dans les chefs-lieux des secteurs, d'écoles officielles à la charge des populations, contribuera à remédier à cet état de choses; elle procurera, en outre, aux officiers des secteurs, de bons interprètes qui seront pour eux d'excellents agents de civilisation et de renseignements.
On a délivré aux populations, à titre de prêt remboursable à la récolte, tout le paddy de semence qui a été demandé. L'ensemencement a été fait sous la surveillance des postes. Les plantations de manio.c, patates, hai'icots, mais, etc., ont été poussées aussi avec activité, et la culture de la pomme de terre, assez limitée jusqu'à ce jour, a été mise en faveur auprès des indigènes, qui ne tarderont pas à la généraliser.
Les graines de légumes européens sont très demandées.
Le café est en grains en ce moment, mais la grêle qui s'est produite pendant la floraison a porté quelque préjudice à cette récolte.
La reconstitution des troupeaux de bœufs se poursuit avec succès.
Sur la ligne d'étapes, les marchés sont des plus prospères; le riz et le manioc qui s'y débitent sont apportés de l'iraerina par les bourjanes qui descendent vers la côte. Les tissus, pour la plupart de provenance étrangère.
HISTOIRE
V trouvent un écoulement facile; il en est de même des divers outils de charpente et de menuiserie et, en général, de tous les objets de quincaillerie et de coutellerie.
Les villa<res ont pris un grand développement et leur [)opulation augmente de jour en jour; les passagers y trouvent actuellement des ressources de toute nature.
Des ordres rigoureux ont été donnés aux chefs de village pour que les charges de bourjane abandonnées en cours de route soient portées sans retard aux postes militaires les plus voisins.
Les impôts continuent à entrer régulièrement: les monnaies françaises sont acceptées sans difficulté et le centime, qui, au début de sa mise en circulation, était reçu avec hésitation, est très en faveur à I heure actuelle.
Comme il fallait s'y attendre, les pluies ont occasionné quelques dégâts, sans grande inqDortance toutefois, aux routes et aux ponts. Les réparations ont été faites immédiatement sans que la circulation ait été interrompue.
Les cours des écoles sont suivis assidûment par les enfants des deux sexes et tous montrent un grand désir de s instruire.
Des instituteurs sont attendus prochainement pour organiser les trois écoles officielles qui viennent d étre créées à Sabotsy, à Beparasy à et Merimitatatra. Une nouvelle école a été également organisée à Andakanapour les villages environnants.
Il est procédé actuellement à un nouveau recensement des populations, motivé par ies fluctuations assez sensibles qui se sont produites depuis rétablissement de la dernière statistique.
Le recensement des rizières est aussi en cours d'exécution.
Les voies de communication en dehors de la ligne d'étapes, sont assez bonnes, sauf aux traversées des marais et des rivières, où les bourjanes ont quelquefois de l'eau jusqu'à la hauteur de la ceinture. Le passage des cours d'eau est, d'ailleurs, partout difficile à cause des crues qui sont fréquentes en cette saison. Pour remédier à cet inconvénient, des pirogues ont été placées aux principaux points de passage des cours d'eau.
La plus grande tranquillité n'a cessé de régner pendant le mois d^ns le cercle annexe d'Anosibé, et les Européens y circulent aujourd'hui en toute sécurité.
Les quelques rares villages situés au sud du secteur d'Ambohimilanja, ([ui avaient été abandonnés pendant la période insurrectionnelle, voient chaque jour revenir leurs anciens habitants. Ces derniers ont acquitté, sans difficulté, dans le courant du mois, la totalité de l'impôt de capitation pour 1897.
L'administration indigène rend de réels services et les fonctionnaires malgaches remplissent leurs devoirs avec beaucoup de zèle et de dévouement.
Un grand nombre de permis de circulation ont été délivrés dans les villages dWnosibé et d'Ambohimilanja, où résident plus particulièrement les commerçants indigènes. Le rendement des impots a donné, pour le mois de décembre, une somme totale de 1 7"25 fr. 90, dont 1 ^75 francs pour la taxe
personnelle; on peut prévoir, dès à présent, que, le repeuplement des vi-llages étant achevé, ces chiffres s'élèveront sensiblement dans les premiers mois de 1898. Il a été procédé pour la première fois, à la vente d'un terrain domanial; cette acquisition a été faite par un marchand hova établi à Anosibé. Cet exemple paraît devoir être suivi et ne saurait être trop encouragé.
L'emploi des poids et mesures français n'est pas encore généralisé, principalement pour la vente des tissus qui, étant presque tous de provenance étrangère, sont pliés et débités en yards.
La monnaie française, argent ou billon, est partout très recherchée; la monnaie coupée tend à disparaître et n'est plus guère répandue que dans les villages situés en dehors des centres de commerce et des routes de Mabanoro, Yatomandry et Tananarive.
La récolte, qui se fera vers la fin de février, pour les rizières ensemencées en septembre, s'annonce fort bien et il y a tout lieu de prévoir une réduction sensible dans le prix du riz, qui est actuellement assez élevé. La mesure vaut 15 francs à Anosibé et 12 francs dans les villages éloignés.
Les écoles, quoique encore peu nombreuses, sont très fréquentées à Anosibé et à Ambohimilanja en particulier, où les élèves des deux sexes sont en grand nombre et montrent une grande assiduité aux cours.
Les voies de communication ont quelque peu souffert des grandes pluies des derniers jours de décembre. Plusieurs ponts ont été emportés; le passage est assuré provisoirement au moyen de pirogues,, en attendant que l'arrivée de la saison sèche permette de procéder aux réparations.
Toute la région est favorable à l'élevage; les pâturages sont abondants et de bonne qualité; un grand nombre de terrains sont propices à la culture du café et du coton; enfin, Texploitation des essences forestières donnerait, sans aucun doute, de beaux bénéfices.
La délimitation Sud de la province, confiée au lieutenant Braconnier, est terminée depuis quelques jours.
Dans le cercle d'Anjozorobé qui est aujourd'hui complètement pacifié, de nombreuses reconnaissance» ont été exécutées au nord-est de la forêt, en vue d'amener l'arrestation ou la soumission de Rabozaka.
Le fameux chef rebelle n'a pu être encore appréhendé, mais la rentrée successive de la plupart de ses fidèles donne lieu d'espérer qu'il ne tardera pas à suivre leur exemple et à venir se rendre aux autorités françaises.
La population indigène du cercle semble très désireuse que ce résultat puisse être obtenu à bref délai, et que la suppression de cette dernière cause de trouble achève de ramener la confiance et la tranquillité dans la région.
D'importants travaux publics ont été exécutés ou sont en cours d'exécution dans le cercle d'Anjozorobé. 11 faut signaler, en particulier, un pont carrossable, établi sur la Mananara à Anjozorobé même, et qui a été inauguré le 25 décembre en présence des autorités militaires du cercle, des fonctionnaires indigènes et d'un grand concours de population.
En raison de la mauvaise saison, les travaux de route sont en partie suspendus et on se borne à entretenir les digues et à réparer les dégâts occasionnés par les pluies.
HISTOIRE
Dans tous les postes, des précautions ont été prises pour mettre les bâtiments en état de résister à la saison des pluies.
Dans le secteur d'Ankazondandy, toutes les garnisons européennes sont logées dans des maisons en hi'i(pies ou en pisé.
Les derniers versements de la taxe personnelle effectués dans les districts du Nord et dans la circonscription d'Anjozorobé ont produit les recettes prévues. L'impôt des rizières est aujourd'hui presque complètement recouvré. Les recettes provenant de la délivrance des cartes et livrets, des passeports, des taxes des marchés, du rachat des prestations, de Tenregistrement et des amendes rentrent également avec régularité.
Les tribunaux du cercle fonctionnent au chef-lieu de chaque sous-gouvernement et tiennent une audience par semaine. Au chef-lieu du cercle, le tribunal du gouverneur général indigène fonctionne dans les mêmes conditions. Enfin, le tribunal criminel se réunit chaque fois qu il est nécessaire, pour juger les affaires relevant de sa juridiction.
De grands travaux ont été exécutés au marché de Talata, dans le secteur d'Ambohitrolomahitsy. Un parc a été ménagé pour les bœufs, à 500 mètres du marché.
L'emploi des tickets sur les différents marchés du cercle a amené une augmentation notable dans les recettes des droits de place. Le marché quotidien d Anjozorobé et les mai'chés hebdomadaires d'Alakamisy et de Sabotsy sont très fréquentés; les deux marchés tenus autrefois dans le secteur de Betatao se reconstituent rapidement et on y trouve déjà des articles de tous genres, toiles, lambas, objets d alimentation et ustensiles de ménage.
Depuis longtemps aucun différend ne s'est élevé entre les représentants indigènes des divers cultes.
L'arrêté supprimant les masoivohos a été communiqué dans tous les districts du cercle. Les mpiadidys, chargés de les remplacer dans leurs fonctions, seront désignés avant le F"" janvier.
Le mouvement commercial entre l'Émyrne et le Nord s'accentue de plus en plus. La route d'Anjozorobé est fréquentée par de nombreux voyageurs se rendant, soit dans TAntsibanaka pour y acheter des bœufs, soit sur les marchés de l'imerina. Pendant le mois de novembre, 2 000 bœufs venant du Nord sont passés à Anjozorobé. Malgré ce mouvement important le prix du bétail reste très élevé.
Dans le secteur d'Ambohitrolomahitsy, les rizières ont une belle apparence et promettent une récolte abondante. Dans certains districts, de nouvelles rizières ont été cultivées; les habitants ont planté, en outre, des haricots, des pommes de terre et du maïs.
Dans le secteur d'Ankazondandy, la culture des rizières est poussée avec activité dans tous les districts. Lorsque les travaux seront complètement terminés, on pourra faire des prévisions sur la récolte prochaine et sur les approvisionnements qui en résulteront.
L'aspect du pays cultivé change de jour et on peut compter pour l'année prochaine, sinon sur l'abondance, du moins sur une récolte largement suffisante.
Dans la circonscription d'Anjozorobé, les habitants apportent la même activité à la culture des rizières et aux cultures accessoires. Toutefois, cette année encore, beaucoup de terrains resteront en friche.
Dans toute l'étendue du cercle, les jardins potagers donnent d'excellents résultats.
Les différentes pépinières installées près des postes comprennent des plantations de caféiers.
C'est surtout à Analabé et à Alakamisy que les essais ont été tentés en grand par M. le sous-lieutenant Forestier; les premiers résultats donnent lieu d'espérer une réussite complète.
La culture du tabac est pratiquée dans le secteur d'Ankazondandy, ainsi que dans celui de Betatao, où elle a pris un assez grand développement. Le nombre de pieds qui existent dans ce secteur peut être évalué à 6 ou 7 000.
La récolte du blé dans la vallée de la Mananara n'est pas encore terminée. Toutefois, il est acquis, dès à présent, que les essais ont eu un entier succès.
Il existe deux champs d'avoine à Ambohidratrimo et la récolte est de belle venue.
Une école de scieurs de long a été établie à Alakamisy; quatre ouvriers de profession y ont été envoyés et instruisent actuellement huit élèves.
Plusieurs demandes de terrains de colonisation ont été adressées au commandant du cercle. Les futurs concessionnaires portent surtout leur choix sur les lots situés dans la vallée de la Mananara.
Depuis la soumission de Rainitavy, la presque totalité des villages du nord du cercle d'Ambatondrazaka est aujourd'hui entièrement repeuplée.
Une grande activité règne actuellement dans toutes les parties de cette riche province, où la colonisation semble appelée au plus grand avenir.
Dans la province de Fianarantsoa, les institutions nouvelles sont de plus en plus appréciées par la population betsileo, qui est reconnaissante à la France du service qu'elle lui a rendu en la délivrant de la tyrannique et ruineuse administration des Ho vas.
11 n est pas exagéré d'affirmer que la richesse publique a presque doublé depuis quinze mois, et que jamais la province n'avait été aussi bien mise en valeur au point de vue agricole.
iNon seulement les anciennes rizières sont entièrement cultivées, mais encore, en bien des endroits, des marais stériles et malsains ont été convertis en rizières par des drainages laborieux et d'autres travaux d'aménagement. Dans certains cantons on commence à pratiquer l'élevage du porc qui, jusqu'alors, n'était pas encore entré dans les mœurs des habitants, par suite de préjugés superstitieux. Cet élevage est appelé à donner de sérieux bénéfices à ceux qui l entreprendront. Enfin, des mesures ont été prises pour mettre un terme aux incendies de forets et en punir sévèrement les auteurs.
Quelques Hovas qui vivaient autrefois d'usure au détriment des Betsileos et qui n'ont pas encore complètement disparu du pays, reprennent de temps à autre des campagnes de fausses nouvelles. Mais la confiance de la population dans l'administration française et son sincère attachement au nouvel
HISTOIRE
état de choses rendront vaines ces manœuvres, pour la pluprt dues à d'anciens tompomenakely qui nous gardent rancune de la perte de leurs privilèges. D'ailleurs, ces fauteurs de désordres sont activement surveillés
La situation de la province est donc des plus satisfaisantes au point de vue des tendances et de l'état d esprit des populations. D'autre part, les entreprises agricoles ou commerciales de nos colons, malgré les difficultés inévitables du début, sont partout en voie de réussite. La main-d'œuvre leur est assurée par les prestations et surtout par des engagements volontaires, dont le nombre augmente chaque jour depuis le kabary qui a été tenu par l'administrateur en chef Besson.
Lapins grande difficulté que rencontre le développement de la colonisation provient de la lenteur des transports entre Mananjary et Fianarantsoa ; cette difficulté pourra être aplanie en mettant un certain nombre de bourjanes prestataires à la disposition des colons et commerçants français.
A Fianarantsoa, le nombre d'habitations confortables est encore insuffisant; mais les principaux colons se proposent, pendant l'année 1898, de construire de nouveaux immeubles plus spacieux et mieux aménagés que ceux qu'ils occupent aujourd'hui.
La situation financière se chiffrait, au 50 novembre dernier, par un excédent de recettes de 191578 francs. Il est à remarquer, à ce sujet, que le budget de la province a acquitté, jusqu'à ce jour, les dépenses de la route carrossable (55 000 francs), et toutes celles nécessitées par la pénétration dans le Sud, par les opérations contre Ikongo et par la création de plus de quinze postes de milice ou de tirailleurs, soit dans le territoire confié au commandant Cléret, soit dans le district de Midongy.
Dans ce dernier district, le lieutenant llondschoëte a exécuté récemment, dans la région des Tanalas de Yolambita, une reconnaissance qui avait pour objet de désarmer cette tribu et de lui imposer la libération de ses esclaves.
A diverses reprises, les chefs de Yolambita avaient été prévenus qu'ils devaient se conformer à la loi d'affranchissement; au lieu de tenir compte de ces avis, ils avaient commencé à évacuer leurs esclaves vers le Sud et cherchaient, en outre, à pousser les populations à la révolte. Ils avaient empêché, en particulier, plusieurs villages d'entrer en relations avec les deux postes nouvellement créés d'Ambodirano et de Mandronarivo.
Pour ces diverses raisons, il était indispensal)le de faire rentrer dans le devoir les Tanalas de Yolambita et de rendre ainsi confiance aux populations déjà soumises des régions environnantes.
La reconnaissance, qui comprenait 50 miliciens et 50 partisans, a complètement atteint son but; elle a rapporté 12 fusils des villages haras, 89 des villages tanalas et a délivré 185 esclaves. Ce résuUat a produit la plus heureuse impression dans la contrée, où les Tanalas étaient très redoutés. En même temps, la libération des esclaves nous a concilié les sympathies d'une grande partie des habitants de la région.
Les Yolambitas sont peu nombreux, peu redoutables, mal armés. Les chefs bara-bé se sont franchement compromis dans cette affaire, en marchant avec nos troupes.
A la suite de sa reconnaissance, le lieutenant Hondschoëte a interdit aux marchands hovas de s'avancer à l'ouest de Mandronarivo. Acheteurs de bœufs volés, ils répandaient partout de faux bruits et affirmaient aux habitants que nous voulions supprimer toutes les coutumes du pays et, en particulier, interdire le culte des ancêtres. Enfin, par leurs intrigues, les Hovas entretenaient l'agitation dans toute la contrée et suscitaient de fréquentes querelles entre les villages.
L'extension sans cesse croissante de notre zone d'influence dans les régions situées au sud de la province de Fianarantsoa a déterminé la création d'une nouvelle circonscription administrative qui a pris le nom de « cercle des Baras et des Tanalas » .
Le chef de bataillon Cléret, désigné pour commander le nouveau cercle, a installé son chef-lieu à Ivohibé, l'ancienne capitale des Baras lantsantsas.
Le calme règne actuellement dans cette province, et le commencement de révolte qui s'était déclaré au début de notre occupation a pris fm à la suite de la soumission de l'ancien roi Isambo.
On se souvient que ce chef, après avoir d'abord accepté notre autorité, avait tenté, par la suite, de fomenter une insurruction et avait même réussi à entraîner avec lui les principaux chefs de la région d'Ivohibé. Poursuivis très énergiquement par nos troupes, Isambo et ses pai tisans avaient subi une série d'échecs à la suite desquels les habitants du pays s'étaient peu à peu détachés d'eux et avaient fait leur soumission au lieutenant Boin, chancelier d'Ivohibé.
Tout dernièrement, à la suite d'une vigoureuse battue dirigée par cet officier, la bande dlsambo avait été définitivement dispersée, et celui-ci, accompagné seulement de quelques parents cl réduit au plus complet dénuement, avait été contraint de chercher un refuge dans un des coins les plus reculés de la forêt. Après quelques jours de réflexion, Isaml)o s'est décidé à se rendre à Farafangana avec les fidèles qui lui restaient, pour faire sa soumission au représentant de la France et implorer son pardon.
En présence des regrets qu'il a manifestés, l'administrateur Cardeneau a promis la vie sauve à l'ancien roi des Baras et aux chefs qui l'accompagnaient, parmi lesquels se trouvaient Anfondranto, son frère; Bekidy, son beau-frère, et Inamerena, son oncle.
M. Cardeneau a chargé le garde principal de la milice Gallion d'emmener Isambo et ses compagnons à Tananarive, où ils sont arrivés, le 16 décembre dans la matinée.
Conduits aussitôt au quartier général, les chefs baras ont renouvelé au gouverneur général l'assurance de leur repentir.
Le chef de la colonie a confirmé la mesure de clémence qui avait été prise par l'administrateur Cardeneau; mais il y a mis cette condition, qu'lsambo retournerait dans la région d ivohibé et s'emploierait, avec zèle, à la pacification du pays, sous la surveillance du lieutenant-chancelier.
Isambo a promis au général de se montrer reconnaissant de la mansuétude dont il était l'objet, de servir désormais la France avec fidélité et d'aider de toutes ses forces à rétablir l'ordre dans les régions qu'il avait momentané-
HISTOIRE
nient troublées. Les chefs haras sont retournés dans hMn* pays pour se mettre à la disposition du lieutenant-chancelier d'Ivohibé.
Dans la circonscription de Tulléar, Tadminisiraleur Estèhe a commencé à jeter les hases de l'organisation administrative (pii sera i)rochainement étahlie dans la province, dès que les opérations en cours anront permis d achever la pacification du pays.
Yoici, d'ailleurs, quelques renseignements sur la situation actuelle de cette contrée, sur les opérations récentes, les tendances des populations et les groupements administratifs qui sont projetés.
La partie Ouest de la province de Tulléar est hahitée par les Sakalaves, la pai lie Est par les Baras hnamonos. Ces deux régions sont séparées par un territoire assez vaste, qu'occupe une trihu turbulente et pillarde, connue sous le nom de Rongovolas, et formée d'un mélange de Sakalaves Masikoros, de Baras et de Makoas, et ({ui, depuis longtemps installée dans le pays, y vit de vols et de déprédations et rend les communications très difficiles entre Tulléar et Ihosy.
Les Sakalaves Andrivolas, établis au Nord, obéissent au roi Andriamananga, dont le domaine s'étend sur la rive gauche du basMangoky. Les deux rois Retivoka et Sanabo occupent la njoyenne Fiherenana. Plus au Sud, vers rOnilahy, on rencontre les Mahafalys et les Sakalaves masikoros, autres tribus insoumises, et les Tanosys émigrés, dont les chefs ont reconnu récemment notre autorité.
Toute la partie Est de la province est habitée par les Baras Imamonos, une des cinq branches de la grande tribu des Baras, qui ne présente pas de caractère ethnique particulier. Les hiiamonos n'en constituent pas moins un groupement spécial qui a pour limites, à l Est, la rivière Malio et les monts Isalo. Vers le Sud, ils occupent les vallées supérieures du Sakondry et du Talieza, où ils sont voisins des Tanosys; au Nord, ils se prolongent vers la vallée du Mangoka; à LOuest, une zone presque déserte, précédenuiient parcourue par les Rongovolas, les sépare des Sakalaves Andrivolas.
A la suite de Léchée infligé récemment aux Rongovolas et de la cession de territoire qui a été faite aux Baras Imamonos, en récompense de leur fidélité, ceux-ci sont descendus presque aux portes de Tulléar et ils occupent aujourd'hui la vallée de la Fiherenana, jusqu'à Marohala (<à '25 kilomètres Est du littoral). C'est, d'ailleurs, dans cette dernière localité qu'ils ont depuis longtemps l'habitude de s'approvisionner.
Vers la fin d'août, le capitaine Génin a dispersé les Rongovolas et, du '2 au 6 septembre, les bandes des rois sakalaves Retivoka et Sanabo. [I a reçu ensuite, à Ambohibé, la soumission du roi Andriamananga.
Tompomanana et les quelques chefs qui le suivent sont encore en fuite et errent dans les bois situés au nord-est de Manombo. Leurs ressources sont sur le point d'être épuisées et l'on peut espérer que, n'étant plus secourus par les indigènes de cette région, ils ne tarderont pas à se soumettre ou à tomber entre nos mains.
Pour organiser le pays et atteindre les résultats financiers et politiques sur lesquels on peut compter, la soumission des chefs andrivolas doit être
assurée par l'établissement de postes de milices dont le nombre importe moins que leur effectif et leur solidité.
Un poste sera prochainement créé à Tanandava, point qui a été proposé à l'administrateur Estèbe par le capitaine Génin.
Le poste d'Ankeliloaka sera sous peu porté plus au Nord, à Betsioka. Il assurera la tranquillité dans la région de Manombo, chez Retivoka et Sanabo, et sera relié le plus tôt possible par une route à celui de Tanandava.
Le roi Bereta a promis d'ouvrir, entre Betsioka et Mamirano, un chemin qui séparera son territoire de ceux de Retivoka et de Sanabo.
La région sakalave de Saint-Augustin est tranquille; les chefs se montrent obéissants et zélés.
Du 17 au '27 octobre, Tadministrateur de Tulléar et le capitaine Génin ont remonté l'Onilahy jusqu'au confluent du Sakondry et châtié les pillards mahafalys. De nombreux et vifs engagements ont eu lieu, au cours desquels les Mahafalys ont opposé une sérieuse résistance.
La principale rencontre s'est produite, le '24 octobre, k Elabondro, sur rOnilahy. Les Mahafalys ont été dispersés, après avoir subi de nombreuses pertes; nous avons eu, de notre côté, 1 tué et 4 blessés parmi les miliciens.
A la suite de cet échec, de nombreux chefs mahafalys sont venus se soumettre au poste dWnkotofotsy, situé à l'embouchure de l'Onilahy.
Le détachement a atteint ensuite la réi^ion des Antanosvs, où, à la suite des kabarys qui ont été tenus, le 27, à Kiliarivo et, le 29, à Manantsoa, les rois antanosvs, au nombre de 34, ont arboré notre pavillon et ont accepté de payer un impôt annuel.
Les parents de Manjoaka, ancien lieutenant de Tompomanana, qui habitent au nord-ouest des Antanosys, ont demandé à faire leur soumission sur les bases habituelles : reconnaissance de notre autorité et payement de l'impôt.
Le détachement a remonté ensuite la vallée de la Taheza et du Sakondry et ont atteint la haute Fiherenana. De là, il s'est engagé dans les vallées de riseheno et du Volotaray. Il est arrivé, le 11 novembre, à Ankazoabo, capitale d'hnpoinimerina, roi des Baras Imamonos.
Celui-ci s'était porté au-devant du représentant de la France jusqu'à Antevamena, sur l'ikoro (à iO kilomètres Sud-Sud-Ouest d'Ankazoabo et à environ 40 kilomètres Nord-Est de Manera).
Un poste de miliciens a été établi à Ankazoabo et se reliera à celui de Ranohira, qui dépend du territoire d'Ihosy. On y a préparé, en outre, l'installation du chancelier Marcoz, qui prendra prochainement la direction du secteur des Baras Imamonos
Impoiuimerina paraît devoir mériter la confiance qu'on lui a accordée et peut devenir pour le chancelier un précieux auxiliaire; intelligent et énergique, ce chef est très obéi des indigènes et plein de déférence pour les autorités françaises. En attendant l'arrivée de M. Marcoz, Impoiuimerina s'occupe dès à présent de grouper rapidement sous son autorité toute la région comprise entre le Malio et le Mangoky.
La province de Tulléar sera divisée en deux secteurs :
ri. \. — TANANAllIVE : 1. CO.NSTliUCTIO.N u"lNL liUL Ti:. — 2. l .NL 1;L L L)A.\.-; LA VILLL.
HISTOIRE
1" Secteur des Sakalaves Andrivolas. — Limité : au Nord, par le Mangoka; à l'Ouest, par le canal de Mozanil)i(pie ; au Sud, par l OnilaliN ; à l'Est, par la rivière Sikily et les monts Analavelona. Le secteur sera divisé en deux circonscriptions, celle de la llherenana et celle du bas Mangoka.
2° Secteur des Baras Imamonos. — Chef-lieu : Ankazoabo. Ce secteur sera limité : au Nord, par le Mangoka; à l'Est, parla rivière Malio et les monts Isalo; au Sud, par les Anlanosys du Sakondry; à l'Ouest, par le secteur des Sakalaves Andrivolas.
Les impôts suivants seront établis :
1° Un impôt annuel de h francs par case indigène et par individu du sexe masculin âgé de seize ans révolus, non propriétaire de case.
"2^ Une taxe annuelle de h francs par pirogue à balancier; cette taxe s'appliquera à tout le littoral, même chez les Mahafalys.
5° Une taxe annuelle de 10 francs par goélette ou chaloupe indigène.
En résumé, la situation, depuis la région du Mangoka jusqu'à l'Onilahy et dans l'intérieur, est très satisfaisante.
Si Lattitude actuelle d'impoinimerina se maintient, le pays bara sera le plus facile à gouverner. Les Mahafalys sont encore peu soumis; mais, à la suite de la le^on qu'ils ont renie, ils paraissent résolus à abandonner la lutte. Au Nord, Andriamananga, qui semble également franchement rallié, contrebalance la campagne menée contre nous par quelques chefs mécontents, qui abriteraient, parait-il, Tompomanana en fuite.
Le climat des régions de l'intérieur est très supportable pour les Européens. Ces contrées offrent de fertiles terrains et des vallées propres à la colonisation. Le pays nourrit des bœufs superbes et des moutons; en outre, on y l'écolte beaucoup de riz, et les principaux ccntics de production ne sont pas à plus de 100 kilomètres de la côte.
Par suite du développement considérable de la côte orientale d'Afrique, de nombreuses entreprises d'élevage et d'exportation de bétail se créeront probablement d'ici peu à Madagascar. Le pays des Baras Imamonos offrira, à ce point de vue, de précieuses ressources et méritera d'attirer tout particulièrement l'attention et les efforts des colons.
Dan» la province de Fort-Dauphin, la pénétration vers l'intérieur, bien que rendue laborieuse par la résistance et la ténacité des tribus antandroys, se poursuit néanmoins méthodiquement et sans incident. Le capitaine Brulard, commandant le cercle annexe, a progressé dans toutes les directions et établi un front d'action solide, jalonné par de nombreux postes, qui interdit aux rebelles l'accès de la zone pacifiée. Enfin, la ligne de comnuniicalion, entre Fianarantsoa et Fort-Dauphin par Tamotamo, est également solidement tenue par nos troupes. Dans les autres provinces côtières, la situation est excellente, l'administration indigène se perfectionne de jour en jour et les différents chefs exécutent avec ponctualité tous les ordres qui leur sont donnés.
D'une manière générale, le marché des importations s'est ressenti de l'application des tarifs de protection, principalement en ce qui concerne la vente des toiles.
Les maisons étrangères ont accumulé, dans leurs magasins de la colonie, de grandes quantités de toile de provenance anglaise, américaine ou allemande, en transférant sur la Grande terre les dépôts qu'elles avaient à Maurice pour Tapprovisionnement de la côte ou de l'intérieur de Madagascar. Ces marchandises, entrées en franchise dans la colonie, leur permettront pendant quelque temps encore de conserver, pour la vente de ces articles, la prépondérance sur nos marchés.
Des aj)provisionnements de sel ont été constitués dans des conditions analogues, principalement à Farafangana, et ont été vendus avec une hausse considérahle.
Le commerce du caoutchouc paraît en l)onne voie de reprise dans les provinces de Fort-Dauphin et de Farafangana; il en est de même de celui du crin végétal, du rafia, de la cire, des cornes et des peaux.
Enfin, les terrains de rizières de la région du littoral sont suffisants pour permettre de douhler et même de tripler les cultures et de créer ainsi un fructueux commerce d'exportation.
Dans la province de Maroantsetra, la liaison de frontière avec les circonscriptions voisines est aujourd'hui un fait accompli et, d'autre part, la tranquillité du pays permet à l'administrateur de consacrer tous ses efforts à l'organisation intérieure.
Au cours des reconnaissances nomhreuses ([u'il a faites dans la contrée, il a réuni de nombreux kabarys pour l'élection des chefs indigènes. Les habitants des régions qu'il a j)arcourues ont fait preuve d'une soumission parfaite et paraissent ne demander désormais qu'à vivre en paix, sous la protection de la France.
De nombreuses routes ont été tracées ou projetées pour mettre en communication les principaux centres; Maroantsetra, chef-lieu de la province, a été considérablement assaini par des endiguements de marais.
Dans la province de Nossi-Bé, les pluies abondantes tombées dans ces derniers temps ont été le signal d'une reprise active des travaux de culture, et toutes les rizières ont été rapidement ensemencées.
Un jardin d'essais a été récemment créé à Hellville dans des conditions particulièrement favorables; l'eau y est abondante, même pendant les plus fortes chaleurs. L'ensemencement de ce jardin est commencé et l'on mettra à protit la ])onne saison pour y planter un certain nond)re de pieds de café et de boutures de vanille, ainsi que des arbres et arbustes demandés par l'administrateur en chef dans les îles voisines.
Un travail de reboisement a été entrepris sur certaines pentes de ce jardin, qui avaient été mises à nu par les incendies que les indigènes ont l'habitude d'allumer dans le but de se procurer des terrains de culture.
Un jardin d'essais sera également installé, par les soins de M. le lieutenant Chanaron, dans la province de Tsialana.
Les écoles sont très fréquentées par les jeunes indigènes ; il en existe une par province. En outre, une sorte d'école supérieure, dont les cours seront suivis par tous les fils de chefs, a été ouverte à Nossi-Bé et compte de nombreux élèves.
HISTOIRE
L'île (le Nossi-Bé est particulièrement favorable à l'élevage du bétail. Les provinces de Vohéiiiar et de Diego, (jui l'ont l exportation directe, acbètent dans l île un grand nombre d'animaux. Les arrêtes interdisant l'exportation des animaux reproducteurs auront une grande efiicacité au point de vue de la conservation de la race. Des mesures ont été prises pour les l'aire observer dans la province et particulièrement dans les ports.
Un nouveau poste de douane a été créé à Xosy Mitsio, "petit port où les boutres venant de Bombay apportent fréquemment des marcbandises de contrebande.
La nouvelle taxe sur les individus d'origine asiatique et africaine a été appliquée sans difficulté.
Par un arrêté en date du '20 novembre 1897, le gouverneur général a distrait les affaires civiles de l'état-major et les a fait ressortir à un bureau spécial relevant directement de son autorité.
Par un autre arrêté procédant du même ordre d idées et publié par le Journal officiel du 8 décembre, le gouverneur général a levé en Imerina et dans le pays betsiléo l'état de siège qui avait été établi dès son arrivée, au mois de septembre 1896.
Cette mesure montre, mieux qu aucun raisonnement ne pourrait le faire, l'état de calme et de tranquillité du pays. Il convient, d ailleurs, de remarquer, au moment où le régime du droit commun vient d'être établi, que pendant les quinze mois qu'il a duré, l'état de siège n'a jamais été l occasion de mesures de rigueur vis-cà-vis des Européens, mais est resté uniquement un moyen d'agir efficacement contre les fauteurs de troubles et d atteindre les chefs de l'insurrection. D'ailleurs, l'organisation des territoires et des cercles militaires, qui a été maintenue, permettra de continuer les mesures de surveillance qui s'imposeront, pendant ([uelque temps encore, dans les régions du plateau central.
Pendant le mois de décembre, les travaux de la route carrossable de Tananarive à Tamatave ont été, malgré les pluies, très activement poussés. Sur le tronçon exploité de Mahatsara à Santaravy, le pont du village de Mahela, sur la Maromby, a été livré à la circulation, et l'élargissement de la route à cinq mètres a été commencé ; il sera poursuivi ultérieurement sur tout le parcours.
Entre Santaravy et Antongombalo, la chaussée est teiininée en ce qui concerne le terrassement et renqnerrement, mais le manque de sable a obligé à différer encore la livraison de ce tronçon à la circulation des voitures. Les mesures qui ont été prises permettront, d ailleurs, d'achever rapidement les travaux qui restent à exécuter sur ce tronçon.
\ers 1 Ouest, la tête du chantier de terrassement est arrivée k 2 kil. 500 de la Mahela.
Les préparatifs de construction et de lancement du grand pont d'Ampasimbola sur cette rivière sont continués avec activité.
En attendant l'ouverture de la route carrossable, l'ancienne piste des bourjanes est soigneusement entretenue et maintenue en bon état.
Les pluies n'ont pas causé de dégradations appréciables sur la partie de la
route livrée à la circulation; la chaussée est bien assise et l'on peut espérer qu'elle se maintiendra.
Dans les parties nouvellement construites, il a fallu se défendre chaque jour contre l'action des eaux. A la montée du Camp des Vents, on a du établir, au milieu du trajet, un ponceau de 10 mètres de longueur. Les aqueducs qui ont été construits de distance en distance ont, d'ailleurs, efficacement protégé la chaussée.
En résumé, la route résiste parfaitement à l'action des pluies partout où elle est parachevée ; elle est sujette à des dégradations assez sérieuses dans les parties en construction, mais toutes les mesures sont prises pour faire aussitôt les réparations et éviter ainsi de compromettre les travaux exécutés.
En Émyrne, la route charretière qui relie Tananarive à Ankeramadinika, et qui a été construite par les troupes de l'infanterie de marine, a été complètement terminée et livrée à la circulation, le 15 décembre.
Ces travaux, dirigés par le capitaine Rucllan dans le tronçon Est et par le lieutenant Forestier dans le voisinage de Tananarive, ont été conduits, au milieu de difficultés de toute nature, avec une activité et une compétence techniques qui font le plus grand honneur à ces deux officiers.
Le tracé et le profil ont été établis d'après les données générales suivantes :
Pente maxima : 7 mètres pour 100; Courbes intérieures : 10 mètres de rayon; Plate-forme : 5 mètres de largeur.
La route a été livrée à la circulation, le ih décembre, sur tout le parcours entre Tananarive et Ankeramadinika. Les voitures y circulent sans difficulté et y sont employées au ravitaillement.
Le résultat remarquable qui a été obtenu avec des moyens limités, et dans des conditions d'économie qu'on pouvait à peine espérer, contribuera, pendant la saison des pluies, à faciliter considérablement tous les transports de la côte et rendra ainsi les plus utiles services au corps d'occupation et à la colonie européenne de Tananarive.
Les travaux de réfection de la ligne télégraphique de Majunga se poursuivent sans interruption et sont aujourd'hui très avancés. Une équipe partie d'Ambato, le 26 novembre, a procédé à la revision de la ligne entre ce dernier point et Marovoay, où elle est arrivée le 17 décembre. Les réparations de la section Marovoay-Majunga sont également terminées.
Un poste de coupure a été installé à Ambato, de façon à pouvoir vérifier l'état de la ligne du côté de Marovoay et du côté de Marololo.
Une équipe visite actuellement les sections Marololo-Maevatanana et Maevatauana-Andriba, où les derniers orages ont causé quelques dégâts.
En outre, la partie de la ligne qui suivait les crêtes du Mamokomita ayant été dans ces derniers temps fréquemment dégradée par les orages a été reportée plus à l'Ouest et établie à flanc de coteau, où elle est beaucoup mieux abritée.
Les colons français de Madagascar ont accueilli avec une satisfaction unanime la nouvelle du traité passé entre le ministre des colonies et la Compa-
HISTOIRE
gnie française de Madagascar pour la construction du canal des Pangalanes qui doit être établi entre Taniatave et Andévorante et prolongé ensuite vers le Nord et vers le Sud. La création de cette nouvelle voie de communication réduira considérablement tous les frais de transport dans la légion côtière et donnera, par consé(pient, un vif essor au commerce et à l industrie de la colonie.
Les études de colonisation se continuent dans toules les provinces et permettent de constituer peu à peu sur chacune d'elles des dossiers de renseignements économiques qui pourront être consultés avec le plus grand fruit par les colons et qui, déjà, suftiront pendant plusieurs années à guider les recherches dans les principales parties de Lîle.
Parmi les reconnaissances les plus récentes, il faut signaler celles qui ont été exécutées tout dernièrement par M. le secrétaire général François dans la province de Tamatave, par M. l interprète Berthier dans la province de Fénérive et par M. le chancelier Durand dans la circonscription dWmbohimanga du Sud.
Ces études ont permis de déterminer de nouveaux et importants périmètres qui pourront, en connaissance de cause, être ouverts à l'activité de nos colons; elles ont fourni également de précieuses et utiles indications sur l'ethnologie et la topographie des pays parcourus.
La situation financière de la colonie, déjà prospère aujourd'hui, s'améliore de jour en jour, au fur et à mesure que notre sphère d'influence s'étend, que la population indigène s'assimile davantage nos mœurs et nos coutumes et que notre autorité pousse des racines plus profondes dans le pavs. Dès à présent, sans obérer les indigènes, en n'exigeant d'eux que des taxes proportionnées à leurs ressources, enfin, réduisant à sa plus simple expression pour les Européens la chai'ge de l'impôt, on peut prévoir presque à coup sûr que les recettes du budget local atteindront et dépasseront même 10 millions en 1898. Des indices certains donnent lieu, d'autre part, d'espérer que, loin de se ralentir, cette progiession ne fera ((ue croître, et que, d'ici quelques années, l'application continue des mêmes règles administratives permettra à la colonie de suffire à ses dépenses de toutes natures.
A la fin de cette année 1897, malgré l'insurrection et les misères qui en sont résultées, l'impôt indigène a été entièrement recouvré dans toutes les régions où il a pu être régulièrement établi. Son assiette et sa répartition s'améliorent progressivement, au fur et à mesure des renseignements qui parviennent sur la situation et les ressources des diverses contrées. Le mécanisme de perception est à la fois simple et peu coûteux. Les agents de recouvrement ne sont autres que les gouverneuis indigènes, qui, depuis la pacification, s'acquittent, avec un zèle auquel il faut rendre hoimnage, des multiples services dont ils sont chargés. Au début, il a fallu lutter contre leurs anciennes habitudes de prévarication ; mais un contrôle rigoureusement exercé et aussi quelques exemples ont suffi pour mettre un terme aux concussions. Les fonctionnaires malgaches sont aujourd'hui probes par nécessité, en attendant qu'ils le deviennent par devoii*.
En résumé, ce qui, il y a quinze mois, paraissait, sinon une chimère, du
moins une entreprise presque irréalisable, est devenu aujourd'hui un fait accompli.
Les hostilités ont pris fin dans la plus grande partie de l'île ; les haines semblent avoir désarmé, les populations indigènes paraissent vouloir s'attacher à nous et, peu à peu, s'assouplissant à notre contact, elles nous fournissent leur concours pour l'œuvre commerciale et civilisatrice inaugurée par la France à Madagascar. Bientôt, et c'est à cela que, depuis près d'un siècle, tendait notre politique dans la Grande île, il faut espérer qu'elles nous aideront sans arrière-pensée à faire une France australe grande, riche et j)rospère.
Ce résultat est dû au concours et au dévouement de tous. Militaires, fonctionnaires et colons, unis dans un sentiment de haute et patriotique discipline, ont, avec une louable persévérance, groupé et dirigé leurs efforts vers le but à atteindre.
C'est grâce à cette union de toutes les volontés que le chef de la colonie a pu accomplir le programme qu'il s'était tracé; c'est grâce à cette union, enfin, qu'a pu se manifester, à Mada<;ascar, notre vis gallica, qui sait, quand elle le veut, exercer toutes les reprises et triompher de tous les obstacles.