‹ Guide de la Basilique St. Marc à VeniseChapitre 24 sur 46 · Le double cadre · texte numérisé non relu

Le double cadre

I.®^ Le rectangle, orné à profusion de pierres fines et de perles, comprend cinq disques dont le plus grand est au milieu ; à la rigueur la périphérie de ce disque n'est ni circulaire ni ovale, puisqu'on bas et en haut elle prend la forme de l'ogive. Sur un trône sans dossier, mais d'une richesse éclatante, est assis J. C. avec ses mon.^ ÎHS XPS. Il bénit à la latine, et tient de sa g. appuyé sur ses genoux un livre ouvert tout gemmé. Dans le contour, mais presque entièrement cachée par la bordure, il y a l'inscr. suivante : Bec (tua ou est) majestas, hec est ea summa potestas, Qua datur omne bomcm :

pietatis (nimc ou tic) pete donum.

Dans les quatre cercles aux angles on voit les Evangélistes couronnés d'une belle auréole en perles, chacun avec son nom en latin; ils sont assis devant un pupitre, et avec un livre, qui contient le commencement de leur Evangile en latin. Mathieu et Luc tiennent les livres sur leurs genoux, pendant que les livres de Marc et de Jean sont placés sur le pupitre. Le rectangle central a

quatre-vingt-un centimètres de largeur, et cinquante-trois de hauteur.

IL® Le carré du milieu représente Vztoip.a(7La (V. pag. 81); on y voit un trône sans dossier recouvert d'un drap, sur lequel il y a le livre apocalyptique aux sept sceaux: audessus plane une colombe, et derrière se dresse une croix à deux traverses dont Tinférieure oifre à son milieu un cercle, probablement en emblème de l'immortalité.

Dans les deux carrés contigus sont émaillés deux Séraphins tétraptères et tétramorphesjils tiennent soulevées deux de leurs ailes (les petites) et des deux autres (les grandes) recouvrent leurs corps, excepté la tête, les mains et les pieds ; les ailes de ces Séraphins sont parsemées de petits yeux. (Apec. IV. 8.). Quant au tétymmorphisme, ces Séraphins offrent, outre la figure humaine, trois têtes, d'aigle supérieurement et latéralement de lion et de beuf ; ainsi^ ils symbolisent en perfection les quatre Evangélistes.

Chacun des deux autres carrés contient un ange à l'auréole de perles, tenant une lance et s'inclinant vers le tro?ie.

III.® Au milieu il y a un des plus fins émaux de la Pala d' oro : il représente la S.^^ Vierge debout, vue de face et les bras étendus: on y lit ses mon.s grecs. Deux plaques émaillées contiennent, à sa dr. un prince, et une princesse à g., tous deux couronnés et royalement habillés : ils sont debout et de face. L'inscr. pour le prince est la suivante: OR. FALE- TRVS DÏ GRA VENECIE DVX, c'est-à-dire:

Ordelaphus Faletrics Dei gratia Venetiae Lux ; et celle de la princesse : -j~ EIPINI EVCEBECÏATH AVrOVCïH (Irène trèspieuse Auguste): cette impératrice tient dans sa dr. un long sceptre.

Il suffit de donner un seul coup d'oeil à l'image du doge Ordélaphe Falier pour s'assurer, que la tête actuelle a été superposée à une autre, à celle d'un empereur byzantin. Or le Comm. J. Veludo (V. Pala d' oro dans le Tesoro di S. Marco) a prouvé, qu'il agit ici de Jean Comnène, surnommé Calojanni, qui régna en Orient pendant la première moitié du douzième siècle et qui épousa Irène, fille de Ladislas 1.®^ roi de Hongrie.

Chacun des deux rectangles contient une inscr. relative aux différentes époques de la partie inférieure de la Pala. Celle à g. est la suivante :

Anno centeno milleno jungito quinto, Tune Ordelaphus Faledrus in urbe ducahat. Haec nova fada fuit gémis ditissima Pala, Quae renovata fuit, te Petre Ducante Ziani ; Et procurabat tune Angélus acta Faledrus, Anno milleno bis centenoque noveno.

Voici l'autre inscr.:

Post quadrageno quinto, post mille treeentos, Dandulus Andréas praeclarus honore ducabaf, Nobilibusque viris tune procurantibus almam Ecclesiam Marei venerandam iure beati De Lauredanis Marco Frescoque Quirino :

Tune vêtus hec Pala gémis preciosa novatur.

lY.® Les dix-sept tableaux carrés (douze centimètres de côté) qui forment cette bande et dont je vais parler, doivent être considérés en deux classes, savoir, les six vers les extrémités et les onze entre eux. Les premiers offrent autant de diacres, debout, avec leurs ornements et Tétole diaconale; chacun tient un encensoir et une navette : les trois à g. sont les saints Laurent, Eleuthère et Vincent, et les autres à dr. S.^ Pierre Alexandrin, S.^ Etienne et S.^ Fortuné. Dans le Martj^rologe est enregistré un Pierre d'Alexandrie, mais il était évêque de cette ville, et il n'est pas présumable, qu'on le plaçât ici en simple diacre: on trouve à la vérité dans le même Martyrologe un Pierre diacre, martyrisé à Antioche. Or je suis d'avis, que c'est ce dernier que l'émailleur a représenté ; en 1' appelant Alexandrin, ou l'artiste se serait mépris, ou le martyr était réellement originaire d'Alexandrie.

Dans les onze tableaux placés entre les six diacres il y a en résumé les principaux faits de la vie du Rédempteur depuis l'Annonciation jusqu'à la Pentecôte; les voici en commençant à g.

1, ^^ L'Annonciation: la Vierge se lève de son siège à la vue de l'archange ; inscr.: Virgo fer eus prolem paiHat qiiem mimdus adoret,

2. e La Nativité, dont l'inscr. est la suivante : Virgo parit feta, velitt intitlit ante Proplieta, On voit Marie à demi couchée sur un lit, et à sa g. repose dans un petit

berceau l'Enfant sur lequel une grande étoile rayonne et que deux animaux échauffent de leur haleine. Sur le devant il y a à g. S.^ Joseph assis; au milieu une femme lave le Nouveau-né dans une vasque, et une autre femme verse de Feau dans la cuvette, en inclinant un vase ayant la forme d'un oiseau : à dr. on voit deux bergers à qui un ange avait annoncé la naissance du Messie : en haut à g. plane un autre ange.

3. ® Dans ce carré est représentée la Purification de Marie. Près de l'autel il y a la Mère avec l'Enfant et le vénérable Siméon; à g. on voit S.^ Joseph avec les deux colombes prescrites par la loi et à dr. la prophétesse Anne tient un écriteau ou on lit : TouTO t6 TTpé . . : c'est le commencement de la déclaration de cette sainte femme sur la divinité de l'Enfant (V. S.^ Luc. II. 36-38) : deux anges, qui ne sont pas ailés, assistent d'en haut à la cérémonie ; chacun porte un petit écriteau carré avec des lettres grecques presque toutes illisibles ; inscr. : Solvens vincla rets fertur sitb mimere legis.

4. e Voici le Baptême du Christ. S.^ Jean le baptise dans le Jourdain, pendant qu'à dr. deux anges en gardent les vêtements et qu'à g. un enfant, grimpé sur un arbre, tient un écriteau avec le mot : AOVCATEO (sic), (}.o'j(7a(73'£5 lavez-vous); inscr. : Hic sceliis omne lavat^ reprohus quo decidit Adam.

5. ® La dernière Cène de N. S. Autour d'une table en forme de fer-à-cheval sont assis les Apôtres, et J. C, qui tient S.^ Jean

sur ses genoux, est le premier à g. : au milieu de la table on voit sur un plat un grand poisson ; inscr. : In mensa pastor pius, ordo stat, quoque raptor. Je la traduirais ainsi : « Le pieux Pasteur s'est assis à table ; Tor- « dre (des Apôtres) y est, y compris le traître».

6. ® Ce tableau offre la Crucifixion : deux anges y assistent d'en haut en s'essuyant les larmes, pendant que sous la croix il y a d'un côté la Vierge debout et regardant son Divin Fils, et de l'autre S.* Jean profondément incliné et pleurant ; le Christ, dont les pieds sont séparément cloués, est représenté encore vivant ; inscr. : Sic moriens virus deter si qito (qicod) tulit y drus,

7. ® C'est le même sujet du 2.® tableau de la partie supérieure delaPaZâ^ ('H 'AvàcTaGtç), mais en dimensions beaucoup plus restreintes ; inscr. : Mors périt in morte : relevans ligo nexihits hostem.

8. ® Un ange assis montre à deux femmes le tombeau de J. C. tout-à-fait vide ; inscr. : Vobis dico : cite surrexit Chrisfus ; abite.

9. ® On y lit : Ver a caro, Christus clausis se contulit intus. Le Christ est appuyé à la porte du cénacle entre ses douze Apôtres ; Thomas à sa dr. touche la blessure au côté de son divin Maître.

10. ® L'Ascension. Dans un médaillon étoilé est assis le Rédempteur, soutenu par deux anges; il a ses mon.^ grecs. En bas Is\ D. est au milieu des Apôtres : l'inscr. est la suivante : Pignora nostra ferens rediet Deus omnia querens {quaerens).

11.® Du ciel descend sur chacun des douze apôtres un rayon au milieu duquel il y a une langue. Comme dans le 5.® tableau de la partie supérieure de la Pala^ sous une arcade deux personnages (dont Tun appartient à la race noire et qui représentent les différentes nations) parlent ensemble ; inscr. : Cunetoritm linguis hos coeliciis instruit ignis,

V. ® Dans ce chapitre et dans les deux successifs je dirai succinctement des bandes latérales au rectangle central. Et d'abord au premier rang il y a douze Archanges dont chacun, tourné et incliné vers le Christ, porte un nartex tricuspidal ; leur front est marqué du signe de l'immortalité, et tous ont le nimbe vert et sont chaussés. Huit portent leur titre en grec sans aucun nom, mais les quatre près du rectangle ont aussi leur nom, et le 5.® à g. est HOVPIEA (Uriel). Cet ange, dont le nom hébraïque correspond à « Dieu est ma lumière », a été reconnu pendant quelques siècles dans les deux églises d'Orient et d'Occident, et en ont parlé les saints docteurs Isidore et Ambroise ; on l'associait aux trois autres archanges Michel, Gabriel et Raphaël : toutefois après le Concile romain II. (a. 745) on cessa de l'invoquer. Entre Uriel et le rectangle il y a Michel ; Gabriel et Raphaël sont de l'autre côté.

VI. ® Au deuxième rang, d'une hauteur presque double de celle du supérieur, sont effigiés les Apôtres, debout, vus de face et hauts de vingt-huit centimètres : onze portent un

livre, et un seul (S.^ Pierre, le 6.® à g. près du rectangle central) tient un rouleau et bénit, tandis que les onze montrent d'une main le livre qu'ils tiennent dans l'autre. Parmi eux il y en a un vêtu en évêque et orné de l'omophore ; je penche à croire^ qu'il soit Jacques le Mineur, évêque de Jérusalem. Probablement l'artiste voulait ainsi distinguer l'Apôtre qui le premier occupa le siège épiscopal de la métropole de la Judée, ville sanctifiée par la passion du Rédempteur. Leurs noms en latin sont presque entièrement cachés sour les arcades ogivales ajoutées pendant le dogat d'André Dandolo : à peine en voit-on quelques jambages.

VIL® Au rang inférieur douze prophètes debout tiennent un écriteau avec un verset tiré des Livres sacrés ; ce verset, aussi que leur nom, est écrit tantôt en grec et tantôt en latin. Je vais les citer tous douze et, comme toujours, je commencerai à g.

1. ®^ C'est Isaïe qui montre sur son écriteau le 14.® verset du L. VIL® de ses prophéties: Virgo C07icipiet et pariet F,.,; son titre et son nom sont en grec : 0'^7rpo(pY]TTiÇ ïL acciocç,

2. ® Naum a sur l'écriteau : Sol orties est, et avolaverunt (IIL 17.).

3. ® Le troisième prophète est Jérémie : ce qu'il y a à noter, c'est, que son écriteau n'offre pas un verset tiré de ses prophéties» mais le premier du onzième livre d'Osée, savoir : Ex Egipto vocavi filium meum.

Ces trois prophètes ont l'aspect de vénérables vieillards, et sont nu-pieds.

4. ® Daniel a Tair tout-à-fait jeune ; il est imberbe et richement habillé et chaussé ; sur son écriteau il montre les mêmes mots que sous la coupole or., savoir : Ciim venerit Sanctus Sanctorum,

5. ® Le titre et le nom de Moïse sont en grec, mais le texte sur son écriteau est en latin ; on y lit : Prophetam sitscitabit vobis (Deut. XVIII. 15.).

6. ® Ezéchiel (on y lit lezechiheï) a sur son écriteau le 2.^ verset de son XLIV.^ livre: Porta, qicam vides, dansa erit,

7. e Titre, nom et verset son ici en grec : il s'agit de David (AAA) ; Técriteau montre le ll.e verset du Ps. 44 : A'^xodctov, 3"/iyaT£p, y,cd iSs, xal xT^ivov.... (Ma fille, écoute, et regarde, et incline...).

8. ® Ce prophète est Elie {Helias) ; on lit sur son écriteau : Vivit Bominus, non erit pluvia super terram (III. Reg. XVII. 1.).

9. ® L'écriteau tenu par Zacharie (Zaharias) a : Ecce Bominus veniet, et omnes sancti ejiis cum eo (XIV. 5.).

10. e Habacuc (Abbacich) montre sur son écriteau le 3.^ verset du 11.^ livre de ses prophéties : Si mora?n fecerit, expecta eum.

11. ® Sur récriteau de Malachie on lit : Ecce dies veniicnt, dicit Bominus (IV. 1.).

12. e Comme Daniel (V. n. 4.) Salomon est un beau jeune homme, imberbe, royalement habillé et chaussé; il porte une couronne et son nimbe est vert : quant au titre et au nom ils sont en grec, aussi que ce verset sur son écriteau : 'H Co'pia wzoSojxTiGsv éauTT»

oTxov (La Sagesse a bâti pour elle-même une maison). (Prov. IX. 1.).

VIII.^ Les dix tableaux relatifs à la vie du Saint patron de Venise ont les mêmes dimensions que les dix-sept au quatrième chapitre et, aussi comme eux, ils ont leurs inscr.s émaillées sur deux petits rectangles très-bas, placés horizontalement en haut et qui presque se touchent. En commençant à g. et en bas, on trouve :

1,^ S.* Pierre assis qui donne la crosse à S.^ Marc, en le désignant au siège d'Alexandrie : on y lit : Ses Petrtcs, Ses Marcus,

2^^ S.* Marc présente au prince des Apôtres le premier évêque d'Aquilée, Hermagoras ; inscr. : Defert Beatus Marcus Hermahoro. P {Apostolo Petro),

3, ^^ S.^ Marc bénit le savetier Anien et en guérit la blessure ; inscr. : Sanatur Aniaoius benedictione Sancti Marci,

4. "^ S.^ Marc fait prodigieusement tomber du sommet d'une colonne une idole ; inscr. : Lestruit ydohtm Beatus Marcus,

5.11^ Anien plongé dans une cuve, marquée sur le devant de plusieurs croix, est baptisé par S.* Marc ; inscr. : Hic baptizat Beatus Marcus,

En passant à dr., il faut commencer en haut pour suivre Tordre chronologique.

6.^^ Dieu apparaît dans l'arc-en-ciel à S.* Marc qui debout l'écoute ; inscr. : lesus Cristus, Pax tibi, Evangelista meus Marce, , 7."^ Martyre de S.^ Marc. Pendant que rÉvangéliste célèbre la Messe à l'autel, deux

soldats, grimpés (à ce qu'il paraît) sur le toit du temple, lui jettent au cou un noeud coulant ; inscr. : Siispenditiir Beatiis Mai^ciis.

8. "^ Deux hommes retirent le corps de S.* Marc de son tombeau pour le transporter à Venise; inscr.: Tollitur Beatits Marcits de Alexandria, Supérieurement on voit une ligne ondulée avec sept arbres ; il est probable, que rémailleur ait voulu de cette façon représenter le Nil.

9. "^ La voile du navire, qui transporte le saint corps à Venise, est ornée de deux croix ; il y a dedans quatre hommes, dont deux voguent et deux sont debout ; inscr. : Hic defertitr corpus Sancti Marci,

10. ^ Réception du corps de S.^ Marc à Venise : un évêque paré de ses ornements pontificaux, portant une croix à double traverse et ayant à sa dr. un diacre avec l'encensoir, vient recevoir le corps du nouveau Patron de la ville: sous la châsse portée par deux hommes un enfant du peuple sautille de joie; inscr.: Hic sicscipittcr etiam Beatus Marcm.

IX.« Quant aux deux cadres de cette section de la Pala^ ils ressemblent sous tous les rapports à ceux de la partie supérieure : c'est pourquoi il n'y a rien à dire de l'extérieur. L'intérieur est orné de vingt médaillons émaillés et de vingt bustes ciselés et anépigraphes dont quatre sont aux angles.

Sept médaillons se trouvent en haut et sept en bas : les six autres sont partagés, trois de chaque côté : je commencerai par

le central des premiers, en poursuivant le tour du cadre à dr. jusqu'au vingtième.

1. er J. C. qui bénit et qui dans sa g. tient un livre sur lequel on lit: Kex 6^?oHe: latéralement à la tête du Rédempteur il y a A et Ci : c'est la seule image de N. S. à S.^ Marc qui offre ces deux lettres grecques, qui cependant étaient fort usitées au moyen-âge comme signes de Téternité, et qu'on marquait sur les images de Dieu.

2. ^ L'Aigle a sur son livre le commencement de l'Evangile de S.^ Jean : In principio,

3. ® Le Beuf présente également sur un livre les paroles initiales de l'Évangile selon S.^ Luc : Fuit in diebus,

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