INTRODUCTION
—Mon Père, disait une jeune fille au confident des joies et des peines de son âme, mon Père, j'ai peur de ne pas aliér au Ciel.
—Et pourquoi mon enfant ? |
—dJe ne fais rien, rien pour le bon Dieu. Je voudrais me dévouer et les moyens me mänquent ; et je vois ma vie s'écouler inutile, et je reste triste en pensant: que si je mourrais bientôt, je n'aurais à montrer à Dieu que des riens sans valcur.
—Pauvre potite, reprit le prêtré ‘en souriant, et vos heures de chaque jour, et vos minutes. de cha- que heure, exactement remplies par les petites actions qui composent votre vie, les comptez-vous pour rien ?
—Ces minutes ! ces heures! elles s’envolent romplies sans doute par mes devoirs de tous les jours,
mais emportant avec elles des désirs que je ne puis jamais exécuter.
Eh bien! mon enfant, retranchez ces désirs, Sanctifiez doucement, par l’obéissance et la bonne intention, ces petites actions qui remplissent, dites- Vous, toutes vos heures, et ces heures s'en iront à Dieu chargées de mérites.
Ce n’est pas la grosseur de la gerbe qui enrichit la maison du père de famille, mais le nombre de grains de chaque tige ; ce n’est pas la quantité de travail, mais {a valeur de ce travail qui mérite une .
Première Parlie. Actions ordinaires.
La bonne intention donne son grain à la tige, sa valeur au travail.
‘“ Nous sommes, mon enfant, de modestes ouvriers, tissant patiemment notre frêle toile avec des fils plus légers que ceux que tisse l’araignée.
Gette toile c'est la journée, ces fils si légers ce sont les petites actions qui se présentent à chaque minut
Une vie régulière, calme, soumise, une parole de douteur, un mot de consolation, une petite condescendance, un instant de patience, une contrariété joyeusement acceptée, un support, la privation la plus légère, le plus petit sacrifice, la plus faible souffrance, le plus petit acte de charité ou d’obéissance, l’action la plus commune et la plus triviale ; un salut, un livre relevé de terre, une aiguille prêtée... voilà bien des petits rieñs s’ils sont faits sans bonne intention, mais accomplis sous le regard de Dieu, avec la pensée de lui faire plaisir, ces pn-
‘tits riens deviennent des joyaux !
* Et alors, au lieu d’un travail sans valeur, nous brochons d’or, de pourpre et d’émeraude l’étoffe ou plutôt la journée qui a été donnée pour tâche à notre vie éphémère.
Vous écrivez, vous lisez, vous travaillez, vous conversez, VOUS vous amusez... vos journées se succèdent et fuient, tantôt plus joyeuses, tantôt plus tristes, mais toujours remplies de ces actions qui ressemblent à des milliers d’autres.
Ce ne sont pas là des faits éclatants qui peuvent aux yeux du monde vous valoir une brillante réputation, mais si vous les faites parceque Dieu le veut, si vous ne vous lassez pas de continuer doucement
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oh ! comme vous vous enrichisse: -our le Ciel ! Comptez avec moi, mon enfant :
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prendre les nuits dont les pensées même peuvent encore nous devenir méritoires : c’est-à-dire chaque jour, un millier de minutes, soixante mille secondes, peuvent, au moyen de la bonne intention et grâce aux mérites infinis de J,-C., devenir pour vous autant de perlés précieuses.
Calculez par semaine, par mois, par an, et dites, mon enfant, dites ensuite que vous n’aurez rien à apporter au bon Dieu.
—Merci, merci, mon Père, je vais remplir ma journée de tissus précieux... Ô chères petites actions de ma vie, que je vous aime!
—Hâtez-vous, mon enfant, hâtez-vous de vous enrichir, mais n’oubliez pas que la faculté de changer en joyaux pour le Ciel les actions les plus vulgaires, n’est accordée qu'aux cœurs innocents.