LE CONGO HISTORIQUE, PHYSIQUE, POLITIQUE, HUMANITAIRE
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Notice du L' de la Kéthulle.
'embouchure du Congo fut découverte en 14S4 par Diéyo Cam, officier de marine portugais et geiitilhomme de la maison de Don Juun II, roi de Portugal ; Diego Cam faisait partie d'une expédition navale longeant la côte d'Afrique pour aller découvrir les Indes orientales. Pour commémorer cet événement, un pilier fut érigé sur la pointe méridionale de la bouche du fleuve ; cette pointe porte encore de nos jours le nom de pointe Padrâo ou Padron, c'est-à-dire pointe du Pilier, Le fleuve fut appelé par les Portugais Zaïre, — corruption de Nzadi qui veut dire rivière, — c'est-à-dire la rivière par excellence. C'est vers ks premières années du XVli" siècle que le fleuve commence à être désigné sur les cartes sous le nom de a Rio de Congo ». Les anciennes descriptions du fleuve, datant du XVI^ et du XVII" siècle et basées spécialement sur des renseignements de trafiquants, ne soulèvent pas le voile qui recouvre mystérieusement l'intérieur du pays et ne donnent que des indications aussi fantastiques que fantaisistes. Depuis sa découverte jusqu'au commencement de ce siècle, l'histoire du Congo est remplie par les Portugais qui évangélisèrent les populations dont ils devinrent en quelque sorte les suzerains.
Le royaume proprement dit du Congo avait pour limite septentrionale le fleuve dont il empruntait le nom et pour limite méridio-
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nale la rivière Kuanza ; vers l'intérieur, c'est-à-dire vers l'est, il s'étendait, jusqu'à une distance d'environ 325 kilomètres.
Une cathédrale fut érigée à Ambasa où résida un évêque à partir de 1534; Ambasa fut connue sous le nom de San-Salvador lorsque le roi du Congo se convertit au catholicisme. L'évèchc fut transféré plus tard à Saint-Paul de Loanda.
Les Portugais construisirent en 1784 un fort à Kabinda — à 5o kilomètres au nord de l'embouchure du Congo — pour marquer l'occupation effective du roi de Portugal, mais une escadre française les contraignit à raser cet ouvrage. Sur le Congo se trouvaient des postes destinés à l'embarquement des esclaves; ces postes furent également transférés à Saint-Paul de Loanda.
James Kingston Tuckey, chef de l'expédition envoyée en 1816 par le gouvernement britannique au Congo, nous fournit le premier des données précises sur le bas Congo, depuis son embouchure jusqu'à une distance de 280 kilomètres à l'intérieur des terres. Sur les rives du bas Congo, Tuckey signale la présence de nombreux trafiquants d'esclaves, propriétaires de « barracoons » qui étaient pour eux la source d'affaires très lucratives. En 1810, les puissances européennes avaient résolu d'abolir la traite ; seul le Portugal avait refusé d'adhérer à la Convention, Et en 1816, deux mille esclaves étaient encore embarqués annuellement sur les rives du Congo.
Les anciens auteurs ont exagéré considérablement l'importance des royaumes du Congo; celui-ci semble avoir été morcelé de tout temps en un nombre infini de petits territoires gouvernés par des ■ mfumu », chefs ou anciens ; et sur tous ces territoires régnait un a doyen n dont l'autorité générale était d'ailleurs fort limitée.
En 1867, Livingstone découvrit au sud du Tanganika une grande rivière nommée Tchambczi coulant vers l'ouest et crut avoir rencontré la source extrême du Nil. Il e.\pIora ce cours d'eau jusqu'au lac Bangwelo par 11" latitude sud et 9" longitude est de Greenwich.
De 1868 à i87t il constata que cette rivière sort du lac Bangwelo sous le nom de Luapula, se dirige vers le nord, se jette dans le lac Moëro d'où elle émerge sous le nom de Lualaba. Il retrouva pour la dernière fois ce cours d'eau àNyangwedansleManyema à 2, 100 kilomètres de ses sources ; en ce point la rivière atteint une énorme expansion.
En octobre 1876, l'expédition chargée par le Daily Telegraph de Londres et le New- York Herald d'aller, sous lu direction de Stanley, compléter les explorations de Livingstone, atteignit la ville arabe de Nyangwe. C'est de ce point que Stanley tenta la fameuse descente du fleuve jusqu'à l'Océan. Après deux cent quatre-vingt-un jours de voyage, l'expédition arriva en vue de l'Atlantique, ayant parcouru le fleuve sur une étendue d'environ 2,65o kilomètres et effectué un voyage de 225 kilomètres par terre.
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Tchambezi, Bangwelo, Luapula, Moëro, Lualaba n'étaient donc autre chose que le cours supérieur du Congo reconnu désormais sur toute son étendue quatre siècles après la découverte de son embouchure par les Portugais. Cette puissante artère fluviale traversait en quelque sprte l'Afrique centrale de l'est à l'ouest ; elle arrosait des régions fertiles, populeuses et riches en produits ; elle était tout indiquée comme la voie de pénétration naturelle vers le cœur même du continent noir. Ce fleuve incomparable allait donc devenir un puissant moyen de civilisation et allait ouvrir d'importants débouchés. C'est ce que comprit notre auguste Souverain qui se trouvait désormais en mesure de réaliser l'œuvre grandiose depuis si longtemps conçue par Lui : son esprit clairvoyant a guidé tous les travaux, et son âme généreuse a animé l'œuvre de son souffle vivifiant et fécond.
n se rappelle que dès 1861 Sa Majesté publia un admirable ouvrage intitulé : Le Complément de V Œuvre de i83o; en termes élevés, avec une grande et persuasive éloquence, le Roi démontrait la nécessité pour la Belgique de se créer /^ ^g^^y\ une colonie d'outre-mer et il citait comme / -^afii \ gjjgjj^pjg Gênes, Venise et la Batavie, qui durent
leur grandeur à leur esprit d'entreprise.
Le 12 septembre 1876, Léopold II convoquait, en une CONFÉ- RENCE GÉOGRAPHIQUE au Palais de Bruxelles, des savants, des géographes et des explorateurs célèbres de toutes les nations ; et devant cette illustre assemblée il prononça ces paroles mémorables : « Ouvrir à la civilisation la seule partie de notre globe où elle n'ait « pas encore pénétré, percer les ténèbres qui enveloppent des popu- « lations entières, c'est, j'ose le dire, une croisade digne de ce siècle « de progrès...
« Je me suis donc laissé aller à croire qu'il pourrait entrer dans « vos convenances de venir discuter et de préciser en commun, avec « l'autorité qui vous appartient, les voies à suivre, les moyens à « employer, pour pjanter définitivement l'étendard de la civilisation « sur le sol de l'Afrique centrale. »
L'Allemagne était représentée par le D^* Schweinfurth, l'Angleterre par le lieutenant-colonel Grant et le commandant Verney-Lovett Cameron, la France par le vice-amiral baron de la Roncière de Noury, la Belgique paj- le baron Lambermont à qui revint encore l'honneur de présider, en 1890, la conférence anti-esclavagiste.
Il fut décidé également de créer un COMITÉ INTERNATIONAL EXÉCUTIF, comité central, et des COMITÉS NATIONAUX destinés à assurer les ressources pécuniaires.
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Le comité exécutif présidé par Léopold II était composé de Sir Bartle Frère, devenu par la suite gouverneur de la colonie du Cap, du D^Nachtigaleidu célébreanthropologueM.deQuatrefages.
Le comité national belge avait pour président S. A, R. M*' le comte de Flandre. C'est à ce comité, lors de la séance d'installation, que le Roi disait, deux mois environ après la conférence de Bruxelles : « L'esclavage, qui se maintient encore sur une notable « partie du continent africain, constitue une plaie que tous les amis « de l'humanité doivent désirer voir disparaître.
n Les horreurs de cet état de choses, les millions de victimes que « la traite des noirs fait massacrer chaque année, le nombre plus « grand encore des êtres parfaitement innocents qui, brutalement « réduits en captivité, sont condamnés en masse à des travaux for- « ces à perpétuité, ont vivement ému tous ceux qui ont quelque peu a approfondi l'étude de cette déplorable situation et ils ont conçu la n pensée de se réunir, de s'entendre, en un mot de fonder une assoa dation internationale pour mettre un terme à un trafic odieux H qui fait rougir notre époque et pour déchirer le voile qui pèse ti encore sur cette Afrique cenirale. »
A l'issue des délibérations de la conférence géographique de ■Bruxellcs,l'ASSOClATION INTERNATIONALE AFRICAINE fut constituée dans le but de créer une chaîne ininterrompue de stations hospitalières, scientifiques et civilisatrices depuis la côte orientale jusqu'au cœur même du continent noir. Quatre grandes expéditions furent organisciîs et eurent pour résultat l'ouverture de la route Baj^amoyo-Tabora-Karema-Tanganika et la fondation des postes de Karema et de Mpala sur le lac. Ces expéditions furent le point de départ de nombreuses expéditions belges qui jetèrent les bases du futur État ; elles réalisèrent pleinement les idées royales et furent en outre fécondes en résultats scientitiques. La première de ces expéditions venait de se mettre en route (Jin 1877) lorsque Stanley, ayant opéré sa fameuse descente du grand fleuve, révélait au monde l'existence de la plus importante voie de communication ouest-est vers l'Afrique centrale.
Sous l'inspiration et les auspices de Léopold II, le COMITÉ D'ÉTUDES DU HAUT-CONGO fut constitué et placé sous la présidence de M. l'intendant Strauch. La première séance eut lieu le 2$ novembre 1878 et il fut décidé qu'une expédition serait organisée immédiatement sous les ordres de Stanley qui accepta avec empressement les offres du Roi,
Le but poursuivi par le « comité d'études » à la côte occidentale était le même que celui que s'était tracé l'Association Internationale Africaine à la côte orientale; mais outre la mission humani-
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taire et scientifique, les expéditions devaient aussi étudier le pays au point de vue commercial, le commerce étant d'ailleurs le meilleur moyen d'entrer en relations avec les nègres.
La ligne de conduite assignée à Stanley fut la suivante : étudier la navigabilité du fleuve, lier pacifiquement des relations commerciales et politiques avec les indigènes, obtenir des concessions de terrains, fonder des postes, conclure des traités, étudier les richesses utilisables du pays et la possibilité d'établir un chemin de fer dans le Bas-Congo. Dès ce moment la pensée royale s'affirmait nettement et le rêve si longtemps caressé par Sa Majesté allait recevoir sa réalisation : créer des débouchés pour notre activité industrielle, civiliser par le commerce et le travail, fonder, sans effusion
JUâ
Ce que l'on con
aissaiC du bassin d ^ a vingt ans.
u Congo
de sang, une belle et riche colonie, pour en doter ensuite la Belgique.
Stanley repartit pour l'Afrique en 1879 et aidé par les agents du « comité d'études » il remonta le Congo jusqu'aux Falls et fonda une trentaine de stations ou postes qui fiirent reliés entre eux et à la côte par des communications régulières.
Nous verrons succinctement plus loin comment s'accomplit ce travail gigantesque de Stanley et avec quelle énergie et quel succès il fut continué et affermi par les officiers belges.
Le résultat (1) de la première expédition étant décisif, le Comité
i) D'après H. Drooghans, Lt Congo à TExpasition milvtrstlli SAnviri, (Aperçu historique).
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d'Études résolut, aBn d'assurer l'avenir de son oeuvre, de soumettre les territoires qu'il avait ouverts et explorés à une administration forte et indépendante, émanant d'un pouvoir dûment établi, c'est-à-dire reconnu par les principales nations du monde.
En vue du rôle politique qu'il allait être appelé à jouer, le Comité d'Études changea de nom et se transforma en ASSOCIATION INTERNATIONALE DU CONGO. Sous ce titre la Société imprima à ses travaux une impulsion nouvelle; vers la fin de i883, elle avait entre les mains plus de dix mille traités par lesquels les chefs indigènes lui cédaient volontairement les droits souverains sur les territoires qu'ils occupaient.
Pendant que l'Association Intcrnationali: raffermissait et étendait ainsi de plus en plus son autorité, clic engageait des négociations diplomatiques avec les grandes puissances à l'effet d'obtenir d'elles la reconnaissance de sa souveraineté dans le bassin du Congo et de jouir des immunités et des prérogatives d'un État. Les États- Unis d'Amérique, appréciant l'importance des progrès réalisés au centre de l'Afrique après sept ans d'incessants efforts, déclarèrent, les premiers, le lo avril 1884, qu'ils reconnaissaient « le drapeau de l'Association internationale du Congo à l'égal de celui d'un gouvernement ami », Sept mois plus tard, l'Empereur d'Allemagne reconnut à son tour la souveraineté de l'Association Internationale.
Le i5 novembre 1884 s'ouvrit la CONFÉRENCE DE BERLIN, réunie pour u régler, dans un esprit de bonne entente mutuelle, les conditions qui pourraient assurer le développement du commerce au Congo et prévenir des contestations et des malentendus n . Celte assemblée mémorable traça les limites du bassin conventionnel du Congo, fixa la législation économique destinée à le régir, lui accorda le privilège politique de la neutralité, proclama le princij^ de la liberté de conscience et d'établissement, prescrivit des mesures pour la protection des indigènes et la proscription de la traite, déclara libre de toute entrave la navigation sur le Congo, ses affluents, les lacs et les canaux qui en dépendent, imposa aux puissances signataires de son acte général, dans le but de mettre la population africaine à l'abri des mau.\ de la guerre, l'obligation de recourir à la médiation d'un ou de plusieurs gouvernements amis au cas où un dissentiment sérieux s'élèverait au sujet ou dans les limites des territoires désignés par la Conférence,
Pendant que la Conférence s'adonnait à ces travaux, la plupart des nations de l'ancien monde, suivant l'exemple des États-Unis et de l'Allemagne, reconnaissaient le nouvel Etat et le 26 février i885
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TAssociation Internationale du Congo adhérait elle-même aux résolutions du Congrès de Berlin.
Le prince de Bismarck fit connaître cette adhésion dans la séance solennelle de clôture et prononça à cette occasion les paroles suivantes : « Je crois répondre aux sentiments de l'assemblée en « saluant avec satisfaction la démarche de l'Association Interna- « tionale ^du Congo et en prenant acte de son adhésion à nos « résolutions. Le nouvel ETAT DU CONGO'est appelé à devenir « un des principaux gardiens de l'œuvre que nous avons en vue et « je fais des vœux pour son développement prospère et pour l'accom- « plissement des nobles aspirations de son illustre fondateur. »
Il restait un dernier acte à accomplir : la nomination officielle du souverain de l'État du Congo.
Ayant été, dès le début, l'âme de l'Association Internationale, Léopold II ne pouvait en abandonner la direction au moment où elle recevait la consécration de son existence comme puissance souveraine ; d'ailleurs, la faveur avec laquelle les nations représentées à Berlin avaient accueilli les entreprises du Roi en Afrique, le vœu unanime des plénipotentiaires de voir le créateur du nouvel Etat en prendre la souveraineté, les sympathies du peuple belge surtout faisaient en quelque sorte un devoir à Léopold II de poursuivre l'œuvre commencée sous ses auspices.
Le i6 avril i885, le souverain adressa à ses ministres une communication par laquelle il les priait de demander au Pouvoir législatif de l'autoriser, conformément à l'article 62 de la Constitution, d'être le chef d'un autre État. Les Chambres belges accordèrent cette autorisation dans les termes suivants :
« Sa Majesté Léopold II, Roi des Belges, est autorisé à être le « chef de l'État fondé en Afrique par l'Association Internationale du « Congo. L'union entre la Belgique et le nouvel État sera exclusi- (( vement personnelle. »
Le gouvernement fut immédiatement organisé.
En juillet i885, l'administrateur général du Congo, M. de Winton, proclama à Banana la constitution de l'État et l'avènement du Roi à la souveraineté ; il transmit en même temps communication de cet événement à toutes les stations, les missions et les maisons de commerce.
Le i^r août de la même année, le Roi notifiait à toutes les puissances la formation de l'État Indépendant du Congo et son avènement à la souveraineté de ce nouvel Etat. La déclaration de neutralité qui suivit immédiatement acheva de constituer l'État Indépendant du Congo.
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ous résumons succinctement ci-dessous l'histoire des difTérentes explorations et expéditions qui amenèrent la prise de possession et l'occupation des territoires de l'État Indépendant du Congo; rappelons auparavant les expéditions qui furent organisées par l'Association Internationale Africaine à la côte orientale ; cette période s'étend de 1877 à 188S. La première expédition fut commandée par le capitaine Crespel, qui mourut peu de temps après son arrivée à Zanzibar et fut remplace, dans son poste d'honneur, par le lieutenant Cambier, qui atteignit le Tnnganika et fonda la station de Karema.
Popelin fut clief de la deuxième expédition à laquelle se rattache l'essai d'acclimatement de l'éléphant asiatique et l'apprivoisement de l'éléphant africain par son frère hindou.
La troisième expédition fut confiée à Burdo. La quatrième expédition eut pour chef le capitaine Ramaeckers, puis Becker ; le lieutenant Storms, désigné pour relever Ramaeckers, fonda le poste de Mpala et quitta Karema en juillet i883, en remettant les stations belges aux pères algériens. L'œuvre de l'Association Internationale Africaine était terminée.
■ tanley, chef de la première expédition par la côte
occidentale, quitta l'Europe le 23 janvier 1879, se
rendant d'abord à Zanzibar pour y procéder au
\ recrutement de ses anciens serviteurs et de Zanzi-
f barites.
Le 14 août il parvint à l'embouchure du Congo où il trouva la flottille envoyée par le comité d'études, deux embarcations à vapeur : ÏEn Avant et le Royal; deux steamers à hélice : La Belgique et L'Espérance, une barque à hélice : La Jeune Africaine, et deux allèges en acier.
De Banana à Boma les rives étaient occupées par des factoreries de nationalités diverses.
Stanley, à bord de V Espérance, remonte le Congo jusque Vivi, point tenninus de la navigation, où il érige une station au prix des plus grandes difficultés, puis en mars 1880 il entreprend l'établissement d'une route entre Vivi et Isangila où il arrive en février 1881, ayant transporté de nombreuses charges et ses bateaux démontés sur des chariots, traînés par des noirs au travers d'un pays tourmenté et hérissé de bandes forestières presque infranchissables. A Isangila l'expédition estrejointe par tes lieutenants belges Braconnier, Valcke
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et Harou et l'ingénieur Nève, partis de Liverpool en novembre 1880. Stanley laisse Isangila sous le commandement de Valcke et, à bord de Y En Avants remonte le fleuve jusque Manyanga (bief navigable d'Isangila à Manyanga), où il fonde une station dont il confie la direction à Harou, puis il continue vers le Stanley-Pool. En route il apprend par le sergent Malamine que Savorgnan de Brazza a pris possession, au nom de la France, de la rive droite du Pool. Stanley arrive au Pool le 29 novembre 1881 et établit sur le flanc du mont Léopold la station de Léopoldville, dont il donne le commandement à Braconnier.
Le 19 avril 1882 Stanley, accompagné du sous-lieutenant Janssen, s'embarque à bord de Y En Avant ^ qui a été lancé sur le Pool ; le 26, il atteint Msuata et y laisse Janssen chez le chef Gobila.
Le 19 mai Stanley, qui était redescendu à Léopoldville, se remet en route pour explorer le Kwa (Kassaï), parvient au confluent de la Mfini et découvre le lac Léopold. Devenu malade, il est contraint de reprendre le chemin de l'Europe; il rencontre le capitaine Hanssens à Vivi et remet à celui-ci le commandement de la division du Haut-Congo en même temps qu'il lui confie la tâche difficile de continuer l'œuvre inachevée. Hanssens fonde sur le haut Congo les postes de Bolobo et de Kwamouth et conclut de nombreux traités par lesquels les chefs de la rive gauche cédaient leurs territoires au Comité d'Études. Pendant ce temps Grant Eliott et Vandevelde (Liévin) explorent le Kwilu-Niadi dans la région duquel ils fondent des stations ; Hanssens, descendu du haut Congo, explore également le Niadi supérieur. La région du Kwilu-Niadi, dont les agents du Comité d'Études avaient assuré l'occupation effective, fut par la suite cédée à la France.
Après un court séjour en Europe, Stanley rentre en lice. De retour à Léopoldville le 9 mai i883, il part pour le haut Congo avec trois vapeurs : Y En Avant, le Royal et Y A. LA. Il est accompagné des lieutenants Van Gèle et Coquilhat et de M. Roger. Après avoir visité les postes de Msuata et de Bolobo (conmiandé par M. Brunfaut), il fonde à l'Equateur une station, dont les premiers chefs furent Van Gèle et Coquilhat.
Le 23 juin Stanley s'engage dans la Lulonga, reconnaît le lac Tumba et rentre à Léopoldville.
Le 20 septembre, remontant de nouveau le fleuve, il fonde la station de Lukolela, dont il confie le commandement à l'Anglais Glave
Le 21 octobre il arrive chez les Bangala qui, après l'avoir si mal reçu en 1877 lors de sa descente du fleuve, l'accueillent à présent avec une véritable allégresse. Le 1 5 novembre il arrive à l'embouchure del'Aruw'imi et la réception des Bazoko fut beaucoup meilleure aussi qu'en 1877, car les indigènes, chez lesquels était parvenue la bonne renommée des blancs, espéraient trouver auprès de ceux-ci une
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protection contre les d<;prédations des Arabes, Stanley remonte ï'Aruwimi, quil croit, à tort, être lUelle de Junker, et est arrêté par les chutes à Yambuya. Le i«' décembre il arrive aux chutes Stanley- Falls et fonde dans l'île Usana-Rosani une station où il laisse M. Bennie comme chef. La descente des Fallsà Lcopoldville se fit en quarante jours. Stanley constata de jjrands progrès à LukokU et à l'Equateur et confia au lieutenant Liebrechts le commandement de Bolobo qui, sous l'habile direction de cet officier, devint une station modèle. C'est au lieutenant Lielirechts aussi qu'échut plus tard le commandement si difficile et si délicat de LéopoldviUe, et Stanley n'eut pas à regretter le choix qu'il avait fait en cette circonstance.
Stanley, remettant de nouveau le commandement de la division du Haut-Con^o à Hanssens, reprend le chemin de Vivi où il juge nécessaire de déplacer la station et de la rebâtir à 3oo mètres de l'ancien emplacement. Sur ces entrefaites, il reçoit avis de la nomination de Sir Francis de Winton en qualité d'administrateur général et il reprend le chemin de l'Kurope. 11 avait bien mérité .le repos. Grâce à son activité incessante, à son énergie indomptable, à son habileté hors ligne, il venait de jeter les liases d'un immense empire colonial et il avait réalisé au delà de toute espérance la première partie des projets du Roi. Le nom de Stanley brille d'un éclat incomparable dans l'cjcuvre du Congo à laquelle il restera éternellement attaché. Après le départ de l'illustre voyageur, la parole fut aux officiers belges qui complctèrenl et continuèrent avec un rare iKinheur et un succès complet l'œuvre si glorieusement commencée. Le 24 mars 1S84 le capitaine Hanssens quitte LéopoldviUe à destination des Falls pour inspecter les stations fondées par Stanley, prenant avec lui les steamers £11 Avant, Royal et A. I. A. Il est accompagné de six Européens. La station de Van Gèle s'est mcrveilleusemenl développée et jouit d'une prospérité sans égale ; Van Gèle a en outre trouvé le temps d'explorer le Ruki.
Hanssens et Van Gèle découvrent le confluent de l'Ubangi et un traité est conclu avec le chef Nkoko, de la rive gauche. A l'Equateur Hanssens prend avec lui Coquilbat, qu'il charge de fonder une station chez les Bangala. mission dont celui-ci s'acquitta d'une façon remarquable ; il explore ensuite la Mongala, puis l'itimbiri et fonde un poste au confluent de Ï'Aruwimi.
Le 3 juillet, Hanssens atteint les Stanley-Falls. L'Anglais Bennie a agrandi et embelli la station et entretient de fort l'onnes relations avec les Arabes. Hanssens confie le commandement des Falls au lieutenant Wester, qui conserve ce commandement jusquen 1886. Il rentre à LéopoldviUe en août. Epuisé par les fatigues, force lui est de retourner à la côte après avoir remis son commandement à Van Gèle. A Vivi, il s'arrête, décidé à remonter encore le fleuve
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jusqu'aux Stanley-Falls, mais il succombe le 28 décembre à une fièvre bilieuse.
De 1884 à 1887 se placent les belles explorations de la région du Kassaï par Wissmann, Wolf, de Macar et Le Marinel (P.), et la fondation de la station de Luluabourg.
Van Gèle se rend aux Falls en i885 et entre en relations avec Tippo-Tip. En la même année Grenfell et von François explorent le Ruki et la Lulonga, voies parfaitement navigables; Grenfell donne des renseignements précis sur la Licona, que TActe de Berlin désignait comme limite frontière entre la France et l'Etat du Congo.
En janvier 1886, le lieutenant Liebrechts et le lieutenant Moncri sont chargés par le Roi de s'entendre avec le conmiandant Rouvire et le Dr Ballay au sujet de la délimitation de la région du Kwilu- Niadi.
Vers la fin de la même année, sous un prétexte futile, les Arabes attaquent les Falls commandes par Deane et Dubois. Ceux-ci défendirent héroïquement la station qu'ils n'abandonnèrent que lorsque les soldats haoussa et bangala s'enfuirent lâchement. Avant de quitter leur station qu'ils avaient si vaillamment défendue, Deane et Dubois y mirent le feu; le brave Dubois se noya pendant la retraite.
En 1887, d'après les ordres du Roi, Stanley eut à Zanzibar une entrevue avec Tippo-Tip, qui nia toute participation dans l'affaire des Falls; Tippo-Tip fut nommé vali des Falls et accepta un résident de l'Etat. Cette alliance intérimaire avec les Arabes fut un acte de sage et adroite politique ; il importait de temporiser, car le moment d'agir n'était pas venu.
En novembre 1886, Baert remonte la Mongala jusque Mongwandi et ses affluents l'Ebola et la Dua; en 1892, Shagerstrôm relie Mongwandi par la voie de terre à Banzy ville sur l'Ubangi.
Baert explore encore en 1890 la Maringa et le Lopori, visités déjà en 1887 par Van Gèle et Liénart, et fonde à Basankusu (confluent de la Maringa et du Lopori) un poste dont le commandement fut donné au lieutenant Lothaire.
En octobre 1886, Van Gèle, ayant comme adjoint Liénart, explore l'Ubangi — après avoir rendu visite au chef Nkoko, avec lequel il a traité lors de son voyage dans l'Ubangi avec Hanssens — et atteint, au delà du quatrième parallèle, Zongo, où il est arrêté par des chutes. En octobre 1887, à bord de Y En Avant ^ il recommencé son exploration. Le steamer est démonté à Zongo, puis remis à l'eau en aval des chutes de Bunga; il franchit celles-ci, puis celles de l'Eléphant. Après une navigation de huit jours il passe devant les chutes de Banzy et le i«r janvier 1888, le steamer entre dans le pays des Yakoma, auxquels il fallut livrer bataille. Le point extrême atteint sur l'Ubargi était à un degré environ à l'ouest du point
Notice Historique.
extrême ouest de l'Uelle atteint par Junker; TUcUe ctait donc bien un affluent de l'Ubangi.
Dès 1888, dans le but de former une barrière contre les déprédations des Arabes dans les provinces du nord de l'Etat, le Roi décide l'établissement de deux camps retranchés, l'un sur l'Arawinii, contre les Arabes venant du nord et des Falls, l'autre sur le Lomami, destiné à empocher le passage entre Nyangwe et le Katanga. Le commandant Roget fut charge de la londation du premier de ces postes qui devait servir aussi de base d'opérations à des expéditions projetées vers les territoires du nord et de l'est.
Van Kcrckhovcn [qui a succédé à Coquilhat dans le commande-
Grandeur uimparative du Congo et de la Belgique.
ment du district des Bangala et qui fut relevé plus tard par Baert) reçoit Tordre d'organiser lavant-garde de l'expédition Roget et confie le commandement de celte avant-garde au lieutenant Dhanis ; celui-ci fonde les postes d'Upoto, d'Umangi et de Yambuya et effectue les premiers travaux à Bazoko en attendant l'arrivée de llogct. De Bazoko, dont il fait un camp retranché de premier ordre, Roget organise une expédition vers IXclle par lltimbiri. Il atteint Ibembo, puis arrive chez le sultan Djabbir, établi sur les bords de rUelIe; il traite avec ce puissant chef, chez lequel il fonde une sta-
Notice Historique. 3i
tion dont il donne le commandement au lieutenant Milz, puis il continue vers le nord et parvient jusque près du Mbomu.
Le deuxième camp fut établi en 1889 à Luzambo, au confluent du'. Lubi et du Sankuru, et le commandement en fut confié à P. Le Marinel. En 1890, celui-ci, accompagné du lieutenant Gillain, explore la région comprise entre le camp de Luzambo, le Sankuru et le Lomami. Vers la fin de 1890 a lieu l'expédition de P. Le Marinel au Katanga, son arrivée à Bunkeia, capitale de Msiri, et la fondation du poste de Lufoï, placé sous les ordres de M. Légat. En 1891, trois expéditions sont envoyées dans cette même région; ce furent les expéditions Stairs, — à laquelle appartenait le capitaine Bodson qui fut tué après avoir donné la mort à Msiri, — Delcommune et Bia-Francqui. Les importants travaux de ces expéditions, qui déterminèrent définitivement lesorigines du grand fleuve, viennent d*être complétés par Brasseur et le cours du Congo est aujourd'hui connu dans son entier.
En mai 1889, Van Gèle prend pour la troisième fois le chemin de rUbangi, ayant pour adjoints G. Le Marinel, Hanolet et Derechter. A Yakoma, où il fonde un poste au confluent del'Ubangi- Uelle-Mbomu, il entre en relations avec Bangaso, grand chef sakara établi sur le Mbomu; il explore le Mbomu jusque Bangaso.
En 1890-93 a lieu la fameuse expédition Vankerckhoven qui prend possession de TU elle où sont établis les postes de la Mbima, Bomokandi, Amadi, Suruangu, Nyangara ; l'expédition atteint le bassin du Nil où elle arbore le drapeau bleu étoile d'or. En novembre 1891, Ponthier et Daenen battent les Arabes au Bomokandi. La même année, d'après les ordres de Vankerckhoven, Milz et de la Kéthulle de Ryhove se rendent au Mbomu, traitent respectivement avec Semio et Rafaï et fondent des postes chez ces puissants sultans. En 1892, Georges Le Marinel et de la Kéthulle explorent le Mbomu qui, à la suite du traité du 14 août 1894, devint la limite septentrionale de l'Etat du Congo.
De 1892 à 1894 se place l'histoire de la campagne arabe, les opérations des forces esclavagistes commandées par Jacques, qui fonde Albertville sur le Tanganika et auquel succède Descamps, les victoires de Dhanis, la prise de Kasongo et de Nyangwe, les combats des Falls par Tobback et Chaltin, la prise de Riba-Riba par Chaltin, la prise d'Isangi et de la Romée par Fivé et Daenen; les victoires de Ponthier sur Kibonge, les victoires de Lothaire, la prise de Kabambarre, l'anéantissement de la puissance arabe. En 1895, Lotiiaire se couvre de gloire en réprimant la révolte des Batetela et en 1896 Chaltin remporte sur Ndoruma, chef révolté, une brillante victoire.
Telle est en peu de mots dans ses grandes lignes l'histoire du Congo depuis sa fondation. Nous aurions voulu rappeler les noms
Notice Historique.
de tous ceux qui ont joué un rôle honorable ou glorieux en Afrique, mais notre cadre restreint nous a seulement permis de citer, pour le moment, les expéditions et explorations qui ont amené le premier établissement de nos postes ou les principaux faits de guerre.
Nombreux sont les Belges — et notre vaillante armée mérite une mention toute spéciale — qui ont collabore avec distinction à la création de cet immense empire colonial; nous les confondons tous dans une même admiration.
A ceux qui ont courageusement souffert pour agrandir la patrie, à ceux qui se sont dévoués à l'œuvre civilisatrice du Roi, à ceux qui ont payé de tout leur sang leurs généreuses entreprises et dorment GOus cette terre lointaine leur sommeil de héros, nous donnons un souvenir reconnaissant et ému !
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