L'ART CONGOLAIS
uivant les ressources qui se sont offertes aux indigènes de l'Afrique . ceux-ci ont développé plus ou moins certaines branches de leur industrie et toujours les produits de ces mdustries montrent d'une façon saisissante le besoin inné de ces peuples de donner à leurs productions une forme éléyante. L'ornementation est venue plus tard, quand la lutte pour l'existence, qui a dû troubler fatalement les premiers établissements dans un pays nouveau, ayant [>erdu de son acuité, a laissé aux artisans des loisirs leur permettant de procéder à la décoration de leurs objets. Cette même époque sans doute a été caractérisé-e par l'éclosion des arts plus abstraits : la danse et la musique; la danse étant motivée par l'exubérance vitale de ces natures souples et saines; la musique, par le besoin d'accentuer la parole et de la rendre plus expressive.
Au Congo, la gradation du sentiment du beau chez les diverses peuplades est nettement accusée. Dans la };rande forêt équatf^riale, où les noirs sauvages disputent encore àprement à la nature le droit d'exister, les objets qu'ils labriquent possèdent bien cet aspect simple et harmonieux auquel nous faisions allusion plus haut, mais rornementalii)» ust plus que rudimi:ntaire, parfois nulle, la iliinse est sans recherche, toute spontanée, les chanls ont une mélodie sauvage. Les instruments de musique, sans harmonie, jettent des sons discordants, appels vigoureux se répercutant dans les échos de la forêl. On ne connaît pas d'instruments a cordes et si quelques marimbas se montrent, c'est qu'elles onl été apportées par les traitants bayanzi.
Tout autour de la tbrèt centrale, les tribus vivent déjà dans une ère de paix relative ; les mojurs plus douces ont donné des
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loisirs et un besoin inné a développe les arts qui se mani- Icstcnt chez les uns par d'admirables travaux de forge, chen les autres, par des sculptures d'une réelle valeur ou des travaux de vannerie d'une absolue délicatesse. L'art musical aussi a été le résultat de l'heureuse influence de la quiétude matérielle; les instruments se sont prefcctionnés ; aux trompes rustiques sont venus s'ajouter les chalumeaux donnant plusieurs sons, les xylophones, les marimbas, vrais ferrophones, les instruments à cordes, avec leurs douces gammes dont les intervatles de notes forment un ensemble d'accords déterminés justifiant le grand sentiment musical des nègres.
'il eût fallu faire ressortir l'harmonie de la ligne dans les travaux des forgerons noirs, nous aurions pu faire figurer dans le Salon d'Honneur la plupart des armes indigènes. Couteaux, fers de lance, dards de flèches ont d'audacieuses silhouettes d'une diversité infinie et d'une grande élégance. Nous nous sommes contentés d'exposer quelques échantillons d'objets de métal caractéristiques donnant lieu à une remarque intéressante : Tandis que les peuples du sud, Bakuba, Baluba, Bakusu, Vuarua, excellent à travailler le métal sur l'enclume, créant ces ouvrages extraordinaires en fer forgé et incrustant des motifs de cuivre rouge dans le fer, comme le montre une hache de guerre vuakusu du Malela ; les peuples au-dessus de l'équateur : Azande et même les Bateke qui, on le sait, descendent du nord, ont une préiliJection pour le ciselagc et les Anes découpures du métal. (Certains lers de javelots, les pointes des flèches sont hérissés de crochets, armés de spirales redoutables, aussi cruelles qu'élégantes. Les couteaux de jet azande ont une forme tourmentée et nous montrons l'un d'eux travaillé au burin dans la perfection. Les Bateke décorent leurs colliers et leurs bracelets de laiton par un procédé analogue.
Sont exposés :
Hache du Malela. incrustée de cuivre ;
Couteau de jet amande, monté exceptionnellement d'un
manche d'ivoire ; Couteau d'exécution amande, monté exceptionnellement d'un
manche d'ivoire ; Collier de chef bateke.
Le Salon d'Honnextr.
es peuples du Kassaï, jusqu'au Tanganika, sont passés
maîtres en l'art de sculpter le bois. Plus que partout
illeurs, ils emploient cette matière et nous avons distrait
des collections de la région du sud quelques
t)-pes ravissants de gobelets.
Un degré plus élevé de l'art de la sculpture
est la représentât ioji de la figure humaine. C'est
encore dans le sud que Ton rencontre les spécimens les plus extraordinaires de cette interprétation.
Dans la région maritime du Congo, dans celle des monts de Cristal jusqu'aux grands lacs, les lêtiehes ou gris-gris sont représentés par des bonshommes, plus rarement dos animaux, dallure baroque ou expressivi;. suivant que l'on se trouve près ou loin de la côte. Le long de l'Atlantique, en etfet, l'influence des blancs a. depuis des siècles, fait sentir ses effets et la question artistique n'a rien eu à y gagner, d'abord parce que les modèles dont les traitants ont inondé le pays étaient laids et aussi parce que l'abondance même de ces objets a fait perdre aux naturels l'occasion de s'en confectionner, par suite, de se perfectionner le goût.
Le nègre est très observateur. Pareil à nos enl'unts qui souvent dessinent une image en exagérant les détails, il interprète dans ses ligures, dune façon réaliste, les idées qui ont présidé à leur confection. Tous les détails sont représentés et l'exagération qui en résulte forme un ensemble des plus curieux au point de vue documentaire. Le petit fétiche mis en évidence est un exemple frappant de ce fait. On y retrouve la coiffure, les tatouages, le costume du Bakuba et son allure expressive est certainement voulue.
Sont exposés :
Coupes bakuba en bot Fétiche bakuba.
sculpté ;
L'Art Congolais.
i les Congolais travaillent volontiers le bois, ils ont su apprécier aussi les qualités de cette matière précieuse entre toutes r ['ivoire. Il est vrai qu'elle n'a pas toujours été précieuse pour eux, au sens commercial du mot. Avant l'arrivée des Européens, les défenses d'éléphants restaient souvent sans emploi; tout au plus les indigènes s'en servaient-ils pour faire des objets usuels : des pilons et des mortiers, des bracelets, quelques manches de couteaux et surtout des trompes, depuis la plus petite jusqu'à celle atteignant deux mètres de hauteur.
A la côte, les artistes noirs décorent sur commande les pointes qu'on leur confie ; ils sculptent en bas-relief une théorie de personnages courant l'un derrière l'autre comme sur l'escalier d'une tour et ce massacre coûte aujourd'hui un shelling par lîgurc. Le même travail se fait sur des dents d'hippopotames ou de phacochères. Des spécimens de cette industrie sont exposés, témoignant de la bonne volonté des sculpteurs cabînda.
On rencontre dans le Bas-Congo des ivoires d'une valeur plus sérieuse; ce sont les fétiches servant de pommeau aux cannes des grands chefs. Ils sont rares.
Dans la région du sud et principalement dans la Djuma, les ivoiriers font de minuscules fétiches et des plaques se portant au cou comme breloque, représentant des personnages accroupis pareils à des divinités indoues. Entre le Lualabact IcTanganika les fétic heurs de Misisi ont des masques d'ivoire sans «rande expression et l'on voit aussi des fétiches grossiers tirés du bout d'une petite dent.
Chez les Azande il n'a pas été signalé d'objets d'ivoire autres que ceuK ayant une utilité directe; la représentation de la figure humaine est du reste rare dans ces contrées; par contre, nous avons eu l'occasion de réunir une jolie collection d'épingles toutes différentes, d'une grande élégance.
Enfin, sont exposés, choisis dans les collections ethnographiques aussi, quelques spécimens de trompes, d'anneaux et de gobelets, CCS derniers tournés par un Egyptien au service du sultan Rafa'i.
On peut remarquer sur tous ces ivoires une ornementation gravée rappelant les ciselures signalées à propos des objets de métal de même origine.
Sont exposés :
Dents d'ivoire d'éléphant, d'hippopotame, de sanglier, sculptées à la côte ;
8 Le Salon d'Honneur.
Statuette ancienne appartenant au R. P. D'Hooghe; Fétiches de la Haute Djuma^ en ivoire et en os ; Fétiches de Misisi ;
Épingles à cheveux, gobelets et bracelets de la Région du Nord.
ne conséquence naturelle de l'abondance des produits fibreux que Ton rencontre en Afrique, est l'emploi qu'en firent de tout temps les indij^ènes. Les Congolais peuvent être rangés à la tète de tous les peuples primitifs pour l'industrie de la vannerie et non seulement la partie matérielle de leur travail s'approche de la perfection, mais la partie artistique en est aussi remarquable. C'est spécialement dans les tissus que nous trouvons des échantillons d'ornementation polychrome congolaise.
Plusieurs salles de la section ont été décorées à l'aide de tissus et de nattes fabriqués par les noirs; le fond des tentures couvrant les murs de ce Salon d'Honneur est composé de plusieurs centaines de pièces d'étoffes brodées du Kassai encadrant les tapisseries de M»"c De Rudder et toutes sont différentes. L'imagination des artistes nègres est d'une fécondité extraordinaire; à l'aide du losange, du triangle et des carrés, par un assemblage varié de ces figures géométriques, ils savent trouver tant et tant de compositions qu'ils déroutent les conceptions de nos décorateurs les plus inventifs. Mais si pour les tissus, à cause de la texture de la trame, on s'est contenté de figures rectilignes, il ne faut pas tomber 'dans l'erreur accréditée que les nègres ignorent les motifs d'ornementation en lignes courbes; ceux-ci, qui dénotent un degré artistique plus avancé, sont moins fréquents du reste.
Sont exposes :
Tissus brodés des Bakuba formant le fond de la décoration
du Salon d'Honneur ; Nattes des Bakuba et tissus brodés de la Djuma décorant le
Salon des Cultures (pour mémoire).
Nattes de Luvituku ornant la Salle des Importations (pour
mémoire).
Tissus entrant dans F ornementation des meubles.
L'Art Congolais.