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Ascension de la Becca de Montandeny

Le 16 juin 1875 M« l'avocat Louis Yaccarone , de la section d'Ivrée du Club Alpin italien, a effectué la première ascension de la Becca de Montandeny, accompagné du guide Antonio Castagneri, de Balme.

La Becca di Montandeny.

Ayant laissé les chalets de Moncorvé et prenant un mauvais sentier à leur nord, nous nous rendâmes dans le vallon de Montandeny, et par des roches brisées sur la moraine terminale du glacier nord du Grand-Paradis. Parvenus au glacier, nous essayons de la traverser diagonalement pour atteindre plus vite le glacier de Montandeny ; mais les crevasses et les séracs étaient si nombreux et d'une telle largeur, qu'après une demi-heure d'un travail fatigant, nous fûmes réduits à revenir sur nos pas et après de grandes difficultés et une grande perte de temps nous arrivâmes sur la moraine qui sépare le glacier du Grand-Paradis de celui de la Becca de Montandeny. Nous attaquons ce glacier du nord au sud pour éviter la Bergschrund : on rencontre plusieurs crevasses marquées par la neige, nous les dépassons; une pourtant nous arrête à cause de sa largeur; nous devons revenir en arrière pour incliner au sud-est, où une autre crevasse nous barre encore le passage ; mais une demi-heure de travail avec la hache nous ouvre le passage. Alors, tournant au nord, nous attaquons la pyramide. La montée jusqu'au col n'a pas de difficultés, mais elle est extrêmement fatigante à cause du manque de solidité des débris où il faut poser le pied. Depuis le col jusqu'à la sommité, il nous fallut escalader une paroi très-roide de rochers, recouverte par une couche de neige qui la rendit fort dangereuse. (Avocat Louis Vaccarone).

La Grande Serre.

Nous sommes partis des chalets de Lavecieu sur Valsa varan che et remontant par les pâturages, nous nous sommes portés sur le glacier de la Grande- Serre que nous avons parcouru du nord au sud. Ce glacier est tourmenté en divers sens par de larges et profondes crevasses, qui nous obligèrent à de nombreuses évolutions, et en présence d'une d'entre elles qui était large au moins de cinq mètres, nous craignions bien de voir notre chemin intercepté. Heureusement un petit pont de neige se rencontra pour la traversée. Nous inclinâmes à l'est en traversant un cahos de blocs de glace et de neige tombés des séracs supérieurs, et après avoir passé assez facilement la Bergsclirund, nous arrivâmes à la base de la pyramide que nous attaquâmes par la face occidentale. Bientôt ayant atteint une arête, nous la suivîmes un peu, mais il fallait employer trop de temps et surmonter trop de difficultés pour escalader ces roches abruptes et glissantes et nous préférâmes marcher sur des nevés très-inclinés qui descendent sur le glacier. Après les nevés, nous reprenons le travail de l'escalade qui ne cesse qu'à l'arrivée sur la crête.

Ici finissent les difficultés, puisque en moins de vingt minutes d'une montée facile sur une calotte de glace et de. neiges, nous atteignîmes le point culminant. (Avocat Louis Yaccarone).

l,e Grand-Paradis par le versant de lîoasclietta.

Des chalets de Mont-Corvé, nous nous transportâmes sur le col du Grand- Paradis, d'où prenant la direction nord-est sur le petit glacier sud du même nom, et précisément sur cette grande basse qui est au pied de la pyramide, nous avançâmes presque jusqu'à la rencontre de la chaîne qui partant du Grand-Paradis va à la Dent de Cérésole. Xous voyons à gauche sur la hauteur une bande de glacier qui paraît venir surplomber sur le bord du précipice, et bien en bas un couloir, et le long de ce couloir et sur le glacier qui est à ses pieds, d'énormes blocs de glace et des masses brisées en tombant de la hauteur.

Le gigantesque contrefort de rocher qui soutient ce glacier et qui descend pour former la Becca de Moncorvê est précisément celui qui va se rattacher é. l'arête sud du Grand-Paradis et que nous entreprimes d'escalader. Après avoir traversé le couloir ci-dessus, nous nous trasportâmes sur une petite arête qui descend de l'arête principale, nous la suivîmes jusqu'à la hauteur de la Becca de Moncorvé, puis inclinant au nord-est, par des rochers relativement bons , nous atteignîmes la crête. En moins de demi-heure depuis là, on atteint le plus haut sommet; seulement pour descendre sur le glacier il faut une grande prudence à cause de la formidable Bergschrund qui s'ouvre à quelques mètres au-dessous. Cette ascension, qui ne présente pas des difficultés de premier ordre, pourrait pourtant devenir fatale si on l'exécutait dans les heures chaudes de la journée à cause de la chute et de la canonnade des pierres et de la glace. (Avocat Louis Yaccarone).

Col Clianionin.

En 1875 M. le docteur Baretti put exécuter un passage du grand plan de la Tribulation sur le glacier de Xoaschetta, et il donna à ce col difficile le nom de M. Chamonin, archiprêtre de Cogne.

La relation de M. Baretti se trouve sur le Bulletin du Club Alpin dans l'article : Fer Bupi e Ghiacci.

VALLÉE DES RHÊMES.

Cette vallée s'ouvre au midi d'Introd. A partir de ce point elle s'enfonce directement du nord au sud, sur une étendue de 23 à 30 kilomètres, et elle aboutit à la vallée de Tignes en Savoie par le col de la Goletta. Le chemin qui y conduit laisse la route provinciale à l'ouest de Villeneuve, contourne les promontoires d'Introd sous l'ombrage des noyers, puis il s'avance dans le thalweg de la vallée en suivant, tantôt à droite, tantôt à gauche, les bords du torrent.

Plus remarquable par ses glaciers et par ses pics que par le produit de ses campagnes, la vallée des Rhéines, peu connue encore, présente plus d'intérêt au

VALLÉE DES BHÊMES

touriste aventurier qu'au paisible amateur de l'agriculture. L'aspect de son entrée c'est l'aspect qu'elle présente dans toute sa longueur. Monts de ça, monts de là ; terrains péniblement cultivés sur les rives d'un torrent furieux: des villages tristement assis sur ses bords ; des clairières de forét3 sur les pentes abruptes des montagnes, entremêlées de rochers suspendus dans les airs; puis des cimes plus menaçantes les unes que les autres; une étroite bande du ciel sur la tête, et enfin, au loin, à l'extrémité de la gorge, des glaciers et des pics; voilà une idée générale de la vallée. C'est là, surtout, que se donne en hiver le magnifique, mais parfois terrible, spectacle de la chute de ces masses de neiges qui se précipitent des hauteurs avec un bruit solemnel. accompagné de détonnations successives semblables au roulement du tonnerre, et précédé d'un vent aussi violent que passager, que les habitants appellent avec raison le souffle de l'avalanche. Ces nombreux couloirs qui les conduisent ne sont pas moins terribles dans la saison des pluies; ils rivalisent alors en vacarme, et apportent leurs eaux avec fureur dans le torrent de la vallée. Ainsi gonflé, celui-ci roule ses flots tantôt dans des berges, tantôt au travers des terrains cultivés qu'il corrode et charrie dans laDoire. {Géographie du pays d'Aosto, par la petite Société Alpine de Cogne).

Les habitants de la vallée des Ehêmes émigrent une partie de l'année en France et surtout en Piémont pour y exercer le métier da marchands colporteurs ou de ramoneurs.

1. De Villeneuve à Rhêmcs Xotre-Dame (cinq heures de marche).

On sort de Villeneuve au couchant par la route nationale, on laisse à sa gauche le chemin de Yalsavaranche, on traverse les torrents réunis de Yalsavaranche et des Ehêmes sur un pont en bois et après avoir contourné un mamelon on trouve la route de Ehêmes qui prend à la gauche de la grand route. Ce chemin, praticable aux chars jusqu'à Introd, s'élève doucement sur la pente sous l'ombrage de magnifiques noyers. (On doit à Introd aller visiter le beau pont jeté à une grande hauteur sur le torrent des Ehêmes et le château de la famille des nobles Sariod d'Introd (Voir dans la vallée centrale !). Depuis Introd, la route, praticable aux mulets, s'élève à une assez grande hauteur sur la rive droite du torrent. A l'entrée de la vallée des Ehêmes, sur une pente rapide, à une grande hauteur au-dessus du torrent, il y avait anciennement une porte où l'on exigeait un péage ; on en voit encore les ruines.

En deux heures depuis Villeneuve on arrive sous l'église de Ehêmes St- George où l'on passe sur la rive droite du torrent. L'église de St-Georges de Ehêmes est placée sur une terrasse à l'altitude de 1230m.

lo De St-Georges des Ehêmes on peut se rendre dans la vallée de Valgrisanche. On traverse le torrent près de la scierie et l'on monte une colline fort roide qui aboutit sur l'arête de la montagne d*où l'on jouit d'un magnifique coup-d'œil. En se tenant plutôt sur la gauche, on descend aux châlets de Borègne, d'où par une forêt riche en faisans, on rejoint la route de Valgrisanche au Revers.

2o De St-Georges, un sentier sur la rive droite conduit à Introd. Ce sentier abrège la route d'un bon quart d'heure. On suit un ruisseau qui conduit l'eau à Introd.

Depuis St-Georges la route traverse des champs ed des prairies souvent dévastées par les inondations du torrent et couvertes en partie de grèves. On repasse bientôt sur la rive gauche, en rencontrant de nombreuses croix sur sa route près des couloirs. Ces croix portant généralement une date, rappellent quelques victimes des avalanches nombreuses de l'hiver.

Enfin la vallée devient moins triste, Ton traverse quelques petits hameaux et l'on arrive à N.-D. des Bhêrnes, située au milieu d'une jolie plaine, au centre d'une magnifique prairie , ayant devant soi la vue des pics et des glaciers superbes qui ferment la vallée.

C'est un passage auquel le pays parcouru ne donnait pas le droit de s'attendre. N.-D. de Ehêmes se trouve à l'altitude de 1731 mètres.

Il n'y a qu'une pauvre et misérable cantine et si l'on veut y passer la nuit ou y séjourner, il faut s'adresser à M. le curé qui tient ordinairement quelques lits à la disposition des étrangers, sur la prière qui lui en a été faite par M. E.-H. Budden.

3. Cols d'Entrelone 9 de la grande et de la petite Valida 1 1 a pour se rendre à Yal sa var Anche (Voir Valsavaranche).

3. Col de la Golletta ou Gailletta pour Tignes (3065 m.) Cette excursion exige de huit à neuf heures de marche.

De N.-D. des Ehêmes on se dirige par la route communale vers le haut de la vallée. On monte par les hameaux du Pelâu et de Thumel et par les châlets de Barmaverin et de La Suche (les habitants du pays disent Lè Sotzè) au glacier du Bassac qu'il faut escalader en se tenant le plus près possible sur la droite de la Granta Parey (grande paroi) pour atteindre le col de la Golletta ou mieux Gailletta, qui, suivant M.Mathews, est un des plus beaux des Alpes Graïes; il peut être comparé par ses magnifiques paysages environnants aussi bien que par l'étendue de ses vues lointaines aux plus célèbres cols des Alpes Pennines et de l'Oberland. Le coup-d'œil au sommet du col est supérieur à celui de La Sassière.On aperçoit du col par dessus le lac de Tignes le pic gracieux de la Grande-Motte et les affreux précipices de La Casse, ainsi que le massif grandiose du Grand-Paradis et de la Grivolà par dessus le Val Savaranche, et, dans le val de Ehêmes, ]e Grand-Combin forme le point central d'une section des Alpes Pennines qui termine cette vue unique. On descend d'abord sur Tignes en suivant le côté nord du glacier, pour éviter sa partie la plus difficile, puis par des rochers et des pâturages au lac de la Sassière dont les eaux d'un vert obscur sont troublées par des dépôts venant des glaciers, et aux châlets du même nom, en ayant à droite l'aiguille de La Sassière ou, comme on l'appelle à Valgrisanche, Glieyretta, dont l'ascension à été faite jusqu'ici du côté de Tignes. On passe au sud de la belle cascade que les eaux du lac de la Sassière forment en face de Tignes.

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