‹ Guide de la vallée d'AosteChapitre 141 sur 146 · De Courmayeur h Chauionix · texte numérisé non relu

De Courmayeur h Chauionix

A) Par le Col du Géant (3412 m.). — P faut compter quatorze heures de Courmayeur à Chamonix. On pourrait aller coucher au pavillon du Mont- Fréty, on gagnerait ainsi trois heures sur la journée du lendemain. On compte six heures de Courmayeur au Col du Géant.

On suit la route du Col Ferret jusqu'au-dessus du village d'Entréves (inter Aquas), où on traverse la branche de la Doire qui vient du Val-Ferret, ou bien on passe à Entrèves et à La-Palu et depuis lors la route monte en zig-zags sur la montagne jusqu'au sommet du Mont-Fréty, où les guides de Courmayeur firent construire un pavillon, qu'ils louent à quelque hôtelier. On peut y loger, quoique l'on prétende que les vivres y sont un peu plus chers qu'à Courmayeur (! !). La vue dont on jouit du pavillon est déjà fort belle.

Le pavillon se trouve à l'altitude de 2160 mètres.

Les montures ne vont guères plus loin que le pavillon.

Depuis lors, appuyant sur la gauche, on gravit par des rochers entre le petit glacier de Mont-Fréty à droite, et celui de la Toule à gauche, pour arriver en trois heures depuis le pavillon à la sommité du col.

La vue dont on jouit depuis le col du Géant surpasse toute description; c'est un dédale, un labyrinthe de montagnes, de vallées, de pics et de glaciers. A la fin du siècle dernier M. De Saussure y passa seize jours occupé à des observations scientifiques.

La descente à Chamony ou Chamonix se fait par le plateau supérieur du glacier du Géant, puis par les séracs, ensuite par le plateau inférieur et la mer de glace jusqu'à l'angle, où l'on passe sur la moraine pour gagner le Montanvers et de là le Prieuré ou Chamonix.

B) Par le Col des Grandes Jorasses (4100 m.). — Le 14 juillet 1873, MM. Marshall, Gabriel Loppé et Stephen franchirent le col qui s'ouvre entre les Grandes et les Petites Jorasses, et que M. Loppé, en arrivant à Courmayeur, voulait appeler le Col des hirondelles. Ils partirent du Montanvers, gagnèrent le col à neuf heures, descendirent par le glacier de Fréboutzie, et arrivèrent à Courmayeur à 3 heures de l'après-midi.

C) Par le Col du Triolet (3700 m.). — Ce col fut traversé la première fois en 1864 par MM. Reilly et Whymper avec les guides Michel Croz,. Henri Charlet et Michel Payot. Ils partirent du Couvercle à 4,30, gravirent le glacier du Talèfre, et arrivèrent vers les 8 heures au col.

Ils descendirent d'abord par les rochers et ensuite par le glacier et la moraine du Triolet jusqu'aux châlets de Pré de Bar, qu'ils atteignirent vers les six heures du éoir. Cette course a été plusieurs fois exécutée depuis.

D) Par le Col-Dolent (3543 m.). — C'est encore à M. Whymper que Ton doit la découverte de ce col. Le 26 juin 1867, avec trois guides, il partit de Courmayeur à minuit et quarante minutes pour remonter le glacier du Mont-Dolent (il avait fait déjà l'ascension du Mont-Dolent (3830 m.) le 9 juillet 1864 avec M. Reilly). A 10h 15 il atteignit le col, et opéra la descente par le glacier d'Argentière après avoir dû tailler pendant sept heures des marches sur une pente de glace.

E) Par le Col du Talèfre (3700 m.). — En annonçant la découverte de ce col dans une lettre à M. Rimini, alors secrétaire du Club Alpin Italien, lettre écrite deux ou trois jours avant la catastrophe du Mont-Cervin> M. Whymper déclare ce col plus facile, plus court et aussi intéressant que celui du Gréant.

On remonte le glacier du Talèfre , puis un couloir très-rapide, pour arriver au col au sud du Col de Triolet entre les aiguilles du Triolet et du Talèfre.

On descend par des rochers sur le bras ouest du glacier du Triolet que l'on traverse obliquement pour passer sur la rive gauche ; on le traverse de nouveau directement entre les deux chutes pour venir par la moraine aboutir à la Doire près des châlets de G-ruetta.

F) Par le Col de Trélatête (3805 m.). — Ce col a été découvert en 1864 par M. Mathews qui monta par le glacier de l'Allée-Blanche et descendit par le glacier de Trélatête.

G-) Par le Col du Myage (3383 m.). — Le col du Myage est le sommet d'une arête très-escarpée et fort étroite. On quitte la route du col de la Seigne à l'extrémité inférieure du lac de Combal pour prendre alors à sa droite et remonter le glacier du Myage, en passant près de la mine de plomb argentifère d'où l'on s'élève encore pour atteindre le col et descendre sur Chamonix par le glacier du Myage de Chamonix et Nant Borant. C'est une course de 18 à 20 heures.

On a encore exécuté la traversée de Courmayeur à Chamonix par d'autres points qui n'ont pas encore été assez fréquentés pour mériter le nom de cols, comme par le glacier de la Brenva, le Col du Glacier, l'Aiguille de Rochefort ; ce sont de ces tours de force réservés aux touristes de première classe.

*5. la Cabane du Rocher du Glacier du Mont-Blanc

(3253 m. — 8 heures.).

Après bien des essais, des recherches et de tentatives on a enfin découvert une route qui permit de faire l'ascensiqn du Mont-Blanc et la descente par le versant italien. L'ascension avait déjà été exécutée de ce côté par plusieurs passages, mais la descente avait toujours eu lieu par Chamonix.

COURSES ET EXCURSIONS À COURMAYEUR

Le 6 août 1873, M. l'ingénieur César Gamba découvrit cette nouvelle route, fit l'ascension et la descente du Mont-Blanc par la même route, et à son retour à Courmayeur, il initia une souscription pour la construction d'une cabane de refuge le plus haut possible sur cette route.

Cette souscription atteignit son but et en juillet 1875 les guides de Courmayeur allèrent installer la cabane à sa place et le 14 juillet 1875 MM. Gamba, le promoteur de la souscription, et ' Angelo Genolini , de Milan, allèrent l'inaugurer.

Elle se trouve placée à l'altitude de 3185 mètres ; elle est placée au milieu de quelques rochers saillants de manière à être bien abritée contre les vents. Il faut huit heures pour se rendre de Courmayeur à la Cabane et il reste encore à peu près six heures depuis la Cabane pour atteindre le sommet du Mont-Blanc.

On s'y rend par le lac Combal ; de là on va s'engager sur le glacier du Myage que l'on remonte en partie, puis l'on décline à gauche pour remonter une partie du glacier du Mont-Blanc qui va aboutir à la sommité de la montagne, jusqu'aux rochers où se trouve la Cabane, non loin de l'Aiguille- Grise.

Cette cabane rend l'ascension du Mont-Blanc plus courte par Courmayeur que par Chamonix.

IO. Ascension du Mont-Blanc (4810 m.).

A) Par le Col du Géant et V Aiguille du Midi. — L'ascension du Mont- Blanc avait toujours eu pour point de départ Chamonix et quoique par ce versant on eût essayé différents routes, on ne cherchait point à prendre ce point de départ de Courmayeur. C'est depuis l'annexion de la Savoie à la France que les études et les tentatives se dirigèrent sur le versant méridional. Maintenant on fait l'ascension du Mont-Blanc par plusieurs passages en partant de Courmayeur.

En 1863 MM. Maquelin et Briquet avec dix guides de Courmayeur prirent pour point de départ le Col du Géant. Mais cette route étant encore trop longue pour une seule journée, les guides de Courmayeur construisirent une cabane au-dessous de l'Aiguille du Midi, entre cette Aiguille et le Mont-Blanc du Tacul à l'altitude de 3564^.

Du Col du Géant ou descend sur le glacier de ce nom par la route de Chamonix jusqu'au-dessous de La Vierge ; alors ou traverse à gauche en passant au-dessus du Rognon pour se rendre à la Cabane de l'Aiguille du Midi, où l'on passe la nuit. De la Cabane on monte entre l'Aiguille de Saussure à droite et le Mont-Blanc du Tacul à gauche jusque près de la cime du Mont-Maudit, d'où l'on descend au Corridor, pour suivre de là la route habituelle de Chamonix.

A cause d'une pente de glace difficile, sinon impossible pour la descente au Mont-Maudit, la descente se fait toujours par Chamonix.

B) Par le glacier de la Brenva. — En 1865 quelques touristes anglais allèrent passer la nuit sur des rochers bien élevés sur le glacier de la Brenva, et le lendemain, continuant leur ascension, ils gagnèrent après bien des difficultés la tête du Corridor, d'où ils descendirent à Chamonix, sans continuer leur ascension à la sommité. La descente serait trop imprudente par

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cette route à cause de la chute des glaces. Un passage plus sur s'y découvrira peut-être bientôt.

C) Pç.r le glacier du Myage» — En 1872 M. Kennedy alla passer la nuit sur les rochers du Mont-Brouillard, au-dessus du glacier du Myage ; le lendemain il s'éleva presqu'en ligne directe jusqu'au sommet du Mont-Blanc et redescendit aux Grands-Mulets par le Mur de la Côte. Il déclare les rochers qu'il a gravis si difficiles qu'il ne pensa pas même à tenter la descente par cette route.

Enfin, en 1873, le 6 août, M. l'ingénieur Cesare Gamba, avec le guide Julien Grange , dit Laberge, et Henry Séraphin , partit de Courmayeur à 10h du matin et à 1,30 il était déjà au glacier du Myage, qu'il remonta jusqu'au point où il reçoit le glacier du Mont-Blanc sur lequel il passa et qu'il remonta aussi pour atteindre les rochers et trouver un gîte pour la nuit. C'est l'endroit où l'on a, en 1875, placé la Cabane du Bocher du Mont- Blanc. Repartant le lendemain à 4h du matin, il grimpa sur les rochers pendant un quart d'heure, puis par le glacier, en passant derrière un pic isolé, il arriva à une espèce de col; de là il traversa le glacier en diagonale pour se rendre sur les rochers. La Bergschrund. fut traversée heureusement. Puis il monta un couloir où il faut avoir soin de se tenir le moins possible au centre, pour éviter le chute des pierres. Il quitta le couloir pour suivre les arêtes du rocher, devant encore dépasser trois minces arêtes de neige pour arriver sur l'arête qui sépare le versant italien du versant français et de là en 25 minutes il atteignit la sommité par une douce pente de neige. Il redescendit exactement par la même route et arriva à 10 heures du soir à la Cantine de la Visaille. M. Gamba croit cette route nouvelle praticable pour toujours et sans difficultés extraordinaires. Il est donc plus que probable qu'il n'a pas suivi la route de M. Kennedy.

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