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III. — Les placiers

Les glaciers, considérés dans leur ensemble, paraissent former une large ceinture autour de notre pays ; on peut cependant les diviser en sept groupes distincts.

1° Groupe du Mont-Rose. Il comprend tous les glaciers qui couvrent les flancs méridionaux du massif du Mt-Rose. Ce sont l'énorme Lyskam d'où sort l'Hellex dans la vallée de Gressoney; les glaciers considérables de Verra et de l'Aventina, qui envoient leurs eaux à l'Évençon dans la vallée d'Àyas; et le glacier du petit Cervin ou de St-Théodule qui alimente une source du Marmore dans la vallée de Taltournanche.

2° Groupe de Mont-Cervin. Il est uni au précédent du côté du Vallais, mais il en est tout à fait séparé du côté d'Aoste. Il comprend tous les glaciers que renferme le rameau entre Valtournanche et Bionaz, savoir : au levant les glaciers du Giomen, du Mt-Tabel, de Fontanella et de Tzan, qui envoient leurs eaux au Marmore; et au couchant le vaste glacier de Zardezan d'où sort le Buthier, ainsi que tous ceux qui se trouvent dans la vallée de Bionaz dont les eaux coulent dans ce torrent.

3° Groupe du Moni-Combin. Ce groupe est vaste du côté du Vallais, mais il n'a que des appendices sur le versant d'Aoste:

ce sont le glacier de Fudery et divers autres petits, qui se trouvent dans la vallée d'Olloinont, ainsi que celui du Mont-Yélan, qui couvre le sommet du vallon de Menouve au nord d'Étroubles.

4° Groupe du Mont-Blanc, Il embrasse tous les glaciers de la chaîne du Mont-Blanc , déjà énumérés dans la première partie, n° 3, lesquels alimentent les deux sources principales de la Doire. On peut y ajouter ceux des Chavannes et du Breuil. situés au nord-est du [Petit St-Bernard, qui versent leurs eaux dans le torrent de La-Thuile.

5° Groupe du Butor. On comprend sous ce nom le grand glacier du Butor, qui occupe une énorme étendue entre La-Thuile et Yalgrisanche et plusieurs autres petites appendices, comme ceux de Fréduaz et de Belle Combe, dont les eaux coulent sur le versant de La Thuile : ceux de Planaval, de l'Orfeuille. du Miolet, du Château Blanc et du Lac, dont les eaux coulent dans la vallée de Yalgrisanche.

6° Groupe de Lieyretta. Ce groupe comprend tous les glaciers qui recouvrent le massif de Lieyretta. Depuis le Col du mont jusqu'à celui de Gallesio, qui sont désignés dans la description de cette partie de la chaîne principale, ainsi que ceux qui se trouvent sur les deux rameaux qui s'en détachent. Ils alimentent deux torrents, celui de Yalgrisanche et celui de Bhêmes.

7° Groupe du Grand-Paradis. Il embrasse les glaciers qui couvrent la chaîne principale depuis le col de Nivolé, jusqu'à la limite des glaciers sur Champ orcher, ainsi que ceux qui environnent la Grivola. Ceux du grand Tétret ou plus exactement : Grand Étret et du Mont-Corvé, situés sur Yalsavaranche, envoient leurs eaux à la Savora qui longe cette vallée ; la Boise des Banques ou glacier du Miserin sur Champorcher, donne naissance à l'Oyace qui coule dans cette vallée ; tous les autres contribuent à alimenter la Grand Eive, torrent considérable qui descend de la vallée de Cogne.

Il y a encore plusieurs petits glaciers épars qui méritent d'être mentionnés quoiqu'ils n'appartiennent à aucun groupe proprement dit. Ainsi on remarque le glacier du Mont-Yoguel situé à Test de Challant St-Anselme : les glaciers de Fourchons, de la Toula et d'Artaréva situés à l'ouest du Grand St-Bernard.

Autour du Mont-Pie ou trouve les glaciers de Gariu et de Lussert sur Cogne , celui d'Arboles sur Charvensod , celui des Lores sur Brissogue, et celui du Mont-Blacier sur Pollein, enfin le glacier de Tersiva sur Fénis et ceux de Dorère et du Money dans le vallon de Grauson sur Cogne.

IY. — Les Lacs.

Il y a dans le pays d'Aoste un très-grand nombre de petits lacs de montagnes. Mais il ne s'en trouve que très-peu qui renferment des poissons, et un seul, le lac des trois Villes d'Antey, sur lequel on ait essayé de faire la pêche avec une barque comme dans ceux de l'Italie et de la Suisse. La plupart pourraient devenir une source d'alimentation pour les habitants du pays, si Ton s'appliquait à les rendre poissonneux. Nous allons énumérer ceux que Ton connaît dans chaque vallée.

Allée Blanche. — Il n'y a que le fameux lac de Combal, situé au pied du glacier du Miage. Ce lac fermé anciennement par une grande écluse, dont les murs restent encore, alimente une des deux principales sources de la rivière.

Vallée de La-Thuile. — On y voit le lac Longet, le lac du Verney et plusieurs autres petits réservoirs aux environs de l'Hospice du Petit Saint-Bernard ; les deux lacs de Belle-Combe et trois autres au pied du glacier du Butor, entre lesquels on remarque le fameux lac de ce nom. Ce grand lac, situé à l'altitude de 2440 m., disparut dans l'année 1864. Il avait une longueur d'environ 500 mètres sur une largeur de 300. L'écoulement de ses eaux se fit pendant huit à dix jours, sans cependant causer de graves dommages. Mais l'histoire mentionne les débâcles de 1594, de 1640, de 1646 et celle qui en 1680 rasa les beaux ponts en pierre de l'Equiliva et de Villeneuve.

Valdigne. — On y trouve le lac de L icône situé au nord de Morgex dans la combe de ce nom; ceux de Trava et de Pierre- Eouge, au midi de cette Commune ; le lac des Plattes, au pied du Mont-Favre, à l'ouest de Pré-St-Didier : et enfin deux petits réservoirs d'eaux dans la combe de Vertosan sur Avise.

Vallée de Vàlgrisanche. — 11 y a le beau lac de St-Grat situé au pied de la grand-Becca de même nom et alimenté par le

glacier de Kutor, le lac du Château Blanc, la goilïe de la Leyta et la goilïe d'Usé. Plus bas dans la commune d'Arvier on voit encore le lac de Bèsepierre ; celui-ci renferme des sangsues et des poissons.

Vallée de Valsavar anche. — Elle renferme une dizaine de petits lacs, dont deux dans le vallon de Eosset : cinq dans le plateau du Nivolé, ce sont les lacs du Chemin, du Nivolé, du Chanavay, le lac Besse et le lac Noir ; les trois autres se trouvent dans le vallon de Charence.

Vallée de Cogne. — Dans cette vallée, on trouve d'abord le lac des Louyes, situé dans un enfoncement de la montagne audessus du hameau de Lilaz ; trois petits réservoirs dans le plateau des Eaux-Rousses, au pied du col du Kancio ; trois autres dans le vallon du Miserin, qui s'ouvre entre la pointe Noire et FEscaletta : ensuite le lac de Ponton et de Pontonet. Tous ceux-ci sont dans cette partie de la vallée qu'on appelle vallon d'Urtier. Il y en a autant dans le vallon du Grauson, savoir les lacs de Dorère, des Têtes, du Money, du Tessonet, du Coronas et les quatre lacs de Lussert, échelonnés au sud-est du col des Lores. On trouve encore un petit lac à la base occidentale du Pic-Garin, et un autre au pied du col du Trajo.

Vallée de Champorcher. — On y voit le beau lac Miserin situé au pied du glacier, à l'altitude de 2577 m. (J. P. C); deux petits réservoirs au pied de la Tour de Ponton ; un autre près du col de Sainte-Anne ; trois au sommet de la combe Vercoee et un au pied du bec de Pragela. Plus bas , dans la commune de Pontbozet, on en trouve cinq dont le principal est celui de Sampas.

Vallée centrale. — En observant le versant méridional de la vallée centrale, on trouve le lac de Chamolé et les trois lacs d'Arbolle dans les montagnes de Charvensod ; les trois lacs des Lores sur Brissogne; le lac Margueron dans la combe de Clavalité sur Fénis: plus sept lacs dans les sommités de Champ de Praz, lesquels alimentent le torrent Ciaiamo. Ce sont le grand Lac, le lac Cornu, le lac Noir, le lac Blanc, le lac de la Valette, etc.

Sur le versant opposé, il y a trois petits réservoirs sur les sommités de St-Pierre et de Sarre; quatre lacs dans le vallon de St-Barthélemy, savoir : ceux du Léseney, xle Fréderon, de

Cunéy et de Méan, et un seul dans la commune de Verrayes, situé dans le plateau de Lausan. Celui-ci renfermait autrefois des canards sauvages.

Vallée du Grand St-Bernard. — Dans toute cette vallée, il n'y a que le lac du Grand St-Bernard qui attire l'attention. Il est situé à l'ouest de l'Hospice. Les voyageurs sont agréablement surpris de voir une mer en miniature sur un des plus hauts passages fréquentés des Alpes. Ils le seront encore davantage en voyant fourmiller les poissons que ce lac renferme ; mais que l'on pourrait classer au nombre des infiniment petits.

Vallée de Valpelline. — On trouve dans la commune d'OUornont quatre réservoirs situés à l'entrée de la combe, qui aboutit au col de Fenêtre ; le lac de Chaudière situé sur la sommité méridionale de Valpelline ; le lac Crétey et six autres réservoirs dans les montagnes de Bionaz.

Vallée de Valtournanche. — On y trouve d'abord le lac de Fort ou de Tzan, situé au pied du glacier de Tsavacour sur Torgnon, •les lacs de Tsignana, de Gôillet et de Lô, à Valtournanche; celui-ci renferme des poissons ; le lac de Crescent sur Chamois, et enfin le lac des trois Villes d'Antey, où l'on a essayé de faire la pêche avec une barque.

Vallée de Challant et d'Ayas. — Cette vallée renferme un grand nombre de réservoirs : le premier que F on observe en montant, c'est le lac de Ville dans le territoire de Challant-St- Victor; le deuxième c'est le beau lac de Frudière au sud-est de Brusson; plus neuf autres au nord-est de cette même commune ; et enfin une douzaine disséminés dans la commune d'Ayas, dont le plus remarquable est le Grand Lac situé au pied du glacier de l'Aventina.

Vallée de VHellex ou Vallaise. — Dans la commune de Fontainemore, en suivant le vallon qui aboutit au col de la Barma, on trouve six petits lacs dont les principaux sont ceux de la Barma et du Vargno; quatre dans la commune d'Issime, dont deux au levant dans le vallon de Torette ; et deux au couchant dans le vallon de St-Grat ; et enfin une sixaine dans la commune de Gressoney-la-Trinité, dont le plus grand est celui de Gabiel.

Il y aurait donc près de 140 petits lacs parsemés sur nos montagnes; ce sont, avec les glaciers, autant de réservoirs d'eau qui alimentent les sources et contribuent à fertiliser les plaines.

Y. — Cours d'eau.

La Doire Baltée recueille toutes les eaux de la vallée d'Aoste et les transporte dans le Pô. Le cours total de cette rivière est de 160 kilomètres. Elle prend sa source au Lac-Combal, au pied du Mont-Blanc. Elle reçoit dans son cours dix autres rivières secondaires.

1° La Doire de La-Thuile, à Pré-St-Didier ; 2° la Doire de Valgrisanche à Arvier ; 3° et 4° la Doire des Khêmes réunie à la Savara qui descend de Valsavaranche , à Villeneuve ; 5° la G-ranteivia, Doire de Cogne, à Àymaville ; 6° le But Mer formé de trois branches de Bionaz. d'Olloniont et d'Etroubles, à Aoste- 7° le Marmore, venant de Valtournanche, à Châtillon ; 8° FÉvançon, autrement dit l'Eau-blanche, venant de la vallée de Challant, à Yerrès; 9° l'Hellex, venant de la Vallaise, à St-Martin; 10° l'Oyace, venant de Champorcher, à Bard.

Outre les rivières mentionnées, la Doire Baltée reçoit encore celle de St-Barthélemy, celle de St-Marc, celle de Fénis, et enfin celle de Cialamo de Champ de Praz.

NOTICE GÉOLOGIQUE ET MINÉRAL 0 GIQUE par le Dr M, B.IRETTI

Lettre à 31. Tablé Amé Gorret

Cher ami et collègue en rochers et glaces.

Tu fais appel à mon amitié et à ma science géologique et minéralogique pour une notice géologique et minéralogique , notice qui aurait l'honneur de paraître dans V introduction générale du Guide de la vallée. Pour ce qui concerne V amitié, tu peux tirer là-dessus comme sur une caisse bien rengorgée de billets de banque.

c'est une mine inépuisable , c'est une amitié qui tient de la reconnaissance de Vélève envers son maître en alpinisme. Pour la science, j'ai peur que tu ne te fasses illusion sur ma valeur réelle. Je ne pousserai cependant point la modestie jusqu'à te répondre que ma provision de connaissances sur les terrains de la vallée est trop limitée, que bien d'autres pourraient faire mieux; je peux me permettre aujourd'hui de prononcer une opinion sur la géologie et la minéralogie de la vallée d'Aoste. J'ai pioché, et avec ténacité, tu le sais bien, les montagnes qui de Pont-St-Martin détendent sur la droite de la Doire jusqu'à la vallée de Bhêmes. J'ai étudié le bassin hydrographique de La-Thuile. Je connais quelque peu le vallon du Grand St-Bernard, le Valtournanche, une partie de la vallée de Challant.

Dans quatre ou six années j'espère bien colorier géognostiquement et géologiquement la carte de V État-Major pour le restant de la vallée oVAoste , et ce sera là le plus imposant travail dans ma carrière géologique; mais pour le moment il faut se tenir aux travaux de Favre de Genève , et de Gerlach, travaux qui malheureusement ne sont pas fondés complètement sur les mêmes opinions géologiques que je professe. — Enfin promissio boni viri est obligatio, c'est le refrain de pragmatique; je ferai de mon mieux.

Merci de ta confiance et au revoir sous le ciel azuré de notre chère vallée. Ccst en valdôtain d'élection que je t'écris.

Ton très-dévoué M. Baretti.

Turin, 4 mai 1876.

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