Col de Chasten et ascension du Hfont-Xé ri
On s'engage au nord-ouest d'Issime dans le vallon pittoresque des Bourrines ou de Stôlen , on passe le torrent sur un petit pont en pierre , l'on monte par un sentier en ziz-zag au hameau de Bourrines. Après quelques autres zig-zags au-dessus du hameau on côtoie par un petit sentier pour arriver au châlet de Stôlen, d'où la montée par les pâturages entremêlés de rochers est assez rapide pour passer aux Piani et au Kleik et de là au col qui forme une espèce de porte sur l'arête entre Challant St-Anselme et Issime. Du col on a une très-belle vue de la vallée et de la ville d'Aoste.
La descente sur Challant St-Anselme se fait par le vallon sauvage de Chasten au fond duquel on voit une partie de la forêt abattue par le vent en janvier 1874 et l'on traverse l'Évançon pour se rendre sur la route de Ye rrès à Ayas près de l'église de St-Anselme au hameau de Quinsod.
Du fond de la forêt on peut encore côtoyer à sa droite jusqu'à Alésa pour traverser l'Évançon au-dessous de ce hameau et se rendre à Brusson en traversant le hameau d'Arséza. C'est une excursion de sept heures d'Issime à Yerrès ou à Brusson.
Pour l'ascension du Mont-Néri (Xéristhorn, Pic de Marie ou Marienhorn, Bec de Frudière ou Pointe de Tsamsec) on monte à sa droite depuis le col la côte de Tsamsec jusque sur l'arête qui regarde Brusson et de là on suit l'arête. Le panorama du Mont-Néri est supérieur à celui de la Becca Torcé ; c'est un des plus beaux belvédères des Alpes Valdôtaines. L'ascension ne présente aucune difficulté.
D'Issime au bout d'une demi-heure de marche à travers les prairies on arrive au Youro ou Sertha où il y a un sanctuaire et des stations de Via Crucis sur l'imitation du Sacro-Monte de Yarallo et du Sanctuaire de l'Oropa.
Au bout d'une autre petite demi-heure on traverse de nouveau l'Hellex sur un long pont en pierre en dos d'âne et l'on se trouve au Gaby (1042 m.), fraction importante de la commune d'Issinie et formant paroisse à part.
Des ingénieurs biellais se proposaient ici de faire un tunnel à travers la montagne pour dévier les eaux de l'Hellex et aller les réunir à celles du Cervo pour l'utilité des campagnes et des manufactures que sait créer l'industrie biellaise. Ce n'est encore qu'un projet en étude.
Le voyageur est frappé ici de la différence brusque qui existe entre Issime et le Gaby pour le langage, pour les mœurs, pour la propreté et pour le caractère des habitants.
Si à Issime on parle un jargon allemand, au Gaby, entre Gressoney, tout allemand, et Issime qui l'est à moitié, on retrouve le dialecte de la vallée d'Aoste, originaire du français ancien; mais les habitudes ont une crudité et la voix un ton haut et résolu qui frappent les étrangers.
A) Au levant du Gaby s'ouvre la sauvage vallée de Niel, dV>ù deux cols conduisent à Andorno par Piè di Cavaîlo ; ce sont les cols de la grande et de la petite Molognà.
Les habitants de Niel les traversent même en hiver pour aller au marché d'Andorno.
Au sommet de ce vallon se trouve aussi le col de Loo qui conduit à Rassa en Yalsesia. La route de ce col ennuyeux n'a d'autres indicateurs que çà et là quelques pierres droites.
Depuis le Gaby, la vallée se resserre et l'on marche entre deux parois de rochers sur des débris descendus de la montagne ou avec les terribles avalanches de l'hiver ou par les temps de dégel et de pluie. A sa gauche on rencontre un petit oratoire et une colonne brisée. C'est une triste histoire. Un homme gardait son troupeau au pied de la montagne, il portait son enfant sur son dos. Un bloc de rocher se détache de la montagne, il emporte et brise l'enfant, laissant le père sain et sauf. C'était un fils unique. Deux inscriptions, l'une en allemand et l'autre en mauvais vers français , rappellent ce triste accident.
On repasse sur la rive droite de l'Hellex au hameau du Pont de Trente , l'on arrive à un ravin creusé par l'eau qui descend du col de Frudière. Ce petit torrent marque la séparation des communes d'Issime et de Gressoney.
B) Pour le Col de Frudière on gravit le vallon et l'on descend par une pente graveleuse au lac, puis au châlet de Frudière d'où l'on suit le chemin de l'Alp jusqu'à Brusson.
On peut de ce col faire l'ascension du Mont-Néri par des clapeys et des pentes de neige.
Après une rapide montée en zig-zags, la pente se radoucit et l'on arrive aux premières habitations de Gressoney : La Blatta, où l'on trouve un bon restaurant. On monte encore quelques pas , puis l'on traverse le beau plateau et les belles habitations de Chamçsil , on repasse sur la rive gauche de l'Hellex, l'on' dépasse encore quelques hameaux et l'on arrive par une charmante plaine à Gressoney, situé sur la rive droite du torrent, au milieu d'une verte et magnifique prairie.
GRESSOSEY
Gressoney.
Altitude 1391 m. Population 846 habitants.
Gressoney est une des plus belles et des plus agréables stations alpines dans la Vallée d'Aoste ; il est au Mont-Hose ce que Courmayeur est au Mont- Blanc et si l'on peut appeler Courmayeur le Chamounix de l'Italie, on doit en appeler G-ressoney , le Zerniatt. Par ses mœurs, ses habitudes, son costume, son langage et son extrême propreté -Gressoney a mérité depuis longtemps le surnom de Suisse de l'Italie. (L'étymoiogie de Gressoney n'est pas bien connue; les uns la dérivent de deux mots allemands gresson-eye, qui signifient une plaine de cresson: cette plante abonde dans la plaine de Gressoney St-Jean ; au chef-lieu se trouve une grande prairie qui s'appelle eye et à un kilomètre de là il y a un grand village dénominé Gressmatoj ce que signifie pré de cresson. D'autres font dériver Gressoney des deux mots gresson qui serait le nom d'un oiseau, et de ey qui veut dire œuf (l'Abbé Duc P. E.). H nous semble que l'on pouvrait aussi dériver ce nom de Grex-sonax ; troupeau à clochettes; sonar, basse latinité).
Situé au milieu d'une charmante prairie, avec ses maisons et ses chalets blanc-clairs semés au milieu du plus beau vert et respirant partout l'aisance des habitants, son langage allemand (1), le costume rouge écarlatte des femmes et le grand glacier du Lyskamm en face, Gressoney présente un des plus riants et des plus sublimes tableaux des Alpes.
On y trouve deux magnifiques hôtels qui n'ont rien à envier à ceux de la Suisse: V Hôtel du Mont-Rose, tenu parle syndic Linty Sébastien, et VHôiel et Pension Delapierre , tenu par le propriétaire Ferdinand Delapierre: chacun de ces hôtels a ses avantages particuliers : l'Hôtel Delapierre est situé sur la rive gauche de l'Hellex , au pied de la montagne , sur la route du Col Valdobbia, il est isolé de toute autre habitation, à dix minutes du chef-lieu ; l'Hôtel du Mont-Kose est dans le chef-iieu même, il y a une vaste salle dans le genre suisse, d'où l'on jouit, comme de toutes les chambres au nord, d'une vue magnifique sur le glacier du Lyskamm ; des chambres au midi, la vue longe la vallée et se repose sur la prairie. En 1875, la section du Club Alpin de Biella a choisi l'Hôtel du Mont-Rose pour y établir une station alpine avec livres, cartes, panoramas et autres accessoires. Le propriétaire Linty se propose aussi d'établir à quelques pas un chalet avec bains et cure suivie au petit lait, comme cela se pratique en Suisse, dans l'Oberland surtout.
Les hommes de Gressoney émigrent généralement en Allemagne et en Suisse où ils possèdent de grandes manufactures et où ils se livrent en grand au commerce , mais ils ne renoncent jamais à leur pays où ils reviennent chaque années quelques mois, où ils se marient, où ils quittent leurs familles et leurs affections. On cite à Gressoney plusieurs familles à fortune colossale.
(1) Dans la Notice Générale de ce Guide nous publions au § Notice philologique quelques indications sur l'origine et la langue de Gressoney tirées d'une monographie publiée en 1866, Aoste, imprimerie Lyboz, par M. le chanoine P. Etienne Duc, auteur d'études et de recherches historiques sur l'histoire religieuse de la vallée, qui sont trés-estimées,
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298 Y ALLÉES LATÉRALES
(OURSES, EXCURSIOXS ET PROMENADES À GRESSOÏEÏ
Nota. — Pour les guides, il faut s'adresser aux maîtres d'hôtel qui en engagent ordinairement quelques-uns pour toute la campagne. Les guides reconnus et recommandés par le Club Alpin de Biella sont munis de l'armoirie du Club Alpin sur plaque noire.
L'église de Gressoney mérite une visite. On y voit encore les traces de la dernière inondation de l'Hellex et une pierre sur la façade rappelle cette date et la hauteur qu'atteignirent les eaux.
1. Col de la Ranzola (2159 ni.) pour Brnsson et ascension de la Combetta {cinq heures en tout).
On redescend par la prairie au midi de Gressoney jusqu'à l'entrée du vallon de Ranzola ; on prend alors le sentier à droite. Après avoir traversé le petit torrent, il y a deux routes; pour les montures on prend la route à gauche; elle s'élève en zig-zags sur la colline pour aller passer au-dessus d'immenses éboulements et se rendre de là au chalet de la Eanzola. Pour les piétons, il est mieux de prendre par le centre du vallon. On monte dans la forêt par la rude montée de Basa-genu (baise-genou à cause de sa rapidité) et Ton arrive au fond de la prairie. Aux châlets on peut trouver d'excellent lait. Au sommet du col se trouve une petite maisonnette en forme d'oratoire et une croix avec des restes d'anciennes redoutes. On jouit du col d'une vue fort étendue sur le Tal d'Aoste : mais pour jouir mieux de la vue des glaciers du Lyskamm et du Mont-Rose ; on peut monter en 20 minutes sur le tertre à gauche appelé Comleita. Du col on descend en deux heures à Btusson en passant par les hameaux de Stool et De la Croix (chapelle de St-Grat) et de là par une descente fort roide à Brnsson.
Si l'on veut se rendre à Terrés sans passer à Brusson, on prend dans le plan avant d'arriver à Stoûl le sentier à gauche qui conduit par Graines à Arsezaz sur la route d'Ayas à Terrés.
S. Col dn Pinter (2499 m,) pour Ayas et ascension du Grauhaupt (3362 m.) (Course de 7 à huit heures).
A une petite demi-heure au nord de G-ressoney on quitte la route communale à Chamonal pour prendre à gauche un rude sentier qui conduit à force de lacets à la chapelle d'Albenson, d'où l'on monte, en se tenant sur la droite, jusqu'aux châlets supérieurs, ayant à sa gauche le Kaïberhorn (ou Corne du veau.) auquel se rattache une singulière tradition, pour atteindre de là par une montée rapide, mais pourtant praticable aux montures, le col du Pinter, dit aussi Col de Cunéaz, du côté d'Ayas (on y jouit d'une belle vue sur le Mont-Blanc et quelques autres montagnes plus éloignées sur la gauche). On descend par le vallon de Cunéaz, qui aboutit à la route communale d'Ayas au hameau de Champoluc ou Champolôueih.
On peut aussi depuis Cunéaz, côtoyer à droite pour aller aboutir à Saint' Jacques d'Ayas.
En deux heures du Col du Pinter on peut faire l'intéressante ascension du Grauhaupt ou Tête grise, dit aussi à Ayas Gréno. On prend à droite par
l'arête, on gravit quelques rochers sans difficultés pour arriver à un premier plateau, où l'on rencontre ordinairement de la neige. On peut de ce plateau tourner un peu à droite pour aller sur le Bec du Pinter, d'où Ton voit fort bien la vallée de Gressoney. Après avoir traversé le plateau en diagonale, on continue l'ascension par l'arête jusque vers la sommité, que l'on atteint en tournant un peu sur le versant de Gressoney pour traverser une corniche de rocher. C'est le seul point de l'ascension qui puisse exposer aux vertiges ; on doit améliorer ce passage.
On jouit du haut du Grauhaupt d'un immense panorama et les touristes peuvent y recueillir quelques plantes rares. Un bon montagnard peut redescendre directement par le versant de Gressoney dit Schelbetebèrg et delà à La Trinité par VHunds-trit ou pas du chien, sur la gauche: ou bien côtoyer les grandes parois à droite par le petit sentier du Tiaz pass pour revenir à la chapelle d'Albenson et delà faire retour à Gressoney par le cassecou de cette descente jusqu'à Chamonal.
Entre le grand col de la Eanzola et celui du Pinter il existe encore deux ou trois passages sur l'arête ; ils ne sont généralement fréquentés que des chasseurs et des bergers. Un, le Pas de Mascogna, aboutit à Ayas dans le long et étroit vallon de ce nom; les autres conduisent à Brusson au sommet des pâturages de Palasina.
3. Col de 11 et ta Furca (2633 m.) conduisant à Saint-Jacques d'Ayas (cinq heures de marche depuis La Trinité).
A une demi-heure de distance de Gressoney La Trinité, on passe sur la rive droite du torrent du Lys ou Hellex pour se rendre à un petit hameau sur un tertre. On peut traverser le torrent ou sur le pont en bois ou, quelques pas au-dessus, sur la roche qui forme un pont naturel. Du hameau on trouve un sentier qui grimpant par la forêt vous conduit à une petite chapelle au fond des pâturages des châlets. De cette chapelle on jouit d'une vue magnifique sur les glaciers du Mont-Eose et sur la vallée de Gressoney. On suit le sentier des chalets au milieu des pâturages jusqu'au col, qui marque la limite entre Gressoney et Ayas. Du col, la vue est assez insignifiante, elle est beaucoup plus belle de la chapelle.
L'on descend par la pente légère des chalets jusqu'à Bésy, au-dessus de Saint-Jacques d'Ayas. De Bésy, on se rend en 30 minutes à Eiéry, à V Hôtel des Cimes Manches, à l'entrée de la vallée de ce nom.
On peut ou suivre le sentier de la forêt en dessous du village et arriver au torrent de Verraz par une descente des plus rapides — c'est le chemin des piétons; ou prendre sur sa droite le sentier plus long et moins rapide, où passent les montures.