Cols des Cimes Blanches pour Yaltournanohe
On distingue deux cols qui portent le nom des Cimes Blanches, à cause de la couleur blanche des roches calcaires que traversent ces cols ; le premier et le plus bas passe à l'est de la Grande Cemetta et le second, plus élevé, passe au nord de cette pointe. On s'élève par les pâturages au nordouest de Fiéry, jusqu'à une vieille habitation en bois, là on monte la colline à sa droite pour arriver aux châlets de la Yentina. Depuis là on avance par une pente légère dans le centre du vallon, ayant à sa gauche le Grand Tournalin et à sa droite les glaciers et le grand plateau du Breithorn, formant de magnifiques chutes de glaces.
Depuis la dernière baraque qui n'est habitée que par des pâtres, on s'élève insensiblement par des plateaux arides, séparés par des roches nues et ayant presque tous des lacs ou des flaques d'eau. En se détournant à droite un peu en dessous de la sommité, on peut aller voir le lac triste et sauvage appelé le Bour Lac (Bour ou boueurt signifie laid). M. De Saussure a recueilli des plantes fort» rares dans le vallon des Cimes Blanches.
1« Lorsqu'on arrive au pied de la Grande Cenietta, on prend à sa gauche par un ravin pour atteindre l'arète qui forme le col le plus bas des Cimes Blanches, à l'altitude de 2911m. On descend sur Yaltournanche par les beaux râturages à/Euilla et de Plambeuk et le hameau de Losanche.
Il faut employer 4 heures de Fiéry à Yaltournanche ;
2° On continue à suivre le vallon pour arriver à la large dépression au nord de la Grande Cemetta; c'est le col supérieur des Cimes Blanches à l'altitude de 302im. On descend au Giomein, d'abord par le nevé en appuyant plutôt sur la droite pour atteindre le gazon, puis par des roches et des clapeys on arrive aux lacs du Goillet, d'où le sentier des vaches conduit au Giomein par la Barma.
Les montures peuvent traverser le col supérieur des Cimes Blanches. C'est une course de quatre heures de St-Jacques d'Ayas au Giomein ;
3» Arrivé au col supérieur des Cimes Blanches, on prend tout-à-fait à sa droite par le glacier. On traverse le PL-n-tendre où Ton rencontre de dangereuses crevasses à certaines saisons et l'on va rejoindre en dessous de la Grand' Fregne (fregne signifie crevasse) la route de Yaltournanche à Zer-
inatt par le Col St-Théodule. On compte dix heures de Fiéry à Zermatt. (Pour l'ascension de la G-iande Cernetta. voir Yaltournanche). g. Passage du Schwarzthor (3594 m.) pour Zermatt.
Ce col, qui est extrêmement difficile, exige une forte journée d'Ayas St- Jacques à Zermatt ; il a été découvert en 1845 par M. John Bail, l'auteur du meilleur Guide dans les Alpes; il se trouve décrit dans Les Grimpeurs des Alpes.
De Fiéry, on prend à sa droite pour s'engager dans le centre du vallon ou combe de Verra, on gravit l'arête qui sépare le petit glacier de Verra du glacier de Félik, puis l'on s'engage sur le glacier de Verra, fort tourmenté dans sa partie inférieure, mais plus facile vers le sommet, ensuite on passe à la base des rochers du Breithorn pour arriver au col qui s'ouvre entre le Breithorn à l'ouest et la cime de Poilux à l'est,
Du col on peut facilement gravir la cime de Poilux haute de 4094 mètres. On descend à Zermatt par le Glacier N&ir ou Schvrarze Gletseher , et le Gorner à la Boute Kumme et de là au Eiffel.
Il y aurait encore à tenter l'ascension du Breithorn par les glaciers d'Ayas et le Grand Plateau.
VALLÉE DE VALTOURXAXCHE.
Cette vallée, qui s'ouvre au nord de Châtillon pour aller aboutir au Mont- Cervin, est une des plus belles et des plus intéressantes vallées latérales du pays d'Aoste, et elle en est la plus chaude, parce qu'elle est protégée des vents du nord et de la vue des glaciers par un cirque de montagnes secondaires. Malheureusement cette vallée est souvent dévastée par le torrent Marinore ou du Mont-Cervin qui couvre la plaine de grèves, emporte le bon terrain et démolit la route sur de longs parcours. En septembre 1360 , une pluie chaude sur le glacier fit tellement gonfler le torrent que la route fut emportée dans sa plus grande partie et qu'il ne resta plus un seul pont debout depuis le Mont-Cervin jusqu'au grand pont de Châtillon.
On travaille actuellement à la construction d'une belle route qui longera la vallée de Châtillon à Yaltournanche et qui facilitera ainsi l'affluence des touristes ; un premier tronçon est déjà construit depuis deux ans. Cette vallée renferme cinq communes qui sont Antey et Yaltournanche au centre de la vallée, lorgnon sur le versant au couchant, Chamois et La Madeleine d' Antey sur celui au levant. Cette vallée a 24 kilomètres de longueur depuis la Doire jusqu'au pied du Mont-Cervin sur une largeur moyenne de 8 kilomètres environ. (Géogr. du pays d'Aoste).
Les habitants de cette vallée sont bienveillants et paisibles, ils se livrent .avec ardeur à l'agriculture, et comme ils possèdent presque tous quelques propriétés, surtout des vignes, entre Châtillon et Chambave, cela les oblige
VALLÉE BE YALTOURNANCHE
à des voyages continuels. En printemps une partie des hommes viennent à. Aoste comme vignerons et en été ils vont dans les chalets en qualité de domestiques pour soigner le bétail et le lait. Une ressource pour les habitants de Yaltournanche consiste encore dans le métier de guide, et l'on y en rencontre d'excellents, déjà fort connus des touristes, tels que les frères Maquignaz, le hersagliere Carrel et beaucoup d'autres. A plusieurs reprises on a essayé de les constituer en société régulière, mais on n'y a jamais réussi et ils ont toujours préféré venir attendre les voyageurs sur la grande route ou devant la porte de l'hôtel à Châtillon ; les voyageurs, dès lors, les choisissent sur la présentation de leur livret : il est pourtant à remarquer que les plus renommés d'entr'eux ne se trouvent presque jamais à attendre ainsi, et qu'il faut les faire rechercher chez eux s'ils ne sont déjà engagés dans quelques excursions.
En 1838, M. le chanoine Carrel a publié une excellente monographie de la vallée de Yaltournanche ; ce travail a paru sur les bulletins du Club Alpin italien et ensuite en petit volume séparé.
En dehors des grandes entreprises alpestres, comme l'ascension du Mont- Cervin, la vallée de Yaltournanche présente un magnifique champ de promenades et d'excursions aux nombreux étrangers qui affluent aux eaux de St-Yincent, et qui désirent faire quelques promenades en montagne sans s'éloigner trop du lieu de leur résidence et sans interrompre leur cure. On trouve toujours facilement des guides et des montures à Châtillon.
De Châtillon à Yaltournanche (4 heures).
Trois routes conduisent de Châtillon dans la vallée de Yaltournanche : la première sur la rive gauche du torrent Marmore. On passe à côté de l'église et de la maison paroissiale de Châtillon, puis près du château, appartenant actuellement à M. le comte Passerin d'Entrèves, autrefois château de la maison de Challant; on monte de là au hameau de Conoz, en passant près du cimetière, puis on suit le chemin sur le bord du ruisseau jusqu'en face du hameau de Champlong, où l'on passe par un mauvais pont en bois sur la rive droite du torrent, pour suivre pendant une dizaine de minutes le bord du torrent et s'élever ensuite par un petit sentier pour rejoindre la route communale de la vallée.
La seconde route s'engage le Ion -y du ruisseau au sommet du faubourg de Chaméran, passe au Cez dè Yô, hameau perdu au milieu de blocs énormes de rochers, et de châtaigniers gigantesques, continue de là par les prairies jusqu'à Champlong, au-dessus duquel on rejoint la route précédente pour ;se rendre au chemin principal. C'est par cette route, soit par le Cez dè Yd, que doit passer la route consorciale que l'on est en voie de construire actuellement.
La troisième route, et pour le moment la principale, s'élève par quelques lacets au sortir de Chaméran jusqu'aux Bovines, au bout desquelles elle redescend un peu le long de la traversée des Châtaigniers, qui commence aussitôt que l'on a dépassé le Paradis des ânes. On voit bien haut dans la montagne sur le versant opposé de la vallée, des restes d'arcs, qui con-
(luisaient un ruisseau sur la colline de Saint- Vincent, c'est le Ru de pan perdu; on voit encore plus haut dans la vallée sur l'autre versant des traces de ruisseaux de ce genre. On a en face de soi les villages et l'église de Torgnon, gracieusement disséminés sur un haut plateau. En dessous de Covalou viennent se rejoindre à cette route les deux routes précédentes. On arrive au bassin de Chessin, au fond duquel se trouvent de vieilles fabriques en ruines. C]est ici que se séparent la route de Yaltournanche et celle de Torgnon, qui prend à gauche. On prend sur sa droite au fond de la prairie, et l'on entre dans le tronçon déjà exécuté de la route neuve. On traverse le torrent sur un large pont en bois, et Ton continue, sans avoir à rencontrer rien de remarquable, jusqu'aux Grands-Moulins , où l'on traverse de nouveau le torrent. L'église d'Antey se trouve à un quart d'heure de distance sur la colline, à droite. Des Grands-Moulins, le Mont- Cervin se présente magnifiquement au bout de la vallée.
La route s'avance entre le torrent et la prairie qwe l'eau inonde souvent: on voit devant soi, sur la montagne â droite, quelques hameaux de Chamois. On traverse Fiernaz et Buisson.
De ce dernier hameau se détache la route qui conduit à Chamois en gravissant le rocher, où l'on peut remarquer deux traces blanches qui indiquent la route au milieu de la montagne, que le torrent de Chamois descend en agréables cascades. Aux Chezo on a de nouveau en face la pyramide élégante du ZMont-Cervin.
On traverse un étroit défilé qui marque la limite entre Antey et Yaltournanche, et l'on arrive à la chapelle d'Ussin, sur la façade de laquelle on lit cette gracieuse sentence: Pax intrantibus, Salus exeuntibus, c'est la photographie du caractère de cette vallée. On aperçoit l'église et le clocher de Yaltournanche. Après avoir traversé la plaine, en remarquant au Moïllin les cascades successives du torrent de Chignana, on repasse le torrent entre Main et Bardolet, pour s'élever par une montée plutôt rapide jusqu'au hameau de La Monta, d'où en dix minutes on arrive à Yaltournanche.
Taltournanclie.
Altitude 1542 m. Population 1287 habitants.
Lorsqu'on découvre Yaltournanche du fond de la plaine en dessus d'Ussin, on comprend le gracieux salut qui reçoit aux limites de la commune: Vax intrantibus, Salus exeuntibus. C'est un magnifique bassin en forme de fer à cheval avec des hameaux gracieusement épars sur la colline au milieu des champs et des prairies; la vallée semble fermée par une chaîne cle hauts pâturages qui la préserve des vents et de la réverbération des glaciers, ne laissant paraître que la svelte aiguille du Mont-Cervin au-dessus des monts des Bussérailles. C'est par erreur copiée d'édition en édition que les guides disent les maisons de Yaltournanche ombragées par des châtaigniers. Les châtaigniers ne montent pas plus haut que le bassin de Chessin et le dernier noyer se trouve aux Chezo, encore sur la commune d'Antey Saint-André.
VALLÉE DE YALTOURNANCHE
Le chef-lieu de Yaltournanche soit Paquier, se trouve au centre de la Commune à l'altitude de 1542 m.
C'est un grand village, prenant le nom de Cfrâloz dans sa partie supérieure. Il y a un fort bon petit hôtel tenu par les frères G-régoire et Nicolas Pessiou sous l'enseigne du Mont-Rose. D'après toutes les relations, cet hôtel se recommande par la propreté et la discrétion.
Il y a dans le pays une station de douaniers.
Yaltournanche, que les touristes se sont contentés jusqu'ici de traverser en venant de Zermatt ou pour y aller, présente un magnifique séjour soit au chef-lieu soit dans sa partie supérieure, dans le bassin du Breil, au Giomein, et des excursions du plus grand intérêt.
L'église, reconstruite en 1855 et 1856, est une des plus belles et des plus imposantes que l'on rencontre dans les vallées des Alpes; sous l'église se trouve une autre église à trois nefs, espèce de catacombe servant de cimetière.
On doit placer sur la place communale (1), située entre l'église, la maison paroissiale et l'ancienne maison de la famille noble de Passerin d'Entrèves, une pierre commémorative avec le portrait-médaillon en marbre de M. le chanoine Carrel, de Yaltournanche, qui a été le premier à faire connaître et apprécier les montagnes de la Yallée d'Aoste en se mettant en relation avec les savants étrangers et en publiant lui-même de beaux travaux sur les Alpes, après avoir été le premier à établir dans la ville d'Aoste et à ses frais un observatoire météorologique régulier.
On doit au chanoine Carrel, mort en 1S70, entre autres publications sur les Alpes : Les panoramas des Alpes Pennines et de la Griuola, pris de la Becca de Xona — La Vallée de Yaltournanche^ publiée par le Club Alpin — Le Gouffre des Bussérailles. publié aussi sur les bulletins du Club.
M, Carrel avait aussi travaillé avec la plus grande ardeur et la plus ferme constance pour obtenir la nouvelle route que l'on va construire dans cette vallée.