CHEMIN DE FER INCLINE DE LA MONTAGNE
Nous nous arrêterons sur la rue Sherbrooke au point où elle rencontre la Rue Bleury, voie importante qui part de la rue Craig et se dirige vers le nord en passant devant I'Eglise du Gésu, la grande église des Jésuites, à Montréal, à laquelle est attenant leur grand collège Ste-Marie.
La rue Bleury, au point où elle se rencontre avec la rue Sherbrooke, change de nom pour adopter le nom de Parc Avenue qu'elle conserve jusqu'aux limites de la cité.
L'Avenue du Parc nous conduit au pied de la montagne de Montréal, du Mont Royal, qui est un des sites les plus merveilleux de ce continent. A droite de l'avenue, on remarque I'Hôtel-Dieu, le plus ancien établissement religieux et hospitalier du Canada et peut-être du continent ; puis la Ferme Fletcher, où se passaient autrefois les grandes revues militaires, et plus loin le Terrain de I'Exposition de Montréal, où se tiennent, chaque année, des expositions agricoles et industrielles renommées, qui amènent à Montréal des visiteurs en grand nombre venant de tous les points du pays. Les expositions ont lieu généralement entre le 15 août et le premier septembre.
Nous quittons alors l'Avenue du Parc pour prendre, sur la gauche, le chemin qui serpente autour de la montagne jusqu'au sommet, et. en arrivant au piçd du Mont-Royal, nous passons d'abord devant I'Elévateur, pour employer le terme consacré très improprement par l'usage pour désigner le Funiculaire ou plutôt le Chemin de fer incliné de la Montagne qui, moyennant huit centins pour l'aller et retour, conduit les voyageurs sans secousse jusqu'au sommet. Cette ascension est des plus intéressantes à faire, surtout par un temps clair, car on aperçoit alors toute une portion de I'Ile de Montréal, la
partie nord, que Ton ne peut pas voir du Belvédère ou du Point de vue que nous atteindrons tout à l'heure.
La route qui gravit la montagne passe sous l'échafaudage en fer qui soutient le funiculaire, et, après des lacets nombreux, atteint le Vieux Réservoir qui n'est plus utilisé que comme réservoir de secours, au cas où le Grand Réservoir de la Rue McTavish ne pourrait pas être employé, pour cause de ré|.aration ou pour toute autre cause. Nous continuons à monter, et nous 'contournons la montagne pour trouver l'emplacement cher au Club de Tobo- GAN DU Parc avec une descente de plusieurs cents pieds dans le vallon qui s'ouvre en bas de la côte. Les jardins et les serres du Parc, qui sont entretenus avec un soin spécial par le gardien en chef, attirent toujours l'attention. Des plates-bandes multicolores avec des fleurs artistement disposées indiquent le goût et l'industrie des jardiniers de la ville.
Encore quelques pas et nous sommes au Point de vue du Belvédère, d'où l'on découvre à ses pieds toute la cité de Montréal, et tout le pays qui s'étend au sud du St-Laurent jusqu'aux Etats-Unis, jusqu'aux Montagnes du Vermont. Cet emplacement, dont les Montréalais sont fiers à juste titre, fait l'admiration de tous les étrangers. Il est de coutume lorsque des visiteurs de marque passent dans la ville, ou lorsque des bateaux de guerre anglais ou étrangers sont stationnés dans le Port, d'inviter les visiteurs ou les officiers à un déjeuner sur la montagne, c'est-à-dire sur cette plateforme d'où Ton jouit pendant le repas d'un coup-d'œil féerique constant. Nous avons vu des officiers de marine, qui avaient parcouru le monde entier, avouer n'avoir jamais rien vu d'aussi beau dans le genre.
La ville se découvre tout entière avec ses grandes
avenues ombragées, qui mettent une teinte verte dans le ton rougeâtre des toitures. De place en place les innombrables clochers de la cité chrétienne se projettent dans Tair et présentent des points de repère, vers Pest, le ciel est noirci par la fumée des usines, c'est le faubourg du travail, le faubourg Québec ; plus loin, les Elévateurs a grain du Pacifique se dressent monstrueux, ayant à leurs pieds des forêts de mâts ; plus loin encore, les tours imposantes de Notre-Dame, notre point de départ ; à droite, vers l'ouest, la ligne d'argent du Canal Lachine, puis l'immense tunnel du Pont Victoria, qui trace une ligne noire sur Tonde bleue du St-Laurent ; à gauche I'Ile Ronde et TIle Ste- Hêlene ; à droite, I'Ile aux Sœurs, I'Ile au Héron, les Rapides de Lachine, et sur l'autre rive l'alignement des plaisants endroits de villégiature où se réunit la société montréalaise pendant des journées d'été : BoucHERViLLE, LoNGUEuiL, St-Lambert, Laprairie ; l'œil ne se lasse pas de contempler l'admirable spectacle de ces richesses naturelles accumulées.
Sur la plateforme on peut se procurer les lunettes et les instruments d'optique nécessaires pour scruter l'horizon, mais il vaut mieux, autant que possible, choisir une journée claire et admirer à l'œil nu toutes, ces splendeurs.
Si le touriste ne craint pas un peu de fatigue et un peu plus de montée, il peut pousser plus haut en suivant la grande route qui l'amène au pied de I'Observatoire de la Montagne, construction à claire-voie surmontée d'une plateforme où se font des observations météorologiques. La hauteur de la tour est de cent pieds environ et c'est le point le plus élevé de l'Ile de Montréal. On l'aperçoit de toutes les directiôns comme point culminant de la montagne.
Il nous faut maintenant revenir sur nos pas pour redescendre vers la ville. Nous repassons devant le Belvédère, et, arrivés en face de la Maison du garde, nous abandonnons la route qui nous avait amenés sur la première montagne pour atteindre la deuxième à travers les Cimetières. A cet effet nous prenons le chemin qui se détache vers la droite, et au bout de quelques centaines de verges, nous entrons dans le cimetière que sillonnent en tous sens des voies parfaitement entretenues.
Les cimetières de Montréal occupent tout le versant d'un coteau appelé Côte des Neiges, et qui leur donne son nom. Le cimetière catholique et le cimetière protestant sont côte à côte, et, comme ce sont aujourd'hui les seuls cimetières pour toute la cité, on conçoit quelle étendue ils représentent et aussi combien de monde les visite chaque dimanche. Ils sont parfaitement entretenus ; de somptueux monuments indiquent la sépulture des principales familles. On remarque en particulier, dans le cimetière catholique, une immense colonne au pied de laquelle passe la grande artère du cimetière, et qui a été élevée à la mémoire des héros tombés les armes à la main dans la Rébellion de 37-38. La sortie du cimetière catholique se fait par une Porte monumentale, surmontée d'ANGES de la RÉSURRECTION en bronzc, gigantesques, qui sont du plus grand effet.
Nous tournons alors à gauche pour revenir vers la ville, et, sous le chemin ombragé, nous apercevons à notre droite, au milieu d'un champ désert, quelques ruines noirâtres, quelques débris d'une chaumière qui occupe dans l'histoire du Canada une large place.
C'est là que fut signée la capitulation de Montréal, entre le marquis de Vaudreuil et Amherst, le général anglais.
Notre poète national, Louis Fréchette, a fait, de cette masure historique, une fraîche description dans son poème : Fors l'Honneur."
Voici ses vers :
A l'ouest de la plaine où grandit Montréal,
Dans un site charmant, poétique, idéal,
Que longe le chemin de la Côte-des -Neiges
Où, du matin au soir, cheminent les cortèges
Qui vont au rendez-vous de ceux qui ne sont plus,
Dans la déclivité d'un immense talus,
-A l'ombre des bouleaux et des bosquets d'érables,
Se dressent les pans noirs, décrépits, misérables,
D'une ancienne masure effondrée et sans toit.
C'est là qu'un jour le morne archange dont le doigt
Inflige la défaite ou fixe la victoire,
S'arrêta pour dicter une page à l'Histoire !
Les travaux accomplis par la Montréal Water AND Power Côy, pour la construction de ses nouveaux réservoirs, a enlevé à l'endroit beaucoup de son cachet poétique, mais le lieu mérite cependant ^une mention.
Du point où la route atteint le sommet de la côte, avant d'entreprendre l'abrupte descente qui mène droit à la rue Sherbrooke, le touriste embrasse en- <:ore de l'œil un panorama grandiose et riche, dont le coin le plus remarquable est l'imposante propriété du Séminaire de Montréal, avec son Collège, le plus ancien collège du continent, ses dépendances somptueuses, • son nouveau Séminaire de Philosophie, etc. D'ailleurs, on trouvera au chapitre des Etablissements d'éducation tous les détails sur le Collège de Montréal. Nous parlons ici au point de vue pittoresque et cette magnifique propriété sur le revers du coteau avec son opulente grandeur contrebalance certainement, comme idée de solidité, l'élégance de l'Université McGill.
Au pied de la côte nous atteignons la rue Sherbrooke que nous avions quittée à l'avenue du Parc pour faire cette jolie promenade qui porte le nom de Tour de la Montagne.
Mais avant de rentrer en ville, il est bon de signaler une tournée plus étendue et que Ton appelle le Tour des deux Montagnes, tournée fort jolie et fort: intéressante, et qui peut se greffer sur celle que nous venons défaire sans l'allonger démesurément. Après être sorti du cimetière, on peut prendre vers la droite, pour se rendre au carrefour du chemin de la Côte-des-Neiges et du chemin de Notre-Dame de Grâce où se trouve I'Aubergede Lumkins, fameuse dans les annales athlétiques de Montréal. C'est là que, dès les beaux jours de la raquette, les clubs se réunissaient après avoir fait la traversée de la montagne. Aujourd'hui ce sport est un peu tombé en désuétude, et l'Auberge n'est plus en hiver que le lieu de rencontre des promeneurs qui font en traîneau le tour de la Montagne.
Si maintenant nous prenons le chemin qui se dirige au nord pour couper la montagne à mi-côte, nous passons au pied du fameux Couvent de Villa. Maria, une des premières maisons d'éducation religieuse du Continent, dont nous avons donné une description dans notre chapitre relatif aux maisons d'éducation. Un malheureux incendie, survenu il y a quelques années, a détruit les spacieux édifices de la maison qui cependant se relève promptement. Le site qu'occupe le couvent de Villa Maria portait autrefois le nom de Monkland. C'était la résidence d'été des gouverneurs du Canada. L'ancienne résidence subsiste. En obliquant vers le Sud, on atteint le chemin de la Côte St-Luc, sur lequel se trouve l'Hos- PICE MacKay pour les sourds-muets protestants.
Puis on tombe sur le chenïin de Westmount, qui
nous ramène en ville. Westmount est un nouveau faubourg de Montréal. C'est une municipalité essentiellement anglaise, riche et élégante. Ce ne sont que jardins et cottages, avec un édifice communal réellement imposant.
Nous voici revenus rue Sherbrooke, nous longeons le mur sud du Collège de Montréal et nous atteignons le pied de la Côte du Cimetière où nous •étions arrivés tout à l'heure déjà.
Et maintenant, entrons dans la cité.
Nous longeons les riches résidences de nos plus opulents banquiers, marchands et financiers, les Allan, dont la résidence de famille disparaît dans la •côte au milieu de la verdure et du feuillage, les Gault, les Van Horne, Lord Mount-Stephens, Abbott, Forget, Drummond, et bientôt nous atteignons FUniversité McGill avec son splendide parc, dont les pelouses magnifiquement entretenues servent de promenade à la jeunesse et même aux enfants.
Deux mots avant d'en arriver là. Sur le côté •ouest du McGill descend la rue McTavish, qui est intéressante parce qu'elle fournit un des accès à la Montagne de Montréal.
Que Ton veuille bien se rappeler que dans notre «descente du sommet, nous avons abandonné la route ordinaire à la maison du garde, pour prendre le chemin qui conduit aux cimetières. On peut revenir plus directement en ville en continuant la route -régulière sur le flanc de la montagne. Cette route descend par quelques lacets jusqu'aux Réservoirs de la cité, que surplombe la propriété des Allan, les grands armateurs, contourne les réservoirs très curieux à examiner, parce qu'ils sont taillés en plein a"oc, et atteint la rue McTavish, qui conduit à la rue Sherbrooke.
Nous ne parlerons pas de l'Université McGill et de ses splendides annexes qui font l'objet d'un chapitre spécial, et nous continuons notre voyage d'exploration dans Montréal, en prenant en face du McGill la Rue Peel, qui nous amène droit au Square Dominion, la grande place publique de la partie anglaise de Montréal. Sur la rue Peel, on remarque en descen* dant, à gauche avant d'arriver à la rue Ste-CatherinCy les énormes bâtiments du High School, aménagés d'après les plans les plus récents.
Autour du Square Dominion s'élèvent une foule des édifices publics les plus fameux de Montréal. D'abord en descendant la rue Peel, I'Hôtel Windsor, un des plus grands hôtels et des mieux connus de ce continent. En face, de l'autre côté du Square, le magnifique édifice de la Young Men Christian Association, d'un style tout à fait moderne.
La Rue Dorchester, qui longe un des côtés de l'hôtel Windsor, coupe en deux parties à peu près égales le Square Dominion. La partie du sud, qui est la moins fréquentée, contient cependant un monument remarquable, élevé à la mémoire de sir John Macdonald, ancien premier ministre du Canada. Ce monument, élevé par souscription, est d'un style très anglais et n'a pas l'élégance du monument de Maisonneuve. Cependant les Anglais de Montréal en sont très fiers.
La rue Peel, qui a pris, à partir de la rue Ste- Catherine, le nom de Rue Windsor, descend le long du Square jusqu'à la gare du chemin de fer du Pacifique Canadien, que l'on appelle la Gare Windsor y cette gare est le terminus de la grande ligne canadienne, dans la partie Ouest, comme nous avons trouvé, au début de cette tournée, pour la partie est de la cité, devant le Jardin Viger, la Gare de V£sL