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LES MONUMENTS DE MONTRÉAL

Montréal n'est pas la cité des monuments. On peut compter sur les doigts ceux qui s'élèvent sur les places publiques et cependant quelques-uns méritent d'attirer l’attention.

Si l'on suit l'itinéraire que nous avons tracé à notre touriste dans Montréal, le premier monument qu'on rencontre et dont nous avons parlé est la Statue de Maisonneuve sur la Place d’Armes.

Nous avons raconté les péripéties de l'érection, deux mots de l’œuvre qui a une très fière allure. Maisonneuve est solidement campé, appuyé sur la hampe du drapeau, la tête haute, il domine son entourage. C'est un des jolis bronzes qui existent sur ce continent, Le piédestal avec ses quatre sujets d'angle, de grandeur naturelle, et quatre bas-reliefs, soutient solidement la lourde charpente du guerrier sans être écrasé par la masse du personnage. Il y a beaucoup de légèreté dans ce support. L’ensemble est digne et gracieux tout à la fois.

En face du Palais de Justice et de l'Hôtel de Ville, au sommet de la Place Jacques-Cartier, s'élève la Statue de Nelson. Ce n’est pas une œuvre d'art, tant s’en faut. Sur une colonne étique dont le platras s’effrite chaque jour, se dresse le héros de Trafalgar, le bras en écharpe. A vrai dire, il faut être prévenu pour reconnaître là l’amoureux de Lady Hamilton. Les orages, la pluie et le vent ont tellement dégommé, verdi, noirci, l’illustre marin anglais

que ses propres congénères hésiteraient à fixer son nom. Quant aux bas-reliefs qui ornent le fût de la colonne et qui sont censés donner la représentation du combat naval de Trafalgar, il y a longtemps que les déchiffreurs les plus convaincus d’hiéroglyphes ont renoncé à y rien retrouver. Cette colonne est une vraie ruine, mais il est défendu d’y toucher. Les Anglais de Montréal la veillent d’un soin jaloux parce qu’elle est censée être, au sein de la population française, le symbole de la domination britannique. Quelque beau jour un coup de vent la renversera, mais l’entêtement britannique est extrême. Il ya

quelques années une conspiration qui rappelle de

fort loin seulement la fameuse conspiration des poudres fut ourdie par quelques étudiants pour renverser par la dynamite cet emblême de la conquête. Mais les jeunes gens qui avaient conçu ce projet furent dénoncés par un des conspirateurs auquel le cœur avait manqué au dernier moment, et toute la bande fut empoignée par la police. Cette affaire qui n’était qu'un simple enfantillage fit un fracas épouvantable dans les cercles anglais de Montréal.

Nous arrivons maintenant au w»monument Chénier

qui a toute une histoire dans la chronique montréalaise. Ce monument se dresse au coin des rues Craig et Saint-Denis. Il fut élevé dans une idée de protestation qui souleva dans le temps d’âpres discussions.

Le Dr Jean-Olivier Chénier, auquel ce monument a été érigé, est né à Longueuil, en 1806. Le Dr Kimber de Montréal, en 1817, ayant remarqué un certain talent dans le jeune Chénier, se chargea de lui donner lui-même son instruction. Il étudia avec ardeur ; le 25 février 1828, il fut reçu médecin et il aila s'établir à Saint-Benoît. Plus tard,en 1831, il épousa Melle Labrie, fille du Dr Labrie, de Saint- Eustache. Peu de temps après, il vint élire domicile

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dans ce dernier village. En 1834, Chénier représenta à l'Assemblée législative, le comté de Montréal.

Il prit une part active à tous les événements qui précédèrent le soulèvement de 1837 et, lorsque les hostilités furent commencées, il se mit bravement à la tête des patriotes de Saint-Eustache, et trouva la mort au milieu d'eux.

L'idée d’ériger un monument au Dr Chénier date de 18837. En juin de cette année, un mouvement se fit parmi la population canadienne-française, pour exhumer les restes mortels du patriote, enterrés à St-Eustache, afin de les déposer sous le monument des Patriotes, an cimetière de la Côte-des-Neiges.

Le Dr Marsil, qui s'était chargé d'obtenir l’autorisation nécessaire de la part des autorités civile et religieuse, pour exhumer la dépouille mortelle du patriote, s’adressa d’abord au grand-vicaire du diocèse de Montréal, M. l'abbé Maréchal, remplaçant temporairement Mgr Fabre, qui était à Rome. Le grand-vicaire ayant donné la permission demandée, le Dr Marcil fit déterrer les cendres de Chénier. Mais, au moment où l’on se disposait à les transporter à Montréal, Mgr Fabre arriva de Rome, et il refusa de confirmer l'autorisation accordée par son grand-vicaire.

C'est alors qu’un grand nombre de citoyens songèrent sérieusement à ériger un monument au héros de Saint-Eustache, et dans le village même où il s'était illustré. Mais on fut obligé d'abandonner ce projet en face de l'opposition soulevée par une certaine partie des habitants de ce village.

Après cet échec, il s'écoula quelques années avant qu’un second mouvement fût tenté. Mais en 1893, grâce à l'initiative de M. Honoré Mércier, on pensa de nouveau à l'érection du monument.

L'érection de ce monument fut bien vue du public en général, Cependant, il y eut une certaine opposition suscitée par quelques descendants des adversaires des patriotes de 1837. Mais le comité ne se laissa pas intimider par eux, et il continua quand même son œuvre, en raison de l’aide qu'il reçut, non-seulement des Canadiens-français, mais aussi de la part de plusieurs Anglais.

Le plus difficile fut d'obtenir de la cité un emplacement pour la statue, et ce ne fut pas sans peine que la permission et la place furent accordés.

Une fois en possession du terrain, le comité du monument redoubla d'efforts pour compléter son œuvre. La statue fut commandée chez W. H.

Mullins, de Salem (Ohio,) et le modèle en fut fait par. le sculpteur Peltzer. M. Joseph Brunet de la Côte-des-Neiges, fut chargé du dessin et de la taille du piédestal,

Ce dernier a un peu plus de vingt pieds de hauteur, statue comprise. La statue a six pieds et demi de haut. Le monument se compose de cinq blocs de granit gris, à l'exception de celui où est l’inscription qui est, celui-là, de couleur rose. Chénier est représenté au moment où il commandait ses soldats improvisés, De sa main gauche, il tient un fusil, tandis que de son bras droit, tendu en avant, il indique l'ennemi. Cette statue est en bronze repoussé.

Dans l’intérieur du monument, une plaque de plomb, sur laquelle sont inscrits les noms des membres du comité et des souscripteurs, a été déposée, La voici:

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