LE BOUCLIER
Cette arme défensive (dont le nom dériye du vieux allemand Buckely bosse, et non pas du celtique bwa^ couvrir, réuni au germain leder^ cuir, étymologie de dictionnaire tirée aux cheveux) s'appelait d'abord en allemand Scitt^ aujourd'hui Sehiidy et en anglais shield et buckler.
On a vu ce qu'étaient les différents boucliers antiques, dont les formes ont peu varié.
Les boucliers les plus anciens des peuples de race germanique (Francs, Saxons, Alemans, Burgondes, etc., etc.) étaient grands, de forme carrée, fabriqués en bois, ordinairement de branches d'osier, et plaqués de bronze. Durant Page dit du fer ces boucliers étaient ronds, et avaient ordinairement une bosse enceîntre, appelée en français ombilic i'umbo [Schildnahel ou Schildbuckel en allemand, shildnave/ en anglais).
Le couvercle de V Antiphonaire de saint Grégoire, de la fin du huitième siècle, conservé à Saint- Gail, représente aussi des combattants armés de petits boucliers carrés et à ombilics pointus; mais le caractère de cette sculpture montre trop de réminiscences antiques ; il pourrait bien provenir d'un dyptique.
Les Leges Longobardorum , manuscrit du neuvième siècle, représentent le roi avec la longue targe allemande, que Ton retrouve encore au quatorzième siècle, tandis que le Codex aureus evangelicus du neuvième siècle, aussi bien que le manuscrit de Wessobrunn, de la même époque, montrentde nouveau la rondache à ombilic qui se retrouve encore dans le Prudenttus et dans le Psalterium do dixième siècle, des bibliothèques de Londres et de Stuttgard, ainsi que sur la tapisserie de Bayeux du onzième siècle, où le
boQclier «n forme 4e cœnr altongft, et queh|QefoiB de la fc»iite«r d'un liotniiie^ paraît l'arme du Normand, et la nondacihe celle de rAogle^axoD.
Oq Toit encore dans le Prudentita Pêychomachia^ etc. , 4ci dmème siècle, de la bibHotbèqfie da musée britannique, des guerriers anglo-saxons armés de rondacbes à ombi* lie ; mais un chevalier de la BiMi<i sacra, manuscrit attribué, à la Bibliothèque impériale de Paris, au dixième siècle, porte déjà le petit écu, forme de bouclier qui ne régna universellement qu'au temps de saint Louis (1226-1270).
Le duc de Bourchaid, de Souabe (965), est représenté à la basilique de Zurich avec un bouclier qui rappelle ceux des Normands de la tapisserie de Bayeux , déjà mentionnée, et ce même genre de bouclier se retrouve dans les mains d'un chevalier sur le bas-relief du cloître de Saint- Aubin, à Angers, et dans celles de la statue d'un des fondateurs du dôme de Naumbourg, du onzième siècle. Le conte de Barcelone, don Ramon Bérenger lY (1440), porte sur son sceau ce même genre de bouclier, qni se retrouve aussi dans les peiotures murales du dèmê de Brunswick, exécutées sous Henri le Lion, mort en 4495. Ces grands boucliers étaient toujours à deux énormes {Bandgriffe en allemand), tandis que les boucliers antiques et particulièrement les grecs , n*en avaient ordinairement qu'un seul. Les longs boucliers étaient en outre pourvus de la guige ou guiche {Hangband en allemand), qui servait à les suspendre sur Tépaule gauche, la pointe en arrière.
Les plus anciens de ces boucliers germaniques, les grands boucliers carrés, dont aucun n'est parvenu intact jusqu'à nous, paraissent avoir été matelassés à Tintérieur, et confectionnés en bois , revêtu de cuir, le tout renforcé par une monture en fer, peinte et ornée de figures bizarres; il a créé l'usage des armoiries personnelles^ comme on Ta vu pages 58 à 60 au Chapitre historique. Plusieurs débris de ces boucliers se trouvent représentés au Chapitre des armes