JAMBIÈRES ET CHAUSSURES
Ce n'est d'abord que le devant de la jambe qui est protégé par la plaque attachée au moyen de courroies sur le bas-de-chausses en mailles. Le tombeau de sir Hugh Hastings, érigé en 1347, parait démontrer qu'à cette époque le chevalier anglais portait encore des chausses et grèves en mailles, tandis que le monument de Mersebourg, du onzième siècle, les miniatures du manuscrit du treizième siècle à la bibliothèque de Berlin, et le Lancelot du Lac^ de 4 360, représentent déjà Tarmure à plates que PAUemagne et la Suisse paraissent avoir adopté les premières, puisque, après le monument de Mersebourg et le manuscrit du treizième siècle, à Berlin, c'est le tombeau de Benhold, mort en i258, renfermant les plus anciens documents où l'on voit représentée celte nouvelle armure.
Les solerets oupédieux (du latin />««, pedis, pied ; Etsenschuh eu allemand, soleret et goaden anglais)^ chaussures articulées en fer ou lamées, ne paraissent remonter qu'au commencement du quatorzième siècle. La chaussure don est armé Rodolphe de Souabe dans le monument de 1080, à la cathédrale de Mersebourg, ne montre pas de lames. Le premier soleret connu est pointu^ et s'approche du soleret de lapoulaine (Aepoulaine^ bec de galère), que Ton croit à tort appartenir seulement au quinzième siècle.
Une preuve incontestable que cette mode existait déjà au douzième siècle, se trouve dans les mémoires de la princesse byzantine AnnaComnena (i080-H48), où l'auteur dit que : «Le Franc est terrible quand il est à cheval, mais dès que sa monture s'abat, le cavalier ne parait plus du tout le même, alourdi qu'il est par son bouclier et les longues chaussures à becs qui l'empêchent de marcher et le rendent facilement prisonnier. » Le manuscrit allemand du treizième siècle, Tristan et Isolde^ montre aussi déjà les chevaliers en chaussures à la poulaincy mode qui parait être venue de la Hongrie, où elle régnait universellement au douzième siècle. On l'attribue cependant aussi à Falco IV,
358 JASBIÈREg ET CHAUSSURES.
comte d'AnjovL (iùSl) et à HeDii U roi d'AiBglelterre {1154- 4189), qui l'adopta po«r cacber âne difformité, ce qui lai a Tdu le sobriquet de Comadu ou C^nmtw^ A la bataille de Sempacb (1386), les chevaliers autricbiens, après être descendus de obeval, coupèrent les lougs bouts de l^irs solerets. La chaussure à la poulaine, qui avait disparu vers le milieu du quatorzième siècle, pour faire place à la forme demi-poulaine ou ogivale de laneette^ reparait vers la fin de ce siècle, et se maintieat de nouveau dans le courant du quatorsièiDe, où, de 1440 à 1470, on adopta cependant aussi la forme arc tiers points et, vers 1485, le demi-sabot ou demi-pied d'ours. Le mbot ou ]e pied d'ours, la ckaussure, propre aux armures cannelées, a régné de 1490 à 1560; il fut suivi du bec de cane. Ce dernier soierét fut remplacé par le housseau et la botte. La connaissance des formes de chaufisures adoptées par les peuples chrétiens de TEurope aux différentes époques du moyen âge et de la renaissance, est très<-iBiportante pour le classement des sculptures, des miniatures et des armes, car le vêtement militaire .a touj<»urs subi Tinflueace de la mode à laquelle était soumis le caslume civiJ.
BA3-DB-CHAU8BES UIItBtS ET KAIUftL - SOLERETS. 9U
fl. BaB de chausse maillé de Ter,
aui apparaît au commencement u onzième siècle et disparaît en partie au commencement du treizième, où il est remplaça par les tumelières.
3. Premier soleret et premièra tumelière connus , d après le tombeau de Rodolphe de Sousbe, de lONO, a la cathédrale de IHersebourg.
i. Pédieux ou soleret & la pou>
laine du douzième, du treizième et de la première moitié du quatorzième siècle.
5. PédieuK ou soleret demi-poulaine ou ogivale-lancelte, ae la Qn du quatorzième siècle.
6 et 7. Pédieux ou solerets A la poulaine, du quinxièine siècle.
SOLERETS ET ORÈTBS.
8. Soleret ou pédieux en arc liera point, en usage de 1450 à im.
9. Soleret ou pëdieux du milieu du quinzième siècle, d'après les bas-reliefs en marbre ayant fait partie de Tare d'Alphonse V, roi d'Aragon, à Naples, à son entrée triomphale en 1443. Cette même forme de chaussures de fer se voit aussi sur une terre cuite de Nuremberg du quinzième siècle, qui fait partie de la collection de Fauteur, et dont le sujet représente Charleaiagne.
10. Grève avec soleret — demisabot, en usage vers 1480 et 1485; elle fait partie d*une armure allemande cannelée dite maximilienne, de la collection de l'auteur; les gantelets mitons ou moufles de cette armure, aussi bien que la forme du soleret, indiquent la fin du quinzième et un peu le commencement du seizième siècle.
11. Soleret - sabot du seizième siècle(1490-1560).— Muséed'artillerie de Paris.
12. Grève persane, d'après un manuscrit du seizième siècle; copie du Schah-Nameh. — Bibliothèque de Munich.
anfiTBS BT HOUSSEAUX,
13. Grève à toleret pied-d'ours, d'une armure allemande cannelée dite maxJmilienne et milanaise, en usage de 1490 à
14. Grève à soleret bec-de-cane, d'une armure en usage vers 1560. Il ne faut pas confondre celte forme de solerels avec celle dite ogivale-tiera-point du quinzième siècle.
16. Housseaux français en cuir, du règne do Louis XV (1715- 1774). Ilssontenformedeguôtre, les reversent trois boulons, les jambières sont lacées, les bouts carrés et les talons de liaute forme. Les éperons daient de la un du règne de Louis XIV, et ressemblent grandement aux éperons mexicains. — A. 333. Musée d'artillerie de Paris.
UÉPERON.
L'éperon (de rUalien sperone) qui s'appelait, au moyen âge, carcaire^ du co/cdr latin (en allemand Sporn^ et eii anglais ^ptir], est composé delà branche [Bûgel en allemand, brmtck ou shank en anglais), de la tige [Hala en allemand, gpumeck en anglais) et delà pointe (Stachel en allemand, prick en anglais) ou de la molette [Rad en allemand, rowel en anglais).
L'éperon parait avoir été employé d'abord par les Romains, qui en comuniquèrent probablement Pusage aux peuples du Nord. Les cavaliers des bas-reliefs assyriens n'ont point d'éperon, ni ceux des monuments persiques et égyptiens, et les Grecs des temps héroïques, qui n'avaient pas de cavalerie et manquaient même de verbe pour désigner l'action de monter à cheval, n'ont pas connu non plus cet instrument.
Les plus anciens éperons étaient à un seul dard^ dont la forme ressemble à la pointe d'un pain de sucre, et qui était fort gros^ sans tige et rivé directement sur la branche. Vers le dixième siècle, l'éperon montre déjà un petit bout de tige qui s'allonge vers le onûème, et se relève en biais au douzième siècle. La molette paraît vers la fin du treizième. Cette petite roue tournante indique par le nombre et la longueur de ses pointes aussi bien l'époque à laquelle appartient l 'éperon, que la forme delà branche et de la tige. L'art héraldique en Angleterre fait dériver le mullet ou l'étoile héraldique de la molette de l'éperon à cin^ pointes, quoique ces molettes appartiennent pour le plus grand nombre au dix-septième Biècle, et qu'en Angleterre la molette à six pointes mAme
L!É9SftOK. 3tt3
fût inconoue. avant le règne de' Henri YI (1422) , mais on en Yoit déjà dans les miniatures de l'histoire romaine, manuscrit bourguignon du commencement du quinzième siècle, conservé à la bibliothèque de l'Arsenal à Paris.
En Allemagne, on avait déjà des molettes à huit pointes au quatorzième siècle, comme le démontrent, au musée national de Munich, les éperons qui ont appartenu aux chevaliers de Heideek et au duc Albrecht II de Bavière. Ces éperons, on tout montre un ISni de travail très-remarquable pour l'époque, se signalent encore plus par la forme et la disposition de leurs branches, qui indiquent que Téperon était porté sur une grève enfer qui protégeait tout le pied, et dont la partie qui couvrait le tendon forme toujours un angle aigu. Avant l'adoption des grèves et plaques comme à l'époque où, vers la fin du dix-septième siècle, la botte avait remplacéia grève, les branches sont arrondies,
La tige qui, au temps du plus haut développement des armes de tournois, au quinzième siècle, s'était allongée outre mesure, se raccourcit de nouveau vers la fin du seizième siècle, où l'éperon a souvent des molettes à douze, quinze et dix-huit pointes.
L'éperon, du temps de Louis XIII, est petit et souvent enjèlîvé par des entailles, tandis que sons le règne de Louis XIV il affecte la forme mexicaine à larges tiges, découpées à jour, et à énormes molettes^ souvent à neuf pointes. A partir du quinzième siècle, le nombre 4e pointes seul ne peut cepen'dant plus Servir de guide, puisqu'il y a continuellement confusion, et les pointes varient de six à vingt, selon. les pays et les époques. De tout le harnais, l'éperon est la pièce qui offre le plus d'incertiUftde pour son classement' cbronologiqne.
ÉPERONS
t et 8. Eperons allemands enfer, du huitième siècle, trooTés à Groschnowitz, près Oppeln. — Musée de Berlin.
A 1. Éperon en or de Cbarlemagne. — Musée du Louvre.
3. Eperon. danois en bronze, à pointe de fer, du huitième siècle.
— Musée de Copenhague.
4. Eperon allemand en fer, du huilième siècle, trouvé à Gnevikon, à Ruppin. — Musée de Berlin.
5. Eperon allemand en fer, du dixième siècle, trouvé près Brandebourg.— Col. de l'auteur.
6. Eperon anglo-saxon ou normand, du dixième ou du onzième siècle. — Tour de Londres.
7. Eperon allemand, du dixième siècle, trouvé à Constance. — Musée de Sigmaringen.
8. Eperon allemand en fer, du onzième siècle. — Musée de Sig-
^ maringen.
^ 9. Eperon allemand en fer, du douzième siècle, d'après les
geintures murales au dôme de runswick, exécutées sous Henri le Lion, mort en 1195.
10. Eperon anglais en for, de la fin du douzième siècle, trouvée Chesterford. — Musée Neville à Audley-End.
11. Eperon d'après un reliquaire du douzième siècle, de la collection du dernier roi de Hanovre.