‹ Guide des etrangers a Milan et dans les environs de cette villeChapitre 20 sur 67 · IX · texte numérisé non relu

IX

Eglise de S, Marie délie Grazie*

i. Ce fut en 1^65 , que les Jacobins prirent possession de cette église ; ils furent ensuite comblés de bienfaits par Ludovic Sforza, surnommé le Maure. Le nommé Gaspard Vimercati fournit l'espace nécessaire pour le bâtiment; il fit peindre aussi une image de la Vierge, dont îui et sa famille s'abritaient sous le manteau qu'il plaça dans une chapelle ; et cette image , appellée du nom de Madonna deUe Graz e , occasionna le titre , qu'on donna ensuite à l'église. Sforza ordonna qu'on l'agrandit en forme de croix latine, mais la chûle de ce duc fut la cause que l'édifice demeura imparfait. Ce ne fut qu'après quelque tems , qu'on y joignit une coupole majestueuse , supportée par quatre grands arcs , avec des chapelles en forme de demi

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cercle aux deux côtés. Le dehors de l'église aussi fut chargé dornemens en terre cuite, de médailles, d'armoires , d'emblèmes, etc.

2. La façade est construite dans le goût de 1 architecture gothique , on y voit cependant une espèce de pronao avec deux colonnes sur le devant, qui , quoique bâti à l'époque de Sforza , est cou* slruit dans le goût de l'architecture renaissante. Ba is la lunette au dessus de la porte on voyait autrefois une peinture que I on attribuait à Léô* nard , quoiqu'il y eut des connaisseurs, qui en doutaient.

3. Dans la première chapelle à droite on voit la copie d'un superbe tableau de Gaudents Fer,ari, représentant S, Paul assis, qui existait autrefois à cette place Dans la quatrième on voit du même Gcmdmce des peintures à fresque de la Flagellation et de quelques autres sujets , appartenants à la passion de J. C. Ces" tkivrages, quoique dégradés par l'humidité , sont encore admirables par la richesse de la composition , la grandiosité de la manière , la régularité du des-» sein , et la douceur de la touche de quelques parties, qu'on trouve en même tems agréable et surpréi jante. Le tableau de l'autel dans cette chapelle, représentant la Piété , est l'ouvrage de Jean Baptiste Secchi , surnomme le Caravnggio ?

ou le Caravaggino , qui y apposa son nom et la date de 1616. Dans la cinquième François Vicantini , ou, suivant lavis de quelques écrivains, Charles Urbïn de Crema , peignit dans le dessus d'autel J. C. crucifié avec d'autres figures , et dans lu voûte les Prophètes et les Sybilles* Dans la chapelle qui suit, un peintre erémonais , nommé C&riolamo , peignit au dessus de l'autel la Vierge avec plusieurs saints, et il signa ce tableau avec son nom, ce qui n'a pas été remarqué par les auteurs des anciennes descriptions de la ville, qui ont fait passer ce tableau comme l'ouvrage d'un inconnu Ce Coriolano d'ailleurs doit être joint à l'histoire, au catalogue des peintres, qui ont travaillé dans nos églises. Les fresques de celle chapelle sont de Fiammengkini. S. Jean Baptiste , que 1 on voit peint dans la septième chapelle , passe pour un ouvrage de François d Aclda , gentilhomme milanais , qui vivait dans le siècle XVI ; les fresques à l'enlour «ont l'ouvrage à' Octave S-Tiini. Les compartimens de la voûte dans la Ituiti me boni ornés des peintures , dans lesquelles a représenté les quatre Docteurs et les symboles des Evangélistes ; ce sont des ouvrages qui sortent apparemment de l'école de Léonard-

4 Les parois du chœur ont été peints à frejque çar François Malcotto ; et le tableau à. l'huile ,

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qu'on voit au fond , est l'ouvrage de Nuvolone. — Nous ne parlerons pas du fameux tableau du Titien, représentant J. G. couronné d'épines, qui se trouvait à côté du maître autel , et qui ayant été transporté au de là des Alpes , n est pas revenu. — Dans la chapelle de la Vierge , on voit limage, dont on a parlé ci-dessus n. 1 , peinte en gouache, dont le travail n'a pas de mérite ; mais à gauche de l'autel on voit quelques beaux fresques, qui appartiennent à l'école de Léonard, Comme dans ces fresques on a aussi représenté la Vierge , c'est , peut-être , à cause de cela , qu'on a fait passer quelquefois l'image de 1 autel , comme étant l'ouvrage de Léonard lui même.

6. Dans la sacristie le tableau de l'Assomption à été peint par Félix Borelli , véronais. Un autre tableau , où 1 on voit S. Jean Baptiste et un dévot , supposé par quelqu'un le même Vimer-^ cati , qui fir peindre la Vierge , est un ouvrage de Marc ah Oggiono. Vimercati , qui vivait avant la moitié du siècle XV , n'était probablement plus à l'époque où un écelier de Léonard peignit ce tableau, ce qui pourtant n'a pas été remarqué jusqu'à présent. Dans la lunette au dessus de la porte de la sacristie , on voit une peinture en monochrome de la Vierge avec l'enfant Jésus , et deux demi-figures , dont l'une , à ce qu'on croit , est le portrait de Ludovic Sforza.

6. Dans une chapelle à droite, qui appartient à la famille Bonomée , on voit un tableau de S. Paul , attribué à Pierre Gnocchi. Dans la derrti ère , qui est tout près de la porte , la Vierge avec S. Rose de Lima au devant , a été peinte par Mont alto.

7. Dans le réfectoire du couvent annexé à l'église , on voit les restes de la fameuse peinture de la Cène, l'un des plus grands ouvrages de Léonard , qui formait avant sa perte l'objet de l'admiration de tous les voyageurs. Les nombreuses vicissitudes, auxquelles cette peinture a été sujette de tout tems, ont amené sa destruction presque totale ; il semble que la main des hommes ait rivalisé avec celle du tems et de la nature , c'est à dire de l'humidité de l'emplacement , pour gâter ce chef d'ceuvre de l'art: des mains inexpertes ont été assez hardies pour couvrir et défigurer les traits admirables, qui avaient été peints par ce grand maître; il ne reste plus que quekme contour qui parait tracé de sa

naain. Nous possédons heureusement quelques copies de ce grand ouvrage; et c'est à l*aide de t es copies et de ce qui reste de ce fresque précieux, que le chev. Joseph Bossi , dont nous avons parlé ailleurs avec éloge , a tiré une représentation exacte de cette peinture de grandeur

VEB.CELLIÎVE, 1^1 pareille à l'original, qui a été exécutée en mosaïque par le célèbre artiste M. Raffaelli Le chev. Bossi a aussi publié un volume, rempli d'érudition et des notices les plus précieuses touchant Thislcire de l'art et celle de ce grand peintre , et de cet ouvrage en particulier , sous le titre .• Del Cenacolo di Leonardo , etc.

8, Vis-à-vis de la muraille, où l'on voit les restes de cette peinture admirable, Jean Donal Montorfano peignit à fresque la Crucifixion de J. C avec un grand nombre de figures , et la ville de Jérusalem vue de loin, ouvrage assez estimable , (jui porte le nom de l'auteur et l'an i5gS. — Dans un des cloîtres du couvent, servant à présent de quartier à la Gendarmerie! etR. , et au corps des Pompiers v ou voit quelques fresques peints par Bernard Zenale de Triviglio, le con» temporain et lami de Léonard, qu'on suppose même lui avoir donné qtieiqu'avis à l'égard de la composition de la Cène. C'est dommage, que ce6 anciens fresques négligés, soient dans un état de dépérissement , qui ne peut être qu'afHU géant pour les amateurs des beaux arts.

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