‹ Guide des etrangers a Milan et dans les environs de cette villeChapitre 6 sur 67 · DESCRIPTION DE LA. VILLE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA. VILLE

Coup et œil général sur la Géographie, l'Histoire , et la Topographie de la ville de Milan,

1. T. va ville de Milan est située dans une plaine très fertile entre le Tesin et l'Adda , à 260 61' de longitude orientale, et à 4^° 27' 5i" de latitude boréale Les eaux de ces d^ux rivières, que l'on détourne artifirieusement à l'objet d'arroser les campagnes, contribuent infiniment 4

cotrp ii'&iL geaeiul, ec.

Sfcrfgmentcr la fertilité naturelle du terrein 'Lt sfrl de la ville est élevé de fio toises , ou à peu près , au dessus du niveau de la mer. L'air généralement n'est pas malsain , mais il est tant soit peu humide , soit â cause des canaux navigables, et de ceux qui sont destinés â l'irrigation, qui entourent cette ville ; soit à cause de la quantité des près arrosés dans toutes les saisons . qwe I on trouve tout près de son enceinte.

2 La fertilité extraordinaire du territoire de Cette vile, et même de la plus grande partie de la Lombârdie , contribua de tout lems à la prospérité , et à renricîriî&ement de la mélropole. Sa situation presque centrale dans une plaine assez éloignée de la mer, et des grandes rivères navigables, nè paraît rait pas, au premier coup d'œiï, favorable à ses restions commerciales, cependant deux canaux de navigation, qu'on y a conduit , l'un de l'Adda , l'antre du Tesin , ne servent pas seule-* ment à amener da^s la ville les denrées de tous les pais situés près du fac IV ajeur , et du lac ds Corne , mais ils ouvrent aussi une route très favorable au trafic que Ion peut faire avec la Suisse, l'Allemagne ét le Piémont Le noiveau caraï . qu'on a ouvert, et qui va «e jetter dans îe Tesii au dessous de Pa\ie , à peu de distance I* l esrîiisucimre de cette rhiére dans 3e Pe,

DE LA Vir,T,3 DB MJXAtf. 3

établir une comunication directe entre cette ville et les plus grandes rivières et la mer

3. La population de Milan était censée à îa fin du siècle passé de 120 à i5o mille ames ; depuis quelques années elle s'est augmentée , et elle est à présent de 140,000 à peu près. Cela peut être attribué à l'enchaînement des événemens politiques , qui ont donné un essor à l'industrie , qui ont mis en circulation plus de capitaux , qu'il n'y en avait auparavant ; et qui ont formé de cette ville le centre de plusieurs opérations importantes.

4. Ce serait un travail très pénible que de rechercher l'origine de Milan, comme il le serait aussi à l'égard de plusieurs des anciennes villes de l'Italie. Elle fut anciennement la capitale des Gaulois Insubriens : ces peuples vaillans en imposèrent quelque fois aux Romains; il se ran~ gèrent enfin sous la protection de ces maîtres du monde , et Milan par sa grandeur , par ses richesses, obtint le litre de Rome nouvelle , cunda Koma. Plusieurs monumens anciens, et le fameux épigramme d'Ausone , que l'on a gravé à Milan sur une table de marbre à côté d'une place publique , nous apprennent , qu'il y avait dans cette ville un cirque , des théâtres , des temples, des thermes, des palais impériaux* «t

4 COtfP D'<RIL GENERAL , CC.

plusieurs empereurs romains , dont quelques ung étaient même citoyens, ou liraient leur origine de ce municipe , y séjournèrent quelque tems # ou ils honorèrent de leur visite cette métropole. On voit quelques restes des monumens annoncés par Ausone , et plusieurs dénominations subsista : tes rappellent la mémoire de bien d'autres, qui ont été détruits.

5. Lorsque l'Italie fut envahie par les barbares, Milan fut au nombre des villes qui se ressentirent le plus de ce malheur. Elle fut saccagée , et presque détruite par Altila dans le siècle V ; avant la moitié du VI elle le fut de nouveau par Vitiges roi des Goths ; elle le fut une troisième fois par Alboin roi des Longobardes , que Narsetes et la faiblesse des empereurs d'Orient avaient portés à tenter une descente en Italie. Ce fut alors , que même l'archevêque , les saintes vierges, et une partie du clergé furent forcés à chercher vin asyle hors de la ville. A^ ilulphe , et Théodolinde se montrèrent favorables aux Milanais ; il reste même quelque monument de leur piété à Monz;» , où i!s siégèrent quelque tems , et ailleurs. Mais Ternaire des Longobardes ayant cessé lorsque Didier leur dernier roi fut fait prisonnier, la ville passa sous la domination de Charlemagne, des empereur?

BJS LA VtLLB DE MItAW. 6

Garolinges ses successeurs , et ensuite des empereurs d'Allemagne. Jouissant de leur protection , elle forma pendant quelque lents une espèce de république; c'éaient tan ôt les archevêques, tantôt les notables , optimati , qui étaient à la tête du gouvernement sous l'influence des ministres en«o^és par les empereurs, missi dominici. Ce fut dans cette époque , qu'il s'éleva des querelles fâcheuses entre les citoyens , que la guerre civile s'alluma , et que la lutte entre le peuple , et les notables , qui prenaient tour à tour le dessus , apporta souvent des changemens dans le gouvernement, qui devenait tour à tour aristocralique, ou démocratique.

6\ Ce fut en 1102 , que cette ville fut accablée du plus grand malheur par l'invasion imprévue de Frédéric I , surnommé Barbtrousse* Ce prince , qui était déjà indisposé contre les Milanais, irrité plus encore par les instigations de quelques villes rivales de la métropole , s'en rendit le maître par violence , en lit sortir tous les citoyens , ordonna qu'on démantelât toutes les fortifications , et fit abattre toutes les murailles , et presque toutes les maisons. Il ne resta que quelques églises , ed d'aulres monumens publics , qui datent d une époque antérieure à eet événement. Ce ne fut qu'après cinqu ans ,

coup »*œir. gevebal, ec.

que les citoyens commencèrent à rebâtir les murailles de la ville et quelques maisons ; ils parvinrent même à ramasser quelques forces, à attaquer ce puissant ennemi et à le mettre en déroute ; ils reprirent alors la forme républicaine du gouvernement sous la régence des préteurs , comme il était d'usage à cette époque dans plusieurs villes de l'Iialie.

7. Après la paix de Constance , Milan fut en* aore en proie aux querelles suscitées par les factions des Guelfes , et des Guibellins , et peu après par la discorde , et la rivalité de deux familles puissantes , les Fisconti et Ips Tor* rrani, uu de la Tour, qui dans le XIII siècl# $e disputèrent e domaine de cette ville tantôt sous le nom de capitaines et de défenseurs du peuple , tantôt sous le prétexte de leur noblesse et de leur puissance. Ce ne fut qu'en i3to, que l'empereur Henri VII, étant venu en Italie pour recevoir la couronne , et arranger les affaires des états d'Italie après la paix , chassa les Torriani de Milan, et y établit Mathieu Visco^b, qui fut à même de transmettre à ses descer dans la seigneurie sous ce titre, et cela jusqu'à sou petit neveu Jean Galéace, qui étendit son domaine sur 55 autres villes , et qui prit le titre de duc en i5qS. Le même ordre de choses continua

DE ZA VILÊB DE KIX.A3T. ç

jusqu'à l'époque de i447 » dans laquelle le domaine fut transféré à Ja famille de François Sforza, et il y fut conservé jusqu'à ce que Ludovic Sforzs, surnommé le Moro , 1* oppresseur de sou ne eu Jean Galeace, s'avisa d'inviter les Français à faire une descente en Italie, afin de chasser de JYaples les Aragonais j et ayant ensuite manqué de fox a «x aUiés , qu'ij. avait appelle à son secours , fut lui même traîné prisonnier en France , où il mourut dans 1 état le plus déplo* rable

8. Le domaine des Français dans la Lombardie se soutint jusqu à l'année i5i2 , dans laquelle on remit sur le siège ducal Maximilien Sfoiza -, mais à peine trois ans s étaient écoulés, qu'il fut contraint de céder de nouveau la souveraineté à François I roi de France. Un des frères de Maximilien , Frarçois Sforza, reconvra pour quelqu'instant le domaine de ses ancêtres , majs lui aussi ne put pas ce soutenir. Il mourut en î535 sans laisser d'enfans , et l'élal fut regardé en conséquence corne étar t un fief de l'empire, «t dévolu â 1 empereur Charles V , qui en accorda Y investiture à son fils l'archiduc Philippe* et par ce moyen la souveraineté passa aux roi* d'Espagne , et de ces derniers à la maison d'Au$ triche , et aux empereurs ^'AUema^ne. Sous leur-

8 COUP D'ŒIL GEXÊIUL, ec.

gouvernement la ville et 1 état jouirent assez long lems du bonheur de la paix, et de la prospérité.

g. Ce ne fut qu'en 1796, que toute ia partie septentrionale de l'Italie ayant été envahie par l'armée Française , la Lombardie reçut une nouvelle constitution , et adopta la forme du gouvernement démocratique •• Tannée suivante Mi» lan devint la capitale de la république Cisalpine ; en 1799 elle fut reprise par les impériaux: mais ces derniers ayant quitté de nouveau l llalie en 1800, Milan et le« états dépendant renvirent encore au régime républicain. Au bout de deux ans la république Cisalpine fut transformée en Italienne, et en i8o5 elle obtint le titre de royaume; à celte époque la ville de Milan devint la capitale d'un état assez vaste et assez remarquable par ses ressources et sa puissauce. Les derniers evénemens politiques entraînèrent la chute de ce royaume, et le démembrement de quelques provinces qui en furent détachées , et rendues à leurs anciens souverains ; mais sur ces ruines s'élève à présent le nouveau Royaume Lombard- Vénitien , réuni aux domaines de la maison d'Autriche, et dans ce nouvel état Milan conserve encore son ancien grade et sa dignité <Je capitale de la Lombardie.

KO. Pour ce qui concerne la topographie de

DE LA VILLB I>T5 MILAtf. 0 cette ville , on en a un plan très exact , dessiné par Pinchetti, que l'on peut joindre à cet ouvrage. Son étendue égale à peu près celle des plus grandes villes de 1 Italie ; ses murs s'approchent de la forme circulaire, et la circonférence est à peu près de 5ooo toises, ce qui repo à presqu'à la mesure de 3 lieues de France. On trouve dans les anciens livres le tour extérieur de la ville porté à 10 milles d'Italie. Ce n'est que depuis peu que l'on peut se former une idée exacte de ce tour , parcequ'on a entrepris tout récemment une route de circonvallation , exécutée sur un plan magnifique , qui étant conduite près de sou terme , présente l'avantage d'une promenade très agréable à l entour de la ville.

n. Les murs qui existent , furent bâtis en 1^549 sous l'empire de Charles V , par les ordres du gouverneur Ferrant Gonzaga, et d'après les principes de l'architecture militaire de cet âge. Les fossés, qui furent creusés par le peuple, lorsqu'il cherchait à se défendre des attaques de Barberousse , servent à présent pour la plus grande partie à recevoir les eaux des deux canaux navigables, qui arrivent à la ville, et ils en constituent le cours dans l'intérieur Les portes que 1 on voit encore en dedans du canal, dont quelques unes sont doubles ou à deux arcs * coin-

M COÔP B'ŒIL GENERAI, eC.

me celles de la porte Neuve , et de la porte Orientale , sont les restes des anciennes muraille* construites par les Milanais en 1167, lorsquils rentrèrent dans la ville après les dévastations de Barbérousse.

12. Les portes par lesquelles on entre à présent dans la ville, sont au nombre de 11, dont six sont les principales , et cinq les subalternes. Les principales sont la porte Orientale, que Ton appelle aussi Renza , soit par une corruption du nom d'Orient, soit par corruption de celui à'Argentea^ qu'elle portait , peut-être, anciennement ; la porte Romaine , la porte de Pavie , ou Ticinese , qui a prise pendant quelque temg îe nom de porte Marenco , la porte de Verceil, ou Vcrcellina , la porle do Como, ou Comas'i-* na, et la porle Neuve, par laquelle on passe à Monza. Les cinq portes secondaires ou subalternes, qu'on appelle auss du nom de petites portes , ou Portelli, sont désignées par les noms de Tosa, Vigentina, Ludovica , Pôrtello di porta fercellina , 0 del Castello , e Tanaglia ; les deux dernières à cause de leur proximité l'une à l'an* cienne forteresse , l'autre à une de ses fortifia ça lions.

ï3. La forteresse a été démantelée, et il n'e$ reste que deux grandes tours, et une partie des

BE la ville ds MILAN. il

blUmiens , que l'on a converti en une caserme magnifique. On prétend, que ce fut le premier ouvrage en ce genre d'architecture militaire , que l'on eut jamais vu en Italie ■ ce qui est hors de* doute , c'est que ces anciennes fortifications da< iaient de l'an 1627 et qu'elles avaient été construites par ordre du comte de* Bel^iojoso sous la direction du fameux architecte César Ces arien > très connu par ses commentaires su- Vitruve.

i4« On a imaginé à différentes époques des divisions topographiques et politiques de la vil* le , dont on a puisé les noms le plus souvent dans la nomenclature des portes. On a établi ensuite l'arrondissement de chaque porte . les quartiers , les seêtierix les ri on* • c'étaient toujours des arrondissemens A, présent les arrondissement politiques sont au nombre de quatre. Dans cet ouvrage, afin de conduire l'étranger plus sûre* ment, et avec plus d'ordre, on a suivi la divi-v sion des portes , en commençant par la porte Orientale , ou se trouvent la cour et la cathédrale

L'Eglise métropolitaine , ou il Duomo.

i. Cjette église est digne de remarque entre les plus célèbres de l'Italie, et même de toute l'Europe, soit par sa grandeur, soit par la matière, dont elle est construite, soit enfin par la singularité plutôt que par la régularité de son plan , et par la quantité des ornemens , et le nombre des statues , qui l'embellissent.

2. Le goût de l'architecture allemande , que l'on appelle comunement gothique , caractérisée sur tout par la forme de ses arcs , et de ses cintres en ogive, s'était introduit en Italie depuis le siècle XII. La construction de ce grand édifice fut commencée en i38tS ; ce fut le duc Jean Galéace Visconli qui l'entreprit , et on croit que ce fut pour remplir un vœu qu'il avait fait à la Vierge ; il est probable aussi que ce fut pour accomplir les désirs du peuple , qui était impatient de voir élever une cathédrale digne de la grandeur et de la magnificence de la capitale lde la Lombardie C'est un fait bien constaté que e duc fit présent à l'église d'une carrièr* 4©

PORTÉ ORIENTALE. l3

larbre blanc statuaire , plus propre à résister iux influences météoriques, que celui de Carrare, Jont le transport ne présentait pas des grandes difficultés ; puisque de la Candoja , où la carrière se trouvait, on faisait descendre les plus grands blocs par la Toce dans le lac Majeur , et de là jusqu'à Milan par le Tesin, et le canal connu sous le nom de Naviglio grande*

3. Oa croit généralement, que l'architecte de cet édifice surprenant ait été un Allemand, nommé Henri G amodia , ou Zamod a ; quelques uns en attribuent le plan à Marc de Campione ; on nomme aussi d'autres architectes , dont on trouve quelque mémoire dans les archives de la fabrique de l'église; mais on pourrait bien supposer que le plan eut été conçu long tems avant son exécution, et dans ce cas là le nom véritable de l'auteur serait encore inconnu. Quoique le style de l'architecture soit gothique , cette église présente un caractère de grandeur et de majesté , qui commande le respect, et qui convient tout à fait à un édifice de cette nature. Toutes les parties de l'édifice , et même le toit , et le dessus , sont de marbre blanc , auquel le tems a imprimé une teinte brunâtre, qui relève le ton de l'ouvrage, et l'effet de l'architecture. On continua à travailler pen* àaiU deux siècles sur l*anciea plan j mais lorsque

»4 *ORTÉ'

éu tems de S.t Charles Borromée on voulut commencer la construction de la façade , les architectes furent d avis , que l'on tâchât de réunir la manière gothique avec la grecque , et le célèbre Pellegrîno Pellegrlni dressa un plan , qui ne fut exécuté en partie que sous le cardinal Frédéric Borromée , protecteur zélé dessciencts, et des arts. Ce ne fut que pendant la courte durée du royaume d'Italie , que des ordres furent donnés pour le complément de cette façade, et Von vit ce grand ouvrage terminé en peu de tems dans îe goût de l'ancienne architecture gothique , à la réserve de cette partie de la façade , qui avait déjà été arrangée dans le goût de la bonne architecture sur la fin du siècle XVI.

4. L'église est en forme de croix latine : le plus long de ses bras, qui s'étend depuis la porte du milieu jusqu'à la croisée , embrasse cinq nefs; les deux bras latéraux, et la portion qui renferme le chœur, ne sont composés que de trois, et on a laissé pour la construction des sacristies l'espace , que les autres deux nefs auraient occupé , c'est par ce moyen que l'on a conservé parfaitement l'éuritmie au dedans et au dehors , et qu'on a évité toute sorte d'irrégularité. Les deux bras latéraux ne se prolongeât au dehors de l'édifice, que l'espace de la

ORIENTALE, î5

largeur d'une des nefs les plus petités , c'est à. dire des latérales, dont chacune n'est que la moitié de celle du milieu. La hauteur de cette nef est de 78 brasses de Milan 3 chaque brasse correspond à la mesure de 22 pouces de Paris. La séparation de toutes les nefs est formée par 62 grands piliers cannelés , ou cordonnés , dont la forme est presqu'octogone , et qui sont tous égaux «n grosseur , à la reserve des quatre piliers qui soutiennent le dôme, ou la coupole, dont le diamètre est un cinquième de plus , ce qui a été fait à l'objet de pourvoir à la solidité de V édifice «ans nuire à l'effet de la perspective. Dans le mur d'enceinte * is-à-vis des piliers on a établi tin demi pilier, et o-i en voit deux tiers' prononcés dans les angles, destinés à soutenir 1« croisement des ogives,

5. Chacun des piliers est de la grosseur de quatre brasses. L'espace ompris entre deux piliers des nefs Les plus pelites, en le mesurant du cerlre de chaque pilier, s été id jusqu'à 16 brasses ; il rst do^c aisé de calculer par là la mesure géî pie puisque la grande nef est précisément le double des pet tes Huit de ces espaces cnlre les colonnes où les p'.liers, forment la longueur ioiale de l'église avant 1 arriver à la croisée, et la longueur de» deux bras réunis égale de même

j5 *ORTfc

celle de huit espaces et du bras principal. Trois, et demi de ces espaces forment le dernier bras de la croix , dans lequel est placé le chœur , et cette dernière partie se termine en trois côtés ou trois faces d'un octogone.

6. La longueur intérieure de l'église, mesurée depuis la façade jusqu'à r extrémité du polygone, est de brasses; la largeur des cinq nefs réunies est de 96 brasses , et la largeur totale de l'église dans les deux bras latéraux Se la croix , sans les chapelles , qu'on y a joint dans un âge postérieur^ est de 118 brasses; avec ces chapelles elle est de 1^6. Chacun des deux bras» et la portion qui embrasse le chœur , est de la longueur de 64 , le mur d'enceinte est de l'épaisseur de 4 » c est à Peu Pr^s la même , que celle des piliers.

7. Le plan original ne présentait que trois portes correspondantes aux trois nefs du milieu , de même qu'aux trois grandes fenêtres , qui sont placées aux trois côtés du polygone derrière le chœur. Deux autres portes avaient été établies au bout des deux bras latéraux pour servir au passage fréquent des citoyens , et à la ventilation de l'air, et au dessus de ces portes on avait pratiqué des fenêtres très amples , dont on a fermé à présent les deux tiers , parcequ'on a

ORïEtfTAÏiB. 1J

construit à la place des ces portes deux chapelles prononcées hors du corps de l'église , dont on a p*rlé ci dessus n.ç 6, Ces chapelles furent substituées aux portes, afin d'ôter tout prétexte aux irrévérences, que l'on commettait en passant à travers l'église pour abréger le chemin , quelque fois même avec des paquets de marchandises. On plaça cependant à l'angle, qui reste à l'extrémité du bras latéral à droite de la croix, un escalier, par lequel on descend à une galerie souterraine , et de là o« remonte par un autre escalier au palais de l'archevêché.

8. Les nefs de l'église, comme on a remarqué ci-dessus , diffèrent enlr' elles en hauteur , ce qui est dérivé peut-être de la coutume des architectes du Word de donner aux toUs une forme acuminée, afin de mettre les édifices à l'abri de la neige, pour lequel objet on a introduits les arcs gothiques in sesto , ecl in terzo acuto , comme on les appelle en Italie. La hauteur de la nef du mi ieu est de 78 brasses ; celle des deux latérales , ou moyennes, de 5o; celles des dernières, ou des plus petites , de 4° L'auteur du plan original avait pourvu à la distribution régulière des fenêtres , afin que le temple ne manquât pas de lumière ; mais on a fait ensuite des changement k «>et égard , et la coutume d'encadrer dans ce§

t& SORTE

fenêtres des vitrages colorés , et même peînH , et représentans des sujets d histoire, produisit nécessairement une obscurité qui déplaît généralement dans les édifices gothiques , mais qui cependant est vantée par quelques écrivains comme fcrès convenable au caractère, et à la majesté des temples /

g. Les chapiteaux 'les colonnes ou des piliers % qui séparant la nef lu. milieu des moyennes sont dignes de remarque puisque chicun d eux est orné de huit niches destinées à recevoir auta nt de statues avec leurs frontispices acumicés , qui sont, peutêtre, les seuls dans leur geore. L'intérieur de la coupole est orné de même de niches et de statues. Il y a aussi des co mai seur^ qui admirent la charpente de marbre des trois g a d< s fet.êlres , que l'on voit derrière le chœur Du pavé de léglisc au sommet de la coupole on compte 112 brasses ; la lanterne qui -'élève dessus le sommet , est de la hauteur de i5 , de sorte que la plus grands hauteur de l'intérieur simo lté à 1^7 brasses.

10. Il n'existait anciennement que le maître autel suivant la rigueur de la liturgie ambroisienne, et il était ()lacé sous la coupole ; mais du tems de S.t Charles on réhaussa le pavé de la nef du oiilieu au delà de la croisée, et dans cet espace on plaça le maître autel et le chœur j eu ap

pliqua aux deux premiers piliers de ce bras deux îoges en forme d'anneaux enrichies de bas reliefs , et soutenues par des statues en bronze ; en éleva entre ces piliers, et les deux qui suivent, deux orgues magnifiques , et on plaça par tout dans l'église des chapelles , et des autels.

il. L architecte avait établi au dehors un g ro i pilier quarré contre chacun' des demi-piliers appliqués au mur d'enceinte de l'église Ces gros piliers furent chargés d'ornemens ; on ne se contenta pas d'y appliquer des bases, et des enta~ blures magnifiques , mais à chacun des trois côtéâ on plaça une statue sur une base bien décorée 9 et on la couvrit d'un baldaquin très élégant. On prodigua les ornemens môme sur les parois des cotés des grandes fenêtres; on les chargea de statues décorées dans le même goiit,* et ce fut par c£ moyen que les statues se multiplièrent au dedans et au dehors , et jusques sur les pyramides du toit , au pqint qu'on en compta le nombre étonnant de 4400< Les noms des sculpteurs ne sont connus qu'en partie on loue cependant Christophe Solari , auteur de plusieurs belles statues, André Fucina , Biaise Vairone , les deux Biffi. , père et fils, Jérôme Pristinari , Jean Baptiste Bellandi , Gaspard, et Joseph Vismara , Dénis Bussola, Cjiarles Simone (ta } Antoine Albertini^

£e PORTÉ

Baptiste Volpini (ou plutôt de Ma gis tris , surnommé Tolpino)^ Charles Bono , etc. Quelques uns de ces artistes travaillèrent aussi dans la grande Chartreuse de Pavie , comme on le verra sur la fin de cet ouvrage , et le marquis Malaspina dans sa description de la Chartreuse , en parlant de Christophe So an, dit que sa touche la plus forte s'approchait de beaucoup de cell« de M<ckela> ge* 11 a cependant appliqué le sur* nom de bossu à Christophe , et même à André Solari, sculpteur, et peintre estimable, ce qui ferait croire que tous le deux eussent porté ce sobriquet, qui ne pai ait avoir été appliqué qu'à Christophe.

12 La partie où Ton a le plus prodigué les ornements, c'est le dessus de l'église. Une partie de la décoration a été introduite apparemment à cause de la hauteur inégale des nefs ; une autre a été suggérée par les arcs gothiques des fenêtres : au sommet de chaque hauteur » et à l'extrémité des toits on a établi un parapet à jour qui servît de couronnement; on y ajouf a plusieurs escaliers en marbre pour monter d'un toit à l'autre, des gouttières finement travaillées pour l'écoulement des eaux , et les aiguilles furent portées jusqu'au nombre de 98 , et toutes enrichies de statues , et é'ornfirnens dans le goût des arabesques gothique?

ORÏÈlVTAtfi. 2i

k3. L'aiguiHe du milieu se distingue par sa1 hauteur et sa magnificence File devait être munie de quatre escaliers dans les angles , donC un seul a été exécuté : elle devait être portée aussi à une hauteur plus considérable , mais on ne lui donna que 49 brasses d'élévation au dessus de la lanterne , et on plaça à son sommet une statue de la Vierge en cuivre doré de la hauteur de 7 brasses, qui jointe à celle de Vin* térieur de 127 , et à celle de 49 de l'aiguille , donne pour le total l'élévation depuis le pavé jusqu'à la statue de i83 brasses, ou 335 pieds et demi de Paris. C'est une hauteur, à laquelle il est rare de voir portés les édifices les plus élevés de l'Europe.

i4» Le plan original portait deux clochers > que l'on ne songea pas à construire. Charles Buzzi, qui donna ensuite le plan d'une façade, y avait compris les clochers; César Ces arien avait imaginé , peut-être avec plus de raison , de les isoler tout à fait . à présent l'on ne voifc qu'une tour provisoire assez basse , dans laquelle trois grosses cloches sont suspendues.

i5. Entre les ouvrages, qui n'appartiennent pas au genre gothique, on remarque les portes avec les bas-reliefs qui les embellissent , de même e[iie les fenêtres } cjue I on croit architectées paf

*4 *OATÉ

Ctranu Le bas-relief du milieu qui représente la.Création d'Eve, a été sculpté par Gaspard VU smara; les bas-reliefs, qui servent d'ornement aux portes latérales, et même aux gros piliers, qui se trouvent à droite et à gauche , sont des ouvrages de Charles Biffi, de Pierre Lasagni , de Vismara , que Ton vient de nommer , de Dénis Bussola de Joseph Vismara , de Charles Bonn . et du nommé Prevosti Dans les flancs des piliers les bas-reliefs sont sculptés par César Paganiy par Charles Bi/zzi, par Jnge Pizzi , par Rusca , par Charles Jérôme Marches i , par Charles Marie Giudki, par François CarabelU tïDonat son neveu, par Joseph Feirandino, et par PartheJemi Riùossi Parmi les statues , qu'on a placé dernièrement -sur le devant de la façade, on remarque quelques beaux ouvrages de Pizzi\ de Pacettî , de Rusca, de Monù de Milan, et ée quelques autres sculpteurs distingués.

16. En entrant dans l'église , on est surpris de voir les belles colonnes , qui servent d'ornement à la grande porte en dedans. Ce sont les plus belles, et les plus grandes colonnes, qui aient été tirées de nos carrières de granit rouge , et que Von ait dressées, et mises en œuvre,- elles sont d'autant plus remarquables, qu'elles ont reçu un très beau poliment» Une inscription en bronzr ,

gravée sur celte porte , nous apprend , que le maîlre autel fut consacré par Marti» V, lorsqu'il revenait de Constance , et que le temple le fut par St Charles. L'architecture de cette porte f et même des latérales, est attribuée à Fabius MangonL

17. A quelques pas de dislance de la grande porte on trouve le baptistère \ construit er» forme duo labernacle isolé, d'après le plan de Pelle-' grini. On y admire un vase de porphire très beau , qui probablement était autrefois à l'usage des Thermes, et fut peut être, destiné ensuite à renfermer lès corps de quelques martyrs. A présent il sert à la cérémonie du baptême, que Ton pratique par l'immersion de la tête des nouveaux nés . suivant la discipline de i'église Àmbrois*enne Les colonnes, que l'on voit à l'en* tour , et qui soutiennent la voûte du tabernacle t sont de marbre rouge de Àrzo dans la province de Lugano , nommé rnacchia vecchia , et lee chapiteaux sont de bronze

18. Pel/egrini donna atissi le plan de quelques chapelles , que S t Charles fit construire en marbre i d'autres furent construites sur les plans don* nés par le Cerano et par Martin Bassi , architecte célèbre, qui se distingua aussi par ses écrits* Dan$ ces chapelles on voit quelques peintures^

È4 SORTfe

qui ne sont pas dépourvues de mérite. A droité on voit S te Agathe en prison visitée par S.t Pierre , peinte par Frédéric Zuccari , et S.t Augustin entre deux Anges de Melchior Gherardini \ dans une autre chapelle, 7? ossetti , dit le Fiant* menghino, peignit la Vierge avec St Victor, et S.t Roch en habit de voyageur

19. Une de ces chapelles est très remarquable par sa richesse ; c'est celle où sont déposés Jean Jacques, et Gabriel de Médicïs, frères de Pie IV. Le dessein du tombeau est de Michel Ange Buonarroti ; les statues et les bas-reliefs de bronze sont des ouvrages de Léon Leoni de Menagio, surnommé le Chevalier Crétin ; les six colonnes de marbre très fin , qui servent d'ornement, ont été envoyées de Rome par le Pape.

20 La grande chapelle construite à l'extrémité du bras droit , et dédiée a S.t Jean Bon , contient quelques bâs-reliefs travaillés par les Vismaray François Zàraùatta, Syre Zannelli, ou Zannetti> et Dénis Bussola. A l'entrée sont placés deux colosses de stuc , qui sont l'ouvrage de Giudici* Les deux chapelles ,qui se trouvent entre l'escalier qui porte à la route souterraine et la sacristie, ont des bas-reliefs au dessus des autels au lieu de peintures; le martyre de S.le Agnes, sculpté par Çharks Beretta , y fut substitué à un tableau ,

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où lê même sujet avait été peint par Cctmïllè Procaccini; la Présentation de la Vierge , de même que quelques statues dans la chapelle suivante , sont l'ouvrage d'un sculpteur nommé le Bustino.

21. Quoiqu'on ait enlevé un beau tableau de Baroccio, représentant la Déposition de la croix, la sacristie méridionale renferme encore plusieurs objets , qui peuvent intéresser les amis des beaux arts. Au tableau de Baroccio on a substitué une peinture du Cerano ; Christophe Solari a travaillé pour cette sacristie une belle statue du Sauveur enchaîné à la colonne s ou y voit aussi deux statues d'argent de grandeur naturelle de S.t Ambroise et de S.t Charles, dont l'une est enrichie de quelques pierreries ; deux Évangélislaires , dont l'un d'ivoire , et l'autre d or et d'argent , donnés en présent à l'église par l'archevêque Héribert, élu en 1018; deux dyotiques sacrés, qui ont été illustrés par des sçavans antiquaires ; la croix du cha; itre tOule en or ciselé d'un travail très ancien,- un devant d'à tel brodé par Lovise , ou plutôt par Antoinette Pellêgrmi, fameuse ouvrière en ce genre du siècle XVI \ un tableau du chev. del Cairo; et une pièce de tapisserie de haute-lice , dessinée par Raphaël , ou par quelqu un rie ses élèves.

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