INDICATION DES PRINCIPAUX GITES DE PLANTES FOSSILES EN BELGIQUE
A part les nombreux charbonnages de nos deux bassins houillers, il est assez difficile d'indiquer, d'une façon précise, les gîtes fossilifères que l'on peut explorer avec succès, attendu que la plupart de ces gîtes n'ont été renseignés que d'une façon vague. Il est, du reste, à remarquer que rien n'est changeant comme les gîtes fossilifères au point de vue de leur exploitation : de nouveaux apparaissent par l'ouverture de carrières ou de tranchées, tandis que d'anciens disparaissent par des travaux de remblaiement. Il importe, avant tout, que le paléontologiste connaisse suffisamment la géologie stratigraphique, afin de pouvoir diriger ses recherches avec intelligence. Il visitera les gîtes déjà connus et il tâchera d'en découvrir de nouveaux, en parcourant les tranchées
des chemins de fer et des routes en construction ; de plus, il ne négligera aucune carrière récemment ouverte dans les terrains qui sont réputés fossilifères.
Nous allons passer en revue la plupart des gîtes connus, en suivant Tordre stratigraphique des terrains.
§ V. — Terrain camhrien.
Le terrain cambrien de Belgique (terrain ardennais de Dumont) renferme des empreintes qu'on a rapportées à des Algues : Oldhamia radiata, Eoj^liyton Linneamim, Caiilerpites cactoides, Bythotrepliis gracilis, Rîcssopliycus jûudiciis eiCliondrites. La première espèce, qui est peut-être une Algue, se trouve dans les phyllades verdâtres et bigarrés de Grand- Halleux ; la seconde, qui est douteuse comme forme végétale, existe dans les phyllades noirs reviniens du massif de Stavelot ; la troisième, qui n'est probablement qu'une trace animale, est abondante dans les carrières de coticule de Lierneux et de Verleumont; enfin, les autres formes, qui n'appartiennent vraisemblablement pas au règne végétal, s'observent dans les quartzophyllades salmiens.
§ 2. — Terrain siluonen.
Jusqu'à présent, le terrain silurien de Belgique n'a encore révélé que des vestiges de nature fort douteuse et qui pourraient bien n'être dus qu'à des infiltrations ou à des traces d'animaux. Les quartzites de Strichon, entre Villers-la-Ville et Fleurus, recèlent des empreintes désignées par Coemans sous le nom de Licropliycus elongatus (Algue ?) ; dans les quartzites de Roux, près de Fosses, on a trouvé d'autres empreintes rapportées au Bytliotrepliis fiexuosa (Algue?).
§ 3. — Terrain déwnien.
I) Etages inférieurs. — Dans l'assise des phyllades coblentziens, les schistes grossiers d'Herbeumont renferment des traces rapportées à des Fucoïdes; çà et là, on observe des traces animales qu'on avait autrefois rapportées aux Algues et qu'on a désignées sous le nom de CJiondrites.
Dans le poudingue de Burnot, les gîtes de végétaux fossiles sont nombreux ; mais la plupart d'entre eux ne présentent malheureusement que des empreintes tout à fait indéterminables, à cause de leur mauvaise conservation. Parmi les localités où ces gîtes ont été constatés, on peut citer les carrières à pavés ou
à moellons entre Transinne et Tellin, aux environs de Grupont, Forrière, Ambly, Jemeppe et Rendeux, les escarpements et les talus dans la vallée de FOurthe entre TilfF et Angleur. Les seuls gîtes connus , où Ton ait recueilli des empreintes déterminables, sont ceux du bois Collet, au sud de Fooz-Wépion, dans la vallée de la Meuse, de Rouveroy (schistes cuivreux) et de Naninne. Dans la carrière à pavés du bois Collet, se trouve un banc de grès renfermant de belles empreintes de tiges ou branches du Lepidodendron Gas2nanum, mélangée à d'autres empreintes qui représentent peut-être des ramuscules décortiqués du même Lepidodendron. Dans les schistes de Rouveroy, on trouve des tiges ou branches et des ramuscules du Lepidodendron Gaspiamim et, en outre, une forme végétale qu'on a désignée sous le nom de Filicites pinnatus. Le troisième g\ie existe à quelque distance de la station de Naninne, dans la seconde tranchée du chemin de fer vers Assesse. Ce gîte se poursuit à droite de la tranchée, au revers de la colline, où il existe d'anciennes carrières abandonnées. Les empreintes de ce gîte sont en assez mauvais état de conservation; toutefois, on a cru y reconnaître des traces de Lepidodendron Gaspianum et de Bornia transitionis .
II) Étages sîcpérieurs. — On a découvert dans les roches rouges de Mazy (province de Namur) qui
appartiennent probablement au système du calcaire de Frasne, une empreinte qui a été désignée sous le nom de Scliizopteris primaeva.
III) Étages supérieurs. — Les psammites du Condroz ont plusieurs bancs de leurs assises pétris d'empreintes végétales; mais, généralement, celles-ci sont réduites à un état tellement fragmentaire, que leur détermination est à peu près impossible. Il est cependant probable que ces nombreux débris ont été fournis, en grande partie, par une flore dont on a retrouvé les traces à É vieux, dans une carrière à pavés située en face de l'écluse. Dans cette carrière, il existe plusieurs bancs extrêmement riches en empreintes. Celles-ci, souvent remarquables par leur beauté et leurs dimensions, appartiennent à cinq espèces bien caractéristiques : Palaeopterîs liibernica var. minor, Splienopteris flaccida, Tripltyllopteris elegans, Rhacopliyton condrusorum (Fougères) et Lepidodendron notlium (Lycopodiacée). Le RTiacophyton a dû être une espèce extrêmement abondante et a probablement fourni la plus grande partie des débris dont certains bancs sont pétris ; le Palaeopterîs est assez commun, ainsi que le Splienopteris ; mais les Tripliyllopteris et Lepidodendron sont rares. Dans la vallée de FOurthe, certaines assises des psammites recèlent de grosses empreintes charbonneuses qu'on n'a pas encore pu déterminer et
qui sont peut-être dues au Bornia transitionis . Dans le bois de La Roc, près de Feluy (Hainaut), il existe une ancienne carrière où l'on a découvert XePalaeopteris hihernica et de grosses empreintes comme celles de la vallée de TOurthe. Les psammites du Condroz renferment de nombreuses traces animales qu'on a, par erreur, rapportées à des Algues [CJiondrites, etc.).
§ 4. — Terrain carhonifère.
I) Étage inférieur. — Dans les carrières ouvertes dans le calcaire carbonifère aux environs de Dinant, il existe de grandes empreintes ou traces fucoïdes qui pourraient bien appartenir à des Algues marines.
II) Étage moyen. — Dans des carrières ouvertes à Samson dans Fampélite de Chokier, on trouve des empreintes de Bornia transitionis. C'est apparemment des empreintes de la même espèce qu'on observe dans les phthanites qui se présentent en affleurements au camp de Casteau près de Mons.
III) Étage supérieur. — L'étage supérieur de notre terrain carbonifère comprend les deux bassins houillers dits du Hainaut et de Liège. Ces bassins sont deux immenses gîtes végétaux que l'on peut exploiter scientifiquement en visitant, soit les travaux souterrains des mines, soit les terrys qui sont formés aux abords des puits d'extraction.
Le nombre et la variété des empreintes qui se trouvent dans les assises séparant les veines de houille sont très-sujets à varier, en sorte que les terrjs sont tantôt remplis d'empreintes et tantôt extrêmement pauvres en débris végétaux. La richesse ou la pauvreté des terrys peut aussi tenir au genre des travaux exécutés dans les mines.
Nous ne pouvons citer ici les nombreux charbonnages que le paléontologiste doit visiter et lui signaler, un par un, ceux qu'il doit explorer de préférence.
Comme le caractère de la flore houillère s'est modifié plus ou moins durant l'immense période du dépôt de nos veines de houille, il importe que le paléontologiste visite les charbonnages qui peuvent lui offrir des empreintes appartenant à la série complète des strates houillères. L'indication de celles-ci lui sera fournie par la géologie ou par les ingénieurs attachés aux charbonnages.
Le terrain houiller remplit une profonde et large vallée, formée par une dépression de calcaire carbonifère. Cette vallée traverse la Belgique, en passant par Quiévrain, Mons, Charleroi, Namur et Liège. C'est à deux lieues à l'est de Namur, près du ruisseau Samson, qu'elle est le moins profonde; de ce point, elle s'incline à l'ouest et à l'est pour atteindre, vers Mons et Boussu, une profondeur
de 2,270 à 2,370 mètres en dessous du niveau de la mer et, vers Liège, une profondeur également considérable, mais moindre qu'au Couchant de Mons. Les couches houillères étant déposées dans cette vallée en fond de bateau, il s'ensuit que c'est à la périphérie des deux bassins que les couches inférieures se rapprochent le plus de la surface du sol, et que c'est vers le centre que se trouvent les couches les plus récentes. Partant de ces données générales, le paléontologiste pourra déjà prévoir dans quelles parties des deux bassins il rencontrera les empreintes des différents niveaux. Dans ses recherches, il aura à tenir compte de la profondeur des veines exploitées dans les charbonnages.
Les mines du Couchant de Mons doivent être citées en première ligne, à cause de la richesse extraordinaire des empreintes que renferment leurs terrys et du grand nombre de puits d'extraction rapprochés dans un espace restreint. Les fosses qui entourent Jemmapes sont particulièrement intéressantes à visiter.
Les charbonnages de Bascoup, de Trazegnies et de Forchies ont été, pendant ces dernières années, très-riches en empreintes.
Aux environs de Charleroi, on trouve quelques espèces qui font défaut aux alentours de Mons.
Les charbonnages de la province de Liège parais-
sent être beaucoup moins riches que ceux du Hainaut, du moins à en juger par leurs terrjs. A ce propos, nous ferons remarquer que la pauvreté de certains terrys peut tenir à ce que les débris provenant de l'ouverture de nouvelles galeries ou d'autres travaux ne sont pas tous amenés au jour et sont employés à combler certaines galeries devenues inutiles.
§ 5. — Terrain permien.
Jusqu'ici, le terrain permien, du reste représenté d'une façon très-restreinte en Belgique, ne nous a offert aucune trace de plantes.
§ 6. — Terrain jurassique.
Le terrain jurassique n'a encore offert, jusqu'à présent, en Belgique, que quelques traces végétales indéterminables.
§ 7. — Terrain crétacé.
I) Massif crétacé du Hainaut. — Les argiles plastiques de La Louvière, au hameau de Beaume, renferment de très-beaux cônes de Conifères : Pinus Omalii, Briarti, Corneti, Andraei, gibhosa, Heeri, depressa et Toilliezi et des fragments d'une Cycadée : Cycadites Scliachti, Pour explorer ces argiles,
placées à une certaine profondeur, il faut profiter de quelques travaux de creusement qui se font de temps à autre.
Dans la craie à Anderlues, on a trouvé des empreintes des deux Seqtcoia; dans la meule de Bracquegnies, on a recueilli des fagments pétrifiés de troncs de Cupressoxyïon.
II) Massif de Maestricht. — A Cannes et à Lanaye, les carrières creusées dans le tufFeau devraient être explorées avec beaucoup de soin. Il est probable qu'on y découvrirait des empreintes végétales plus ou moins nom^breuses et se rapportant à des espèces déjà décrites provenant des mêmes terrains de Maestricht et d'Aix-la-Chapelle. Il y a quelques années, on en a extrait un énorme tronc de Cupressoxyïon.
§ 8. — Terrain éocène.
Dans la marne heersienne du Limbourg, aux environs de Gelinden, on a trouvé les vestiges d'une flore extrêmement intéressante, représentée surtout par de belles empreintes de feuilles. Les espèces de cette flore décrites jusqu'à présent s'élèvent au nombre de 60. Il faut les rechercher dans les marnières.
Les grès landéniens à Carnières renferment des traces végétales; mais elles sont indéterminables.
Dans une argilite calcarifère bleuâtre appartenant au système panisélien de Dumont et qu'on a rencontrée en creusant un puits de houillère à Trazegnies, il existe des empreintes d'un Gaulinites [Zostera] qui n'a pas été déterminé spécifiquement.
Les sables bruxelliens, soit à Bruxelles même, soit dans les alentours de cette ville et dans quelques autres localités du pays, renferment des fruits et des parties de tronc silicifiés de Nipadites, des traces de Canlinites (Zostera)^ des troncs, des cônes et des ramuscules de Conifères.
Le paléontologiste doit visiter avec attention les nouvelles carrières et les tranchées ouvertes tout autour de la capitale.
§ 9. — Terrain miocène.
Le sable noir de Diest, à Anvers, a offert un tronc de Conifère qui n'a pas été déterminé génériquement.
§ 10. — Terrain pliocène.
Aucun gîte de végétaux n'a encore été signalé dans le terrain pliocène.
§ 11. — Terrains rpiaternaires .
Aux environs de Romsée (province de Liège), il existe d'énormes blocs de poudingue dont la pâte siliceuse renferme des moules et des empreintes de feuilles, de branches, de cônes, etc., dont la détermination exacte n'a pas encore été faite. Ces restes végétaux pourraient bien appartenir à la flore tertiaire.
§ 12. — Terrains modernes.
Les puissants dépôts tourbeux du littoral recouverts par l'argile bleue d'Ostende conservent des restes végétaux appartenant, en grande partie, à la flore actuelle du pays. On y trouve cependant quelques espèces qui ont disparu de nos régions; mais qui vivent encore sur plusieurs points du continent européen.
Les tufFs modernes renferment des moules d'espèces appartenant à notre flore vivante.