LA CHASSE ET LE CHASSEUR
La chasse est tout à la fois une étude et un plaisir.
Elle a été je principe de toutes les sciences, la source de toutes les voluptés permises et de toutes les pudeurs.
C'est à elle que l’homme primitif dût son premier roast-beef et son premier 4aut-de.chausses.
Elle a présidé à la naissance des arts. Les plus anciens monuments de la ronde bosse antique furent gravés sur les cornes du grand cerfet sur les défenses du mammouth. Les haches, les couteaux et les fièches de silex taillés pour la chasse, que nous ont légués nos ancêtres pré-historiques, ne laissent aucun doute sur les connaissances aussi variées qu'étendues qu'ils possédaient en minéralogie.
Ils ont connu bien avant Monsieur Moh, réchelle des duretés comparatives.
La chasse est aussi une grande passion. La plus absorbante, la plus dévorante, la plus délirante des passions.
Qu'étaient l'amour, la fortune et l'ambition aux époques bénies où l’homme et le grand ours habitaient des cavités voisines ? Qui oserait prétendre, après avoir lu monsieur Boucher de Perthe, que le plus idiot des troglodytes eut hésité un instant entre un fusil à percussion centrale et la plus suave des Eve de l’âge de pierre, eut-elie été embellie des mil-
lions de Monsieur Vanderbilt et de la couronne de Monsieur Carnot.
Comme toutes les grandes passions, la chasse a été amoindrie par les appétits moins élevés qui en dérivérent. L'amour, qui ne fut autrefois qu’une des fonctions de cet entraînement primordial si merveilleux, en affaiblit la force, en ternit la pureté, en s’infiltrant peu à peu dans des cœurs qui n'avaient battu jusqu'alors que pour les émotions du /ancer et de l’Aallalr.
La science, cette joie de ceux qui n’en peuvent plus ou n’en peuvent pas avoir d'autre, lui porta, elle aussi, la plus rude atteinte. Quelques chasseurs réduits à l’inaction par le coup de trompe d’un mastodonte ou la griffe d'un tigre des cavernes, se donnèrent pour tâche de décrire les animaux qu'ils ne combattaient plus. L'imagination aidant, ils leur prêtèrent des qualités et des défauts qui n’existaient que dans leurs récits. Accablés de nombreux loisirs ils parlèrent beaucoup et ne furent pas démentis par les chasseurs que flattaient leurs mensonges ou que la fatigue et le dédain empêchaient de protester. Peu à peu, le vwlgum pecus, qui date de cette époque, s'habitua à confondre la parole et l’action. Le chasseur fut relégué au second plan et la zoologie, née d'un accident de chasse en ces temps rerulés, a continué jusqu’à nos jours son œuvre d'empaillement, qu’elle semble avoir transformé en sacerdoce.
Ecarter le chasseur n’était point assez encore. Sa voix autorisée pouvait se faire entendre et battre
è CHASSEUR DE PELLETERIE 7
de victorieusement en brèche les données quelquefois
ingénieuses, quoique presque toujours erronées, ré-
été pandues par la science. Mais comment décréditer ce
éri- témoin dangereux, inaccessible à la crainte et que
des son unique passion rendait impeccable? On l’accusa
eil- de mensonge ! Tout chasseur est menteur, dit le pros'in-
verbe, et cet immonde adage fit fortune comme font attu fortune toutes les calomnies.
t de De nos jours, qui croit les chasseurs ? Je pourrais
dire moi seul. Que ne puis-je ajouter? et c'est vent assez !
, elle Cependant, que:le amère aberration que cette eurs incrédulité? Nier, n'est-ce pas avoir perdu le sentimas- ment de plaisirs infinis ?
don- Ceux qui ne peuvent point chasser, s'ils veulent ls ne participer à tous les délires cynégétiques, doivent leur croire au chasseur! Cela semble difficile, pénible aient de même au premier abord, mais que d’ineffables jouisoisirs sances ensuite !
s par Si je n'avais la confiance la plus entière, la plus u que candide dans le chasseur et dans ses récits, je vouester. drais l’acquérir au prix des plus fabuleux efforts, ne oque, serait-ce que pour protester contre les inévitables chas- 5 clichés, répétés en mille manières, depuis Gaston e, née Phœbus jusqu’à nos jours, par les gens d'esprit. À CON- Le chasseur, du reste, dédaigne l'esprit, cette ment, faculté singulière qui ne doit rien à l'idiotie, et n’emprunte rien à l'intelligence. Cette forme vieillote e. Sa di et démodée du septicisme lui inspire la plus profonde
battre £a pitié. La vigueur et l'intelligence nécessaires pour