‹ Guide du chasseur de pelletrie [microforme]Chapitre 20 sur 43 · RAT-MUSQUE (OU-ONDATRA · texte numérisé non relu

RAT-MUSQUE (OU-ONDATRA

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Montagnais, O-tshe-esk—Anglais, Musk rat,

Voilà certainement de toutes les bêtes portant fourrure celle que la loi aurait dû le moins protéger, car le rat-musqué, malgré toutes ses qualités exquises, adore le foin des prairies fraîches et se pâme de joie dans l'avoine verte, qu’il dévore de tout son cœur.

On ne saurait s’imaginer combien ce petit animal, qui devient légion, peut produire de ravages dans les récoltes les mieux surveillées. Aussi les législateurs n’ont point hésité à le protéger avec une efficacité incontestable dans quelques comtés populeux et très cultivées. C’est ainsi qu'ils ont interdit sa capture du premier mai au premier avril, c’est-à-dire pendant onze mois sur douze, dans les comtés d'Yamaska de Richelieu et de Berthier. Admirons cette prévoyance, dont, à tout prendre, le petit animal qui nous occupe est digne à tous égards.

Le rat-musqué, malgré quelques différences spécifiques assez sensibles, est proche parent du castor, dont ila les mœurs vertueuses et les habitudes louables.

Comme ce dernier, sa nourriture semble exclusivement végétale, et dans nos territoires de chasse, où l’avoine est un mythe et le fourrage choisi assez rare, ilse nourrit plus particulièrement de racines aquatiques, qu'il va chercher au fond de l’eau et

qu'il vient manger sur le rivage en été, ou en hiver sur la glace, dans laquelle il fore un trou qu’il recouvre d’herbage et qu'il entretient abrité et couvert pendant toute la saison froïde.

Il vit en parfaite intelligence avec les castors, dont il partage quelquefois la cabane, où l’attirent et les provisions d'hiver accumulées par celui-ci et aussi, sans doute, son admiration pour ce membre influent de la famille des rongeurs.

[l sait réparer les demeures abandonnées par les castors, et s’y loger confortablement sur des lits de mousse qu’il y transporte. IÎl se creuse également des terriers à double issue dans les falaises glaiseuses des ruisseaux et des rivières.

Lorsqu'il a choisi ponr logis une cabane habitée par les castors, on est toujours assuré de IF voir, à la tombée de la nuit, prendre l’eau, quelques instants avant eux. [l semble leur servir d’éclaireur.

Lorsque les derniers rayons du soleil se sont éteints à l’horizon, il surgit avec précaution au milieu des branches entassées autour de la cabane, nageant doucement, ridant à peine la surface de l’eau et le corps entièrement snbmergé. On dirait qu’il explore les environs. Puis, après quelques instants de cet exercice, il plonge bruyamment, revient à la surface et se dirige d'assurance, soit vers le milieu du lac, soit vers le rivage, (Quelques minutes après son départ, le castor fait son apparition.

Sa ressemblance avec ce deraicr est très grande. li n’en diffère que par sa queus plus longue et plus

étroite, par sa taille beaucoup plus petite, et par les vésicules odorants, ou muses, que les chasseurs appellent #o/es ou rognons et qui lui ont valu le qualificatif de musqué qui orne son nom. Sous ce rapport on voit qu’il est moins bien partagé que son parent le castor, qui en possède quatre, mais cette infériorité blessante ne semble pas avoir modifié ies bonnes relations qui existent entre ces animaux.

Le rat-musqué est plein de courage. lise défend avec la plus grande énergie. [1 meurt sans faiblesse, sans détourner la tête, regardant en face le coup qui le menace et qui va le frapper, et cherchant à mordre son ennemi jusqu’à son dernier soupir.

Ses vertus prolfiques sont toutes canadiennes, c'est-à-dire, étonnantes. Sa femelle lui donne tous lés ans deux portées de onze petits, et quelques chasseurs prétendent même qu’elle renouvelle cet exploit jusqu’à quatre fois dans l’année. Une fois par trimestre ! Aussi, dans les lacs bien pourvus de plantes aquatiques se rencontre-t-1l en abondance extrême, et sa chasse y devient aussi fructueuse qu’amusante.

Lorsque le crépuscule commence, on voit les ratsmusqués arriver en foule de tous les points du lac. Ils nagent ça et là, se croisent, s’entrecroisent et plongent à la recherchent des racines charnues des nénuphars qu'ils arrachent du fond et transportent au rivage pour les manger à loisir. C’est le moment de faire parler la poudre, mais, ainsi que pour le castor, il faut viser juste et le plus possible à la tête, afin de ne pas trop endommager la peau.

Pour cette chasse, je conseille l’emploi du plomb No 8, surtout si l'on se sert d’un fusil à bascule ; avec cette arme, les petits plombs garnissent mieux.

Le bruit du fusil les effraye peu, quelques instants à peine ; néanmoins il est bon de se tenir immobile et de conserver avec soin l'avantage du vent, car, s'ils paraissent avoir l’ouïe peu sensible, ils ont en revanche l’odorat excessivement développé, et les parfums qu’exhale l'espèce humaine leur paraissent, ainsi qu’à tous les animaux sauvages, profondément antipathiques.

On le chasse également avec l’attrape et avec le piège No 1, appelé sauteux. Les attrapes les plus employées sont celles de construction simple comme l’attrape à martre et comme le 4 de chifire. On le capture aussi avec des collets.

Les pièges, les attrapes et les collets se /endent dans les chemins, portages ou sentiers tracés et battus jusqu’à terre par le passage réitéré de ces animaux, au milieu des herbes et des abrisseaux qui tapissent les rives des lacs et garnissent les prairies marécageuses environnantes. Le rat-musqué portage beaucoup la nuit et ses voies sont des plus visibles. Ilest très facile à prendre, quoique doué d’un instinct très developpé.

Sa trop grande témérité est presque toujours l’unique cause de sa perte.

La peau de cet intéressant petit animal s’incise entre les cuisses de derrière et se lève en la retour-

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nant sur elle-même comme on le pratique pour écor cher un lièvre ; ou en incisant sur le ventre, de la tête à l'anus comme pour celle du castor. Dans Île premier cas, la dépouille une fois séparée des chairs s'étend sur un moule courbe une branche de bois arrondie en arc, par exemple :-dans le second cas, on la cloue sur une surface plane, en ayant soin de lui donner toute l'extension qu'elle est susceptible. de recevoir sans être déchirée.

La peau des rats-musqués est de saison dés le milieu de septembre, où du moins vendable, mais elle n'acquiert toute sa beauté qu’à la fin de lautomne.

Les cas d’albinisme sont fréquents chez les ratsmusqués. J'ai vu piusieurs familles d'une entière blancheur, notamment à la rivière Pentecôte.

Cet animal clot la liste des pelleteries proprement dite.

Sa dépouille est très recherchée et donne lieu à de nombreuses transactions. Son prix varie de 15 à 23 cents, suivant grandeur et qualité.

J'ai négligé de décrire ses fumées qui sont, sous un moindre volume, en tout semblables à celles du castor. Sa beauté comme celle de ce dernier, est toute morale.

Linnée l’a nommé Z#4er sibeticus, et Lessing Ondatra sibeticus. KEntreles deux épithètes, le choix est permis aulecteur. Elles sont toutes deux également jolies.

BETE PUANTE (Viverra Mepeitis-Gmeliss) (Skunk- Anglais)

La moufette, dont j'ai oublié le nom en montaunais, est très justement nommée déle-puante par les chasseurs Canadiens. Il n’est pas, en effet, un être au monde susceptible de laisser échapper une odeur plus odieusement nauséabonde que celle que répand cet animal. L'acide sulfhydrique n'en peut donner que la plus faible idée. Les trappeurs en redoutent à tel point la sesfeur, ainsi qu'il le disent, qu'ils ne le chassent jamais et le couvtent de malédictions, lorsque par hasard, il se prénd dans l’un de leurs piéges où dans l’une de leurs attrapes.

La moufette abonde sur notre côte,;.dans nos bois, SOUS NOS granges, SOUS NOS chaffauds, partout entin..

Elle semble vivre en famille. J'en ai rencontré jusqu'à sept dans le même terrier. Elle se nourrit urtout de fruits ct quelquefois de riande morte. On l'accuse, cependant, d’étrangler les volailles, mais je crois que ce fit. que je ne conteste pas, Se présente assez rarement, Ses fumées sont presque identiques à celles du pékan. Ses mœurs sont détestablies.

out l'été, elle vagabonde dans les bois, s'abritant de temps à autre dans les troncs d'arbres creux où elle séjourne quelques jours, puis, à la fin de lautomne. elle se cantonne dans une localité choisie et, pendant toute la saison, S'y réfugie dans des terriers

où dans des excavations naturelles dont elle s’éloi-

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une très peu pendant toute la durée de la saison froide.

La moufette est une bète peu farouche, assez faible, n'ayant qu'un unique moyen de défense, n'ais ce moyen est le plus redoutable des moyens. Klle le trouve dans un liquide inavouable que certains viscères placés en arrière de l'anus Iui permettent de projeter à deux ou trois verges de distance,

Malheur à l'animal qu'atteint ce projectile d’un genre nouveau. Il devient fou. J'ai vu des chiens trop téméraires rendus entièrement idiots pendant plusieurs jours et des chasseurs revenir à leur campement nus comme des mollusques, plutôt que de conserver sur eux, un instant de plus, des vêtements devenus asphyxiants.

Lorsqu'elle & donné duns un piége et qu'elle vit encore, il faut bien se garder de l'approcher de trop près, si l’on ne veut subir le martyr par infection.

Dans cette circonstance si délicate, si l’on tient à conserver l'animal et à le tuer sans se faire arroser, il faut se munir d'une gaule aussi longue que possible, en garnir l'extrémité d'un nœud coulant et c’efforcer de le passer autour du cou de la bête, ce qui est assez facile. Une fois-cette opération préliminaire menée à bonne fin, on donne un coup brusque, ainsi que le font les pêcheurs à Ia ligne qui

ferrent un gros poisson et l’on étrangle la moufette

avant qu’elle n'ait eu lé temps de manifester son mécontentement, en produisant son liquide parfumé.

On procède de même lorsqu'elle est prise dans

une attrape et que la chûte de la tombe ne Pa pas tuée sur le coup. Rien ne vaudrait, ilme semble, pour la chasse du Skunk, le piége français à grandes machoires d'acier qui saississent le gibier par le cou, mais il est trop coûteux pour être employé par Îles trappeurs canadiens.

La moufette américaine a la taille presque égale à celle d'un chat domestique. Sa fourrure est d'un noir assez luisant, De chaque côté de son museau pat une ligne blanche et étroite qui, après avoir contourné les veux, s'élirgit sur les côtes et se pro: longe jusqu’à la naissance de la queue, où les deux branches se réunissent, La queue est à peu près de la même longueur que le corps ; elle est garnie de poils longs et soyeux qui, lorsque l'animal la redresse—ce qui ne lui arrive que trop souvent, hélas ! forment une sorte de panache (manuel du pelletier page 74).

La bête puante est polygame. Ses portées varient entre 5 et 7 petits. Sa fourrure qui est assez jolie a eu son heure de vogue autrefois, sous forme de Loas de Skunk.

Elle s'écorche comme la martre et se sèche sur moule fig. 7 Sa fourrure se vend de $r à $2.2

J'ai déjà dit plus haut que sa chair était considérée par les chasseurs comme lPappât le plus propre à séduire l'ours, le pékan et surtout le renard, |

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BELETTE ROZELET ou HERMINE Anglais-Weasel- Montagnais- Shu Kuscheïch-Putorins herminea-Linnée,

Nous possédons dans nos bois le roselet et l'hermine que nos chasseurs appellent fort iImproprement la e/efte. Je ne me rappelle pas avoir jamais rencontré celle-ci sur nos territoires de chasse, et j'incline à croire qu’elle n’y existe pas. Quoi qu'il en soit, l’hermine, malgré son abondance, n'est pas chassée. Tous les chasseurs la dédaignent, tant le prix qu'ils obtiennent pour sa dépouille est peu éj'vée,

il est assez étrange que cette fourrure, qui semble estimée en Europe et en Asie, soit tenue en pareil mépris sur la côte du Labrador.

On ne Zend pas à la belette ; ainsi que la bète puante, ainsi que l'écureuil, elle se prend dans les piéges et dans les attrapes qui ne lui sont pas des tinés.

Je crois inutile de décrire l’hermine que tout le monde connait,

Elle s'écorche et se sèche comme la martre dont elle a, d’ailleurs, les mœurs et les habitudes peu louables,

LT TG Om 4e

ÉCUREUILS POLATOUCHE

Anglais-Squirrel—Montagnais- Ne-ku-te-ash

Nous trouvons sur nos territoires de chasse trois espèces d'écureuils proprement dits et deux genres (Tamia et polatouche).

Les 3 espèces d'écureuils sont :

Ecureuil voyageur--Sciurus Carolinensis (Linnée.

Ecureuil noir--Sciurus Niger (Linnée).

Ecureuil de la Baie d'Hudson--Sciurus Hudsonicus (Penn).

Les deux genres sont :

Le suisse et le polatouche (Ecureuil volant).

Tous ces animaux ont de nombreux représentants dans nos bois, mais nul ne s’en occupe, sice n’est pour les couvrir de malédictions, lorsqu'ils font décliquer les piéges et chôir les attrapes, au grand détriment des chasseurs qui perdent ainsi pour plusieurs jours, quelquefois, la possibilité de capturer des animaux plus précieux.

Nul chasseur ne s’aviserait de faire une chasse spéciale à l’écureuil. quoique sa chair soit appréciée comme appât pour les martres.

[l est inutile de décrire les traits de l’écureuil ordinaire.

Le polatouche ou écureuil volant à les membres réunis par une membrane qui le soutient dans l'air, lorsqu'il bondit d'arbre en arbre. Le suisse (Tamia quadrivitatta) est fauve rayé de quatre bandes blan-

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ches. Ilne grimpe pas sur les arbres ce qui le distingue de tous les autres écureuils.

Ces petits mammifères rongeurs sont pleins de prévoyances. Ils réunissent pour l'hiver de nombreuses provisions végétales et, plus l'hiver doit être long, plus l’amas qu'ils accumulent est considérable.

ls sont de mœurs püres. Peu farouches, mais d’une irritabilité sans limite. Ja vue d'un chasseur s’il a un chien surtout, les exaspérent.

Leur fourrure, souvent très jolie, dans nos régions n'a aucune valeur.

Ils s’écorchent et se sèchent comme les rats musqués.

Peut-ître eussé-je dû dire quelques mots de la marmotte du Canada ou sifleur, (arctomyx empetra Gml) mais les chasseurs en font si peu de cas et sa fourrure est tenue en tel mépris, que j'ai cru devoir la passer sous silence.

Pour nous, trappeurs du Labrador cénadien, la pelleterie s'arrête au rat musqué, dont nous ne recherchons d’ailleurs la dépouille, qu'à défaut de fourrures plus précieuses.

5 Ex

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