CONSIDERATIONS GENERALES
Je ne sais ni écrire, ni dessiner, De ces deux défauts mes lecteurs s'apercevront avec la plus heureuse facilité sans qu'il me soit nécessaire d’y insister, mais je tiens à dire, que je n'ai aucune prétention littéraire, ce qui est bien inéritoire à une époque où le plus simple cancre vomi par le collège de Fossilyles-Serins, se prend pour un météore. ('ela dit, j'entre en matière.
Les naturalistes fondent tous les animaux de même espèce dans un moule commun. Pot: eux, un castor est &oulours identique à un autre castor, un renard toujours sembiable à un autre renard, un carcajou la copie exacte d’un autre carcajou ; aucune différence ne leur paraît sensible entre les animaux d’une même race ou d’une même variété. Le chasseur voit les choses tout différemment. Il admet deux grandes divisions, quelle que soit la famille, le genre ou l’espèce. Il partage tous les animaux du bois en êtes
Jfutées et en bêtes non futées.
Entre ces deux grandes divisions, il établit une infinité de subdivisions, toutes basées sur le plus ou moins de finesse déployée par l'animal pour échapper aux pièges. Cette classification primitive est pleine de vérité et de bon sens. Pour l'œil du chasseur, en effet, 1l existe, non-seulement des nuances physiques nombreuses, mais encore des différences de finesse très tranchées entre les individus d’une même race
ou d’une iême variété. Rien ne ressemble moins aux allures d’un renard, par exemple, que les allures d’un autre renard. L'un marche d'assurance le pied dans le pied, passe à côté de l'attrape ou du piège sans même y jeter un regard, malgré toutes les séductions que des appâts frais offrent à son appétit, souvent exaspéré par un long jeûne ; un autre, fait des bonds prodigieux lorsque la fenture frappe ses yeux ou son odorat ; sa défiance naturelle, éveillée la jlupart du temps par la négligence ou la maladresse du chasseur, l'empêche seule de céder à l’aiguillon de Ja faim. Un piège mieux tendu, une attrrpe mieux faite l’eussent capturé, peut-être. Un troisième mdividu de même race, identique par la formule dentaire, la couleur du pelage, le nombre des vertèbres, etc., viendra, au contraire, se prendre sans hésiter, là, où le premier de ses frères aura passé en haussant la queue de dédain et où le second, tenté d’abord, effrayé ensuite, se 5era dérobé au piège trop maladroitement placé par son ennemi.
Dans cette lutte pour la peau que soutient l’animal contre le chasseur, l'avantage est loin de rester toujours à l’homme. Tous les trappeurs savent qu'il est des renards,des castors,des carcajous, qui ne donnent dans aucun piège, et que, ce qu’il est convenu d’appeler l'instinct prend chez quelques-uns de ces derniers
un développement si étrange, qu'il est impossible de leur refuser la plus grande partie des facultés qui constituent l'intelligence. ‘Tout est embâûche, tout est péril pour la pelleterie ; le danger lui vient
DIN ares ed Lège lucsoUdes eux > la esse lon pe ème lenres, Mi at la ord, a la-
mal tou-
est nent ppe- 1ers posiltés
che, ent
AE) ds
de partout. Cependant le nombre d'animaux qui se soustrait à toutes les trappes est encore assez considérable. Je me demande ce que deviendrait le plus subtil de mes semblables si, son tégument supérieur, doué par la Nature d'une toison aussi soyeuse que touffue, le rendait l’objet des convoitises des chasseurs ? Je parierais volontiers un loup-cervier contre une taupe, qu'il serait pris et sur moule avant qu'il fût trois jours.
La variété des allures, la rouerie et la finesse ; la valeur des dépouilles des bêtes à fourrures; la beauté, l'originalité et la sauvagerie des terrains de /entures (1) font de la chasse à la pelleterie la plus attrayante des chasses. Cependant, bien peu d'amateurs de sport se livrent à ce plaisir sans pareil, et je le déplore de tout mon cœur.
La chasse à la pelleterie commence légalement au mois de novembre. Voici, du reste, comment nos législateurs en ont réglé l'exercice.
Pour le castor, le vison, la loutre, la martre, le pékan et le chat sauvage, l'ouverture à lieu le premier novembre et la clôture le quinze mars. Il est défendu de chasser l'orignal, le caribou, l'élan, le chevreuil
(1) On appelle ture le piège et la cabane qui l’abrite. On appelle aussi fenture la série de pièges et d'’attrapes qui garnissent un chemin dE chasse. On dit: “ Je viens de faire une tenture”’ c’est-à-dire je viens de tendre un piège ou de faire une attrape. On dit aussi: “ Je viens de visiter mes tentures,” pour je viens de parcourir mor chemin de chasse,
depuis le premier février jusqu'au premier septembre. Le lièvre ne peut se prendre du premier mars au premier novembre, et le rat-musqué, du premier juin au premier avril De plus, il est défendu, mar l’article 167 de dispositions générales, de se servir de fusils tendus et de poison délétère ?—délétère est bien amusant :
On remarquera que la loi, dans sa belle prévoyance, a négligé la pelleterie la plus précieuse, celle de l'ours, du renard, du carcajou et du loup-cervier. Mais en récompense, elle protège, avec un soin qu'on ne saurait trcp louer, jusqu’en novembre, des animaux dont la fourrure est entièrement 4e sa/son dès la fin de septembre, tels que le castor et la loutre. Quant au rat-musqué, on ne peut qu'admirer la protection dont elle l'entoure pendant dix et onze mois sur douze.
Cette loi, aussi originale par le fond que remarquable par la forme, ne doit pas être apphquée, du moins je l'espère. Mieux conçue, son utilité serait encore contestable. A l’époque des amours, la pelleterie perd toutes les qualités qui font sa valeur, et cette règle n'admet que de rares exceptions. L'intérêt du chasseur est donc d'attendre que les animaux à fourrure aient repris leurs pelages d'hiver. Il aurait trop à perdre en agissant autrement. En effet, entre une fourrure de saison (1) et une fourrure d'été, la diffé-
(1) On appelle “ fourrure de saison ” le vêtement d’hiver, beaucoup plus fourni, beaucoup plus soyeux que celui d’été. On reconnaît qu'une peau est de ‘‘ saison” du moins pour
bre.
au juin l'arr de bien
yane de vier.
u’on ani- , dès utre.
promois
rqua- 1oins core ‘terle cette êt du fourtrop > une
diffé-
hiver, été.
s pour
CHASSEUR DE PELLETERIE 4 rence de prix est dans le rapport de un à dix pour les peaux précieuses, comme celles des renards noirs et des renards argentés ; l'écart est plus grand encore pour les peaux d'un prix moins élevé.
La chasse à la pelleterie commence en réalité vers la fin de septembre et se continue jusqu’à la fin de mai ; les aborigènes la prolongent quelquefois pour certaines espèces, jusqu'au milieu de juin.
Les animaux à fourrures ne sont pas tous de saison aux mêmes époques, les dates varient avec les milieux où ils vivent. C’est ainsi, par exemple, que ceux dont les habitudes sont aquatiques fournissent des peaux marchandes, plus tôt en automne et plus tard au printemps, que ceux dont les habitudes sont entièrement forestières.
Le tableau suivant indique les dates très approximatives des époques où les pelleteries sont de saison :
Le castor, du 15 septembre au 15 juin ;
La loutre, du 1er octobre au r5 juin ;
Le rat-musqué, du 15 septembre au 15 juin ;
Le vison, du 15 cotobre au 15 avril;
Le loup-cervier, de fin octobre à fin avril ;
La martre, du rer novembre au rer avril;
Le pékan, du 1er novembre au rer avril ;
Le carcajou, du rer novembre au 1er avril ;
Le renard, du rer novembre au rer avril;
certains animaux, au plus ou moins de blancheur de la partie opposée à la fourrure. Ce caractère ne donne pas de certitude absolue. Il est plusieurs moyens d'obtenir cette blancheur et de tromper l’acheteur,
La belette, du rer novembre au rer avril ;
L’écureuil, du rer novembre au ter avril ;
Le putois, du rer novembre au rer avril ;
L'ours est bon toute l’année, sauf pendant juillet et août.
Ces dates s'appliquent à tous les animaux à fourrures qui peuplent les forêts septentrionales de la Province à partir du Saguenay jusqu’à Blanc Sablon.